S£3 I2IENSÉANCES MATERIELLES DS LA CONVERSATION
Cette première division comprendra les soins physiques des organes de la conversation , les mouvemens , la manière d’écouter , la prononciation et la pureté du discours sous le rapport grammatical.
. Soins physiques de la conversation.
La conversation est le principal , pour ne pas dire le seul moyen de plaire et de réussir dans le monde. Comment se fait-il donc
3 ue tant de gens conversent sans shnquiéter u ridicule pour eux^ de l’ennui pour leurs auditeurs? Sans examiner s’ils n’on pas.quel-r ques dispositions physiques qui mettent plus ou moins d’obstacles à l’art de bien converser? sans chercher les moyens de corriger ces dispositions ?
Nous signalerons quelques défauts et les moyens d’y remédier. 11 est essentiel de prendre bien garde , en parlant , de porter trop la langue au bord des lèvres. Cette mauvais?
habitude a plusieurs graves inconvéniens; elle
occasionc une espece de siUlenicnt dc'sagrcable produit par le contact immédiat de cet organe avec les dents qu’il dépasse; elle, embarrasse la prononciation ; elle vous expose à lancer la salive au dehors (i). Lorsque cette fâcheuse habitude ou le trop grand développement de la langue renouvellent ces accidens^ vous devez vous attacher avec soin à porter tour à tour l’organe malencontreux sur la face interne de l’une ou de l’autre gencive. Quant au défaut opposé, à la disposition ou bégaiement à raison du peu de volume de la lan-.
gue , il faut s’exercer souvent lorsqu'on est seul , à prononcer distinctement. Déclamer , s’exercer sur les mots qui présentent le plus de difficultés, est un exercice très salutaire.
11 est des personnes chez qui la salive est tellement abondante, qu’elle rend la prononciation difficile. Elles doivent s’accoutumer à l’avaler avant de commencer à prendre la parole.
La politesse, d’accord avec l’hygiène, exige que les dents soient parfaitement entretenues. TJne denture jaunie , malpropre, qui répand de l’odeur, ne permettra jamais que Don soit sensible à la grâce , à l’éloquence meme de vos discours. Les arrêts du dégoût sont sans
appel* .
Certaines personnes pourvues de belles dents ont la fatuité pitoyable de le^ montrer en par-
(i) Quand cet accident arrive à quelqu’un» ilfaul afl, pas paraître s’eu apeiccyoir.
ianl; cette vanité ridicule excite là risée, et nuit' d’ailleurs à la physionomie : il ne faut découvrir le» detits que le moins possible , maià toujours sans ali^tation.
' Se servir d’un cure^dent en parlant, porter les doigts k ses gencives, tenir nne fleur entre ses dents , sont des habitudes de mauvais ton;
Ouvrir' démesùrénient la bouche lorsqu’on parle , lorsque surtout on fait une exclamation d’admiration ou de surprise ; porter la bouche de côté pour se donner l’air original; la resserrer pour se la rendre ^tite ; rire aux éclats d’une manière niaise' et nruyanle; imprimer à ses lèvres un tremblement, des mou> vemens convulsifs lorsqu’on raconte ou lit
3 uel(|ue 'chose de sombre et de terrible; soufer lortement dans Ife visage de la personne que l’on entrciierit , c’est tout à la fois défauts choquans et grimaces insupportables.
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Dès Gestes.
*• Faire de la pàntomime à chaque mot , ne se peut guère plus toléi*er. Les grands gestes, les gestes multipliés, qui ne s’accordent point avéc le discours ; les signes mÿslèirieux accomj>agnant l’énoncé de la'chose là plus simple ; les gestesT brusques , dans ottb' conversation amicale; les gestes mignards; datis une conversation sérieuse ; les mouvemeus rapides
d’une personne assise ou debout, qui semble exécuter une sorte de danse, sont à la fois des failles graves contre la raison et contre le goût.
Ce n’est point qu’il faille condamner absolument les gestes, qui , selon l’abbé Delille , donnent de la physionomie au discours.
Des gestes modérés, assortis avec les paroles, et tour à tour , doucement comiques , spirituels et gracieux , sont permis , même indispensables. La main gauche peut ne point agir , mais la coopération intelligente et réglée de la main droite, ne doit jamais man<* qiier à la conversation : au^si me vois-je forcée de blâmer les interlocuteurs qui mettent ies mains dans leurs poches , dans leur sac; qui restent constamment les mains jointes ou croiseés , sans leur imprimer aucun mouvement. Ils se donnent r air . d’automates , tandis que les gestion lateurs se donnent l’air de possédés
Les gens qui , tout en causant , saisissent fortement les bras de leur fauteuil , jouent avec les petits objets qui leur tombent sous la main , s’amusent à rayer ou dégrader les menbles, tournent et retournent leur chapeau, roulent et déroulent les cordons de leur sac le bout de leur mouchoir, ignorent sans doute combien sont opposées à la politesse ces nuances de familiarité, d’enfantillage et d’embarj*as. J’ajoute brièvement que les témoins de tous ces actes ridicules , ne doivent jamais s’en apercevoir , en rire , en parler, à rpoins de vouloir être encore plus ridicules.
§ lil.
jDe Vart d'écouter.
Converser, n’est point discourir continuellement , comme le pensent les babillards ^ c’est écouter et parler tour à tour ; or il ne faut pas moins bien s’acquitter de l’un que de l’autre. Pour cela, vous regarderez à demi la personne qui vous entretient ( c’est pour ce motif qu’il est impoli de travailler en eau* sant ) ; si elle hésite ou s’embarrasse , vous n’aurez pas l’air . d’y faire attention , et dans le cas où vous seriez un peu lié avec elle , après quelques instans , vous lui fourniriez , du ton le plus modeste, l’expression qui semble la fuir. Si elle est interrompue par quelque incident, dès qu’aura cessé la cause d’interruption, vous n’attendrez point qu’elle reprenne ^son discours d’elle-meme , mais avec un sourire de bienveillance , un geste engageant^ vous l’inviterez à poursuivre : P'euillez
continuer f vous disiez donc ? Si l’on est
obligé d’atténuer ainsi une interruption étrangère , à plus forte raison , ne doit-on jamais s’en permettre soi-même. Cela est tellement de rigueur , que si, dans la chaleur de la conversation, les deux interlocuteurs commencent tous deux à parler , tous deux doivent s’interrompre tout k coup dès qu’ils s’en aperçoivent,, et', tout en s’excusant, se défendre de continuer. C’est an plus digne d’égards qu’il , convient de reprendre son discours.
Quand l’on vous fera quelque récit, qui, «ans être plaisant , ait l’intention de Tètre , qui , sans être touchant , prétende à vous attendrir , quelque ennuye que vous puissiez être , ne manquez pas de sourire , de prendre un air d’intérêt. Si le narrateur s’égare dans de longues digressions, ayez la patience de le laisser se démêler seul du labyrinthe de son discours. Si l’histoire est interminable, resignez-vous et ne paraissez pas moins attentif. Cette condescendance est surtout de rigueur, si vous écoutez un vieillard ou tout autre personne respectable. Lorsque l’impitoyable conteur est votre égal ou votre ami , vous pouvez lui dire comme pour l’engager à résumer sa narration : Et enfin ...
Les novices dans l’art du monde croient ' pouvoir tout simplement interrompre un discours commencé pour se faire expliquer quelques circonstances qu’ils n’ont pas comprises, ou se faire répéter le nom d’un personnage:
cela ne peut avoir lieu qn’après quelques considérations , qu’avec des ménagemens polis.
Si le narrateur prononce mal ; si vous vous apercevez que d’autres auditeurs sont dans le même cas que vous ; si vous prévoyez que , faute d’avoir bien suivi ses paroles , vous ne pourrez y répondre avec politesse, vous pouvez alors vous permettre l’interruption ; mais voici les formes à garder : Je. vous demande bien pardon , je craindrais de perdre quelque chose de votre intéressant discours , si vous vouliez bien lépéler^ etc. Il est nécessaire
encore de choisir un moment opportun, comme celui où le conteur fait une pause, hésité à trouver un mot, vient de prendre son mouchoir.
Lorsqu’on vous raconte une imposture évidente , l’art d’écouter devient embarrassant , car , si vous semblez y ajouter foi, vous passerez pour un sot, et si vous semblez en douter , vous passerez pour un malhonnête. Un air froid , une demi-attention, un mot tel que celui-ci : C'est étonnant^ vous tireront honorablement d’affaire ; mais lorsque l’aventure racontée est seulement extraordinaire ou douteuse , il convient d’agir autrement. Votre- physionomie exprime l’étonnement ; et vous répondez per une phrase de ce genre : Si je ne connaissais votre véracité , ou j si tout autre que vous me racontait cela , j'aurais de la peine à y croire. Dans toutes les hypothèses vous n’interromprez pas.
Il vous arrive parfois de prévoir quelque circonstance d’un récit attachant; le plaisir que vous y trouv ez, le désir de montrer que vous avez deviné juste , l’intention de faire preuve d’intérêt , vous portent à interrompre vivement par ces mots : J’y suis , c’est cela.
Une telle interruption, quoique bienveillante et naturelle , offenserait les vieillards , qui veulent conter longuement , dérouterait les conteurs prétentieux, désolés qu’on leur enlève une phrase à effet: vous ne pouvez donc vous la permettre qu’avec des amis intimes, des inférieurs , car autrement ou lépondrait
avec humeurs VÔtré'/^ Ëh'f'-mon'^Dèèu oui , ou’ d’un âir tridnâphant '/ tty éteê
/î<M;*ce*qtii ne laisse pas d’être embarassakit.
* La pire de.tôüles les intm’raperàns , est celle que dicltf l’oi^ü€?ft: ’XJneJ'persorme spirituelle fremparant ’d’une 'hi^oîre'fconiée par un autre et's’en emparant dans 'le de-dui donner plus d’agrëment , de^ientq ünialgré sonnëloquence ,un modèle d^mperlinetice et de grossièreté. Sans doute' 'iLest dur dé voir un «ot ■gâter une anecdote ‘heureuse’ dont bn aurait tiré ‘ parti V mais ' lorsqu’on ne serait^ point retenu par' la bienséance, on doit l’èire par son intérêt. Or , si- ‘les auditeurs’ sont gens< dâii-^ cats, ilk resteront muets sur ‘la dernière ipar;* tie du récit , et s’adresseront avec bienveillance au pauvre conteur lésé dans ses droits.
L’interruption est pardonnable s’il s’agit de prouver ou d’éclaireir un fait en faveur d’un absent. Lorsqu’on vous accuse , vous pouvez à la rigueur interrompre par une exclamation, mais il vaut mieux le faire par un ^geste. « 11 y a souvent beaucoup' de finesse et de grâce à écouter en gesticulatit 'doucement ;
Î iar exemple, en -comptant sur ses doigts, en âisant un geste de surprise, d’assentiment ou d’exclamation. Cette manière ‘tacite de: dire : Je m^en souviendmi bien j comment ? vous ■avez raison , charme le narrateur sans l^interrompre. ■ ' v , . ’•
Datas un* dialogue- vif, pressé > amical , 'on peut s’interrompre tour à leur*, achever la phrase couanencée , enchérir sur répithèle ,
cela .contribue â }a T^Yacité dÿ di^coars, maix ae doit pourtant pas lètre. trop répâté.,. ,
I U eât>p4asie«^S écueils it éviter epfécoMta.<atr écueils quidofus .décèlent l’ino^pépienpe 4e la sociéiB.ül^re < de ii<uaps «P fttmps at( uarrateu-r. Oui f oui , ett 'haebaai ila.;tête > • en, secouanj: la, main., 'habitude ;de.Yi>eillns gens , et qai ne rappelle pas «ial'le,9aciuvetiaea^ d’une pendule ; • demeuner *les<l^’r ii^s.et, la bouche béante ; avoir Pair distrait ict rêveur ; , montrer «du, doigt les personnes .désignées ^pat/. le conteur ; bàüileF sans cacher; avec .sa; ^ain ,04 son mouchoir ce. témoignage peu QatteU|T ; regarder dréquommenti.la pendule ; .foutes qe# inanlècesr-là pèchent contre* le.) boû fou. «• .,
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