CHAPITRE IX
u Quiconque aura commis le crime de viol ; ou sera coupable de tout autre attentat à la pudeur , consommé ou tenté avec violence contre des individus de l'un ou de l'autre sexe , sera puni de larèclusion (art. 33 1). Si le crime a été commis sur la personne d'un enfant au-dessous de quinze ans accomplis } le coupable subira la peine des travaux forcés à temps (art. 33a). La peine sera celle des travaux foi'ccs à perpétuité , si les coupables sont delà classe de ceux qui ont autorité sur la personne envers laquelle ils ont commis l'attentat , s'ils sont des instituteurs ou les serviteurs à gage, ou s'ils sont fonctionnaires publics ,ou ministres d'un culte , ou si le coupable, quel qu'il soit , a été aidé dans son crime par une ou plusieurs fier- > sonnes. »
OCTRACES A LA PCDEUR.
YIOL.
Le viol est la possession d'une fille ou d'une femme malgré leur volonté. Comme ce crime est ordinairement commis sur une vierge , le médecin pourra avoir à décider si la plaignante a été déflorée. Malgré l'opinion éloquente de Builon, il est des signes certains qui peuvent faire résoudre cette question dans le plus grand nombre des cas, et ce serait mettre le doute à la place de la vérité, que d'oublier les règles générales, pour ne s'attacher qu'aux exceptions.
A. Signes de la virginité.
Le signe le plus positif de la virginité est la présence de l'hymen; et quoique l'on ait vu des femmes devenir enceintes et être sur le point d'accoucher sans que cette membrane fût rompue, on peut affirmer qu'une fille n'a pas été déflorée tant qu'on la rencontre ; et comme il est démontré qu'une femme peut concevoir sans qu'il y ait eu introduction du membre viril, il en résulte que , physiquement parlant , une vierge peut être féconde.
Malheureusement , pour la certitude du diagnostic , cette membrane peut manquer, ou avoir été détruite par toute autre cause que l'approche d'un homme. J'ai vu des petites filles de moins d'un an chez lesquelles il m'a été impossible de la trouver , et ces observations ont été faites publiquement. Ce sont des anomalies assez rares , mais enfin elles existent. Des écoulemens leucorrhoïques, des mouvemens brusques, l'équitationj un caillot de sang dans les premières menstruations, peuvent la détruire , et combien n'est-il pas d'enfans et même de jeunes filles pubères, qui auront perdu cette preuve de leur sagesse par des attouchemens indiscrets, ou même l'introduction de corps étrangers? il faudra donc chercher d'autres motifs de jugement.
Que dire des caroncules myrtiformes , soit qu'on les considère comme des débris de l'hymen, soit que l'on pense qu'elles existent naturellement et remplacent cette membrane, opinion qui me paraît moins probable que la première? Ce que l'on peut dire des rides vaginales , de la coloration et de la fermeté des parties génitales externes; une seule introduction, ou même pin-
sieurs, ne peuvent altérer ces caractères, surtout s'il n'y a pas de disproportion marquée entre les organes de l'homme et delà femme, s'il y a eu quelques légères contusions, quelques jours les font disparaître.
L'effusion du sang au premier congrès passe pour une épreuve certaine, et cependant que d'exceptions peuvent se présenter. Tantôt la femme aura passé l'âge de la puberté, et le retour fréquent et abondant de la menstruation , les fleurs blancbes et une foule d'autres causes auront pu relâcher et élargir les parties. Les moyens capables de détruire l'hymen peuvent également amener cet effet; mais toutefois ce précepte ancien : Prfima Venus débet esse cruenta , est vrai le plus généralement , ce caractère ne peut manquer chez une jeune fille , sans que l'on ait quelque raison de la soupçonner d'infractions aux lois de la chasteté ou de la pudeur , à moins qu'elle ne soit la femme d'un homme dont la verge serait très-petite ; mais lorsqu'il existe , il n'est pas décisif, car, une femme qui n'aura pas paru vierge à un premier amant, le paraîtra à un second ; l'effusion de sang peut avoir lieu plusieurs fois, et peut être simulée par des taches faites à dessein , ou par l'écoulement mensuel.
Jusqu'à l'âge de puberté, l'orifice du vagin est très-étroit : à peine si l'on peut y introduire facilement le doigt ; il s'élargit ensuite , mais très-peu , et s'il n'existe aucune cause accidentelle, cette disposition persiste ; aussi la première approche est-elle toujours douloureuse , surtout si la membrane hymen doit être rompue; mais nous sommes encore obligés d'avouer que ce serait une grande source d'erreurs , que de donner trop d'importance à ces circonstances, parce que les conformations individuelles varient, et qu'une fille impudique pourrait, au moyen dune continence trompeuse , de l'emploi des astringens et d'une douleur simulée , passer pour la fille la plus simple et la plus timide.
Toutefois , pour sortir de l'incertitude , on peut assurer que toutes les fois que les parties génitales externes seront fermes , résistantes, d'un rouge vif; que les grandes lèvres seront rapprochées et couvriront la vulve; que la fourchette, la fosse naviculaire et les petites lèvres seront intactes; que l'orifice vagi-
nal permettça à. peine l'introduction du doigt , et que l'existence de l'hymen sera constante, la virginité sera côinplètement prouvée.; la jeune fille ne pourra être soupçonnée d'une pensée indiscrète qui conduit à Fabus de soi-même, et l'effusion de sang et la douleur ne manqueront pas à la première approche.
Si l'hymen n'existe pas , et que tous les autres signes se rencontrent, ou devra établir de grandes probabilités de chasteté , et l'on cherchera à. reconnaître depuis combien de temps les caroncules myrtiformes sont formées, si elles ne sont point les débris d'un hymen récemment détruit. Continuant à enlever ainsi chacun des signes que nous avons énumérés, on arrivera à établir la simple possibilité de la virginité , quoique la plupart des preuves soient en faveur de l'opinion contraire. On motivera son jugement , et il sera éclairé par les débats judiciaires.
B. La défloration a-t-elle eu lieu, et, dans ce cas , a-t-elle été volontaire ou Jbrcèel
Cette question est complètement du domaine de la médecine légale ; car on a vu des mères assez criminelles pour accuser faussement , et par spéculation , des hommes innocens , d'avoir tenté un attentat infâme contre leur enfant; et souvent aussi des femmes ont accusé leur amant de leur avoir fait violence , pour se venger de leur abandon ou du refus qu'elles en avaient éprouvé.
M. Fodéré ayant été chargé de faire un rapport sur l'état d'une petite fille de neuf ans et demie, que sa mère soutenait avoir été violée par plusieurs individus , dont elle espérait obtenir de l'argent pour assoupir l'affaire et faire taire des bruits calomnieux, reconnut que les parties génitales étaient dans une intégrité parfaite , que l'hymen était entier , et que le petit doigt pouvait à peine être introduit dans le vagin; cependant il y avait quelques contusions au pubis et à la partie supérieure de la vulve, faites dans le but de démontrer la violence. Une fraude si grossière fut aisément découverte , et la femme fut chassée ignominieusement .
A moins qu'on ne suspende toute volonté et toute résistance chez une femme, par une violente commotion, l'emploi des narcotiques , ou la crainte de la mort à la vue d'une arme, il est extrêmement difficile , pour ne pas dire impossible , qu'un homme seul puisse faire violence à une femme adulte , et l'on connaît tous les contes qui ont été fondés sur cette circonstancè. M. Orfila dit qu'il sait, à n'en pas douter, « qu'il a été impossible de violer certaines filles , quoique leurs bras, leurs jambes et leur tête fussent maintenus par trois ou quatre personnes. » Dès-lors, non-seulement les organes génitaux, mais le corps entier, présenteront des traces de sévices : des femmes ont eu des membres fracturés, d'énormes contusions, et sont mortes à la suite d'aussi horribles violences.
Les contusions , les rougeurs , les éraillemens de la vulve , la destruction de l'hymen que l'on trouve déchiré et sanglant; un écoulement abondant d'un mucus puriforme; des ecchymoses sur différentes parties du corps, ou des lésions plus graves, rendront le viol probable, et cette présomption pourra être confirmée par d'autres circonstances , telles que l'isolement du lieu où le crime a été commis, l'impossibilité des secours, la moralité et la conduite de la femme.
Que deviendront les signes tirés de l'examen des parties de la génération, si la plaignante a été mariée , et qu'elle ait eu des enfans; avouons qu'ils seront complètement nuls. Il peut exister des traces de violence, sans que la défloration ait été forcée; et il est tout-à-fait impossible de dire que ces désordres ont clé causés chez une jeune fille par l'introduotion du membre viril ou d un corps étranger, à moins qu'appelé peu de temps après, on ne puisse chimiquement constater la présence du fluide I séminal.
Il faudra doue s'aider de toutes les recherches possibles pour • assurer les conclusions de son rapport. On comparera le dévelop 1 pement des organes sexuels des deux individus. L'infectiou •syphilitique pourrait fournir des preuves décisives; mais de I légères excoriations et un écoulement muqueux puriforme ne i doivent pas être pris pour des symptômes vénériens; l'action des I remèdes employés pourrait en faire reconnaître la nature , quoi-
66 OUTRAGES A LA PUDEL'Il.
que ce soit actuellement, dans la science, une question forte- . ment controversée. La grossesse et l'accouchement, dont le terme prouverait un rapport entre le moment de la conception et celui de l'attentat ; la force respective des individus ; enfin les causes et les eifets du narcotisme , si l'on soupçonnait qu'il a été employé , offrent aussi des motifs de jugement.
Je ne me suis pas occupé, dans cet article, des autres attentats à la pudeur qui n'ont amené aucune modification organique, parce que le médecin ne peut répondre que sur de pareils désordres, et que dès qu'ils ont lieu, ils trouvent leur place dans l'histoire que nous venons d'en tracer. Je n'ai pas cru non plus devoir résoudre la question de pénalité lorsque la défloration a été consentie par une fille âgée de moins de quinze ans. Ce serait faire de la jurisprudence : tel n'a pas été notre but.
Sodomie.
C'est pour ne pas laisser de lacunes dans notre travail que nous surmontons le dégoût qu'inspire l'idée seule d'un pareil crime. 11 est rare que le médecin soit appelé à faire un rapport à ce sujet , parce que les individus qui se livrent à ces turpitudes savent que le moment qui dévoilera leur conduite sera celui de leur infamie , et qu'ils ne s'exposent pas par leurs violences à en être accusés. Toutefois , comme ces exemples se sont malheureusement rencontrés , nous dirons que les individus coupables de N ce vice ont le rectum évasé en entonnoir, le sphincter dilaté et sans résistance; ils sont sujets aux hémorrhoïdes , aux fistules, aux'renversemenset aux affections syphilitiques et cancéreuses de cette partie. Si l'attentat venait d'être commis , il y aurait de la rougeur et du gonflement, le pourtour de l'anus pourrait être éraillé, douloureux si la verge était d'un fort volume, car, sans cette circonstance , ou à moins que le plaignant ne soit trèsjeune, il serait fort difficile de constater localement un pareil outrage.