‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 17 sur 97 · DE L'INFANTICIDE · texte numérisé non relu

DE L'INFANTICIDE

Les autres causes de mort sont la grande faiblesse , d'épaisses mucosités , ou l'introduction du fluide amniotique dans la trachée 5 enfin, les altérations organiques, qui permettent de reconnaître le défaut de viabilité. (Yoyez friabilité.)

Il est constant que l'accouchement peut être assez subit pour que la mère n'ait pas eu le temps de prendre les précautions convenables , et que le fœtus , lancé pour ainsi dire hors de la vulve, ne soit pas retenu et tombe à terre. Quoique cet accident soit plus rare chez les femmes primipares , il a cependant été observé. M. Henke, célèbre médecin allemand, et M. Chàussier, qui a expérimenté sur plus de trente cadavres de nouveau-nés , ont soutenu que des blessures mortelles pouvaient être la suite de ces chutes 5 mais M. Klein, médecin du roi de Wurtemberg, ayant fait inviter tous les médecins du royaume à envoyer au conseil de santé les observations qu'ils feraient à ce sujet, en réunit cent quatre-vingt-trois , et dans aucune la mort de l'enfant n'eut lieu : deux fois seulement , il y eut une asphyxie momentanée , mais l'hémorrhagie ne parut jamais, quel que fût le point delà déchirure du cordon. De ces faits contradictoires M. Marc a tiré la sage induction, que dans les cas où l'accusée attribuerait à une semblable chute la mort de son enfant , il faudrait en constater la possibilité , et examiner quelles en sont, les circonstances qui pourraient donner des preuves incontestables ; ainsi, la rupture du cordon dans son milieu ne laisserait aucun doute sur le mensonge.

Causes volontaires de la mort du nouveau-né.

Comme il est impossible de diviser exactement les causes de la mort, en accidentelles et en volontaires, puisque la même cause peut se rapporter à l'une ou à l'autre de ces conditions , selon les cas que l'on examine , nous ne prétendons pas que celles que nous citons ici soient toujours et nécessairement volontaires.

Infanticide par omission.

Lorsque l'enfant vient au monde, il a besoin de secours, lei» uns pour le préserver des dangers qui l'assiègent ù son entrée

5(i de l'infanticide.

dans la vie, les autres, pour soutenir son existence encore si fragile. Ces secours , lorsqu'ils sont négligés volontairement , constituent le crime d'infanticide par omission.

Au moment où la tête franchit la vulve , la face est ordinairement tournée en bas , de sorte que la bouche peut être appliquée contre la cuisse de la mère , et l'asphyxie en être la suite : il en serait de même si l'enfant n'était pas retourné, et que quelque vêtement, ou un liquide, l'empêchât de respirer; plus rarement ce sont des mucosités qui remplissent la bouche, ou la langue est accolée au palais ; il faut alors introduire le doigt , et dégager cette cavité. Quelques enfans sont si faibles que la respiration ne s'établit pas ; on doit leur insuffler de l'air dans la bouche , ou si l'on en craint les mauvais effets, comme sembleraient le prouver les expériences. de M. Leroy d'Etiolles, il faut leur faire des frictions sèches et chaudes, et comprimer doucement et alternativement la poitrine. S'il y avait état ou imminence apoplectique, l'on devrait laisser saigner un peu le cordon après sa section ; et il faut toujours prendre garde de comprendre dans sa ligature quelque anse d'intestin grêle formant une hernie ombilicale.

Il arrive souvent qu'aucune hémorrhagie n'a lieu , quoique l'on ait négligé la ligature du cordon ; cela dépend du nouveau mode de circulation qui s'est établi, dès le commencement où les poumons ont commencé leurs fonctions ; car alors le sang ne doit plus passer dans les vaisseaux ombilicaux , et c'est ce qui a fait dire à M. Capuron que, si on lui présentait le cadavre d'un enfant, pâle, exsangue et couleur de cire, il regarderait l'hémorrhagie comme l'effet , non de l'omission de la ligature, mais des obstacles qui ont empêché ou supprimé la respiration ou la circulation. En admettant que celte opinion soit généralement vraie ( quoiqu'on possède des exemples d'individus qui ont péri d'hémorrhagie à la suite de l'ouverture de la veine ombilicale par un coup d'épée), elle viendrait encore à l'appui de la nécessité de la ligature ; car les obstacles à la respiration et à la circulation cèdent souvent aux moyens médicaux que l'on emploie pour les combattre , et l'on ne pourrait plus y avoir recours, si l'enfant avait éprouvé une perle de Suiig irréparable.

DE l/lNFAKTlCIDE.

Lorsque la mort est la suite d'un pareil accident , le cordon ombilical est resté sans ligature , ou celle-ci a été posée postérieurement à l'hémorrhagie , qui aura été d'autant plus prompte, plus facile , que le cordon sera coupé plus près de l'abdomen , et avec un instrument mieux tranchant. Nous avons déjà dit que, dans les arrachemens ou déchiremens du cordon, il n'y avait pas d'écoulement de sang, et toutes les femelles d'animaux savent instinctivement le prévenir, en mâchant le cordon de leurs petits. S'il arrive que la seule donnée , pour résoudre la question d'hémorrhagie, soit l'examen du petit cadavre, il sera assez difficile de se prononcer : à la vérité , la peau est pâle, ainsi que les muqueuses ; les artères sont vides de sang ; les veines en contiennent i peine, les capillaires sont exsangues, ainsi que le cœur. Mais ces caractères sont-ils des preuves absolues? <( Qui ne sait, dit M. Lobstein , combien les expériences sur l'état du sangdansles vaisseaux , après la mort de l'individu , sont trompeuses ? Ne r,rouve-t-on pas souvent dans les cadavres tous les vaisseaux fides, sans que l'on puisse dire ce que le sang est devenu? Et juel est l'anatomiste qui n'a remarqué cette disposition dans les cadavres de fœtus, surtout de ceux qui sont morts avant • ternie? »

(les observations sont parfaitement justes , et augmentent le Joute. Chez les animaux que l'on fait périr d'hémorrhagie, les nuscles conservent leur couleur; il sera dès-lors assez difficile l'ajouter un grand degré de confiance à celle des muscles du nouveau-né, qui sont généralement pâles. Cependant si tous ces signes se rencontraient chez un fœtus qui parût à terme, bien conformé, chez lequel le cordon ombilical ne serait pas flétri , et qui ne présenterait aucune autre cause de mort , telle que la scrte de sang qui snit le décollement du placenta implanté sur Le col urérin ; l'explosion simultanée du fœtus et de ses annexes; m le décollement, la rupture accidentelle du placenta pendant te travail; on pourrait établir, sans l'affirmer , la très-grande probabilité de l'hémorrhagie ombilicale : mais il est bien rare que quelque circonstance particulière ne vienne pas jeter de lumière mr une question aussi épineuse. Si le cordon n'avait pas été lié ? si qu'il fût rompu, très-près de l'ombilic ou du placenta, cette

négligence pourrait être attribuée à une syncope de la mère , à des convulsions , à une attaque d'épilepsie ; accidcns rares, mais qui ne sont pas impossibles.

On avait remarqué à l'hospice de la Maternité qu'il périt beaucoup plus d'enfans l'hiver que l'été, et les expériences de MM. Edwards, Flourens, etc., ont prouvé que ce résultat devait être attribué au froid. Il serait extrêmement difficile de dire que la mort dépende de cette cause, si elle avait agi lentement , et que l'on n'eût d'autres preuves , que celles que fournit l'examen cadavérique ; mais si l'on trouve l'enfant exposé dans un lieu froid , sur le sol, sur une pierre, et dans un état de nudité, ou couvert seulement de légers vêtemens, et que l'on découvre une foTte congestion des viscères, avec décoloration de la peau et induration des poumons , on pourra penser que le défaut de chaleur l'a fait périr. Il estbien plus rare qu'un excès de chaleur ait produit cet effet; d'ailleurs ce cas se rapprochant de la combustion, il rentre dans l'histoire de l'infanticide par commission.

L'inanition est rarement la cause unique de la moTt; il faudrait admettre une barbarie bien prolongée de la part de la mère, pour qu'elle pût faire mourir ainsi son enfant, mais ordinairement le nouveau-né ayant été abandonné dans un lieu solitaire, y meurt sans secours, et si le froid, l'humidité , les corps environnans en putréfaction , n'y ont pas concouru , on doit en accuser l'inanition , lorsque le tube digestif est vide et contracté.

Dans tous ces cas, le médecin légiste ne prononcera qu'après avoir pesé la valeur de chacune des circonstances que la mère présente comme excuse ; et s'il ne se croit pas en droit d'affirmer, il établira des probabilités plus ou moins fondées.

Infanticide par commission.

Les observations d'infanticide ont été si fréquentes, que l'on a eu l'occasion de voir presque toutes les lésions que le crime peut imaginer pour causer la mort du nouveau-né, et nous pourrions citer un exemple et une histoire, à l'appui de chacune de txllcs que nous indiquerons. Celles que l'on remarque le plus fré-

de l'infanticide. 59

quemment sont les écrasemens et les plaies de tête, l'acupuncture du cerveau, de la moelle épinière ou de la moelle allongée, la t torsion du cou et la détroncation, la luxation des vertèbres cervicales, les fractures, les plaies. On a yu des nouveau-nés coupés t en deux à coups de hache j la torréfaction , et une foule de causes qui produisent l'asphyxie, comme l'occlusion de la bouche et des narines avec les mains , un linge , un vêtement ; la pression du cou, la strangulation ; quelques-uns ont été enfouis dans la terre, jetés dans des fosses d'aisance; enfin, il serait vraiment trop long c d'énumérer toutes ces causes de mort; et comme aux articles Asjphyxie , Blessures , Empoisonnemens par gaz délétères , nous t en ferons une histoire complète nous n'entrerons ici que dans des t détails tout-à-fait particuliers à l'infanticide. 1 '

Les exemples que nous venons de citer apprennent avec quel < degré d'attention on doit procéder à l'examen et à la dissection c du cadavre. Rien ne doit être oublié , et il faut en outre s'attac cher à vérifier si les lésions ont été produites pendant la vie ; car a autrement elles ne seraient d'aucune conséquence , et pourraient s seulement prouver qu'elles auraient été faites dans le but de faire c condamner une mère innocente. Il faudra également établir, dans * son rapport, quelles sont les lésions qui sont évidemment volont.taires, et quelles sont celles qui pourraient être aussi bien attribuées aux causes accidentelles que nous avons signalées. Il est f enfin des altérations purement cadavériques, qu'il faut savoir rreconnaître. ( Voyez Mort. )

Vers le milieu du dernier siècle, on condamna une sage-femme çqui pratiquait l'acupuncture sur les nouveau-nés, en leur enfonçant une longue aiguille dans le cerveau , ou au commencement lde la moelle épinière, (( dans le seut but, disait-elle dans sa démc fense, dépeupler de plus en plus le ciel. » Déplorable effet Idu fanatisme religieux !

Il est donc indispensable d'examiner scrupuleusement toute la j surface du corps, et si l'on aperçoit une ecchymose, une piqûre^ « We voir si elle ne se continue pas profondément. Belloc rapporte (. [^n'ayant suivi les traces d'une semblable piqûre qui n'avaitqu'une Idemi-ligne de diamètre, il reconnut que l'aiguille avait pénétré • dans le crAne de près de deux pouces 5 que la substance cérébral»-

avait été déchirée, et qu'il y avait du sang épanché dans le ven tricule gauche correspondant et entre les méninges.

Nous avons déjà dit que les contusions, les luxations et le fractures pouvaient être accidentelles. M. Chaussier en donn plusieurs exemples. Il a cité un cas de luxation scapulo-humérale et un autre de cent treixe fractures , sur deux enfans nouveau-n dont les accouchemens avaient été faoiles : à plus forte raison accouchement laborieux pourrait-il être cause d'accidens sembla bles. Il faut donc s'aider d'autres indices, et la gravité des 1 sions peut aussi servir à motiver son jugement.

11 doit être très-rare, si toutefois cela peut arriver, que 1 contraction exercée par le col utérin , ou le cordon entortill autour du cou , déterminent des ecchymoses et des taches brunâ très: MM.Désormeaux , Evratet un grand nombre d'autres prati ciens habiles, ne les ont jamais observées, et M. Clien affirm qu'il n'a jamais rien vu de semblable, quels que fussent les instr mens et les eiforts que l'on fit pour déterminer l'accouchement et qu'il n'a même pas rencontré ces marques dans quinze cas suicide par suspension ; ce qui est certain, c'est qu'une raie b nâtre et livide autour du cou prouverait la strangulation, d'auta mieux qu'il serait en même temps constaté qne la respiration eu lieu.

Une autre cause d'asphyxie est la pression du nouveauentre les cuisses de la mère , et je ne peux citer «ne observatio plus remarquable que celle que j'emprunte à M. Fodéré , où l'o voit la force de la volonté et toute la présence d'esprit se conse ver au milieu des plus cruelles souffrances.

(i Une veuve, âgée de trente ans, était parvenue à cacher grossesse. Le jour qu'elle fut saisie des douleurs de l'enfant ment, ses voisines, au nombre de huit, s'étaient rendues ch elle pour y passer la veillée; cette veuve se plaignit de colique et demanda un petit sceau , qu'on lui apporta ; elle se mit dess pendant à peu près une demi-heure ; puis elle pria une voisi de lui apporler une brique chaude avec un linge , pour qu'elle recouchât et eût les pieds chauds. L'on fit ce qu'elle demandai et elle eut l'adresse de développer la brique et d'entourer av le linge son enfant, qu'elle cacha dans sa paillasse.

OUTRAGES A LA PCDEUR. 61

)> Une sage-femme étant passé par là , on lui raconta l'état de cette femme, et elle se douta de ce qui était arrivé. Elle entra dans la chambre, et découvrit le mensonge. Un chirurgien, chargé d'examiner l'enfant , déclara qu'il n'avait pas respiré, et il fut prouvé qu'il avait eu la tête écrasée au passage entre les cuisses de la mère ; cependant la cour d'assises l'acquitta en la déclarant coupable d'homicide, mais involontairement.

Ne terminons pas cet article sans recommander à tous ceux qui seront appelés à faire un rapport sur l'infanticide, d'indiquer, avec toute l'exactitude possible , les recherches qu'ils auront dû faire complètes , ainsi que leurs résultats 5 car on s'est trop souvent appuyé sur des faits omis ou indiqués légèrement , pour les arguer de faux , et arracher des mères coupables à un juste châtiment.

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