‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 46 sur 97 · HISTOIRE MKDICO-LÉGALE DES BLESSURES · texte numérisé non relu

HISTOIRE MKDICO-LÉGALE DES BLESSURES

tion de la plaie le fit reconnaître, n'infirme nullement la justesse de cette assertion. On a également avancé que les suicides ne se portaient ordinairement qu'un seul coup, quoique les exemple» contraires soient très-fréquens. 11 y a environ quatre ans, dit M. Orfila, que M. G***, habitant de Rouen, fut trouvé mort dans sa chambre , où l'on voyait deux pistolets ; l'un auprès du cadavre, et l'autre dans le lit , qui était à peu près éloigné de six pas. L'enquête, faite à l'instant même, prouva d'une manière évidente, que malheureux jeune homme s'était porté un premier coup de pistol' dans son lit, et que la blessure qui avait été faite à la partie gauche de la poitrine avait brisé deux cotes ; l'une en avant, l'autre en arrière ; le poumon avait été perforé par la balle. Malgré une blessure aussi grave, M. G*"** se leva pour aller chercher un au! pistolet dans une armoire , se porta un second coup au front , mourût sur-le-champ. Les hommes de l'art et les ministres deléj justice, furent tellement convaincus qu'il y avait eu suicide que l'on n'eut point d'idée de faire la moindre poursuite. ( Observation communiquée par le docteur Yingtrinier ). Tous les jours on recueille des observations d'hommes qui se portent plu»' sieurs coups, et même d'armes différentes, dans l'intention d'attenter à leur vie; et j'ai déjà cité l'histoire d'un jeune homme qui s'ouvrit les vaisseaux cruraux, après s'être déjà percé le cœur.

On ne pourrait non plus alléguer contre le suicide la nature de la blessure , quelque douloureuse ou extraordinaire qu'elle parût. M. Fodéré rapporte qu'un maniaque du village de Lanslebourg s'ouvrit le ventre à deux reprises différentes , et en retira ses intestins , qu'il s'amusait à dérouler hors de la cavité abdominale. Le Journal de Médecine de l'année 18 :o a donné l'histoire d'un fou qui, fatigué de ses mouvemens érotiques, commença par s'amputer les testicules , et se mit ensuite dans un bain froid, puis s'amputa encore la verge , et se plonga de nouveau dans le bain, ayant, par ces deux opérations et ces deux immersions, recouvré la sagesse et la santé. La Gazette des tribunaux vient de faire connaître l'histoire d'un homme qui renouvela pendant onze jouis ses tentatives de suicide, en s'enfonçant une alêne dans la poitrine, et qui finit par se donner un coup de couteau pour hâter sa mort.

lLa comparaison de la plaie avec l'instrument vulnérant a quelcfois fourni des renseignemens précieux, comme le prouve

bbservation suivante de M. Desgranges. Le 8 février 179a,

anuel D*¥*, âgé d'environ trente ans , s'enivre dans un cabaret

Il environs de Morges (en Suisse). Il ne se relire qu'à onze heudu soir, se soutenant à peine , et ayant une demi-lieue à faire r un froid très-vif, et un chemin couvert de neige. Le lendein, on le trouve mort sur le bord d'un fossé , à peu de disice de son domicile : le bruit court aussitôt qu'il a été assassiné; l'on désigne déjà le coupable. M. Desgranges , ayant été chargé

1 l'examen du cadavre , reconnut qu'il n'existait aucune trace coups, meurtrissures, ni violences quelconques. Mais en soûlent la tête, on aperçut une plaie oblique , à la hauteur du larynx ; e était plus évasée et plus ample en dedans, que ne semblait comporter l'incision extérieure. Cette blessure ne se rapportant ucun des instrumens connus et d'un usage familier, on jugea 'elle avait pu être faite par un perçoir ou tarière, avec lequel

miel était sorti du cabaret, portant cet outil de fer sous le s , le manche tourné en arrière. On le trouva près de lui teint

■•sang, et comme il s'adapta parfaitement à la blessure, l'on îjectura que celle-ci avait eu lieu dans une chute, et que les uvemens conrulsifs du blessé l'avaient éloigné; présomption i fut reconnue de tonte justesse.

Si l'accusé prétendait pour excuse que le blessé s'est lui-même cipité sur une arme , dontil ne voulait pas se servir, on cornerait la force et la taille des deux individus; car les blessures ont dirigées de haut en bas, ou de bas en haut, selon qu'elles •ont été portées par un agresseur plus grand ou plus petit. On bservé il y a quelques années , à Marseille, la preuve de cette crtion, sur deux hommes d'une taille différente, qui s'étaient, duel, blessés tous deux au cœur. La forme delà blessure peut lquefois aussi lever tous les doutes. M. le docteur Kopp , proeur à Hanau , a publié dans ses Annales de Médecine politij une observation curieuse communiquée par M. le docteur l'ers. « Un meunier est assassiné vers les dix heures du soir , ! le seuil de sa porte, par un boucher; ce dernier prétend oir pus eu le dessein de le tuer , mais avoir seulement menacé

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de non couteau le meunier, dont il avait été maltraité , et qui se disposait à recommencer, lorsqu'un faux pas le fit tomber sur l'instrument tranchant. Une plaie extérieure simple, qui conduisait à deux plaies du ventricule gauche du cœur , séparées l'une de l'autre par un intervalle de deux lignes, démontra que l'accusé, pour se défaire de son ennemi , avait employé la méthode dont on se sert dans le pays pour saigner les animaux , c'est-à-direi qu'après avoir fait pénétrer le couteau dans la crosse de l'aorte, ou dans le cœur, on retire l'instrument, sans cependant le fair» ressortir tout-à-fait de la plaie tégumentaire pour le repion dans le sein de l'animal. » Il était certainement impossible trouver une preuve plus sûre et plus accablante.

Enfin les signes de violence que l'on observe sur le corps, qui indiqueraient une lutte, une résistance , qui ne peut avoft lieu dans le cas de suicide ; la rougeur de la face, qui serait nature à faire présumer l'apoplexie ou l'asphyxie, survenues silice des moyens employés pour étouffer la voix; la quantité sang qui entoure le cadavre salit ses vêlemens , et l'examen plus scrupuleux de la plaie , sont autant de preuves que l'honufl de l'art doit rassembler , et qui , indifférentes au moment di rapport, peuvent acquérir un grand intérêt, par les circonstane imprévues qui sont révélées aux débats.

Examen juridique des blessures.

L'homme de l'art, chargé de l'examen juridique d'une bl sure, doit se rappeler les diverses circonstances que nous venoni de faire connaître, afin que ses conclusions ne puissent être atl quées avec avantage, et que la justicey trouve des éclaiiciss mens plutôt que des sujets de doute. Il faut donc qu'il ait la bl. sure sous ses yeux, ce qui n'est pas toujours possible, pare qu'un bandage a quelquefois été appliqué, et que, dans quel*; quescas,il pourrait être dangereux de lever le premier appâ reil 5 ainsi , une hémorrhagie a été arrêtée par le tamponnempnt, ou la compression, une plaie par instrument tranchant a été léuniepar première intention, et l'on espère une prompte cic Irisation en laissant les parties dans un repos complet , il

■rait (le moine d'une fracture compliquée , si l'on avait déjà rmédié aux principaux aocidens. La levée 'inopportune de appareil pourrait être dangereuse ; on attend alors quelques

urs , en se bornant à indiquer l'état dans lequel on a trouvé le

esse à sa première visite , et les raisons qui ont mis obstacle à n examen plus complet.

M la blessure peut être observée , on commence par détermier dans quelle situation on a trouvé le malade, s'il était levé, .sis ou couché , affaibli ou encore plein de force. On indiquera . nature de la blessure , si c'est une plaie, une luxation, une acture; la partie du corps qui en est le siège ; le tronc ou les

embres , les extrémités supérieures ou les inférieures 5 les diver- ;s complications qui influent sur sa gravité, telles que la pré- ;nce d'un corps étranger , la lésion des nerfs , des vaisseaux , es viscères.

Si c'était une fracture, une luxation, ou une entorse, on élalirait quelles sont leurs causes et leurs caractères , si elles sont mples ou compliquées 5 quel est le membre qu'elles affectent. Si était une plaie dont on dût déterminer les caractères , on la disnguerait , selon l'instrument qui l'aurait faite, en plaie par istrument piquant, tranchant, ou contondant. On noterait sa ituation , à la tête , à la poitrine, aux membres 5 on dirait quelle it sa direction longitudinale, transversale ou oblique 5 le sens ans lequel l'arme aurait été portée, de dehors en dedans, de roite à gauche , d'avant en arrière , ou dans des directions conaires.La plaie est plus ou moins étendue,plus ou moins profonde ; Je intéresse seulement la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, 11 les muscles et les parties dures. Si elle atteint la poitrine ou abdomen, elle est pénétrante ou non pénétrante, régulière ou

lambeaux : elle est compliquée d'hémorrhagie , de lalésion des erfs, d'un épanchement de bile, d'urine, de matières alimenlires, de chyle; enfin , d'après les caractères qu'elle présente, u juge approximativement de l'époque à laquelle elle a été lite.

Aucune circonstance ne doit être négligée , et il faut beaucoup e sagacité et d'expérience pour ne pas être induit en erreur. En 8-27 , un jeune homme d'une haute stature fut tué à Paris , dans

tin duel au pistolet, par un adversaire beaucoup plus petit que lui : la balle avait pénétré un peu au-dessous de la clavicule droite , et s'était dirigée debaut en bas , et de dehors en dedans, ce qui avait donné, naissance à quelques soupçons de surprise et de trahison. Cependant MM. Breschet , Denis et Prellat, ayantété, chargés par M. le procureur du Roi de donner un rapport sur ce l'ait , démontrèrent que la balle allant frapper obliquement la clavicule, avait été déviée dans sa marche par la résistance de cet os, et que l'obliquité de la plaie, dans le sens que nous avons indiqué , en avait été le résultat.

L'homme de l'art s'occupera ensuite de porter son pronostic, et de prononcer si la blessure est légère , susceptible de guérison en moins de vingt jours , ou si elle est grave et mortelle 5 mais il devra toujours rester dans la réserve obligée de la science , pour ne pas s'exposer à voir ses jugemens démentis par les faits , puisqu'il est une foule de circonstances aggravantes , qu'il est touti'i-fait impossible de prévoir. Il ne négligera cependant aucune des lumières que lui fournit son art , et il invoquera le témoignage et l'autorité des auteurs les plus recommandables.il n'affirmera pas qu'une fracture de crâne , par exemple, sera exempte d'accidens , mais il exposera les raisons qui lui font espérer une prompte guérison , tout en mentionnant la possibilité des complications. 11 est également des blessures que l'on ne pourra qualifier de jnortelles, malgré l'importance des organes qu'elles auront atteint, leur étendue et leur profondeur, parce qu'il suffit qu'il existe un seul exemple de guérison dans des cas aussi désespérés, pour que l'on reste dans le doute, et que l'on se borne à exprimer toutes les causes qui rendent une terminaison funeste excessivement probable.

Quand la lésion est évidemment mortelle , la vérité fait un devoir de le déclarer. Mais il est rare qu'un tel pronostic soit possible pendant la vie du blessé : ce n'est ordinairement qu'après la mor,t , et lors de l'examen cadavérique , que l'on est convaincu qu'il ne restait aucune chance de salut. C'est seulement après avoir acquis celte preuve, que l'on émet un jugement qui porte avec lui la condamnation de l'accusé.

Dans les cas de blessures légères ou moins graves , on délcr-

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