QUESTIONS GÉNÉRALES RELATIVES A L'EMPOISONNEMENT
On donne le nom de poison à toute substance capable de donner la mort, dans les conditions où on l'emploie.
Le devoir du médecin chargé d'un rapport , dans un cas pré-, sumé d'empoisonnement, est de constater l'existence et la nature du poison , ou d'exposer les circonstances qui rendent l'em-r poisonnement excessivement probable , quoiqu'on n'ait pu en saisir la cause matérielle. S'il n'existait aucun indice d'un pareil crime, et que l'on trouvât dans des altérations organiques la raison des accidens observés , on déclarerait que la mort doit leur être attribuée, et l'on détruirait ainsi toute espèce de soupçon d un attentat criminel. Pour porter un jugement éclairé sur ces
circonstances, il faut donc connaître les divers poisons qui ont pu être employés , leurs caractères physiques et chimiques , leurs effets sur l'économie animale, et les moyens de les distinguer, au milieu de substances étrangères qui masqueut leurs caractères, ou dans leurs combinaisons aTec nos tissus. Ces études sont indispensables pour tous les médecins, afin qu'ils puissent satisfaire avec honneur et conscience aux exigences de la science et de la justice.
Mode d'action des poisons sur l'économie.
Chaque poison offre, dans ses effets sur l'organisme, des caractères qui indiquent la classe à laquelle on doit le rapporter, et qui le distinguent comme espèce. Il peut être employé et administré de plusieurs manières. La plus commune est son introduction dans l'estomac , mais il peut être porté dans le rectum , les muqueuses; dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les poumons , par la respiration ( voy. Asphyxie} , ou injecté dans les veines. Tous les poisons n'agissent pas aux mêmes doses , mais » d'après leur degré d'énergie. Quelques grains de striebnine causeraient la mort , tandis qu'il faudrait une assez grande quantité de nitrate de potasse , ou d'un autre corps aussi peu actif , pour déterminer des accidens funestes. Tantôt l'action dn poison est locale, et ne s'étend pas au-delà du contact; tantôt elle ne se manifeste que sur des organes éloignés , tels que les systèmes vasculaire et nerveux , les poumons ; phénomènes qui démontrent que l'absorption a lieu , et que les substances vénéneuses sont mêlées aux fluides circulans , opinion contraire à celle de plusieurs physiologistes , mais qui est mise hors de doute par les expériences suivantes. M. Fodéré, ayant injecté dans l'estomac d'un chien quelques grains d'bydrocyanate ferruré de potasse , examina ses urines , qu'il forçait à s'écouler continuellement , par l'introduction d'une sonde dans la vessie. Dans une première expérience, la présence de ce sel dans les urines fut constatée au bout de dix minutes. 11 suffisait de faire tomber une goutte d'unr solution de sulfate de fer sur du papier imprégné du liquide ex •■rélé, pour lui donner une couleur bleue , que l'on faisait res-
DE l'eMPOISOSKEMENT.
sortir par une autre goutte d'acide hydrochlorique. Dans une autre expérience , la présence de ce sel fut reconnue dans les mêmes circonstances, cinq minutes seulement après son injection dans l'estomac , chez ces animaux , la sérosité du sang veineux et artériel , les reins et les ganglions lymphatiques , la muqueuse bronchique, en contenaient également, comme on le démontrait par l'emploi du sulfate de fer. MM. Tiedman et Gmelin reconnurent également dans le sang du système veineux abdominal, la présence du sulfate de potasse, de l'acétate de plomb, du cyanure de mercure , et de l'hydrochlorate de baryte.
Plusieurs autres substances , il est vrai , n'ont pu être retrouvées dans le sang ou les fluides sécrétés ; mais il est probable alors que les recherches n'étaient pas faites dans un temps convenable; la morphine a été reconnue dans le sang, par M. Lassaigne , dix minutes après l'avoir injectée dans la veine jugulaire d'un cheval; et ce chimiste se convainquit par d'autres expériences que l'on n'en rencontrait plus la moindre trace , lorsque l'on avait laissé écouler cinq quarts d'heure depuis l'introduction du poison.
Indications générales sur les moyens de reconnaître les substances vénéneuses.
Toutes les foi? que l'on rencontre des parcelles encore intactes du poison , il suffit de les essayer par quelques réactifs , pour se convaincre de leur nature ; mais elles peuvent être altérées par leur mélange avec des substances colorées qui changent leurs caractères , et rendent les recherches beaucoup plus difficiles , surtout si le poison est un végétal ou un produit animal; il peut aussi être combiné d'une manière intime avec nos tissus , de sorte que , dans tous ces cas, il faut les plus grands soins et des précautions minutieuses pour n'être pas trompé dans ses recherches. Tantôt on décolore les mélanges avec la poudre de charbon animal , tantôt en se servant du chlore. Quelquefois il faut distiller nu calciner les produits obtenus; et d'ailleurs , les indications que l'on tire des accidens observés , et des expériences négatives que l'on a faites , font connaître le petit nombre de sub-
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stances dont la présence est possible , et les moyens qui restent à employer pour la mettre hors de doute.
Souvent on a recours à des expériences comparatives sur les Animaux pour déterminer si les effets du poison sont les mêmes ,que ceux que l'on a observés, et si les réactifs donnent alors les mûmes résultats ; quoique Ton ait prétendu que l'action des substances vénéneuses n'était pas semblable sur l'homme et sur les animaux, M. Orfila remarque que cette assertion n'est pas exacte , et que les progrès de la toxicologie sont dus à ce que les phénomènes sont identiques et comparables. Ces généralités nous conduisent à des études plus précises.
étude des poisons , leur division et leurs caractères, leur mode d'action sur l'économie j moyens de les
RECONNAITRE ET d'en CONSTATER LA PRESENCE.
Classification des poisons.
La seule division que l'on puisse suivre dans la classification des poisons repose sur leur analogie d'action sur l'économie animale, quel que soit le règne naturel auquel ils appartiennent. Aussi M. Orfila, auquel nous sommes redevables des travaux les plus importans qui aient éclairé la toxicologie, les a-t-il partagés en quatre classes: i° poisons irritons,; a° narcotiques; 3o narcotico-âcres ; 4° et septiques ou putréfions; ordre que nous nous empressons d'adopter.