‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 57 sur 97 · POISONS IRRITANT · texte numérisé non relu

POISONS IRRITANT

Préparations de bismuth.

Le bismuth est solide, d'un blanc jaunâtre , fragile , et d'une ; structure lamelleuse ; il fond facilement à a56<>; il est soluble , dans l'acide nitrique.

Nitrate de bismuth. 11 est sans couleur, très styptique , il est en poudre ou en cristaux qui forment des prismes d'un assez gros volume. L'eau , versée sur ce sel, le partage en nitrate acide et en sous-nitrate (blanc de fard.) Le nitrate acide donne un précipité d'oxide blanc , par la potasse, la soude et l'ammoi iliaque ; de sulfure noir, par l'acide bydrosulfurique et les hy- • drosulfates. Le sous-nitrate est blanc en poudre ou en paillettes i nacrées ; il noircit par l'hydrogène sulfuré. Les oxides et les sels I de bismuth, mêlés à du charbon et calcinés au rouge dans \xn creuset , donnent un culot de bismuth métallique.

Action sur l'économie. Tous ces composés sont irritans. 11 I paraît qu'ils peuvent exercer une influence funeste sur le cœur, lorsque l'on continue long-temps leur emploi.

Préparations cl or.

IIijdrocMorate d'or. Il est d'un jaune orangé très-foncé , i d'une saveur styptique et désagréable \ il cristallise en aiguilles , test déliquescent, et par conséquent très-soluble dans l'eau. Le I proto-sulfate de fer donne , dans la solution d'hydrochlorate i d'or, un précipité brun qui acquiert, par le frottement, les ca- : ractères de l'or; l'hydrochlorate d'étain y fait naître le préci- I pité pourpre de Cassius. L'ammoniaque précipite des flocons td'un jaune rougeâtre; l'acide bydrosulfurique un sulfure brun rouf geâtre. Si ce sel était décomposé par les matières avec lesquelles iil se trouve mêlé, ce qui arrive ordinairement, on obtient l'or >à l'état métallique, en les calcinant.

Action sur l'économie. Il occasionne sur la peau des taches I pourpres qui ne disparaissent que par la chute de l'épiderme: à lia dose d'un dixième de grain, et employé en frictions sur les ; gencives, il est sudorifique et diurétique; il produit de petits

220 poisoî;s imutans.

ulcères sur les membranes muqueuses avec lesquelles il esl en contact.

Préparations de zinc.

Sulfate de zinc. Il est blano, inodore, d'une saveur acre et styptique. Lorsqu'on le calcine avec du charbon , le métal est réduit. 11 se dissout dans deux fois et demie son poids d'eau , à la température ordinaire; il donne alors un précipité d'oxide blanc-verdatre par l'ammoniaque , dont un excès redissout le dépôt. Le sulfure de zinc est noir; l'bydrocyanate ferruré de potasse fait naître dans sa dissolution un précipité bleu foncé.

Action stir l'économie. 11 est torès^rare que ce sel ne soit pas rejeté parle vomissement ; son action est peu énergique.

Préparations de plomb.

Plomb. Est solide, blanc-bleuâtre et brillant : c'est un des métaux les plus mous; il est facilement rayé par l'ongle et il marque sur le papier; il est fusible comme le bismuth.

Acétate neutre de plomb (sel de saturne). Il cristallise en longs prismes à quatre pans ; il a une saveur sucrée qui devient bientôt astringente ; il est efflorescent et très-soluble dans l'eau ; sa dissolution dans ce liquide donne par les alcalis , un précipité de protoxide de plomb hydraté; les acides sulfurique et carbonique forment un sulfate et un carbonate insolubles, l'acide chromique et les chromâtes un précipité jaune-serin.

Pour reconnaître la présence de l'acétate de plomb, dans des recherches sur l'empoisonnement, on doit d'abord se procurer sa dissolution aqueuse et incolore : pour cela on soumet les matières solides à l'ébullition, on filtre les matières liquides , on les décolore par le chlore, et l'on opère sur les liqueurs obtenues avec les réactifs que nous avons indiqués. S'il restait quelque doute, on précipite par l'acide hydrosulfurique, et en mêlant le sulfure de plomb avec du charbon , et faisant calciner le mélange , on obtiont du plomb métallique , ce qui est le complément obligé de pareilles expériences.

Si l'acétate de plomb avait été décomposé et transformé en un composé insoluble , on dessèche les matières que l'on étudie, et

POISONS IRIUTAHS. 221

| en les faisant calciner avec de la potasse et du charbon , le mé- Ii tal est réduit et il suffit de constater ses caractères.

Oxide de plomb. Protoxide {Massicot, Litliarge). Est I] jaune, fusible au-dessus du rouge-brun, et cristallise en lames H jaunes par le refroidissement. Chauffé avec du charbon, il est j ! facilement soluble dans l'acide nitrique.

Deutoxide. ( Minium ). Rouge-jaunâtre , pesant , est égalec ment réduit parle charbon. L'acide nitrique le convertit en j protoxide qui se dissout , et en protoxide pur qui est insoluble.

Sous-carbonate de plomb (Blanc de cèruse). Ce sel est blanc eet pesant, soluble avec effervescence dans l'acide nitrique.

Action sur l'économie. Il serait dangereux de faire usage ede vases de plomb pour renfermer ou préparer des alimens et ddes boissons; ces substances peuvent se charger d'une petite (.quantité d'oxide ou de sels de ce métal, et causer de graves aaccidens. Les personnes qui ont été soumises à des émanations ede plomb et particulièrement les peintres, sont atteintes d'une aaffection remarquable (colique des peintres ) , caractérisée par ddes coliques très-vives, revenant par intervalles, la rétraction ddes parois abdominales qui semblent comme collées sur la co- Monne vertébrale, une constipation opiniâtre et des vomissemens (fréquens. Lorsque les malades succombent, on ne trouve auccune trace d'inflammation dans le canal digestif; les gros intest tins sont contractés revenus sur eux-mêmes , et il est impossible ede découvrir la présence du métal. Lorsque des préparations tde plomb ont été données à des doses un peu fortes , la mort arrrive avec le3 symptômes et les lésions que nous avons décrits. ((Voyez Action des poisons irritans).

V erre et émail en poudre.

On a prétendu à tort que ces poudres étaient vénéneuses ; Mes dissertations de MM. Sauvages etChaussier (Franck) , qui a •rassemblé dans son travail les faits observés par le vénérable iChaussier , son père , démontrent complètement que les acci- Mcns qui peuvent suivre dans quelques cas l'ingestion de ces ) poudres, dépendent entièrement de l'irritation mécanique qu'elles »»ont capables de causer.

POISONS IRMTANS.

Poisons tirés du règne animal.

Cantharides [Mcloe vesicatorius , L. Liita vesicaloria Fuir.). C'est un insecte de la famille des coléoptères hétéromères : il a six à dix lignes de longueur et est d'une couleur vert doré , avec des antennes noires. On le trouve en Europe , mais surtout dans le midi. Pendant les mois de juin et de juillet, lorsqu'on le rencontre réuni en troupes , on le reconnaît de loin à son odeur fétide et pénétrante.

Cantharides pulvérisées. La poudre de cantharides et d'un gris-verdàtre , et mêlé de points brillans d'un très-beau vert. Lorsqu'on la projette sur un charbon incandescent, elle répand une odeur de corne brûlée. Le principe épispastique contenu dans ces insectes est une substance blanche, sous forme de petites lames cristallines, qui se dissout dans les huiles, et l'alcohol bouillant qui en laisse précipiter une partie par le refroidissement , en paillettes cristallines, insolubles dans l'eau. C'est sur cette propriété qu'est fondée la préparation de la teinture alcoholique des pharmacies.

Action sur l'économie. Les cantharides exercent une influence spéciale sur les organes génitaux urinaires , dont on a souvent abusé en se servant de doses trop fortes de cette substance, pour provoquer des désirs vénériens et donner la possibilité de les satisfaire. Lorsque les symptômes d'empoisonnement s'observent, on les reconnaît semblables à ceux des poisons irritans, et en outre, toute la région hypogastrique est douloureuse, les urines sont rouges et brûlantes ; il survient de la dysurie et les hommes sont affectés d'un priapismc douloureux. Les exemples de pareils accidens ne sont pas rares, et l'on a vu un gros de poudre de cantharides mettre la vie dans le plus grand danger et produire des accidens qui eussent été presque infailliblement mortels, sans les secours de l'art. A l'autopsie on observe une inflammation extrêmement vive sur toutes les parties qui ont été touchées ; les signes d'irritation que donne le système nerveux, prouvent que l'absorption a eu lieu.

Les moules provoquent quelquefois de très-graves accidens sans que l'on puisse en assigner la véritable cause. On observe

poisons inniTANS. 223

.alors des vomissemens, et de vives douleurs dans l'abdomen 5 la respiration est difficile, stertoreuse ou convulsive; la suffoca- I tion est imminente} la face est rouge et bouffie, plusieurs parties du corps sont tuméfiées et la peau qui se recouvre quelquefois d'éruptions vésiculaircs et pétéchiales , est le siège d'une i démangeaison insupportable ; les extrémités se refroidissent, le pouls est petit et misérable, les muscles se contractent convulsiv.vement , et la mort survient dans quelques cas.

AI. le docteur Chisholm a rapporté cette observation curieuse, iqque parmi les poissons que l'on pêche dans les mers des Indes- OOrientales , il en est quelques-uns qui deviennent véritables xpoisons depuis le mois de février, jusqu'au mois de juillet. On méconnaît nullement les causes de ce phénomène.

Poisons irritans tirés du règne végétal.

Nous les présentons dans l'ordre des familles naturelles de J Tussieu.

Narcisse des près ( Narcisstis , pseudo narcissus) . Hexunlilrie monogynie, L. Narcissèes, J. L'extrait de cette plante est Lloué de propriétés émétiques très-énergiques ; il est rapidement mortel, à la dose de un à deux gros.

Garou (Daphne gnidensis). Octandrie monogynie , L. Thyviélèes , J. On se sert en médecine de l'écorce et de la racine, en poudre, comme substance vésicante. Un ou deux gros peucent occasionerla mort.

Gratiole. Diandrie monogynie, L. Scropliularièes , J. AI. le . octeur Bouvier a publié quatre observations qui sembleraient t rouver que la décoction de feuilles de gratiole, donnée en latement, peut occasioner tous les symptômes de la nymphomanie; mais M. Orfila pense que cette opinion demande à être confirmée. Les feuilles et l'extrait aqueux de cette plante sont es poisons irritans très-énergiques.

Emétine. C'est un alcali végétal découvert par AI. Pelletier «ans l'ipécacuanha : il est solide, blanc, pulvérulent, peu soans l'eau ; sa solution alcoholique jouit de propriétés alnlines, et forme avec tous les acides minéraux des sels préci-

224 POJSONS IRHITAKS.

piles en blanc sale par la noix de galle. Celle substance est un irritant très-énergique qui provoque de violens vomissemens et devient mortel à la dose de dix à vingt grains.

Staphisaigrb ( Delphi nium staphisagriu ) . Polyandrie irvyynic, L. Renonculacèes ,3. La graine réduite en poudre et donnée à la dose d^ine once tue les chiens en quarante ou cinquante heures. Elle doit ses propriétés vénéneuses à un alcali végétal, découvert par MM. Lassaigne et Ferneulle , auquel ils ont donné le nom de Delphine; cette substance est solide, blanche, pulvérulente et opaque lorsqu'elle est sèche; elle est cristalline lorsqu'elle est humide ; insoluble dans l'eau , elle se dissout facilement dans l'alcohol et l'éther. L'acide nitrique la colore en jaune, ce qui la distingue de la strichnine et de la brucine , que cet acide colore en Touge. Les sels de Delphine sont solubles et plus délétères que l'alcali à l'état de pureté; six à dix grains produiraient la mort , qui est précédée de vertiges et de mouvemens convulsifs.

Anémone. Pulsatille , Polyandrie polygynic, L. Renonculacèes, J. Les feuilles et la racine de cette plante, ainsi que son extrait aqueux, agissent à la manière des poisons irritans énergiques. Les feuilles perdent de leur vertu par la dessiccation.

Renoncule acre, polyandrie monogynie, L. Renonculacèes, J. Les ffiuil les, le sue qu'on en retire , et l'extrait aqueux de la tige sont des irritans très-violens.

Chelldoine. ( Clielidonium majus. ) Polyandrie monogynie, L. Papavèracèes, J. Les feuilles, leur extrait et celui de la plante enflamment violemment les parties sur lesquelles on les applique : mortels à la dose de plusieurs gros.

Gomme outte. Suc résino-gomraeux , obtenu par incision , des feuilles et des racines du Guttœfera vera. Polygamie monoccie, L. Qui vient de Ceylan. Administrée en médecine à la dose de vingt grains, elle est fortement purgative : deux gros causent la mort des ohiens les plus robustes en moins de vingt-quatre heures , lorsque l'on a la précaution d'empêcher le vomissement.

Ruus radicans. Pentandrie digynie, L. Têrêliinthacèes, J. L'observation démontre que les gai qui se dégagent des feuilles

-vie cette plante lorsqu'elles ne sont pas exposées an soleil, innt très-vénéneux : lorsqu'on les recueille et que l'on y plonge -es mains, ils déterminent la chute de l'épiderme. Il en est. de jiinême lorsque l'on touche les feuilles; celles-ci , ainsi que leur krxtrait aqueux , donnés à la dose de deux à trois gros, occasiontent la mort à la manière des autres poisons irritans, et paraissent en outre jouir d'une action stupéfiante sur le système laerveux.

Ricïk. Ricinus communù , palma christî.) 3Io?wccie monay 'eljjhie, L. Euphorbiêes , J. Les graines fournissent une huile i ont on administre une à deux onces comme médicament laxaj if ; introduites dans l'estomac à la dose de un à deux gros , elles ; ont susceptibles de provoquer des accidens.

Pjgnox d'inde. (l'est la graine du médicinier calhaTtique. (Ja~ m 'opka cweasf croton tigliùm.) Tithymaloïdes, J. Cette graine |t t l'buile que l'on en retire et que l'on nomme huile de Croton fcglium, produisent des purgations extrêmement violentes, à la fcoose de quelques grains de la première , et de quelques fractions |eî grains delà seconde.

Euphorbe. Substance gommo-résineuse , obtenue par incision lees plantes du genre euphorbia. Les espèces dont on la retire m nt E. offi cinarum. E. Antiquorum. E. Ccmariensis. {Dodémmdrie irùjynie, L. Tithymaloïdes, J. Employée comme purîitive à la dose de quelques grains ; elle cause une inflammation wstro-intestinale mortelle à la dose de un à deux gros, i EtATEmuM (Momordica elaterium.) {Concombre sauvage.} Ifonoëcic synyénêsie, L. Cucurbitacées, J. Cette plante est felèbre en botanique par la propriété qu'ont ses fruits , lorsrVils sont parvenus à leur maturité, de lancer au loin les îaines qu'ils contiennent et le suc qui les entoure. On s'est trvi en médecine de la racine et du fruit; on fait un extrait rec le suc de ce dernier. A la dose de deux ou trois gros, il peut ^ terminer la mort.

IBryowe. (Bryonaalba ou dioiea.) Monoëcie syngénèsie, L. uteurbitucées , J. On emploie en médecine sa racine comme nrgative; elle détermine des accidens graves et môme funestes, » a dose de un a deux gros.

226 POISONS NAIICOTIQOES.

Coloquinte. (Cucumis colocynthis.) Monoëcie syngêncsieA L. Cucurhitacèes , J. On ne se sert que du fruit qui entre danb la composition de plusieurs préparations purgatives ; son action est très-énergique , et il peut devenir mortel à la dose de un à trois gros.

Sabine. (Juniperus sdbina.) Dioôcio monadelphic, L. Conifères, J. On emploie les feuilles de sabine en poudre ou en infu-j sion dans l'eau. Elles sont regardées comme un violent emméuagogue.

Il est encore un assez grand nombre d'espèces végétales qui ; jouissent de propriétés irritantes , telles qu'une foule de renon-' cules , la jouharle des toits ( sedum acre) , plusieurs clématites et rhododendron , la couronne impériale ( fritil/aria imperialis) , la pédiculaire des marais (pedicularis palustris), plusieurs arum. Mais nous avons étudié les plantes les plus» remarquables, celles dont l'action est la plus énergique, et il 11 suffit d'appliquer les détails dans lesquels nous sommes en très jp sur les symptômes et les lésions qu'elles produisent, ;i ces der nières espèces , pour en connaître l'histoire.

Page 1