CLASSE DEUXIÈME
Poisons narcotiques.
La plupart des poisons narcotiques, dont nous allons tracer l'histoire, sont employés en médecine comme niédicamens, et leur nom est l'expression de leur mode d'action, puisqu'il dé- >e rive du grec narkb , qui signifie engourdissement, torpeur, « assoupissement. Quelle que soit la manière dont on les donne J| qu'ils aient été introduits dans l'estomac ou le rectum, dau^l les vaisseaux , les séreuses ou le tissu cellulaire, ils déterminent! toujours les mêmes symptômes.
Donnés à des doses capables de causer des accidens gravesl et funestes , on observe qu'ils agissent primitivement sur l'en-1 céphale et la moelle épinière , dont ils troublent et paralysent les fonctions. Les individus soumis à leur influence éprouveni de l'engourdissement et de la pesanteur de tête, tombent dan
^assoupissement, et succombent à un sommeil insurmontable; tr. s sont dans un véritable état apoplectique. D'autres voient |i augmenter toutes leurs facultés, leur imagination s'allume, j niisils ont des vertiges , sont pris d'un délire gai ou furieux ; fcùentôt des douleurs, qui n'étaient que légères, deviennent Insupportables, ils jettent des cris plaintifs et s'agitent convull< vement. Les membres plient, et n'offrent plus de résistance, b i paralysie suit la faiblesse , les impressions ne sont plus ressenties, la pupille est contractée ou dilatée ; le pouls acquiert jfe la plénitude et delà dureté; souvent ralenti , il offre quelquefois de la fréquence. Quelquefois on remarque des nausées ■ ides vomissemens; la respiration devient lente et sterloreuse, ■ail fréquente et incomplète, la torpeur apoplectique fait des Inrogrès, on n'aperçoit plus que quelques mouvemens convulsifs linTtiels ; ils cessent, et la mort est arrivée.
À l'autopsie, on trouve une forte congestion du ceTveau et de 1res membranes, le cœur est mou et flasque, le sang noir et liuiide, quoique l'on ait remarqué qu'il était quelquefois coagulé l*en de temps après la mort 5 les poumons sont gorgés de sang , |U le corps reste long-temps chaud et flexible ; le canal gastroïmtestinal n'offre aucune trace d'inflammation.
Opium (Opium thebuicum ).
On nomme ainsi le suc des capsules du papnver somniferum , . ., que l'on obtient par incision; il est solide, noirâtre, ou
'un brun-rougeàtre, d'une consistance molle, il doit se laisser i' cilement ramollir sous les doigts, son odeur est forte et désarréable ; on l'exprime par le nom de viveuse , sa saveur est âcre, emère et nauséabonde.
Un grand nombre de chimistes ont analysé cette substance , tans laquelle on sépare une matière saline particulière , aperçue iar M. Desrone, et que l'on nomme sel de Desrone , ou nurec- *ne. Une autre base alcaline dont l'histoire est due à M. Serwerner, et qui avait été entrevue, en i8o4 , par M. Séguin ; de «acide méconique, de l'huile fixe, de la résine et de la gomme,
; une matière qui partage quelques-unes des propriétés du taoutchouc.
M. Ilarc a proposé un nouveau procédé pour découvrir de! très-petites quantités d'opium : il est fondé sur la propriété que possède l'acide méconique , de précipiter par les sels de plomb, et de donner une belle couleur rouge avec les sels de tritoxide de fer. On verse quelques gouttes d'acétate de plomb dans le liquide qui contient la préparation d'opium , et l'on précipite ainsi tout l'acide méconique. Cette opération est assez longue , et n'est souvent terminée qu'au bout de douze heures. On sépare le précipité , et on le dissout dans quelques gouttes d'acide sulfurique étendu ; on y ajoute une quantité à peu près égale de sulfate de tritoxide de fer, et l'on obtient un méconate de fer d'un très-beau rouge.
Comme il est prouvé aujourd'hui que les propriétés de l'opium dépendent de la narcotine et de la morphine qu'il renferme, on peut juger à priori de l'énergie de ses préparations , d'après les procédés que l'on suit pour les obtenir. Leur action sera d'autant plus énergique, qu'elles contiendront une plus grande proportion de ces alcalis.
Pour procéder avec méthode, et par voie d'analyse, il est nécessaire que nous commencions par leur histoire.
Morphine.
A l'état de pureté, elle est solide, incolore, sans aucune odeur, elle cristallise en prismes rectangulaires à quatre pans , d'une transparence légèrement opaline ; presqu'insoluble dans l'eau , dans l'éther , et dans les huiles fixes ; l'alcohol bouillant en dissout une grande proportion , dont il laisse déposer la majeure partie par le refroidissement. Cette solution ramène au bleu le papier de tournesol. Jetée sur des charbons incandescens , elle fond avant de se décomposer , se comporte comme un alcali avec les acides qu'elle sature , et prend une très-belle couleur rouge lorsque l'on verse sur elle quelques gouttes d'acide nitrique.
Acétate de morphine. Ce sel est inodore, d'un blanc grisâtre, extrêmement déliquescent; aussi est-il fort difficile de l'obtenir cristallisé. 11 est trcs-soluble dans l'eau et l'alcohol ; l'ammo-
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iliaque en précipite la morphine, mais la rédissout lorsqu'on l'emploie en excès; aussi , pour donner de la certitude à son expérience, est-il nécessaire de faire évaporer la dissolution , et de chasser ainsi l'excès d'ammoniaque. L'acide sulfurique dégage l'acide acétique, et il se forme un sulfate; l'acide nitrique donne une belle couleur rouge. L'infusion de noix de Galles versée en petite quantité, donne un précipité blanc grisâtre qui se dissout facilement , pour peu que l'on y ajoute de l'eau ou un excès d'infusion.
M. Lassaigne a fait connaître un fort bon procédé pour découvrir l'acétate de morphine , qui serait mêlé aux matières des vomissemens , ou à celles que renfermerait le tube digestif. On filtre ces liquides, et après les avoir légèrement desséchés au sain marie, on les traite par Palcoliol bouillant à 36<>. Les graisses ît l'acétate de morphine sont dissous; la solution est de nouveau évaporée en consistance d'extrait que l'on traite par l'eau {ui , sans action sur les graisses, s'empare du sel de morphine, t le laisse déposer en cristaux lorsqu'elle est convenablement vaporée.
Dans le cas où la solution d'acétate de morphine qui est obanue en traitant par l'eau le résidu alcoholique de l'expérience récédente serait colorée en jaune ou en brun, on devrait préipiterles matières colorantes par l'acétate de plomb, la liqueur Urée ne contiendrait plus que le sel de morphine, et un excès 'acétate de plomb , que l'on décomposerait par quelques bulles ?gaz acide hydro-sulfurique. L'excès de ce dernier serait chassé nr la chaleur, et en filtrant la liqueur sur du charbon , on obendrait une solution incolore d'acétate de morphine , qu'il durait d'évaporer pour qu'il se déposât des cristaux. Ces nomyeuses manipulations devraient être exécutées avec les prei.utions les plus minutieuses , et si l'on opérait sur de très-pe- :es quantités de sel de morphine, elles ne donneraient aucun sultat.
Action sur l'économie. La morphine , malgré son insolubilité ns l'eau, provoque à peu près les mêmes accidens que son étale lorsqu'elle est portée dans l'estomac ; probablement 'elle se combine à des acides contenus dans ce viscère. Les
personnes soumises a l'action de cette substance , à des doses trop faibles pour causer l'empoisonnement, présentent de la céphalalgie, de la rougeur de la face et des yeux, des étourdissemens et des vertiges. « La pupille est contractée dans les dixneuf vingtièmes des cas , à moins que l'action ne soit violente } car alors il y a quelquefois dilatation de la pupille (Orfila) . » L'affaiblissement et l'engourdissement sont généraux , il survient des nausées et des vomissemens , les muscles sont agités de contractions convulsives, l'abdomen est sensible et douloureux; la constipation constante, mais quelquefois subitement remplacée par de la diarrhée ; l'émission des urines et difficile , le pouls perd de sa fréquence, la peau devient le siège de démangeaisons , que M. le docteur Bailly regarde comme tellement constantes, qu'il n'oserait pas affirmer, dit-il, qu'un individu fût empoisonné pas la morphine, s'il n'avait pas éprouvé de démangeaisons à la peau.
Lorsque l'on augmente la dose de cette substance ou de l'acétate de morphine , et qu'on la porte de cinquante à cent grains, on détermine la mort chei des chiens d'une forte stature, avec tous les symptômes d'une violente excitation encéphalo-rachidienne , tels qu'une vive sensibilité au moindre contact , l'affaiblissement et la paralysie des extrémités , des cris plaintifs et des convulsions. Ces préparations ont une action beaucoup plus marquée , lorsqu'elles sont injectées dans les veines , ou portées dans le tissu cellulaire. Trente ou quarante grains suffisent alors pour provoquer les mêmes accidens.
Il résulte d'une expérience de M. Desportes , qui a soumis une poule à l'action de l'acétate de morphine, dent chaque jouril augmentait la dose , ayant commencé par un huitième de grain , et l'ayant portée jusqu'à 36 grains , dans un intervalle de a5 jours, pendant lequel l'animal prit 6 gros et 53 grains de ce sel , que le phénomène dominant a été l'irritation gastro-intestinale ; que le narcotisme ne survenait que pendant une ou deux heures , et seulement lorsque la quantité de poison était augmentée ; car les jours où l'on donnait la même dose que la veilleil n'y avait aucun symptôme de narcotisme ; et qu'il serait pos sible que l'usage de l'acétate de morphine, long-tpmps continué.
causât la mort, par l'accroissement de la phlegmasie intestinale , sans occasioner aucun phénomène incontestable de narcotisme.
Toutefois le travail de 31. Bailly sur l'acétate de morphine , les expériences de 31. Chevallier, pharmacien, qui s'est courageusement soumis à l'action de ce sel pour en mieux observer les effets , et une foule d'autres observations établissent qu'il y a irritation et congestion de l'axe eérébro-spinal , et que ce der-
i nier phénomène explique les vertus calmantes et somnifères que l'on attribue à l'opium.
A l'autopsie , on ne rencontre souvent aucune altération manifeste; dans d'autres cas, on observe une forte congestion san-
i guine de l'appareil encéphalique , et 31. Flourens , a particulièrement signalé l'existence d'une effusion sanguine sur les lobes cérébraux des oiseaux qu'il avait empoisonnés par l'opium. Le
■ sulfate et Thydrochlorate déterminent les mêmes accidens que l'acétate de morphine.
Narcotine (sel de Derosne).
Cette substance est solide , blanche, sans la moindre odeur, et insipide. Elle est très-soluble dans l'éther , beaucoup moins dans l'huile d'olive ou d'amandes douces, elle ne manifeste aul cune propriété alcaline , se dissout bien dans les acides ; le nitrique ne la colore pas en rouge , comme la morphine, mais en jaune.
Action de la narcotine sur V économie. M. Bailly, qui s'est | livré à de nombreuses recherches sur les effets de la narcotine , . a pu donner cette substance à la dose de 120 grains par jour | sans provoquer d'acciden s ; et en ayant essayé l'emploi sur douze (paralytiques qui étaient extrêmement sensibles à l'action d'une : très-petite quantité de strychnine , il ne détermina que de léfgers vertiges chez l'un d'eux , en leur en faisant prendre i5 ggTains , matin et soir. Il résulte d'un assez grand nombre d'ex- \ périences que , dissoute dans l'acide hydrocblorique ou nitrique, 1 la narcotine , peut être donnée à des chiens à la dose de 5o à 1 60 grains, sans qu'ils en éprouvent d'accidens , tandis qu'elle
produit une vive excitation et la mort, lorsqu'elle était dissoute dans les acides acétique ou sulfurique, et donnée à la dose de 3o ou 4o grains. On observe alors des convulsions qui se renouvellent à de courts intervalles; la tûte est renversée en arrière, et la faiblesse trop grande pour que les animaux puissent se soutenir ; ils tombent de côté , poussent des cris plaintifs , et périssent huit ou dix heures après l'ingestion du poison. La narcotine , dissoute dans l'huile , détermine la mort à la même dose , ou môme à une dose plus faible, en jetant les animaux dans une profonde stupeur.
L'autopsie fait découvrir une vive irritation du canal intestinal , et une forte congestion encéphalo-méningienne.
Action de l'opium sur l'économie. Rien de plus variable que les symptômes attribués par les auteurs à l'empoisonnement par l'opium, et quoique l'on fasse, en médecine, un usage continuel de cette substance , on est encore loin d'être d'accord sur ses effets. Quelques auteurs ont voulu les expliquer par les propriétés différentes de la morphine et de la narcotine , en présentant la première comme éminemment calmante , tandis que la seconde produirait seulement l'excitation. Mais les expériences sur les animaux et l'observation sur l'homme contredisent complètement cette séduisante théorie; et en admettant que la narcotine ne détermine pas l'assoupissement et l'état apoplectique, il n'en resterait pas moins démontré que la morphine la plus pure occasionne des convulsions, du délire , des cris plaintifs, qui ne paraissent pas propres à mettre hors de doute sa vertu sédative. L'opium, donné en nature, produit de l'assoupissement ou de l'insomnie , selon la dose à laquelle on l'administre , et le grand nombre d'explications que l'on a données de ces phénomènes prouvent toute leur incertitude. Voici toutefois l'opinion qui nous paraît le plus près de la vérité , celle qui est professée par un assez grand nombre d'auteurs. L'opium , les principes qu'il renferme et ses diverses préparations provoquent toujours une congestion cérébrale qui cause cette exaltation intellectuelle, ce surcroît de vie, ce vif sentiment de bien-être qu'éprouvent ceux qui en font un usage habituel , lorsqu'ils se bornent à en prendre de faibles doses. Si la congestion augmente , les fa-
cultes sont perverties , et tous les signes d'une vive irritation apparaissent , délire, cris plaintifs, rêvasseries , images effrayantes , mouvemens convulsifs , contraction de la pupille. La congestion est-elle encore portée à un plus haut degré ? Symptômes apoplectiques , relâchement des muscles , paralysie des extrémités inférieures, parce qu'elles sont plus éloignées du centre nerveux, et que l'innervation ne leur arrive plus, le cœur et la poitrine ralentissent leurs mouvemens , et la face est congestionnée , parce que l'irritation , qui appelle le sang au cerveau , s'étend à toute la tête. Cependant la face est pâle lorsque les mouvemens du cœur se ralentissent plus tôt que ceux de la respiration. La mort ne tarde pas à survenir.
Ici comme dans toutes les actions organiques, nous n'apercevons que les phénomènes apparens ; les modifications plus profondes nous échappent, et nous sommes obligés d'établir des relations de cause et d'effet entre des faits qui sont peut-être complètement indépendans.
Je transcris ici une observation publiée par M. Barbier , d'Amiens, qui me paraît l'expression la plus constante de l'empoisonnement par l'opium. <i Une jeune fille, âgée de quatre ans , avala , le matin à sept heures , deux gros de liqueur d'opium de Chaussier, au lieu de vin d'ipécacuanha. Une heure après, il y eut de l'agitation , des cris, des convulsions bien prononcées ; ces convulsions se renouvelaient de temps en temps ; à onze heures moins un quart , la malade était dans l'état apoplectique , et offrait les symptômes suivans : Figure gonflée d'une couleur violacée , paupières supérieures tombantes , yeux entr 'ouverts , langue et lèvres d'un violet foncé , pléthore capillaire bien prononcée , tous les muscles dans une paralysie complète , tête pendante ainsi que les membres ; déglutition nulle ; on ne sentait le pouls que par momens, et il était très-petit; la chaleur animale semblait s'éteindre par degrés , les membres étaient froids , respiration lente et entrecoupée de soupirs , mort à deux heures sans aucune réaction.
Autopsie. Le sang ruisselait à la surface de la dure-mère, l'arachnoïde était gonflée par une sérosité qui formait comme une couche sur toute la surface du cerveau. Les vaisseaux gros
et gorgés de sang formaient un réseau très-compliqué autour de l'encéphale et de la moelle alongée qui étaient fortement congestionnés. On trouva une cuillerée de sérosité dans chaque ventricule. 11 y avait dans la cavité encéphalique une surabondance de sang bien marquée; il en restait , après avoir enlevé le cerveau et le cervelet , un grand verre à la base du crâne : tous les autres organes étaient sains.
Le célèbre Réaumur a rapporté , dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, une observation d'empoisonnement par l'opium , arrivé au Caire. Dans l'intention d'endormir un de leurs camarades, des jeunes gens lui donnèrent , à son insu, un drachme d'opium dissous dans un verro de vin ; quelques heures après le jeune homme montre beaucoup d'exaltation , puis est pris de délire et d'un profond assoupissement. Le lendemain, on le trouva sans pouls, livide , la bouche fermée et mourant. 11 expira quinze heures après avoir pris l'opium. Son cadavre était couvert de tumeurs livides de la grosseur du poing, et qui étaient remplies de sang extravasé.
Jusquiame. ( Ityosciamus niger.) Pentandrie monogynie , L. Solanées , J.
Action sur Féconomie. Les médecins ordonnent quelquefois la poudre de jusquiame , ou son extrait , lorsqu'ils veulent agir sur le cerveau et tout l'appareil nerveux ; ses préparations commencent par provoquer de la céphalalgie et du trouble dans les perceptions ; la vue est confuse et affaiblie , le sommeil agité par des rêvasseries; il survient des vertiges, un larmoiement continuel ; si l'on continue à élever les doses de cette substance, l'on voit paraître des nausées et des vomissemens , des secousses convulsives , du délire ou un désordre plus ou moins marqué dans les idées, le caractère; on rapporte que deux époux qui avaient toujours vécu en parfaite intelligence, avaient des accès de colère et se querellaient vivement tOHtes les fois qu'ils étaient réunis dans une des pièces de leur maison. L'on découvrit que ce changement d'humeur était causé par des exhalations d'un paquet de graines de jusquiame , qui se trouvait dans l'appartement et qui était échauffe par le poêle. Dans les cas où les accidens sont plus graves , (in observe
L'assoupissement, l'état apoplectique , ou une stupeur marquée, et la mort. M. Runga , docteur de l'Université de Berlin , a indiqué un nouveau moyen pour s'assurer si l'empoisonnement a eu lieu par cette plante , la belladone ou la pomme épineuse. Il suffit de toucher la conjonctive d'un chat avec un liquide qui contienne quelques traces de ces végétaux, pour que la pupille offre aussitôt une dilatation très-marquée, phénomène qui ne peut être produit par aucun autre corps connu. On trouve, à l'autopsie des signes de légère phlogose du tube digestif et l'injection sanguine de l'appareil encéphalo-rachidien.
Les exemples d'empoisonnemens par cette plante sont trèsnombreux , et l'on a souvent pris ses feuilles radicales pour des feuilles de chicorée, et ses racines pour celles du panais.
Laitue vrRBusE. Chicoracécs , J. On l'emploie en médecine à oause de ses propriétés calmantes : elle a une action moins énergique que l'opium , mais elle a sur lui l'avantage d'être beau- 30up moins excitante. Trois ou quatre gros de l'extrait de cette plante pourraient causer des accidens mortels.
Solaninb. Substance alcaline découverte en 1821 par M. Désosses , et retirée des baies de la morelle , et des fruits et de la ;ige de la douce-amère. Elle est blanche , pulvérulente et inolore, soluble dans l'alcohol, susceptible de neutraliser les acides ;t de former avec eux des sels solubles.
M. Desfosses compare son action à celle de l'opium, et il l'a me , à la dose de quelques grains , causer des vomissemens , de a somnolence et un assoupissement profond pendant plusieurs îeures.
Plusieurs autres végétaux jouissent de propriétés à peu près malogues, quoique moins énergiques, tels sont diverses espèces le solanum;, le taxus haccata , etc.
Acide utdboctanique. Cet acide est composé de carbone, d'aote et d'hydrogène ; on le nomme aussi acide prussique. Celui ui a été décrit par Schèele est étendu d'eau; celui de M. Gay- .ussac est pur. A la température ordinaire il est liquide , transirent et incolore; son odeur est si forte qu'elle occasionne nstantanément de la céphalalgie et des étourdisssmens ; répandue dans une grande proportion d'air, elle rappelle celle des
amandes amères d'une manière très-prononcée. Ce liquide est trcs-volatif et décomposable en peu de temps; lorsqu'on l'abandonne à lui-môme , il perd sa transparence et se noircit ; il brûle avec flamme lorsqu'on l'approebe d'un corps en combustion ; sa propriété caractéristique est de former du bleu de Prusse lorsqu'il est peu étendu d'eau et mis en contact avec de la tournure de fer. 11 en est de même lorsqu'on le mêle avec une petite quantité de solution de potasse et quelques gouttes de persulfate de fer ; la liqueur prend une belle couleur bleue , et il se précipite bientôt du bleu de Prusse.
M. Lassaigne , dont nous avons déjà cité plusieurs fois les travaux , a donné un moyen de reconnaître cet acide dans un liquide qui n'en contiendrait que le vingt millième de son poids; il faut pour cela le saturer avec un peu de potasse , on ajoute une solution de deuto-sulfate de cuivre , dont une partie est précipitée par la potasse , et il suffit de verser quelques goutte» d'acide hydrochlorique , qui dissout l'oxide de cuivre, pour que la- liqueur prenne un aspect laiteux plus ou moins marqué, caractéristique de la présence de l'acide hydrocyanique.
M. Lassaigne a encore /ait une remarque assez importante, c'est que cet acide est indiqué par le deuto-sulfate de cuivre presqu« immédiatement , tandis que l'action du persulfate de fer n'est opérée qu'au bout de quelques heures , de sorte que l'apparence laiteuse de la liqueur a disparu , bien avant que le bleu de Prusse ne commence à se produire.
M. Orfila a aussi proposé dernièrement un réactif propre à indiquer cet acide et à en constater la quantité : c'est le nitrate d'argent. Le cyanure d'argent qui se forme est blanc, cailleboté , lourd , insoluble à froid dans l'acide nitrique , soluble dans cet aci'de bouillant et dans l'ammoniaque. Ce cyanure lavé et séché donne la quantité d'acide hydrocyanique ; il suffit pour cela de connaître sa composition.
Action sur V économie. Les expériences de MM. Coulon , Emmert , Robert , Orfila et Magendie , ne laissent aucun doute sur l'action excessivement vénéneuse de ce poison. Yoici comment s'exprime M. Magendie: « L'extrémité d'un tube de verre trciupé légèrement dans un flacon contenant quelques gouttes
i d'acide prussiqucpur ( ou hydrocyanique) , fut transporté dans da gueule d'un chien -vigoureux : à peine le tuhe avait-il touché Ja langue que l'animal fit deux ou trois grandes inspirations précipitées et tomba roide mort. Il nous fut impossible de trouver dans ses organes musculaires aucune trace d'irritabilité.
Dans une autre expérience quelques atomes d'acide ayant été > appliqués sur l'œil d'un chien, les effets furent presque aussi soudains que ceux dont je viens de parler et d'ailleurs semblables.
Une goutte d'acide étendue de quatre gouttes d'alcohol ayant ■été injectée dans la veine jugulaire d'un troisième chien , l'ani- :mal, à l'instant même, tomba mort comme s'il eût été frappé d'un tboulet ou de la foudre.
En un mot, l'acide prussique pur est, sans aucun doute , de ttous les poisons connus, le plus actif et le plus promptement crnortel ; sa puissante influence délétère nous permet de croire ce çque les historiens rapportent du coupable talent de Locuste , et rrend moins extraordinaires ces empoisonnemens subits si comimuns dans les annales de l'Italie. »
Lorsque l'on donne l'acide bydrocyanique à des doses trop I faibles pour causer instantanément la mort, on observe une fgêne momentanée de la respiration , quelques convulsions, des I paralysies partielles ou générales , de la douleur vers l'estomac , l des vomissemens et des déjections fréquentes. La contractilité i et la sensibilité s'affaiblissent , et les animaux périssent en i présentant les différens degTés de narcotisme.
Lorsque les effets de ce poison ont été prompts et rapidement : mortels , on ne découvre aucune lésion sur les points de l'économie a\ec lesquels il a été mis en contact. Les veines sont égorgées d'un sang noir et épais , et les tissus exhalent une odeur • d'amande amère; la pile ne parvient à déterminer aucune contraction musculaire. Ce qui prouve que la contractilité et toute innervation sont incomplètement anéanties.
L'acide hydrocyanique existe dans plusieurs végétaux , tels que le laurier cerise , le pêcher et le mérisier à grappes , ainsi que dans les amandes amères : c'est à sa présence qu'il faut attribuer la mort des insectes qui vont sucer les fleurs du laurier-cerise ;
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l'eau distillée de ces plantes détermine l'empoisonnement chez les animaux et chez l'homme , comme on en possède des observations nombreuses et authentiques , et les propriétés médicinales du lait d'amandes amères dépendent certainement de cet acide. Quels que soient les préparations dans lesquelles il serait contenu , on pourra toujours le reconnaître à son odeur et à sa propriété de former du bleu de Prusse , lorsqu'on le mêle avec un peu de persulfate de fer.