‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 61 sur 97 · CLASSE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CLASSE QUATRIÈME

Poisons sceptiques ou pulrê/ians.

-Les altérations caractéristiques de ce genre d'empoisonne- K ent sont celles des liquides, qui, portant leur influence délé- .re sur les principaux organes de l'économie, suspendent leur

jeu, occasionnent une. prostration extrême, des lipothymies, des syncopes, et déterminent la mort. Ordinairement l'intelliligencc conserve toute son intégrité.

A l'autopsie, on remarque des taches livides et gangréneuses à la surface du corps, le canal digestif en présente de semblables dans différens points de sa longueur, le cœur est flasque, affaissé, les gros troncs veineux sont gorgés d'un sang noir et fluide sans caillots fibrineux.

On range parmi les poisons de cette classe , le gaz hydrogène sulfuré (Voy. Asphyxia , p. 198), la vipère commune , le serpent à sonnettes , le scorpion d'Europe , la tarentule , ainsi que les matières animales en putréfaction , ou lorsqu'elles ont subi une altération particulière , dont on ne peut encore assigner la nature, comme le pensent MM. Orlila et Cadet Gas- | sicourt.

M. le docteur Kerner, médecin à Weinsberg,a publié un I travail très-intéressant sur les empoisonnemens mortels qui ar- I rivent fréquemment dans le Wurtemberg , par l'usage des houdins fumés . Leurs propriétés vénéneuses dépendraient, selon; I cet auteur, d'un commencement de décomposition putride. Les personnes qui avaient fait usage de ces alimens éprouvaient, communément, au bout de vingt-quatre heures , une douleur aiguë et brûlante à l'épigastre, des vomissemens sanguinolens et des syncopes fréquentes. Le pouls était lent et petit, à peine sensible, la respiration gênée, la vue troublée, les pupilles dilatées et immobiles; la peau froide , sèche , et presque insensible. ; la voix était altérée , ou complètement perdue, et les ] malades expiraient le deuxième ou le troisième jour, dans une extrême prostration, ou après quelques légers mouvemens con- j vulsifs. Dans la plupart des cas d'empoisonnement qui furent observés, l'intelligence persista jusqu'au dernier moment; quelquefois, cependant, il survint du délire et de véritables accès d'hydrophobie.

A l'autopsie, on rencontrait de larges plaques gangréneuses dans toute la longueur du tube digestif, et le ramollissement de la muqueuse gastrique ; le cœur était flasque et affaisse , et la membrane interne de l'aorte était enflammée.

RECHERCHE MÉniC-LÉGALE I}E L'EMPOISONNEMENT. 251

Préceptes généraux relatifs a la recherche

MÉDICO-LÉGALE DE l'eMPOISONNEMENT.

• C'est un axiome en médecine légale , que l'homme de l'art ne îttt affirmer l'empoisonnement que dans le cas où il démontre présence du poison ; autrement , il doit se borner à établir •?s probabilités, plus ou moins convaincantes, plus ou moins es de la certitude, mais qu'il serait imprudent de présenter •mine des preuves démonstratives.

La plupart des auteurs, en établissant ces préceptes, se sont coposé ces deux questions à résoudre : i° L'empoisonnement ■t il eu lieu? 2° quel est le poison qui l 'a produit? Mais il

■ t évident que la solution d'un de ces deux problèmes renferme :ccssairement celle de l'autre, puisque, pour affirmer qu'il y a i empoisonnement , il faut avoir constaté l'existence du poison, b's lors l'un des deux est inutile , et ne doit pas nous occuper.

I Cependant, observe-t-on des symptômes qui décèlent ordinai-

ent l'empoisonnement, quelques circonstances viennent-elles rtifior les soupçons ? aussitôt la voix publique se prononce, j jà elle désigne les coupables ; leur sort , leur réputation , dé- ;ndent du rapport médico-légal qui va être fait, les moindres ■utes seraient ineffaçables ; aussi l'homme de l'art ne pourrait, ins se rendre coupable , agir avec légèreté; il doit se rappeler

■ e les lésions anciennes et long-temps méconnues j des affec- >ns aiguës et violentes, ont souvent simulé l'empoisonnement; (connaissance de leurs symptômes, et des altérations qui les

/èlent, pourra lui servira démontrer que la mort dépend d'une usé naturelle; qu'elle est facilement expliquée par les nom- •uses observations que possède la science, et il sauvera ainsi vie et l'honneur de personnes innocentes, accablées sous d'in- ;tes présomptions.

IDe pareils exemples ne sont pas rares ; dernièrement, l'examen i dico-légal du corps de madame Hullin a fait taire tous lessoupis, en démontrant qu'elle avait succombé àun étranglement in- Ijtinal; mais aucune observation n'est plus frappante que la 1 vante, qui est digne défaire naître de sérieuses réflexions. IVers l'année 1810 , une dame du Dauphiné, qui ne paraissait

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aucunement malade, fut prise subitement de maux de cœur aui milieu de son souper, se renversa sur sa chaise , et expira pres-j que aussitôt.

La Toix publique accusa son mari de l'avoir empoisonnée. On savait qu'il vivait en mauvaise intelligence avec elle , qu'il lui| avait fait plusieurs scènes désagréables, et qu'il entretenait de; coupables liaisons avec une domestique dans sa propre maison. On disait que cette fille était la complice du crime, et que, lors) de son arrestation, l'on avait saisi sur elle un paquet de poudre! blanche, que l'on annonçait être du poison.

Le mari fut tellement effrayé de ces circonstances à charge,, qu'il offrit des avantages à la famille de sa femme, si l'on voulait faire cesser les poursuites : démarche qui avait encore aggravé sa position.

irois chirurgiens, ayant été chargés de l'examen cadavérique, firent une incision cruciale peu étendue à l'abdomen et ayant aperçu des taches verdâtres sur les inlestins qui avoisinaient la vésicule biliaire, ils se crurent suffisamment convaincus , et dé— I clarèrent que l'estomac était gangrené, et que les preuves du poison n'étaient pas équivoques.

Heureusement le juge de paix se douta de l'ignorance et de la légèreté de ces experts 5 il s'opposa à l'inhumation , et écrivit à l'autorité pour demander d'autres hommes de l'art qui constatas- : sent l'exactitude du premier rapport. Deux nouveaux chirurgiens ayant été nommés, ils recommencèrent l'autopsie en présence de leurs premiers confrères et de deux autres qu'ils avaient appelés, et ils reconnurent que l'estomac n'avait pas été ouvert, qu'il contenait peu d'alimens dont la nature était facilement reconnaissa-I ble par l'absence de tout travail digestif, et que ses membranes! étaient parfaitement saines, ainsi que les autres portions du tube digestif. Us portèrent en vain leurs recherches sur les autres vis-| cères ; ils ne trouvèrent aucune altération propre à expliquer lal rapidité de la mort. Les matières alimentaires contenues dansl l'estomac furent donnéesà des animaux, qui les mangèrent sansj répugnance, et n'en furentnullemenl incommodés ; on en projetai sur des charbons ardens , et elles n'offrirent aucun caractère étran-l ger à leur composition connue.

de l'empoisonnemekt. 253

L'analyse prouva également que la poudre saisie sur la domestique n'était autre chose que du sucre pilé j et , les charges ayant ainsi disparu , l'accusation n'eut pas de suite. On n'avait découvert, il estvrai, aucune altération, mais tousles médecins savent que les lésions du système nerveux sont souvent impossibles à reconnaître, et, à cette époque, l'anatomie chirurgicale n'avait j pas fait les immenses progrès qui lui ont assigné, depuis quelques années , une place importante dans la science. Quel'on j uge maintenant des suites probables de cette affaire , si l'on eût cru à | i l'exactitude du premier rapport.

Ces exemples suffisent, je crois, pour faire apprécier toute la valeur des questions que nous allons étudier 4

Maladies qui peuvent simuler L'empoisonnement.

Il peut arriver qu'une personne qui jouit d'un état de santé i ; apparent soit prise subitement, et sans causes connues, d'accidens très-graves, auxquels elle succombe en vingt-quatre heures, ou dans un court espace de temps. Si un médecin a été appelé ; auprès du malade, il doit avoir la précaution de faire conserver les matières rejetées, les vases dont on s'est servi, et il doit surtout noter avec le plus grand soin la marche et les symptômes de la maladie, afin que Ton puisse la rapporter plus facilement à sa véritable cause , et en mieux constater la nature. Les tableaux que nous avons tracés des accidens déterminés par les poisons des diiîérentes classes reçoivent ici toute leur application ] ils servent à établir des présomptions sur les caractères de la substance vénéneuse, et l'autopsie fournit de nouvelles lumières propres à dissiper les doutes. L'examen des lésions que l'on peut alors observer est fort important , quoique leur absence ne démontre \ nullement que l'empoisonnement n'a pas eu lieu. L'étude spéciale des poisons nous a appris que plusieurs d'entre eux déterminaient I ! la mort, sans laisser aucune lésion appréciable, et l'observation |l prouve qu'il en est quelquefois de même de certaines substances h vénéneuses, dont le contact provoque cependant une vive inflamliiination dans la plus grande majorité des cas; mais alors d'autres cir. pi constances viennent éclairer le diagnostic, ce qui nous montre

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