RAPPORTS D'ESTIMATION
1er Rapport en faveur d'un chirurgien accusé d'impéritie dans te traitement d'une fracture.
Nous , soussigné, docteur en médecine de la Faculté de médecine de Paris, professeur de pathologie externe, etc., etc., demeurant à..., sur la réquisition de M. le procureur du roi, avons pris connaissance de la contestation élevée entre M. B***", docteur en chirurgie, qui ne peut obtenir les honoraires qui lui sont dus , pour le traitement d'une fracture du fémur, et M. C**+, qui prétend que son traitement a été mal dirigé , et que non-seulement il n'est tenu à aucune obligation envers M. B*** , niais qu'il a droit à des indemnités pour la difformité qui a été la suite de son accident, et dont son médecin doit être déclaré responsable. Ayant étudié avec attention les dépositions des témoins, et celles des personnes les plus intéressées dans celte affaire , il nous a paru en résulter clairement que M. C**¥ se fractura le fémur droit, il y a environ un an , en faisant une chute de cheval ; reporté aussitôt chez lui , il fit appeler le docteur B***J| qui jouit d'une considération générale, et se soumit à ses soins; on reconnut une fracture simple du corps du fémur, et un lit horizontal, et formé d'un seul matelas, soutenu par des planches, fut disposé pour recevoir le malade, dont le membre fui maintenu par un bandage de Scultct. Comme la chute avait été violente, et que M. C*¥* est d'une constitution pléthorique et inflammatoire , une forte saignée du bras fut immédiatement pratiquée, et la diète et le repos le plus absolu furent expressément recommandés. M. B*** continua de venir voir M. C***. Mai
d'estijutio». 33lJ
l<.ui-ci, d'un caractère ardent et emporté, ne pouvait «'astreinte à un repos complet; et, malgré tous les avis qui lui furent lunnés, il se levait sur son séant, soit pour prendre ses repas , I il pour jouer aux cartes avec des amis qui passaient près de [il une partie de la journée. A peine les douleurs commencèrentlf.es à disparaître, qu'il garda encore moins de mesure: dès la looisième semaine il parlait déjà de se lever, et ce ne fut qu'avec h ine qu'on obtint de lui plus de patience.
A cette époque , la fracture ne pouvait être consolidée, les b :ux fragmens de l'os étaient mobiles l'un sur l'autre, et l'appa- • il de Scultet fut continué ; mais on était obligé de le réapplimer souvent, parce que les mouvemens du malade le déran- •aient continuellement. La quatrième , la cinquième et la ixième semaine se passèrent dans cet état; aucune consolidation , l'a mobilité restait la même. M. C*** voulut plusieurs fois • lever , mais il acquit par lui-même la preuve que son membre u pouvait le supporter; il se résigna de nouveau à un repos in- >)mplct; mais au bout du second mois, il se refusa à la connuation de tout traitement , accusa hautement M. B*** d'ignoince et de maladresse, et commença à sortir en faisant usage de '■quilles, et en entourant sa cuisse d'un bandage roulé. Aujourhui qu'il s'est écoulé un an depuis que la fracture a eu lieu, sa osition est la même, Une fausse articulation s'est formée entre s deux fragmens , et la mobilité est trop grande pour que ce >embre puisse offrir un point d'appui solide, soit dans la marhe , soit dans la station.
Telles sont les circonstances que présentait cette affaire, et ï n'est qu'après les avoir mûrement examinées, et les avoir onstatées d'une manière positive , que nous avons cru pouvoir onclure : ,
i° Que la fracture arrivée à M. C*** n'était qu'un accident ssez commun, que l'on observe fréquemment dans la pratique e l'art, et dont la guérison s'obtient ordinairement dans l'esace de deux mois ;
a0 Que les conditions les plus importantes du traitement sont : repos , et la position horizontale long- temps continuée; 5° Qu'il est prouvé par les déposition» des témoins , et l'aveu
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même de M. C*** , que ces moyens ont été conseillés et mis en usage, et qu'un appareil dont les avantages 1sont depuis longtemps reconnus a été appliqué 5
4° Qu'il est évident que la fausse articulation n'a pas été 00casionée par le défaut de soins ou de connaissances chirurgicales de M. B*** , dontla conduite, au contraire , est digne d'éloges, mais bien par les propres imprudences de M. C***, qui n'a tenu aucun compte des conseils qui lui étaient adressés , et qui n'a jamais voulu garder le repos , indispensable pour sa guérison.
En foi de quoi nous avons signé le présent rapport , que nous certifions conforme à la vérité et aux principes de l'art. Paris , ce , etc. , etc.