‹ Manuel complet de médecine légale, considérée dans ses rapports avec la législation actuelleChapitre 10 sur 111 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ï>E L.l VIABILITÉ.

On nomme viable l’enfant qui offre , au moment de sa naissance le développement nécessaire à la continuation de son existence. Les questions de viabilité qui peuvent être soumises au médecin se rapportent à plusieurs applications légales, établies par les passages suivans : u L’enfant né avant le cent quatre-vingtième jour du mariage ne pourra être désavoué par le mari dans les cas suivans, si l’enfant n’est pas déclaré viable, etc. » (Code civil , art. 314.)

K j Est incapable de succéder celui qui n’est pas né viable. » (Art. 723.) « Pour être capable de recevoir entre vifs , il suffit d’être conçu au moment de la donation. Pour être capable de recevoir par testament, il suffit d’être conçu à l’époque du décès du testateur ; néanmoins la donation et le testament n’auront leur effet qu’ autant que l’enfant sera né viable. » (Art. 0C6.)

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Nous nous occuperons donc , 1° des signes de la viabilité; 2° des naissances précoces; 3° des lésions incompatibles avec la vie , ou de l’histoire des monstres.

1° Signes de la viabilité. Le meilleur exemple que l’on en puisse donner est celui d’un enfant à terme et bien portant; aussitôt que l’accouchement est terminé, ou peu de temps après, il pousse des cris forts et bien distincts, ce qui est la preuve d’une respiration complète. Il exécute des mouvemens faciles, saisit le mamelon ou suce le doigt introduit dans sa bouche. Les os du crâne sont résistons , et les fontanelles peu étendues. Les cheveux , les poils et les ongles n’offrent plus un développement impar.ait. La peau est rosée, l’ombilic répond au milieu de la hauteur du corps. La taille est de dix-huit à dix-neuf pouces. La pesanteur, de six à sept livres. Quelque temps après la naissance, l’enfant rend $vec facilité l’urine et le méconium. Mais il n’est pas nécessaire que ces conditions soient aussi tranchées, pour établir la viabilité. Les enfans à terme n’ont pas un même développement : il en est de chétifs et de débiles qui ont besoin des plus grands soins pour continuer de vivre : mais ils donnent des preuves d’existence et respirent, ce qui est, aux yeux des jurisconsultes, l'acte fondamental de la vie. En outre, il est toujours des signes qui indiquent l’âge de l’enfant, tel que l’état des cheveux, la couleur de la peau, la hauteur de l’ombilic. Quelquefois on croit qu’un enfant a vécu parce qu’il a exécuté quelques mouvemens au moment de sa naissance, ouvert les yeux, agité les

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lèvres; mais il ne vit pas pour cela, parce qu’il n’a pa3 respiré et que ces actions peuvent être la suite (l'un reste d’irritabilité, réveillée par un contact, une température basse, etc. Quel est le degré de développement compatible avec la vie , c’est ce que nous allons examiner.

Naissances précoces. Malgré l’histoire racontée par Baillet dans le Journal des savons , de Fortuné Licetti, qui n'avait pas plus de longueur que là paume de la main , lors de sa naissance , et qui ne fut conservé qu'au moyen de la chaleur douce d’un four; l’observation de Brouzet, d’un enfant de cinq mois qui vécut également ; les exemples authentiques de tels faits sont si rares, que l’on doit, en règle générale, considérer comme non viable tout enfant qui n’a pas atteint son septième mois, et l’on doit se guider, pour porter son jugement, sur les divers états d’organisation qui correspondent à telles ou telles époques de la conception ; car ce serait s’exposer à bien des erreurs que d’ajouter toujours foi aux assertions de la mère, qui peut se tromper sur le temps de sa grossesse, et ne pas la rapporter à son véritable terme. Les exemples d’enfans venus à sept mois, qui ont continué de vivre , sont très nombreux. On doit donc justifier sa décision par les faits qui se seront présentés, tels que les mouvemens et la respiration du fœtus, etc. Celui-ci reste ordinairement dans un état de prostration et de faiblesse jusqu’au neuvième mois , comme si cet espace de temps lui était nécessaire pour entrer dans la nouvelle vie où il

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a été appelé par anticipation. Il règne une opinion comi raune que les enfans de sept mois vivent plus facilement que ceux de huit; ce fait que l’observation con- ! firme selon M. Fodéré, qu’elle dément selon M. Or- : fila , nous avait été transmis par Hippocrate , qui admettait une tendance naturelle, un mouvement intérieur et caché , qui rendait les avortemens spontanés beaucoup plus fréquensau septième mois ; tandis qu’au huitième ils sont presque toujours causés par des modifications extérieures et violentes, qui étendent leur action sur le fœtus et le blessent mortellement. Ce qui est certain, c’est que dans les mêmes circonstances l’accouchement offre des chances d’autant plus heureuses, qu’il est plus près du terme naturel.

Des monstruosités. Tout individu qui s’écarte des lois ordinaires de l’organisation propre à l’espèce est un individu monstrueux. M. Breschet, dont nous adoptons les divisions, rapporte ces altérations à quatre ordres: nous ne mentionnerons ici que les cas qui sont incompatibles avec la vie; autrement nous nous éloignerions trop de notre sujet.

A. Àfjénèses (diminution de force formatrice), comprenant Yacéphalie , Y anencéphalie. On a vu les os du crâne bien développés quoiqu’il y eût anencéphalie , et comme les moelles alongée et rachidienne étaient intègres, l’enfant donna tous les signes de la vie pendant plusieurs jours. L’on voit, par cet exemple, combien il est nécessaire de se livrer à un examen attentif de tous les organes. L’hydrocéphalie congénitale, lorsque

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i'oncéphale est imparfaitement développé; l'aôsencc on l’imperfection de la face, accompagnés d’une altération plus ou moins grande des os du crâne; le cerveau n’existe pas dans ce genre de monstruosité. L'absence de l’œsophage, de l’estomac, du foie, du cœur, des poumons, est toujours mortelle ; quoique l’hydrorachis ou spinabifida entraîne ordinairement la mort en peu de jours, cependant, lorsque la tumeur est peu développée, et que l’on use de toutes les précautions convenables , ce défaut d’organisation n’est pas incompatible avec la vie.

B. Hypergénèses. L’augmentation de la force formatrice qui produit les géans, les doigts surnuméraires, un plus grand nombre de côtes ou de vertèbres, n’apporte pas d’obstacle à la persistance de la vie.

C. Diplogénèses (déviation organique avec réunion des germes). Tous les monstres de celte classe sont viables; c’est ainsi qu’Hélène et Judith, réunies par la partie inférieure de la région lombaire, vécurent vingtun ans. L’on peut voir actuellement à Paris, une petite fdle bicéphale, âgée de six mois, double dans sa partie supérieure, mais simple inférieurement à partir du bassin qui est unique. L’on verra bientôt deux frères âgés de dix-huit ans , et qui sont attachés ventre à ventre depuis leur naissance ; ici il n'y a qu’accoliemcnt, ce qui est bien moins curieux.

Au chapitre Grossesse, nous avons cité un exemple de pénétration de deux germes. Un d’eux n’est qu’imparfaitement développé et contenu dans le sein du se-

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cond, qui ne jouit jamais d'une santé parfaite; mais qui peut parcourir une assez longue carrière.

Le docteur A. Lachèzc, d’Angers , a réuni quatorze

(faits de ce genre dans sa thèse intitulée : De la Duplicité monstrueuse par inclusion.

D. Hétérogénèses ( déviation organique , avec qualités étrangères du produit de la génération ). Fœtus ex-

!tra-utérins ; Yectopie du cœur, accompagnée de l’issue de cet organe à travers les parois thoraciques ; l’état rudimentaire du poumon , etc. Les autres anomalies de celte classe ne sont pas susceptibles d’entraîner la mort.

DES NAISSANCES TARDIVES

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