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CHAPITRE XI

AFFECTIONS MENTALES

Il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au [ temps de l’action. ( Code pénal , : art. 64. )

Déterminer quelles sont les affections mentales ca- 1 ractérisées par ce terme de démence employé dans la loi, est d’une difficulté aussi grande en jurisprudence qu'en médecine légale. Pour cela, il faudrait connaître l’histoire de l’intelligence, en avoir pénétré le mécanisme. Les énormes intervalles que la nature établit entre les individus, les différences égalemeiit grandes qui sont le fruit des mœurs et de l’éducation , rendraient i toujours ces questions d’une solution difficile.

La liberté morale , ou la faculté de faire ou de ne pas faire, d’après des motifs comparés et jugés, est

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un des caractères de l'humanité, et ne peut disparaî- ij tre, que par l’abolition complète de la conscience ou du moi : mais elle peut être viciée , lorsque les motifs sont mal ou trop faiblement appréciés, et qu’ils ne s’of- ’ frent pas dans la balance avec leur véritable valeur.

Le terme général de démence ou plutôt d’affcclions ' mentales, comprend deux classes distinctes de mala- t dies : 1° celles où l'être a perdu la conscience de lui- h même ou de ses actes ; 2° celles où il est , pour ainsi ; ! dire, en dehors de l’humanité, dont il n’offre pas tous .1 les principaux caractères, comme l’idiot et l’homme ^n 1 démence ; 3° celles enfin où quelques motifs acquérant ij un pouvoir extraordinaire fort au dessus de celui que f leur assigne la raison universelle, détruisent l'antago- 1 nisme naturel, faussent ainsi le jugement, et peuvent il quelquefois entraîner fatalement l’individu.

1° Somnambulisme. Sommeil.

Quoique l’histoire du somnambulisme soit encore fort : incomplète, on admet généralement que les individus qui en sont atteints sont capables d’agir comme s’ils étaient à l’étal de veille , et même de terminer des travaux minutieux qui exigent une forte contention inlel-ll lectuelle, sans que les sens soient aucunement éveillés; Il celte proposition, toutefois n’est pas à l’abri du doule, | ce qui rend incertaine l’épreuve proposée par M. Fo-ij déré, qui veut que l'on déclare faux somnambule ce- | lui qui se détournerait d’un obstacle opposé à sa marche. I

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Ce qui est constant, c’est que ceux qui présentent cet état ne se rappellent pas leurs actions, ou qu’ils n’en conservent qu’un souvenir confus, semblable à celui d’un rêve. M. Brial-Savarin a cité, dans sa Physiologie du goût , un exemple curieux de somnambulisme qui lui fut raconté par un témoin oculaire , qui était prieur, d Un soir, dit celui-ci, que j’avais travaillé dans ma chambre plus lard que de coutume , je vis entrer un religieux sujet au somnambulisme, dont les traits étaient contractés et les yeux ouverts , mais ternes. Il tenait un grand couteau à la main , et l’éclat de deux lampes qui brûlaient ne parut faire aucune impression sur lui. Il s’avança directement vers mon lit , eut l’air de s’assurer que j’y étais , et y donna trois coups de couteau , qui le percèrent profondément. Après cette action , sa figure se détendit, il parut satisfait et se retira. Le lendemain, l’ayant fait appeler, je lui demandai ce qu’il avait fait la nuit précédente. 11 m’avoua qu’au milieu d’un rêve, il m’avait cru l’assassin de sa mère, et que , l’ayant vue lui demander vengeance, il avait couru me poignarder. Peu de temps après, il s’était réveillé en sueur, et avait remercié le ciel de n’avoir fait qu’un songe. i M. Brial- Savarin termine en décidant la question de culpabilité : «Si, dans cette circonstance, le prieur eut été tué, dit-il , le moine somnambule n’eùtpas été puni, parce que c’eût été de sa part un meurtre involontaire, s Il peut exister un état de demi-sommeil, pendant lequel les impressions sont ressenties, mais mal comprises. Un homme, dit ïïoffbauer, se réveille en sur-

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saut au milieu de la nuit, et croit voir s’avancer vers lui un fantôme , il demande qui va là , et n’obtenant pas de réponse, il saisit sa hache , et en frappe à mort le prétendu fantôme, qui n’était autre que sa femme.

Un autre appelle au secours au milieu de la nuit ; on s’empresse de se rendre auprès de lui , et il tire un coup ; de pistolet au premier de ceux qui se présentent, en : l’apostrophant comme un des assassins que ses rêves lui i avaient montrés.

Dans ces cas, il n’y a pas meurtre volontaire, parce : que l’action n’a pu être appréciée, et qu’elle est le ré- : sultat de l’illusion des sens. Mais les hommes sujets à | de pareilles aberrations sont dangereux pour la société , ! et elle doit prendre les mesures convenables pour s’en ;{ garantir.

Ivresse.

L’homme, sous l’influence des boissons spirilueuses, i perd la raison et le jugement, s’emporte avec violence 1 contre les moindres obstacles, ne connaît ni frein, ni i bornes, et lorsqu’il est revenu de cet état passager, il ne i conserve aucun souvenir des actions qu’il a pu commettre. Il est cependant une foule de différences, selon les degrés de l’ivresse et des conditions individuelles. Dans le plus haut degré, il y a coma, abolition complète des sens, tandis que dans les premiers momens il n’y a eu qu’une exaltation plus ou moins vive. C’est entre ces deux intervalles, que la raison égarée conduit à des

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actes que l’on réprouverait de sang-froid. Quelques individus perdent tout souvenir, comme nous l’avons dit, tandis que d'autres se rappellent quelques circonstances et ont les idées confuses qui suivent ordinairement les rêves. Certainement l’homme ivre ne jouit pas de son jugement, et, sous ce rapport, ne devrait pas être responsable de ses actes; « mais comme l’ivresse est, en fait, volontaire et repréhensible , elle ne peut jamais constituer une excuse que la loi et la morale permettent d’accueillir. » ( Jugement de la Cour de cassation.)

En serait-il de même si cet état avait été produit accidentellement par les vapeurs alcooliques d’une cuve en fermentation, ou qu’il fût démontré que des scélérats eussent employé secrètement ce moyen pour rendre accessible à la séduction, ou pousser au crime un individu qui s’y fût refusé de sang-froid? évidemment l’on admettrait alors des circonstances atténuantes.

L'ivresse et la passion qui y conduit sont souvent un > signe d’une folie commençante, comme l’a indiqué M. Esquirol, et les médecins allemands ont fait mention d’un genre d’aliénation particulier , qu’ils nomment dypsomanie, et qui est caractérisé par un désir irrésistible de faire abus d’eau-de-vie ou de liqueurs fortes , désir qui porte le malade aux plus horribles excès lorsqu’il est contrarié.

- Délire.

Affection que l’on pourrait définir le rêve à l’état de veille. Elle est caractérisée par le désordre et le peu de

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liaison des idées, la perte complète de la conscience. Le délire est plus ou moins complet, continu ou intermittent, calme ou furieux, et exclut la responsabilité des actes.

Epilepsie.

Les individus attaqués de cette maladie ne peuvent commettre aucune action coupable pendant l’accès; leurs mouvemens sont irréfléchis, convulsifs, et personne n’accusera jamais un épileptique de l’avoir blessé pendant qu’il essayait de le secourir. Mais comme cette affection amène chez presque tous ceux qui en sont atteints une très grande faiblesse intellectuelle, la monomanie, la manie furieuse ou l’idiotisme, on doit prendre cet état en considération.

Perte de la conscience de soi-même.

s J’ai sous les yeux (Foville) un homme qui se croit mort depuis la bataille d’Austerlitz, à laquelle il a assisté et reçu une blessure grave. Son délire est fondé sur ce qu’il ne reconnaît et ne sent plus son corps. Lorsqu’on lui demande des nouvelles de sa sanlé , il a coutume de répondre : K Vous demandez comment va le père Lambert, mais le père Lambert n’y est plus; il I a élé emporté d’un boulet à la bataille d’Austerlitz. Ce que vous voyez là n’est pas lui , c’est une machine qu’ils ont faite à sa ressemblance, et qui est mal faite ; faitesen donc fairo une autre. » Jamais, en parlant de lui-

même, il ne dit moi, mais cela. Souvent il a refusé de manger en disant que « ea ne mange pas , ea n’a pas de ventre. » Il est certain qu’on ne pourrait déclarer coupable un individu atteint d’une telle affection.

2° Idiotisme.

L'idiot naît idiot; la mauvaise conformation de sa tête est en rapport avec le défaut et la faiblesse de ses facultés ; son entendement reste fort au dessous du degré ordinaire ; il manque de mémoire, ne peut apprécier les conséquences de ses actes ; ses idées n’ont que peu ou point de suite ; il ne jouit que d’une vie purement animale , se fait souvent remarquer par une sale lubricité, et peut être dangereux par ses fréquentes fureurs.

L’idiotisme cependant est plus ou moins complet. Il peut réduire les individus qui en sont affectés à une entière nullité , ou les laisser encore capables de certains actes qui ne demandent que peu d’intelligence. Ces derniers comprennent les idées simples et les expriment; ils ont un peu de mémoire, et sont ordinairement désignés sous le nom d’imbécilles. Quelques uns sont très enclins au vol , et montrent souvent de la ruse et de l’adresse pour les commettre.

Les hommes qui ne s’élèvent que fort peu au dessus de cet état se laissent facilement entraîner; ils s'abandonnent à leur sensualité, et finissent par devenir dupes ou criminels , parce que leur esprit n'a pas assez

iOï

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d’étendue pour porter un jugement droit. C'est surtout d’eux que l’on peut dire avec vérité qu’ils sont esclaves des circonstances, et s’ils deviennent criminels, c’est par faiblesse ; car si les fripons savaient tout l’avantage que l’on trouve à être honnête homme, a dit Franklin, ils se feraient honnêtes gens par friponnerie ; aussi la plupart des fripons sont-ils des imbécilles.

La plupart des idiots restent petits et chétifs ; leur ! tête n’arrive pas à dix-huit pouces de circonférence; ils ont le front étroit, bas et renversé; quelques uns au contraire , mais ils sont rares , ont la tête beaucoup trop volumineuse. Avouons qu’il est impossible d’assigner de limites tranchées entre les divers degrés à l’intelligence, et que c’est à la sagacité des hommes de l’art et des juges de décider jusqu’à quel point de pareils individus sont responsables de leurs actes.

Démence.

La démence est l’idiotisme accidentel ou sénile. Un idiot est incurable /parce que ses facultés n’ont jamais existé, et qu'elles ne se développeront jamais. Un homme en démence, au contraire, peut recouvrer la raison qu’il a perdue. Lorsque la démence est la suite de la vieillesse ou de maladies cérébrales chroniques , elle est caractérisée par une nullité de volonté presque complète. L’individu n'obéit plus à des motifs intérieurs compris, mais aux impulsions qu’on lui imprime; aussi devieut-il incapable d’administrer sa fortune, de tes-

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ter : ce qui peut donner lieu à des demandes d’interdiction, de révocation de donation, ou de testament.

3° De la folie.

Depuis que l’on s’est occupé avec plus de soin des diverses lésions de l’entendement, on en a reconnu quelques unes qui n’avaient pas encore été étudiées. C’est ainsi que l’histoire de la monomanie avec penchant irrésistible appartient tout entière à ces derniers temps, et qu’elle sert à expliquer ces crimes sans but, sans résultats, qui semblaient échapper, dans leurs causes» à la sagacité des hommes.

La folie est un véritable Protée , elle se présente avec mille physionomies, mille variétés; mais elle parait toujours dépendre, comme nous l’avons dit, de ce que certaines idées sont momentanément ou toujours exagérées ; elle passent aux yeux du malade pour des vérités démontrées, et elles lui servent à régler ses jugemens et sa conduite. Vouloir démontrer à un fou qu’il est dans l’erreur, c’est tenter l’impossible ; il a de trop bons motifs pour se rendre à vos raisonnemens, et s’il vient à guérir, il vous expliquera très bien les causes de son entêtement; car tous ses actes, même les plus ridicules, avaient leurs motifs.

Ces remarques s’appliquent aux individus qui croient avoir changé d’état ou de position. Les uns sont transformés en animaux, en plantes ou en arbres; ils ont une tête de bois; ils sont de verre, et craignent de se briser.

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Un homme se croit transformé en femme; un autre est Dieu ; s’il le voulait, il changerait le monde , renouvellerait le déluge, etc. A l'exception de ces aberrations, le jugement est sain ; ils causent et raisonnent fort bien, se plaignent quelquefois de la détention que l’on leur fait subir ; puis , à une question qui a rapport à leur folie, ils vous débitent mille extravagances.

D’autres s’imaginent qu’ils ont perdu leur fortune, ou quelqu’un qui leur était cher; ils sont avilis, méprisés de tout le monde, la vie leur est à charge, ils sont tristes, et recherchent, la solitude; ceux-là, au contraire , ont acquis d’immenses richesses ; ils ont un génie supérieur, ils vont découvrir des vérités inconnues qui changeront tout ce qui est établi , et régénéreront la société. On a vu de semblables fous vouloir démontrer des faits impossibles, comme le mouvement perpétuel , la quadrature du cercle , et entreprendre des travaux étonnans de patience et de sagacité. Quelques uns sont sujets à des mouvemens de fureur, ils sont agités et se porteraient à de funestes excès s’ils n’étaient contenus. Leur colère contre ce qui les entoure est fondée sur des illusions des sens. On est étonné de la facilité avec laquelle ils supportent le froid le plus intense, des insomnies très longues, quelquefois la douleur, sans qu'ils paraissent en être aucunement affectés.

Une espèce de manie, que l’on a nommée délirante, consiste dans des actes de déraison , et quelquefois de fureur, qu’exécutent les hommes qui semblent avoir conservé leur jugement d*ms toute son intégrité. Lors-

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que l’on leur reproche les actions qu’ils ont commises, ils savent toujours en donner une explication spécieuse, et jugent très bien de leurs conséquences.

Un jurisconsulte qui était dans cet état croit qu’il obtiendra par la violence la liberté de sortir de la maison d’aliénés dans laquelle il était renfermé. Il cache une bûche sous ses vêtemens, et demande à parler au directeur. Introduit près de lui , il ferme la porte , et se dispose à le frapper. Heureusement qu’il était le plus faible. Il se laisse alors tranquillement reconduire, et répond à ceux qui lui reprochaient son dessein : « Eh bien , quand je l’aurais tué , il n’en aurait été que ça , puisque l’on dit que je suis fou. L’on voit qu’il appréciait parfaitement les conséquences de ses actes, et toutefois son dessein meme prouvait sa folie.

Monomanie ,

Dans un autre genre, certaines actions dépendent d’une impulsion intérieure et forcée ; les malheureux ainsi martyrisés s’aperçoivent quelquefois de cette influence , ils y résistent en en rendant compte, et se soumettent aux mesures nécessaires pour y échapper. Gall raconte qu’une femme n’osait plus baigner son enfant, parce qu'une voix intérieure lui répétait: Laisscle couler, laisse-le couler. Une domestique demanda à sa maîtresse de la renvoyer, parce qu’en déshabillant son fils, elle pouvait à peine s’empêcher de l’égorger, et qu’elle craignait de succomber à la tentation. De sem«

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biables exemples sont aujourd’hui très nombreux , i constituent la monomanie homicide. Lorsque le vol est la passion dominante, on appelle cet état monomanie avec penchant au vol. Et si les individus étaient poussés à mettre le feu, malgré toute l’horreur que leur Inspirerait ce crime qu’ils ne pourraient éviter, ce serait la monomanie avec penchant à l’incendie.

Les hommes dont l’intelligence est faible, qui sont peu près imbécilles, comme le démontrent leur im- i assibilité, des attaques d’épilepsie ou de manie, cèdent : sans résistance à leurs désirs criminels. Lorsqu’on leur n demande ce qui a pu les décider, ils répondent qu’ils i avaient le cerveau vide , qu’ils ont été poussés par le I malin esprit; qu’ils ont senti quelque chose qui les ! poussait derrière les épaules.

Toutefois, quoique l’on ne puisse élever aucun doute l sur la réalité de pareils faits, l’on voit que, dans les

commencemens de l’alfection , toute liberté n’est pas dé-

truite. Et, si l’on pense aux conséquences’graves qu’entraînerait l’admission de semblables excuses , on comprendra qu’il faudrait un concours de preuves bien po- I sitives , et qui ne laissassent aucun doute sur la folie de 1 1 l’accusé, pour qu’il échappât à la vindicte des lois. Car i enfin, qu’un individu commette un crime pour le crime i lui-même, ou qu’il le commette pour se procurer de it l’or, son buta toujours été de se satisfaire, et il n’y a i pas de dilférencc aux yeux de la loi, entre tuer pour !i tuer, ou tuer pour voler, et la justice humaine peut-elle 1 1 entrer dans l’examen du degré d’entraînement, lors- ;

qu’elle condamne tous les jours des individus qui ont été élevés par des scélérats, qui ont appris à mettre dans le mal leur honneur et leurs espérances, et qui ont d’autant mieux imité les affreux exemples qui leur étaient olTerts, qu’ils avaient naturellement plus d’intelligence.

Déclarons toutefois que, dans le cas où l’entraînement fatal et irrésistible est démontré, ce ne sont plus des criminels, mais de véritables fous, que l’on a sous Ides yeux, et ils devraient être placés entre les mains des médecins. Toutefois, comme de semblables accès pourraient se répéter, une détention perpétuelle ne serait probablement pas jugée une peine trop sévîre.

Eornons-nous donc à montrer que le monomane vit • sous une influer ce d’entraîr.cment vers tel ou tel acte, qui peut devenir irrésistible, et faisons des vœux pour que le jury , cherchant la jusLice dans la loi , entre dans l’examen des circonstances du crime, et sache en apprécier les motifs.

Suicide.

Décider que le suicide est toujours un acte de folie entraînerait les conséquences les plus fausses et les I lus injustes. I.e nombre de ceux qui se donnent la mert est vraiment effrayant, mais lorsqu’on remonte aux causes de i areilles catastrophes, on reconnaît que la | Iupart n’ont d'action que sur les hommes bien organisés et fort éloignés de la folie. Ainsi les revers de

fortune , l’impossibilité d’acquitter ses dettes, la misère, i

une perte au jeu qui compromet l'honneur ou l’avenir, \

un amour contrarié, la crainte de voir sa santé altérée :

pour toujours , le de goût complet de toutes les jouis- ♦

sauces de la vie, tels sont les motifs quj entraînent au suicide; et si l’on plaint ces malheureux, souvent victimes de la misère , ou de fautes publiquement sollicitées, on est loin de regarder leur mort comme une 1 preuve de folie. Dire que c’est un acte hors de la na-; lure, étranger à un esprit sain, c’est avancer des ajlé- j gâtions gratuites démenties par l’expérience de tous les j i jours; l’attrait qui nous attache à la vie n’est pas assez î puissant pour l’emporter sur toute espèce de considé- .! ration, et si nous admirons Calon se perçant d’une ■ épée , pour ne pas tomber entre les mains du vainqueur, c et ces femmes de la Grèce, si énergiques, si belles. II qui se précipitent dans le gouffre pour échapper à l’ou- i trage, ne doit-on pas naturellement admettre que i d’autres motifs, quoique souvent aussi méprisables que | ceux-ci sont glorieux, puissent inspirer une même volonté et une même action. La religion est seule ca- i pablc de faire supporter tous les accidens de la vie , et j c’est une conséquence forcée des doctrines du maté- ! rialisme, de considérer la mort comme un refuge, un | terme que l’on doit atteindre, dès qu’on le juge pré- : férable à sa position.

Toutefois , les exemples de suicide chez les aliénés | sont très fréquens; mais alors les motifs sont si ab- i surdes, et les anlécédens de l'individu tellement prou-

vés, qu’il serait impossible de méconnaître l’existence de la folie.

Des moyens de connaître la folie.

Il se présente un assez grand nombre de cas , dans lesquels le médecin est appelé à donner son avis relativement à cette question; tantôt c’est un accusé qui offre des signes de folie, et l’on doit dire, si la folie est feinte ou véritable, combien de temps elle peut durer; tantôt c’est un individu dont on veut faire prononcer l’interdiction, ou auquel on juge un conseil de famille nécessaire : quelquefois on veut faire annuler

[le testament, ou les derniers actes d’une personne, en alléguant l’état d'aliénation mentale dans lequel elle se trouvait. Toutes ces questions sont fort difficiles, surtout si l’on est obligé de revenir sur les preuves de la folie d’un homme qui n’est plus. ,

Les moyens qu’on emploie sont de trois sortes : 1° l’enquête; 2° l’observation suivie; 3° l'interrogatoire.

1° Enquête. On s’occupe de réunir tous les renseignemens possibles sur la conduite antérieure de celui que 1 on doit observer; si rien n’a révélé . à diverses époques. quelques troubles dans ses facultés , s’il n’a pas ete sujet à des attaques d’épilepsie , d'emportement et de fureur; si l’on compte des aliénés parmi ses parens, car il n’y a pas de maladies où l’hérédité ait une influence plus marquée: l’examen de la conformation

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du crâne pourrait aussi être d’un grand secours. Dans le cas où l’existence de la folie serait constatée, on en rechercherait les causes et la nature , afin de pouvoir prononcer sur^sa durée : ainsi l’idiotisme , la démence sénile , ou celle qui est la suite de maladie chronique , ne laissent pas d’espoir ; la manie guérit plus souvent que la monomanie ; une première attaque, plus souvent qu’une seconde. Ceux dont les têtes sont bien conformées recouvreront plus facilement la raison que ceux qui se trouvent dans des circonstances contraires. De vives affections morales, comme toutes celles que nous avons signalées aux causes du suicide , lorsqu’elles produisent la folie , donnent un pronostic moins grave que la constitution héréditaire, les maladies cérébrales , etc. Lorsque la folie se montre par accès , les intervalles ou les momens lucides sont plus ou moins longs, et l’on ne pourrait faire la recherche de la folie, s’il était prouvé que le fait pour lequel on poursuit a été commis dans un de ces momens : il faut donc examiner quelle était la durée de l’intermittence , quelles étaient les causes qui déterminaient l’accès , quels en étaient les signes précurseurs, etc. On peut, en général , augurer d’autant plus favorablement du traitement, qu’il est employé plus tôt.

Observation suivie. Il ne faut pas se borner à recueillir des faits antérieurs; on doit observer par soimême le malade pour juger de ses habitudes, de l’étendue de ses facultés. On le fait écrire, on lui soumet des projets , et en captant sa confiance , on obtient

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de lui la communication de ses plans chimériques, de ses haines mal fondées; et, connaissant tous les motifs de ses actions, on apprécie exactement son état.

Interrogatoire. C’est un des meilleurs moyens d’arriver à la vérité , lorsque l’on soupçonne que la folie est simulée. Les demandes et les réponses sont conservées, et elles donnent souvent la certitude de l'imposture que l’on veut découvrir , parce qu’il est presque impossible à un homme, et particulièrement à celui qui n'aurait pas fait une étude approfondie de l’aliénation , de soutenir le rôle de fou avec succès. Lorsque la folie est véritable, on doit interroger le malade avec précaution et douceur , sur les sujets qui l’occupent, car les maniaques s’irritent facilement, et , s’ils soupçonnaient le motif qui conduit vers eux, ils garderaient le silence, ou seraient extrêmement réservés. Ce n’est que dans l’épanchement de la confiance qu’ils vous initient aux raisons imaginaires qui règlent leur conduite : souvent ils sont si mauvais observateurs , qu’ils ne se sont pas aperçu qu’ils vivaient dans une maison d’aliénés, et ils n’ont été nullement frappés des actes d’extravagance qui se commettaient autour d’eux.

Folie simulée.

L’expression de la figure , l’habitude du corps , n’ont pas cet air d’étrangeté , de violence ou d’abattement, que présentent les véritables fous. On n’observe pas de longues insommies, l’insensibilité, etc. : les actes les

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plus insensés sont particulièrement commis lorsqu’ils peuvent être remarqués : enfin les réponses font voir une contradiction, un défaut d’ensemble tout-à-fait étranger à l’aliénation. L’opinion que l’on se fait, dans le monde, de la folie est si fausse, que ceux qui espèrent simuler cet état, se trahissent infailliblement. L’apparition brusque de cette maladie, au moment où le coupable se voit reconnu et sans aucune autre chance de salut, doit déjà élever quelque doute, et l’étude des faits antérieurs, jointes à celles des symptômes observés, fournit des moyens presque certains de démasquer l’imposture.

Des Passions.

La passion est aveugle , elle entraîne et égare: voilà une vérité reconnue, mais peut-elle servir d’excuse à des actes coupables ? c'est une question résolue diversement par la physiologie et la morale. On peut dire de cet état de Pâme ce que nous avons dit de l’ivresse. Comme c’est un fait volontaire et répréhensible , il ne peut constituer une excuse légale. Toutefois il faut distinguer la passion à laquelle on s’abandonne, ou que l’on pouvait repousser, de celle qui nous saisit et nous maîtrise d’une manière subite et imprévue, en attaquant nos sentimens les plus profonds d’honneur, de confiance et d’amour. C’est ainsi que la loi défend la recherche du meurtre lorsqu'il est commis par l’époux qui surprend sa femme en adultère , et qu’une tentative d’outrage à la pudeur, excuse le crime de castration.

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Mais n’est-il pas d'autres cas où le jury, s’appuyant sur l'exemple que lui donne la loi , pourrait trouver dans la passion des circonstances au moins atténuantes? C’était l’opinion de Bellard. « Il est des fous, dit-il que la nature a condamnés à la perte éternelle de la raison , et d’autres qui ne la perdent qu’inslanlanément, par l’eflet d'une grande douleur, d’une grande surprise ou de toute autre cause pareille : il n’est de différence entre ces deux folies que celle de la durée, et celui dont le désespoir tourne la tête pour quelques heures ou pour quelques jours, est aussi complètement fou pendant son agitation éphémère que celui qui délire pendant beaucoup^ d’années ; cela reconnu, ce serait suprême injustice de juger et surtout de condamner l'un ou l’autre de ces insensés pour une action qui leur est échappée pendant qu’ils n’avaient pas l’usage de la raison. Vainement on dirait que lorsqu’il a été commis un crime ou délit, ce crime ou ce délit doit être puni. Lorsqu’un maniaque a causé quelque grand malheur, l’enfermer, c’est justice et précaution; l’envoyer à l’échafaud, ce serait cruauté. Si, dans l’instant où Legras a tué la femme Lefèvre, il était tellement dominé par sa jalousie, qu’il lui fût impossible de savoir ce qu’il faisait et de se laisser guider par la raison , il est impossible aussi de le condamner à mort, s

Ce jugement est celui d’un homme qui consulte la nature même de l’humanité ; et l'on ne peut entrer trop profondément dans l’examen des circonstances d’un acte que l’on est appelé à juger ; mais il ne faut pas

ilù

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non plus oublier que la société doit trouver dans la sévérité de la loi des motifs de répression pour une foule d’actions qui lui sont contraires, et que le juge a été chargé par elle de sa défense.

St RDI-MUTITÉ.

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