‹ Manuel complet de médecine légale, considérée dans ses rapports avec la législation actuelleChapitre 76 sur 111 · ES SUBSTANCES VÉNÉNEUSES. 59Ï · texte numérisé non relu

ES SUBSTANCES VÉNÉNEUSES. 59Ï

■ent. Alors le médecin légiste reconnaîtra facilement, inns le plus grand.nombre des cas, quelle est la nature il poison qu’il recherche ; la connaissance des symp- >mes, l’aspect des lésions, le caractère qu’offrent les nbslances qu’il doit analyser, l’auront bientôt mis sur voie ; s’il trouve quelques parcelles de la substance inéneuse , il les reconnaîtra à leurs propriétés phylïues, et il lui suffira de quelques essais pour éclairer iius ses doutes, et mettre le poison en évidence.

«Hais cette apparente facilité disparaîtra , si les reerches sont confiées à des hommes qui se soient peu ppliqués à la chimie, ou qui aient négligé cette science l'Puis plusieurs années; à moins d’être guidés, ils se nrdront dans d’infructueux essais. Aussi nous nous nmmes appliqué à exposer quelques moyens simples de connaître la nature des poisons minéraux les plus icergiques, ceux auxquels le crime a le plus fréquemeent recours. Nous indiquerons aussi les principaux cactères de chaque corps, et nous renverrons aux détails e nous avons déjà tracés, l’examen de ses différentes imbmaisons, et de ses propriétés moins tranchées; r les épreuves ne peuvent jamais cire trop nombreuses,

J lysqu’il s’agit de mettre son rapport à l’abri des plus •gères objections.

1° Avant de commencer son travail, l’homme de l’art, argé d un rapport sur un cas d’empoisonnement , se ocurcra tous les objets qui lui seront nécessaires. 11 i ra soin que ses réactifs soient parfaitement purs, afin i e leurs effets ne soient pas douteux et incertains; ceux

LES SCBSTAHCE» VÉHÉHEüSES.

qui seront employés à l’état liquide seront plutôt concentrés qu’affaiblis, parce qu’alors leur action est plus prompte et plus sûre, et que, dans le cas où l’on juge convenable de les étendre , on le peut toujours facilement; on n’en verse que quelques gouttes à la fois, pour ne pas altérer, ou même annuler complètement les résultats.

2° Il n’entreprendra ses expériences que devant une autorité judiciaire compétente, et s’il a besoin de plusieurs séances pour compléter son travail , il aura soin de faire appliquer les scellés sur les vases qui renferment les matières suspectes, afin qu’il soit bien démontré que rien n’a été changé pendant l'intervalle.

3° Dans l’evamen des matières solides ou liquides, on ne doit jamais opérer que sur une petite quantité à la fois ; on peut, de cette manière, recommencer les memes épreuves, entreprendre toutes celles que l’on juge nécessaires, et la précaution que l'on prend d’en réserver une partie, assure la valeur des conclusions, en donnant la possibilité de les vérifier si l’on nommait de nouveaux experts.

4° Dans tous les essais que l'on tente, on ne doit rejeter ou perdre aucun produit. Ceux qui ne servent plus seront réunis dans un vase particulier, afin qu’à la fin des expériences on puisse retirer toute la quantité du poison qu'ils contiennent.

5° Dans les opérations nombreuses et délicates, auxquelles on est quelquefois nécessairement obligé de se livrer, il serait dangereux de s’ea rapporter à sa mé-

nüoire, on doit noter au fur et à mesure tous les réultats que Ton obtient; on s’épargne, de celte maiière, beaucoup de temps et d'incertitudes, et l’on Va plus qu’à mettre de l’ordre dans ce travail pour en oomposer son rapport.

6° Lorsqu’on cruit avoir reconnu la nature du poiovn , plusieurs auteurs ont conseillé de faire une préparation semblable, et d’examiner si l’action des réactifs est la même, ou à peu près pareille: quoique ?ss substances vénéneuses puissent être mêlées à des Matières étrangères, susceptibles d’en altérer les coueurs, les caractères; ce conseil est utile, surtout our les personnes qui n’ont pas une grande habitude es recherches.

7° Quels que soient les intérêts qui entourent hhomme de l’art, que son jugement soit ou non favorable à l’accusé, jamais il ne doit communiquer d’aaance, ni au magistrat, ni à aucune personne, les résultats et les conclusions de ses expériences.

Nous nous occuperons de l’analyse des poisons minéaux suivons, qui sont les corps les plus employés ans la médecine et les arts. Nous aurions dù en sup* r rimer un grand nombre, s’il eût suffi d’examiner eulement ceux auxquels le crime peut avoir recours ; mais nous devions étudier aussi tous ceux dont un sui-

•AWAEYSE

eide déterminé peut faire usage ; et l’on n’a que troy d'occasions de remarquer que la causticité ou l'amcr-ll 1 tume de la substance, la quantité qn’il faut en prendre. 1 n’arrêtent pas une volonté assurée. En outre, nous • nous sommes, de celle manière, conformé à l’usage ‘ général, et nous pouvons ainsi répondre à toutes les ; suppositions possibles. Voici les poisons minéraux que ■ nous nous proposons d’analyser :

Phosphore.

Iode.

Chlore liquide.

Acide sulfurique.

Acide nitrique.

Acide hydrochlorique.

Acide phosphorique.

Ammoniaque liquide.

Sous-carbonate d’ammoniaque.

Chaux.

Baryte.

Soude.

Potasse.

Foie de soufre (se change en hydrosulfate sulfuré de potasse lorsqu'on le met en contact avec de l’eau).

Sulfate de zinc.

Oxide d’étain.

Hydrochlorate d’étain.

Acide arsénieux.

Oxide noir d’arsenic.

Sulfure d’arsenic.

Arséniates solubles (de soude, de potasse , d'ammoniaque.)

1 Poudre de Rousselot.

Teinture minérale de Fowler.

1 Emélique (tartrate de potasse et d'antimoine).

1 Kermès.

! Soufre doré, ï Beurre d’antimoine.

Verre d’antimoine.

I Nitrate de Bismuth, i Oxide de cuivre.

] Deuto-acétate de cuivre.

1 Deuto-sulfate de cuivre.

" Nitrate de cuivre.

Acétate neutre de plomb, t Oxides de plomb.

! Sous-carbonate de plomb.

IDeuto-chlorure de mercure.

! Sulfure de mercure.

) Sulfate de mercure.

'Nitrate de mercure, i Cyanure de mercure.

' Nitrate d’argent.

1 Hydrochlorate d’or.

i Ces poisons, portés dans l’estomac , mis en contact sec nos organes , mélangés à des matières alimentaires, •eurent se rencontrer dans des conditions toutes difrentes. On peut les retrouver intacts dans le tube di-

estif , plus ou moins adhérens aux trames de nos tis-

ANALYSE

sus ; décomposés par eux ou par les substances avec lesquelles ils ont été mêlés ; aussi éprouvent-ils de fréquentes transformations, et ne se présenter.l-ils pas toujours dans les combinaisons qu’ils offraient lors de leur introduction dan^ l’économie. Les difficultés sont ici nombreuses, et toute l’habileté des chimistes, toutes les ressources de la science deviennent nécessaires. La poudre de charbon animal, le chlore, dont il faut noter les effets possibles , sont d’excellens moyens de décoloration; par l’acide nitrique, ou le nitrate de potasse, on peut décomposer les substances animales ou végétales qui masqueraient les propriétés du corps que l’on étudie. C’est au chimiste à décider de l’emploi qu’il doit faire de ces divers procédés.

Supposant que nous sommes appelés à reconnaître la nature d’un poison minéral dans un cas d’empoisonnement, nous commençons par examiner si ce corps est soluble ou insoluble dans Veau distillée .

PREMIÈRE SECTIOIX.

Poisons solubles clans l’eau.

On lave plusieurs fois les matières solides, on peut meme les soumettre à une courte ébullition pour enlever les parcelles solubles qui leur seraient adhérentes ; on réunit les liqueurs, et ou les filtre, afin de le» ob-

fenir claires et transparentes; on peut aussi les laisser déposer dans un vase étroit et alongé, dont on les re- ; ire par décantation.

Essayant ensuite le liquide par le papier de tournesol tt le sirop de violette, on reconnaît s’il est acide, iceutre ou alcalin, et ce caractère indique quels sont e?s poisons que l’on avait à distinguer, et quelles sont les Lvpéricnces à entreprendre. Nous établissons deux liasses parmi les poisons solubles; dans la première, oous rangeons les poisons acides ou neutres, et dans j h seconde nous plaçons les poisons alcalins. Ces recherches s’appliquent particulièrement aux substances énéneuses encore intactes, que les perquisitions font ouvent découvrir, et c’est pour cela que nous suppoons le cas où l’on trouverait du chlore ou de l’iode i aans l'économie , ce qui n’arrive jamais , parce que ce? I oorps se changent presque aussitôt en acides bydro- ; hhlorique et hydriodique ; mais elles sont également rrès utiles lorsque les substances ont été portées dans estomac sans y être altérées, parce qu’elles offrent ouvent des moyens simples et faciles de les recon- ■ aître.

Poisons solubles acides ou neutres.

Lorsque la liqueur que l’on étudie rougit le papier e tournesol, ou est sans action sur ce réactif, elle >eeut contenir :

ANALYSE

Chlore liquide., ou eau de javelle, caractérisés par leur odeur , et leur propriété de détruire toutes les couleurs végétales.

Acides sulfurique, nitrique, hydrochlorique, phosphorique, hydriodique.

Sulfate de zinc.

Hydrochlorate d’étain.

Acide arsénieux.

Emétique.

Nitrate de Bismuth.

Deuto-acétate de cuivre.

Beuto-sulfate de cuivre.

Acétate neutre de plomb.

Beuto-chlorure de mercure,

Sulfate de mercure.

Nitrate de mercure.

Hydrocyanate de mercure.

Nitrate d’argent.

Hydrochlorate d’or.

A. Parmi ces poisons , les suivans précipitent , par la potasse à l’alcool , à la température ordinaire. Sulfate de Zinc. . en blanc.

Il) drochlorate d é-

taiu. .

Emétique

en blanc, en blanc.

Citrate de Bismuth , en blanc , oxide.

/'Un excès de po- 1 tasse dissout fai cilementle pré» \ cipité.

>i)eulo-acétale de cuivre. . . .

t(*eulo-sulfate de

cuivre

ccétate neutre de plomb, en blanc.

beeuto chlorure de mercure. \ Les proto-sels, en noir.

I uulfate de mercure f

i i itratc de mercure tLes deuto-sels, en jaune

i ;lydrocyanate de mercure, y serin, i iiilrate d’argent en olive.

Les précipités colorés sont facilement reconnus; et, ilil existait des doutes, on tenterait quelques uns des i «sais que nous avons indiqués à l’histoire spéciale de I îaque corps. Mais il faut constater à quel sel apparennent les précipités blancs qui se sont formés. Nous i nvons déjà qu’ils ne peuvent être composés que de | ne, d 'étain, d’ antimoine , de bismuth ou de plomb. I 1 L’acide sulfurique formera, avec le zinc, un sul ale if ü duble qui nc’sera pas précipité par un excès d’eau, et îi donnera , par le sous-carbonate de potasse , un prépité blanc d’oxide de zinc, soluble dans la potasse ou ■ soude caustique.

I IL’ acide nitrique bouillant n’aura d’action ni sur le zeroxide d’étain , ni sur celui d’antimoine, qui resteront

|en bleu.

-ANALYSE

sous forme de poudre blanche dans la liqueur. On les séparera facilement l’un de l’autre par l’acide hydroch torique.

Le même acide aura facilement dissous les oxides de bismuth et de plomb ; mais le nitrate du premier de ces métaux sera précipité par l’eau en blanc ( blanc de fard ) et le nitrate de plomb évaporé et calciné donnera un oxide jaune fusible, qui sera de la litharge.

B. Si la liqueur essayée n’a pas précipité parla potasse, elle contiendra ;

Les acides sulfurique, nitrique , hydrochlorigue, phosphorique , hydriodique , arsénieux.

Hydrochlorate d’or.

ni

On reconnaîtra ces divers composés en essayant successivement la liqueur par les réactifs suivaus , et l’on constatera ainsi la présence de :

Hydrochlorate d’or. Ce sel donnera des flocons d’un jaune rougeâtre, qui passeront au jaune serin si on verse peu à peu dans sa dissolution un excès d’ammoniaque.

Acide arsénieux (1). Flocons jaunâtres de sulfure

(i) Nous avons place l’acide arse'uieux dans celle seclion , parce que son action sur le sirop de violel te est très faible , et tout à fait nulle , lorsque sa dissolution est étendue.

rrsenic, avec l'acide hydrosulfurique , donnant une née blanchâtre d’une odeur alliacée lorsqu’on le proe.e sur des charbons incandescens.

li eide sulfurique. Précipité blanc insoluble dans un èès d’acide par une solution de baryte.

Il eide hydrochlorique. Précipité blanc , insoluble as un excès d’acide, soluble dans l’ammoniaque, par :sel d’argent.

Il eide hydriodique. Précipité blanc insoluble dans nnmoniaque avec le nitrate d’argent, d’un beau mge avec le sublimé corrosif , d’un jaune éclatant oc les sels de plomb.

il eide phosphorique. Précipité blanc soluble dans e excès d’acide, par l’eau de chaux et un sel d’aritt.

Ml cûle nitrique. En saturant cet acide par la potasse, ffaisant évaporer la liqueur, on obtient une masse ‘Stalline, qui, mise sur des charbons ardens, avive tintement la combustion, et laisse dégager des vaairs d'acide nitrique lorsqu’on la traite par l’acide i (urique concentré.

En versant quelques gouttes d’acide sulfurique sur un lange d’indigo et de nitrate de potasse , et chauffant ébullition, on voit disparaître la couleur bleue. Ce yen révèle d’acide nitrique.

rsque la liqueur que l’on étudie verdit le sirop

Poisons solubles alcalins.

ANALYSE

de violette , et ramène au bleu le papier de tournesol, rougi par un acide , elle peut contenir :

Ammoniaque.

Sous-carbonate d’ammoniaque.

Potasse.

Sous-carbonate de potasse.

Hydrosulfate sulfuré de potasse ( provenant de l’action de l’eau sur le foie de soufre ).

Soude.

Sous-carbonate de soude.

Chaux ( oxide ).

Baryte ( oxide ).

Arséniates de potasse, de soude, d’ammoniaque.

Arséniles , idem.

L'ammoniaque et le sous-carbonate d’ammoniaque très volatils sont reconnaissables à l’odeur.

Chaux et baryte précipitent en blanc par l'acide carbonique ; le dernier de ces alcalis forme avec l’acide sulfurique un précipité insoluble dans un excès d’acide.

Hydrosulfate sulfuré de qiotassc laisse dégager une odeur d’œufs pourris, et laisse déposer du soufre par l’acide nitrique.

Arséniates et arsénites solubles. S’ils donnent des flocons de sulfure j ..une d’arsenic, lorsque l’on verse dans la liqueur de l'acide hydrosulfuriquç ,

et que l’on chauffe en ajoutant quelques gouttes . d'acide hydrochlorique (1).

IPolcisse , sous- carbonate de potasse, etc. Si elle précipite en jaune serin par V hydrochlorate de platine.

SSoude. Si elle forme du sel marin (sel de cuisine), avec l’acide hydrochlorique (2).

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