COMBINAISONS DES METALLOÏDES ENTRE EUX
Nous avons vu que tous les métalloïdes peuvent se combiner avec l’oxigène. Tantôt de ces combinaisons résultent des corps neutres, tantôt il en résulte des corps dont la propriété essentielle est d’être acides, c’est-à-dire de pouvoir se combiner avec les différentes bases s alijiable s \ïQ\xvîovm&t des sels. Mais ces combinaisons, constituant les oxides ou les acides métalloïdiques, en raison de leur importance, seront traitées dans le chapitre suivant ; nous allons dans celui-ci examiner les combinaisons des métalloïdes entre eux «n suivant, pour les étudier, l’ordre d’après lequel nous les avons présentés; et afin de ne pas nous éloigner du but que nous nous proposons, nous ne nous étendrons convenablement que sur ceux de ces composés qui méritent réellement d’être traités avec quelque importance.
Art. I. DES COMBINAISONS DE l’hYDROGENE,
L’hydrogène, eu se combinant avec les métalloïdes, donne naissance à des composés dont les propriétés sont si différentes qu’on peut les diviser en trois séries bien tranchées,
572 CHIMIE
La première comprendra les composés neutres.
La seconde comprendra ceux dont les propriétés sont acides, on les nomme hydracides.
La troisième comprendra ceux dont les propriétés sont .alcalines, telle est Tammoniaque.
Les combinaisons neutres que forme rbydrogèiie, portent généralement le nom parmi elles, il nVn est que
deux qui offrent quelque intérêt, ce sont celles qu’il forme avec le carbone et avec le phosphore.
Nous devons faire observer de suite que bien qu’aux yeux de quelques chimistes, l’hydrogène bi-carboné et l’hydrogène phosphoré jouent dans quelques cas le rôle de bases, cependant nous continuerons toujours à les considérer comme neutres, attendu qu’ils ne se combinent pas directement avec les acides et surtout qu’ils ne verdissent pas le sirop de violette , ni ne rougissent le papier de curcuma.
90HTDROGi:::fE proto kt bi-carboné* hydrogène phosphore, etc.'
Combinaisons du carbone et de l* hydrogène.
Long-temps on a cru que le carbone ne se combinait avec l’hydrogène qu’en deux proportions; plus tard Daltoii découvrit une troisième combinaison; enfin dans ces derniers temps on en a trouvé une foule d’autres sur le nombre desquelles les chimistes sont peu d’accord. Quoi qu’il en soit , nous devons traiter ici des deux combinaisons les mieux étudiées : ce sont le proto-carbure et le bi-carbure d'hydrogène. Nous trouverons occasion plus tard de parler des autres.
PROTO CARBURE D’HYDROGENE. {Hydrogène protocarboné ; gaz inflammable des marais.) — Ce gaz est insipide, inodore , sans couleur , insoluble dans l'eau ; sa densité = 0,5595, égale à deux fois celle de l’hydrogène, plus une fois celle de la vapeur du carbone; mêlé à l’air ou l’cxigène, il détonne sur-le-ehamp par l’étincelle électrique; si l’on allume un jet' de ce gaz dans l’air, il y brûle avec une flamme jaunâtre. Le chlore peut le décomposer instantanément; à la température rouge, il s’empare de l’hydrogène, forme de l’acide chlorhydrique et met le carbone à nu.
Ce gaz se trouve dans la vase des marais et de toutes les eaux
CHIMIE
stagnantes ; de temps en temps , il vient crever sous forme de Liilles à la surface du liquide; il provient sans doute de la décomposition qu’éprouveut sous l’eau les matières organiques, surtout en été. On le trouve dans certaines mines : de là le nom de mofeue des inities ; c’est lui qui produit ces feux naturels que l’on voit sur la pente septentrionale des Apennins, etc.
Pour l’obtenii- , il suffit d’agiter la vase, et de recevoir le gaz qui se dégage, en tenant au-dessus des flacons pleins d’eau et munis de larges entonnoirs.
L’analyse y a démontré un peu de gaz carbonique, d’azote et d’oxigène; on peut en séparer l’oxigène avec le phosphore , et l’acide carbonique avec de la potasse; mais on ne peut le priver du peu d’azote qu’il contient. Abstraction faite des gaz que nous venons de citer, il absorbe en brûlant deux fois son volume d’oxigène , et produit nu volume d’acide carbonique égal au sien; d’où l’on peut voir qu’il est formé d’un volume de vapeur de carbone, et de deux volumes d’hydrogène, condensés eu un seul , = C H^.
BI-CAîtBÜRE d’hydrogène, {Hydrogéné bUarboné , gaz oléfiant.) — Ce gaz est incolore, insipide, d’une odeur empyreumalique, éteignant les corps en combustion; sa densité = 0,9852 (Théodore de Saussure.)
Quand on le fait traverser un tube de porcelaine incandescent , il est décomposé en charbon qui se déposé et en gaz dont le volume est presque double. Si la chaleur est assez forte, et surtout si l’oQ fait passer le gaz à plusieurs reprises différentes , ou mieux si l’on y fait passer une grande quantité d’étincelles électriques, on obtient le double d’un gaz qui n’est plus que de l’hydrogène pur; d’où il résulte que tout le charbon s’est déposé. L’air ni l’oxigèiie ne le décomposent à la température ordinaire, pendant qu’au contraire l’un et l’autre le décomposent à une température élevée, en formant de l'eau et de l’acide carbonique. Si 1 air ou l’oxigène était préalablement mêlé au gaz au moment où l’on approcherait une bougie enflammée, il y aurait instantanément dctonnatioi).
L’eau en dissout le sixième de soii volume. "
Le ch'o c peut le décomposer et former un liquide oléagineux qu’on nuinme hydro-bi- carbure de chlore^ sorte d’étiier qui serait mieux appelé de quadri-carbiire d'hydrogene.
Dans celte manière de voir , on admet que le chlore se combine à la moitié de l’hydrogène pour former l’acide chlorhydrique,
CHIMIE
pendant que l’autre moitié resterait combinée à tout le carbone. Cette propriété lui a valu le nom de gaz oléfiant.
Le soufre et l’iode peuvent également le décomposer ; le premier, à la chaleur de la lampe, en formant de l’acide sulfhydrique avec son hydrogène , et le second en formant un composé cristallisé, analogue par sa composition à celui que forme le chlore, mais dans lequel le chore est remplacé par l’iode.
Le bi-carbure d’hydrogène n’existe pas dans la nature ; on l’obtient en chauffant dans une cornue quatre parties' d acide sulfurique concentré et une d’alcool; peu à peu le gaz se dégage, et on le reçoit dans des vases sur le mercure ; ce gaz est toujours accompagné d’acide sulfureux et d’acide carbonique qui se produisent toujours; mais en Tagitant avec un peu de potasse caustique, qui dissout les deux gaz acides, on l’obtient pur. Pour concevoir la formation de ce gaz , il faut se représenter l’alcool comme formé de bi-carbure d’hydrogène et d’eau ; dans cette hypothèse, qui paraît être la vraie, l’acide sulfurique avide d'eau s’empare de celle qui constitue l’alcool, et laisse à nu le bi-carbure qui se dégage. Mais pendant la réaction , un peu d’acide sulfurique est décomposé en acide sulfureux qui se dégage , et en oxigène, qui décompose un peu de bi-carbure, en formant de l’eau et de l’acide carbonique.
Ce gaz est employé en France et en Angleterre pour l’éclairage ; mais celui dont on se sert provient, soit de la distillation de la houille, soit de la décomposition de l’huile, par une haute température. Seulement, alors les gaz ne sont pas purs, ce qui est sans inconvénient pour l’objet en vue duquel ils sont préparés.
L’analyse a démontré que ce gaz était formé de deux volumes de vapeur de carbone , et de deux volumes d’hydrogène , condensés en un seul , = ou C H.
Il existe une foule d’autres combinaisons de carbone et d’hydrogène dans les mêmes proportions, mais dans d’autres états de condensation , et qui peuvent porter également le nom de bi-carhure d’hydrogène; tels sont le méthylène (CH), le bi-carbure gazeux (C4h4), le bi-carbure liquide , l’huile douce de vin concrète , la paraffine , l’essence de rose concrète , le cétène , (C64h64) l’eupioue, le caoutchène , etc.
CHIMIE
Combinaisons du phosphore et de Vhydrogene.
Le phosphore se combine bien avec l’hydrogène; mais en combien de proportions se lait celte combinaison ? Dans Tétât actuel de nos connaissances, nous sommes en droit de poser cette question. Cependant, comme les chimistes ne sont nullement d’accord à ce sujet, nous allons ici en reconnaître deux; seulement nous aurons soin de rapporter les raisons qui ont porté quelques uns à n’admettre qu’une seule combinaison, et quelques autres à en admettre deux. En suivant celte marche, nous aurons rapporté la manière de voir de M. Dumas.
PROTO-PIIOSPHIJRE D’IIYDROGEIVE. {Hydrogène protophosphore,^ — Ce gaz est incolore, d’une odeur désagréable, analogue à celle de Tarsenic en vapeur. Sa pesanteur spécifique =1,214. Il lie s’enflamme pas à la température ordinaire, mais bien si la température est un peu élevée.
L’eau en dissout le huitième de son volume à la température ordinaire.
Le proto-phosphure d’hydrogène se forme dans les mêmes circonstances que le gaz suivant, seulement sa production est plus fréquente en raison de ce qu'il est plus stable.
On prépare ce gaz en chauffant une dissolution concentrée d’acide hypo-phosphoreux, phosphoreux ou phosphatique. L’eau se décompose son oxigène s’unit à une portion de l’acîde luimême pour le transformer en acide phosphorique , pendant que son hydrogène se combine à une partie de phosphore pour former l’hydrogène phosphoré qui se dégage, et que Ton reçoit sous des cloches pleines de mercure.
L’analyse a démontré à M. Dumas, pour sa composition, trois volumes d'hydrogène et un volume de vapeur de phosphore, condensés en deux volumes = P.
11 est sans usages.
SESQUI PIIOSPIIURE D’IIYDROGÈNE. — Découveit par M. Gengembre; il est toujours gazeux , sans couleur. Sou odeur est très forte et analogue à celle de l’ail ou de l’ognon; sa saveur est amère ; sa densité = 1,761.
Exposé à une température élevée, il perd le tiers de son phosphore , et devient proto-phosphure; abandonné à lui-même pendant deux ou trois jours, il subit le même changement. Selon
CHIMIE
M. Thompson, une série d’étincelles électriques produirait le meme effet.
Si on le fait passer dans un tube étroit avec de l’air ou de l’oxjgène, il se forme des vapeurs blanches sans dégagement de lumière, et le phosphore acidifié se dépose, pendant que l’hydrogène devient libre. Si au lieu d’un tube étroit ou fait usage d’im tube large , il se produit tout-à-coup des vapeurs blanches, et de plus une combustion très vive. Ce qui tient dans le premier cas à ce que les parois, trop rapprochés du tube étroit, enlèvent la chaleur à mesure qu’elle se développe.
La propriété que possède ce gaz de s’enflammer spontanément est caractéristique, et permet de toujours le reconnaître. Eu effet, que l’on fasse passer ce gaz, bulle à bulle, dans l’air, aussitôt chaque bulle en s’enflammant donne naissance à de la vapeur d’eau et d’acides qui s’élèveut sous forme d’aréoles.
11 est un peu sohdjle dans l’eau.
On pense que ce gaz se forme dans les lieux où se trouvent enfoncées des matières animales, et que, traversant les fissures du terrain, il arrive dans l’atmosphère, s’enflamme, et produit ce qu'on désigne sous le nom de feux follets. Eu effet , on sait que certaines matières animales, telles que la matière cérébrale, contiennent du phosphore, qui peut s’unir à l’hydrogène au moment où la décomposition putride s’opère.
On obtient le sesqui-pliospliure d’hydrogène en chauffant dans une fiole une pâte faite avec de la chaux, du phosphore coupé et de l’eau ; le gaz ne larde pas à se produire et à se dégager. L’eau se décompose, cède son hydrogène à une partie de phosphore pour former le gaz sesqui-phosphure , tandis que l’oxigène s’unit à l’autre pour former de l’iiypo-phospliite de chaux. Remarquons ici que M. üumas n’a jamais pu parvenir à l’obtenir exempt d’hydrogène.
M. Dumas, qui a fait l’analyse du sesqui-phosphure d’hydrogène, l’a trouvé formé d’un volume et demi de vapeur de phosphore, et de trois volumes d’hydrogène, condensés en deux volumes; d’où la formule H^P.
Dans ce dernier temps, M. Rose a été porté à considérer les deux gaz précédents comme isomériques. En effet, l’analyse directe des deux gaz, l’identité des composés qu’ils forment avec certaines chlorures métalliques, la propriété qu’ils ont l’iin oit l’autre de se transformer en gaz spontanément inflammable quan^ Oit les dégage de leur contbinaison avec les chlorures par l’aqamQs
CHIMIK.