OU DES CLASSIFICATIONS BOTANIQUES GENERALES
8® QUE DOIT-ON ENTENDRE PAR CES MOTS : CARACTERES BOTANIQUES? d’après quelles données est-on CONVENU DE MESURER l’iM- PORTANCE RELATIVE DE CES CARACTERES, ET, PAR CONSEQUENT, DE LES SUBORDONNER LES UNS AUX AUTRES? APPRECIATION DES RÉSULTATS, PLUS OU MOINS SATISFAISANTS, OBTENUS PAR CE PROCÉDÉ,
Pour parvenir à la connaissance de toutes les parties des ])1autcs, il a fallu analyser un grand nombre de végétaux, et dès lors on a éprouvé le désir et le besoin de rapprocher les uns des autres ceux dont les mêmes parties présentent le plus de rapports: c’est à ce rapprochement qu’il convient de donner le nom de caractères botaniques. Plus le nombre des plantes que Pon connaît s'accroît , et plus notre esprit éprouve le besoin de les disposer par groupes qu’il puisse embrasser sous un seul point de vue. Yoilà l’origine de toutes les classifications; mais ces classifications, qui, une fois créées, présentent pour l’étude des objets classés un avantage immense, celui de pouvoir aller chercher la description et le nom d'un objet qui s’offre à nous pour la première lois, présentent, dans les moyens que l’ou a employés po\ii établir leurs bases, des différences importantes qu’il importe de faire connaître.
Il C't certain qu’une classification peut être basée sur un très petit nombre de caractères des objets à classer, comme aussi elle peut félre sur le plus grand nombre possible. Dans le premier cas , on classera facilement des objets que l’on connaîtra fort peu; dans le second, les objets ne seront classés qiPaprès en avoir étudié la structure entière avec le plus grand soin. On conçoit donc qu’entre ces deux manières opposées de grouper les végétaux , il puisse en exister un grand nombre qui tiendront plus ou moins de l une ou de l’autre. Celles qui se rapprochent le plus de la première manière ont reçu le nom de méthodes empjriques ou systèmes; celles qui se rapprochent le plus de la seconde ont été appelées méthodes rationnelles ou naturelles, La classification de Linuée est dans le premier cas, celle de Jussieu dans le second, et la piélhode de Tournefort tient
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presque également de l’une et de l’autre. Parmi le nombre considérable de classifications qui, sous le nom de systèmes et de méthodes, ont tour à tour obtenu plus ou moins de célébrité nous ne rapporterons que les trois précédentes.
Quand on veut acquérir des connaissances positives, on ne doit pas adopter indifféremment une méthode quelconque; et si l’on ne prend le sage parti d’étudier les plus remarquables, toujours doit-on accorder la préférence à celle qui est basée sur tous les caractères des objets à classer , et principalement sur les caractères les plus constants. Le plus ou le moins de constance des caractères offerts par les divers organes des plantes, a de tout temps exercé l’attention des botanistes ; il a fallu tous les travaux de ceux qui ont précédé la fin du dix-huitième siècle, pour que Ton soit parvenu à reconnaître, qu’à peu d’exceptions près, les parties du végétal qui présentent les caractères les plus invariables dans les plantes congénères, peuvent être énumérées dans l’ordre suivant :
10 La graine et ses parties.
2® Le péricarpe et ses parties.
3® Les organes sexuels et leur insertion.
4® La corolle et le calice.
5® Le mode d’inflorescence.
6® Les feuilles, les écailles, etc.
7® La racine et la lige.
On peut même dire qu’aux yeux de la nature c’est l’ordre qui offre le plus haut degré d’importance.
9® DÉFINIR, d’aprÉs LES AUTEURS LES PLUS ACCRÉDITES, l’in- DIVIDU , L ESPECE, LA VARIÉtÉ, LE GENRE, LA FAMILLE, ET METTRF ^N LUMIERE, A l'aIDE DE QUELQUES EXEMPLES BIEN CHOISI^* CE qu’il y a de POSITIF OU d’hYPOTHÉTIQUE DANS LEURS n^MNITIONS.
Avant d’entrer dans les détails de la marche à suivre pour grouper les végétaux de manière ensuite à les classer naturelles ment, il est important de définir ce que l’on doit entendre par individu, espèce, variété, genre, famille et classe, afin de bien connaître leurs diverses acceptions.
Individus, Ce mot a une signification très simple, mais qu’un exemple fera mieux connaître qu’une définition. Lorsque l’on
TOTANIQÜB.
considère une foret de pins ou de chênes, un troupeau de bœufe ou de moutons, une réunion d’hommes, chaque pin ou. chêne, chaque bœuf ou mouton, chaque homme pris isolément, est un individu des espèces (jue l’on nomme chêne, pin, mouton, bœuf, homme. Les individus sont donc chacun des êtres dont se compose l’espèce en général, considérés isolément.
Espèces, Quoiqu’il sort assez difficile de donner une définition rigoureuse de ce que les naturalistes ont nommé espèce, néanmoins ce que nous venons de dire de l’individu doit donner une idée de ce que, le plus généralement, on entend par le mot espèce. L’espèce, dans le règne organique, est donc la réunion des individus, possédant les mêmes caractères et se reproduisant toujours avec les mêmes propriétés essentielles et les mêmes qualités. Remarquons encore que les individus qui forment l’espèce peuvent se féconder entre eux, et produire d’autres individus entièrement semblables , qui jouissent également de la propriété de se reproduire sans aucune altération essentielle.
Variétés. Par ce mot on doit entendre ces individus qui s’éloiguent du type primitif de l’espèce par des caractères de peu d’importance, pendant qu’ils conservent toujours les mêmes caractères essentiels. En botanique, selon Linnée, la variété est une plante qui a éprouvé quelque changement par des causes accidentelles, telles que le climat, la nature du sol, la chaleur, les vents , etc. Ainsi une tige plus ou moins grande, des feuilles plus ou moins larges, plus ou moins profondément découpées, des fleurs d’une couleur différente, simples ou doubles, ne sont pas des caractères spécifiques; ils n’annoncent que de simples variétés.
• Genres. La réunion des espèces .qui ont entre elles une ressemblance évidente dans leurs caractères intérieurs et leurs formes extérieures , constitue ce que l’on appelle genre. On ▼oit donc que les genres sont par rapport aux espèces , ce que ces dernières sont aux individus, et même aux variétés. Les caractères sur lesquels les genres sont fondés, sont tirés de considérations d’un ordre supérieur à celles d’après lesquelles on établit les espèces; elles dépendent de l’organisation de quelque partie essentielle. Dans le règne végétal , c’est principalement dans la forme ou dans la disposition des diverses parties de la fructification que les botanistes puisent les caractères par lesquels ils veulent établir des genres. Mais le nombre et la va*
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leur de ces caractères sont loin d’étre les memes polir toutes * les familles. Un caractère de la plus haute importance dans un • certain groupe, devient presque nul dans un autre. Ainsi dansles graminées, les ombellifères, les crucifères, les caractères qui différencient les genres sont si peu considérables, que dans d’autres familles elles serviraient à peine à distinguer les espèces entre elles. En général on peut regarder comme réellement bon j et naturel, tout genre qui réunit des espèces qui aient de com- ^ miin entre elles la modification d’organes qui constitue le caractère essentiel et qui se ressemblent parleur port et leurs formes extérieures.
Ordres et familles. En opérant pour les genres comme on a fait pour les espèces, c’est-à-dire en rapprochant ceux qui conservent encore des caractères communs, on établit des ordres, si l’on n’a égard qu’à un seul caractère ; familles ou ordres naturels , si l’on rapproche les genres d’après les caractères offerts par toutes les parties de leur organisation. Ainsi, Linnée, dans son système sexuel, en réunissant les genres qui ont le même nombre de styles ou de stigmates, en formait des ordres. M. de Jussieu au contraire, en rapprochant les uns des autres les genres qui offrent la même organisation dans leurs graines, leur fruit], les diverses parties de leurs fleurs, et la même disposition dans les organes de la végétation, composait une famille naturelle.
Classes. Enfin les classes, qui sont le premier degré de division dans une classification, se composent d un certain nombre d’ordres ou de familles naturelles réunis par un caractère plus général et plus large, mais toujours propre à chaque etre (pli fait partie de la classe. Ainsi Linnée, dans son système, a fait une classe de tous les genres qui ont cinq étamines ; cette classe se divise en un certain nombre d’ordres selon que les genres ont un, deux, trois, quatre, cinq, etc. de styles et stigmates. De ïriême, M. de Jussieu a formé dans sa méthode des familles naturelles, quinze classes, dont le caractère essentiel est fondé sur le mode d’insertion des étamines ou de la corolle monopétale staminifère.
Ces différentes définitions étant cornprises, voyons par quel moyen nous pouvons arriver aux différents groupements (jui conduisent à la méthode naturelle, et d’abord supposons qu après avoir étudié un certain nombre d’espèces, on ait appris à ^ eounaître la laitue, chicorée, pissenlit, le la.iteron^ etc* Qu
aura du remarquer, en les disséquant dans toutes leurs parties, combien ces plantes ont d’analogie, et dès lors on devra les réunir en un groupe que l’on désignera par un nom collectif ou un nom de famille (cliicoracées}, groupe dans lequel viendront se classer les plantes qui offriront la même série de caractères.
Maintenant, parmi les plantes qu’on aura étudiées en détail et individuellement, que l’on remarque l’analogie que présentent entre eux la carde, V artichaut, le carthame, la grande centau’rée etc., par le même esprit qui aura conduit au groupement précédent, on sera porté à réunir dans un autre groupe (carduacées) toutes ces plantes ainsi que celles qui auront des,caractères semblables.
Ces plantes présenteront quelques uns des caractères des cA«coracées, mais elles en différeront par d’autres caractères moins saillants.’
Si l’on connaît le tournesol, Vaster, le souci, le topinambour, la reine-marguerite, etc., il sera impossible de ne pas les ranger dans un autre groupe analogue aux chicoracées et aux carduacées par les caractères qu’offrent la graine, le péricarpe et les organes sexuels, en différant cependant par la disposition des fleurs qui sont radiées.
Mais ces trois divisions offrent toutes pour caractères communs une graine unique à embryon dicotylédone , un péricarpe ou un ovaire inféro-monosperme , cinq anthères soudées ensemble par leurs côtés et formant un tube , etc.
L’esprit les embrassera bientôt sous un seul point de vue, et en fera un seul groupe plus général que l’on désignera par le nom collectif de synanthérées.
D’un autre côté, si l’on a aussi analysé le chardon bonnetier, la scabieuse, etc., plantes qui présentent entre elles un assez grand nombre de rapports, et que Ton a groupées sous le nom de plantes dipsacées , on voit qu’elles offrent avec les synanthérées et beaucoup d’autres végétaux quelques analogies, telles que ; 1° un embryon dicotylédone, 2° un péricarpe inféro monosperme; 3° une corolle monopétale, etc. On pourra donc désigner l’ensemble de tous les végétaux qui offriront ces caractères sous une nouvelle dénomination plus collective que les précédentes, telle par exemple que celle-ci : dicotylédones à corolles monopétales épigjnes»^\\Çm, réunissant ainsi successivement, d’après des caractères moins nombreux, mais d’une plus haute importance, une quîtntité plus considérable de plantes, on ar-
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rive à embrasser sous le nom de dîcotylédonées toutes celles qui ont une graine à embryon dicotylédon; on désigne de même sous le nom de monocotjlédonées, celles dont l’embryon j n’a qu’un seul cotylédon, enfin sous le nom à'acotylédonées 1 toutes celles qui n'ont point de cotylédons. !
10® Qu’est-ce que ues classifications botaniques, dites méthodes ou SYSTÈMESy considérées SOUS LE POINT DE VUE LE PLUS GÉNÉRAL?
Les premiers botanistes qui se sont occupés de la classification des végétaux, paraissaient avoir eu moins en vue de réunir les plantes d’après leurs affinités naturelles , que de les réunir d’après des caractères peu nombreux, et jugés aujourd’hui de peu d’importance, dans le but d’arriver plus promptement à la connaissance du nom des plantes. C’est qu’ils ne prévoyaient pas quels avantages réels pouvaient résulter d’un groupement fondé sur des caractères naturels et constants. En effet Linnée et Tonrnefort , ne puisant les bases de leurs classifications que dans les caractères fournis par un petit nombre d’organes, n’ont mis au jour que des méthode» artificielles ou des systèmes; au contraire Laurent de Jussieu, rapprochant tous les caractères tirés de l’ensemble de l’organisation étudiée dans tous ses détails, a commencé une méthode naturelle à laquelle chaque jour les botanistes modernes s’efforcent d’ajouter.
Il® DANS l’état actuel DE LA PHYTOLOGIE, PEUT-ON , GOMME ON LE FAIT SOUVENT EN ZOOLOGIE, DEMONTRER LA NÉCESSITÉ DE LA COEXISTENCE DES PRINCIPAUX CARACTERES EMPLOYÉS COMME BASE DES MÉTHODES.
Les divers systèmes d’organes d’après lesquels on peut établir des distinctions parmi les végétaux , ont entre eux , comme cela s’observe également chez les animaux une corrélation nécessaire, de manière que l’on peut souvent conclure l’existence d’un caractère caché que l’on ne pourrait reconnaître que par le secours de l'anatomie , de celle d’un caractère extérieur qui se manifeste de lui-même. Ces relations constituent ce qu’on appelle les lois de coexistence des caractères.
Si nou^ examinons des cas où les caractères mrtritifs des yé-^
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gétaux ont été bien étudiés, nous verrons qu’ils se sont trouvés d’accord avec ceux de la reproduction. Césalpin, raisonnant d’après ces derniers seuls, mais raisonnant avec quelque rigueur, arrive à établir certaines classes déduites de la structure de l’embryon. Plusieurs siècles après, Desfontaines , observant les seuls organes de la végétation , est conduit à établir la même coupe, et donne ainsi Tune des plus grandes preuves de la concordance de ces deux systèmes d’organes, r Pour reconnaître qu’une classe est parfaitement naturelle, il faut y être arrivé par les deux voies que présente l’organisation végétale; ainsi, on peut affirmer que la division des monocoty îédones et dicotylédones, la distinction des graminées d’avec les cypéracées, etc., sont des divisions naturelles, parce que, dans ces cas, on arrive au même résultat par les organes reproducteurs et nutritifs. ^
I® DONNER li ANALYSE DES METHODES DE TOURNEFORT ^ DE
LINNÉE , DE JUSSIEU, ET EN MONTRER l’uTILITÉ PRA- TIQUE.