‹ Manuel complet du baccalauréat ès-sciences physiques et mathématiquesChapitre 187 sur 234 · HYPOTHÈSES PAR LESQUELLES ON A ESSAYE DE LES EXPLIQUER · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES PAR LESQUELLES ON A ESSAYE DE LES EXPLIQUER

Les plantes présentent encore un autre genre de phénomènes, où elles manifestent des mouvements spontanés plus évidents encore que ceux dont nous venons de parler. Ce sont ces effets singuliers qu’on désigne sous le irritabiUté des 'végétaux et

àe: sommeil des plantes. On sait, en effet, qu’aux approches delà nuit les feuilles et les fleurs d’un grand nombre d’entre elles affectent des positions et; des directions différentes de celles qu’elles présentent pendant le jour ; on remarque surtout cet effet dans les plantes à feuilles composées; Vainorpha^ le faux acacia^ abaissent leurs feuilles dès que le soleil disparaît , et restent pendantes durant la nuit. Le matin, leurs folioles s’étendent, et plus tard elles présentent encore ce phénomène remarquable , qu’à mesure que la lumière et la chaleur augmentent , elles se redresse t; de sorte qu’elles pointent vers le ciel au milieu du jour. L’éU.*^ diurne des feuilles présente donc aussi des variations. Bonnet a observé que les feuilles larges prennent une forme concave lorsqu’elles sont frappées par une vive lumière. Il est vrai que l’on peut attribuer ce phénomène à l’évaporation plus considérable à la face supérieure ; ce qui doit produire un retrait plus grand qu’à la face inférieure.

Les positions qu’affectent les feuilles et les inflorescences dans leur état nocturne varient à l’infini. On voit dans le cassia

marylandica un phénomène des plus curieux : le soir, ses folioles s’abaissent en tournant sur leurs articulations , de manière qu’elles s’appliquent l’une contre l’autre par leur face supéric'ure. Dans le mimosa pudica, le pétiole principal lui-même s’incline, les pétioles secondaires se rapprochent et les folioles s’appliquent les unes sur les autres , comme les tuiles d’un toit.

La sensitive est une des plantes qui offrent ces mouvements au plus haut degré ; non seulement la plicature de ses folioles s’observe lorsque le soleil disparaît sous l’horizon , ou est obscurci par un nuage épais, mais encore une secousse, une égratignure , le contact de la main, la chaleur, le froid, les agents chimiques, agissent sur elles, et souvent l’action exercée sur nue seule se communique à plusieurs autres, et jusqu’au pétiole commun.

Dans le dionœa muscipula^ la feuille offre deux lobes réunis par une charnière : quand un insecte vient toucher la face supérieure de ces lobes, ils se rapprochent et saisissent l’animal qui les irrite.

Les drosera rotundifolia et angustifolia ferment les feuilles comme des bourses , ce qui leur a valu, ainsi qu’au dionœa , le nom d'attrape-mouche.

Vhedisariim - girans , espèce de sainfoin du Bengale , offre des feuilles trifoliées; la plus grande foliole, qui est terminale, exécute un faible mouvement sur son articulation; mais les deux parties latérales ont un double mouvement , l’un de bascule de haut en bas; l’autre de torsion, en se rapprochant ou s’éloignant de la grande foliole. Ce mouvement paraît inhérent à leur organisation; caç, tout en présentant de fréquentes irrégularités, il ne cesse jamais, alors même que la feuille est détachée de la plante.

On (.ourrait citer encore un grand nombre de végétaux dont les feuilles exécutent des mouvements plus ou moins marqués, tels sont mimosa sensitiva casta , dormiens ^ 'viva hiimi^ iis ^ etc.

Les naturalistes se sont beaucoup occupés de ces mouvements, les attribuait à l’influence de l’humidité de la nuit. Linnée, à l’absence de la lumière, ce qui paraît plus vrai, car M. de Candolle. en plaçant dans l’obscurité plusieurs plantes douées de celte faculté , et les éclairant artificiellement , a vu plusieurs d’elles changer les heures de leurs veilles et de leur sommeil , et faire ainsi de la nuit le jour, et du jour la nuit.

HISTOIRE NATURELLE

Mais ces mouvements ne tiennent pas seulement à une influence de lumière; et, pour donner d’autres explications à cette ii cause, les uns ont dit qu’elle était due à un gaz que le choc le plus léger ferait dégager. Mais comme il ne se dégage aucun gaz, il en résulte que cette hypothèse est sans fondement. D’autres ont prétendu que ces mouvements provenaient des alternatives de chaleur et de refroidissement. Une opinion qui paraît plus probable et plus généralement adoptée , est celle qui fait dépendre les mouvements rapides des plantes à feuilles mobiles, des influences de la sève. Malheureusement pour cette hypothèse, il faut admettre, indépendamment de l’excitabilité qui existe dans tous les êtres organisés, la faculté de percevoir et de pouvoir transmettre plus ou moins bien Faction que certains agents extérieurs produisent sur eux.

M. Dutrochet a fait des expériences sur le bourrelet qui se trouve à la base du pétiole des feuilles dites articulées, et en particulier sur celui de la sensitive ; expérience qui le conduisent à penser que les mouvements ont lieu dans le bourrelet lui-même, et qu’iis se réduisent à la flexion et au redressement. Ce bourrelet est essentiellement composé d’un tissu cellulaire fin et délicat , garni d'une très grande quantité de petits grains verts , qui sont pour M. Dutrochet, autant de corpuscules nerveux (globuline de Turpin). C’est ce tissu cellulaire du bourrelet qui ' est le siège des mouvements du pétiole, que l’on peut à volonté anéantir en enlevant ce tissu cellulaire. Ainsi, quand on enlève le tissu cellulaire du côté inférieur du bourrelet, la feuille reste fléchie et ne peut se redresser; si , au contraire, on ôte la partie supérieure , la feuille conserve la faculté de se redresser ; mais elle ne peut plus se fléchir. Il en résulte évidemment que la | flexion de la feuille est produite par l’action du bourrelet supérieur, et son redressement est dû à celle du bourrelet inférieur.

Maintenant si l’on coupe une tranche très mince du tissu cellulaire du bourrelet sur le côté supérieur ou inférieur, on le voit sur-le-champ se ployer en cercle dont la concavité regarde con-^ stammeut l’axe du bourrelet ; eu sorte que l’on peut considérer | le bourrelet comme formé de deux ressorts antagonistes qui tendent à se recourber en sens inverse. Enfin , selon M. Dutrochet, la cause de ces mouvements àÜincur^ation (nom qu’il donne à celte propriété que possèdent les lames du bourrelet de se rouler dausun sens ou dans un autre) réside dans ï action nerveuse les agents extérieurs mettent en jeu.

botanique: 68ft:

Malgré toutes ces opinions, il est facile de voir que cette question importante n’est point encore résolue.

L’irritabilité végétale ne se fait pas seulement remarquer dans les organes que nous venons de signaler; mais on la retrouve, sans contredit, d’une manière bien plus marquée dans les organes de la reproduction : ainsi, tantôt les étamines s’inclinent alternativement sur le pistil, touchent les stigmates , puis se redressent et tombent comme dans la rue ; tantôt elles lancent leur pollen avec force et élasticité, comme dans le laurus persea , la pariétaire J etc. Dans ï épine-vinette , le cactus opuntia, le spermannia, les étamines sont si irritables, qu’elles s’agitent dès qu'on les touche. Il en est de même des pistils du martjnia, de ceux de plusieurs plantes de la famille des bignones, des personnées , des cynarocéphales , etc. ; certains stigmates deviennent humides et s’entr’ouvrent pour recevoir le pollen comme dans la pensée. Dans les fleurs de la passion , les ni-gelles, les épilohes , les styles se penchent vers les étamines, exécutant ainsi divers mouvements d’irritabilité qui semblent indiquer une sorte d’instinct. Le valisneria spiralis offre un phénomène encore plus remarquable ; cette plante dioique porte les fleurs femelles à l’extrémité de longues liges contournées en spirales, qui, se déroulant à l’époque de la floraison, élèvent les fleurs à la surface de l’eau; les fleurs mâles naissent en grand nombre sur de courts pédoncules sortant des racines, mais au temps de leur épanouissement elles se détachent naturellement, montent à la surface de l’eau, et, ballottées par le mouvement du liquide, approchent et entourent les fleurs femelles; il arrive même souvent qu’elles les couvrent entièrement. C’est ainsi que la fécondation a lieu ; mais aussitôt que cette fonction est opérée, la tige en spirale de la plante femelle se resserre et fait rentrer dans le sein des eaux l’ovaire fécondé. Tous ces phénomènes bien extraordinaires et difficiles à expliquer ont fait admettre, par quelques auteurs, dans les végétaux, une sorte de sentiment et d’instinct , un principe vital susceptible d’être mis en action par des agents extérieurs.

640 HISTOIRE NATURELLE

7O montrer liA. Pi.RFA.ITE CONVENANCE DE CERTAINES DISPOSI- TtONS ORGANIQUES POUR l’aCCOMPLISSEMENT DES PHÉNOMÈNES DE l’absorption, DE LA TRANSPIRATION, DE LA RESPIRA- TION, ETC., ET INDIQUER, AUTANT QUE LE PERMETTENT LES PROGRÈS DE LA SCIENCE , l’iNFLUENCE Qu’eXERCENT SUR CES PHÉNOMÈNES LES AGENTS EXTERIEURS PONDERABLES OU IM- PONDERABLES.

En revenant sur l’ensemble de la composition des végétaux , on ne peut s’empêcher d’admirer avec quel art les dispositions organiques propres à l’accomplissement des phénomènes que nous avons décrits précédemment sont établies. Il suffit, en effet , de se rappeler les spongioles qui terminent les radicelles et par lesquelles se fait l’absorption de la succion dans les végétaux; de considérer la disposition des couches des différents tissus qui composent la tige des plantes et dont les parties intérieures communiquent avec les plus extérieures au moyen des irradiations utriculaires; de jeter uu coup d’œil sur toutes les surfaces vertes, respira trices , dont la structure différente des deux surfaces indique qu’elles sont appelées souvent à remplir des fonctions différentes ; sur l’épiderme général qui, en raison des stomates dont il est parsemé, paraît avoir pour objet l’absorption et l’exhalaison des fluides aériformes, mais qui peutêtre n’a été créé que pour empêcher l’évaporation trop rapide des liquides répandus dans le végétal. Enfin, si l’on ajoute que les organes rudimentaires ou embryons sont le plus souvent situés dans le voisinage de dépôts de fécule propres au premier développement de la plante , nous aurons la preuve des parfaites convenances de certaines dispositions organiques que nécessite l’accomplissement des phénomènes de l’absorption, de la transpiration, de la respiration, etc. Mais la plupart de ces phénomènes dépendent évidemment d’une force intérieure inconnue, peut-être l’irritabilité organique , ou une force vitale , et aussi dequehjues causes extérieures, telles que l’action de la chaleur et de la lumière, la capillarité et surtout V endosmose qui exercent une influence bien marquée sur ces phénomènes.

64fl

Page 1