‹ Manuel complet théorique et pratique du jardinierChapitre 28 sur 111 · DU JARDIN FLEURISTE · texte numérisé non relu

DU JARDIN FLEURISTE

Dans tous les cas9 chaque emplacement garni de fleurs, etne formant pas tapis serré comme les gazons, doit être ceint d'uue bordure oui en limite la forme et retendue, et en sépare la terre. Le buis est une des plantes qui remplit le mieux cet objet ; la statue , la pâquerette , la giroflée Je Mahon , ont de plus l'agrément de former des bordures colorées des nuances les plus belles. Le fraisier même ne doit pas être bauni des bordures des jardins d'agrément. Dans tous les cas, il faut éviter soigneusement l'empiétement et le trop grand élargissement des bordures. Rien de plus charmant encore, dans les platesbandes ou corbeilles, et même en bordures, que des rayons de pieds- <T alouette el autres plantes semblables , disposées en étages , en couronnes , en bouquets.

•"Disons maintenant deux mots des lieux qui contiennent les liantes, de ceux destinés à la promenade , de ceux destinés à prolonger la vue , de ceux destinés à y mettre Uniterme , de ceux destinés à l'orner.

y Nous avons déjà vu que, dans les jardins fleuristes, on place l'es plantes dans les planches, les plates-bandes, les corbeilles et les massifs. Les planches sont des emplaceccraens en forme de carré long, peu relevés au-dessus du sol, et entièrement plats. Leur régularité, leur trop grande dimension en largeur, les font plus que jamais bannir des jardins : il arrive rarement de trouver une occasion de les employer utilement, si ce n'est comme pépinière ou lieu de dépôt.

Il n'en est pas ainsi des plates-bandes : c'est la principale forme adoptée pour les jardins fleuristes proprement dits. Autrefois on les faisait droites, mais maintenant on les infléchit en tous sens. Les plates-bandes sont donc des espèces de rubans de terre disposés sur les gazons , le long des allées, des bosquets, et dont le caractère dislinctif est d'avoir dans toute leur étendue une largeur égale. Cette largeur n'excède jamais six pieds , et , dans un jardin moyen, est d environ quatre pieds. Ces platesbandes sont relevées, sur les bords, d'environ deux poures au-dessus du sol environnant, et bombées en dos d'âne , de sorte que le centre est toujours beaucoup plus Laut. C'est en faisant les labours qu'on rétablit cette

forme. On peut anssî les disposer en amphithéâtre du cAté de l'allée.

Les corbeilles et massifs sont également très-bombés au rentre , surtout les premières, qui doivent figurer un rirhe bouquet, lorsque les plantes qui y sont place'es sont en fleur. La plantation doit donc y être faite très-serre'e et régulièrement: c'est ce qui les dislingue des massifs, qui , de plus, n'ont pas toujours une forme arrondie et se placent çà et là , tandis que les corbeilles sont des emplacemrns d'apparat et par conséquent peu nombreux. On n'y cultive guère que des plantes très-remarquables et le plus souvent une même espèce à nombreuses variétés telles que les jacinthes , les renoncules , les œillets pieJs-d } alouette , les rosiers; elles prennent ajo . 50 .-• vent le nom de parcs.

Les allées, qui ne sont autre chose que c** . destinés à conduire le promeneur dans les em \\W plus ir.arquans et les plus dignes d'entretenir soi> . tion, sont une des parties les plus difficiles à cou 1 ,7 dans tout jardin. Nous nous bornerons i ci 4 pour le»* sin, à dire que leurs contours doivent être graciçi autant que possible , motive's ; cette condition est ce dant moins impérieusement commande'e que dap«r \*l ï*«« dins paysagers. La largeur des allées doit toti)t.*'r.

Sroportionn^e à l'étendue du terrain. Dans les j.; curistes, elle ne doit guère dépasser trois ou qu . • pieds , les allées figurant plutôt des sentiers que des ohe « inins. Toutefois observons que, dans tous les cas, à l'entrée du jardin, les allées doivent embrasser plus d'espace : il ne faut pas qu'une société , au sortir de la maison , scit obligée de renouveler d'ennuyeuses cérémonies pour déterminer l'ordre de la promenade de chaque personne. A. mesure qu'on avance, les uns précipitant leurs pas , les autres sont arrêtés par ce qui fixe leur attention , ou par les remarques faites par un voisin , et les allées peuvent 6e rétrécir sans inconvénient. C'est surtout à leurs bifurcations que ce rétrécissement doit s'opérer, parce qu'alors il parait naturel. Dans ces jardins, les allées doivent être plates , la forme bombée gênant trop la marche dans des allées étroites : elles doivent être recouvertes de sable f do gravier, do mâchefer, de débris d'animaux fossiles, 01»

Ï)U JARDIN FLEURISTE. 5} autres matières propres à permettre la promenade après la pluie , et empêcher l'herbe de pousser trop abondamment. Leur propreté' est indispensable et doit être entretenue par de fréquens ratissages. Enfin, les allées doivent communiquer les unes aux autres , et ne pas présenter ce ridicule de plusieurs parterres anciens, sillonnés de sentiers auxquels on ne pouvait parvenir qu'en traversant des plates-bandes ou des gazons : mieux vaut alors les colorer de sable de couleur , afin qu'ils imitent du moins des espèces de lapis.

Dans les bosquets , les allées peuvent être multipliées 9 pourvu que les tours , détours et retours s'aperçoivent à peine. Quelques repos, quelques salles ornées de bancs de gazon doivent être ménagés de distance en distance ; ; niais il ne faut pas faire abus de ces accessoires. Les uns sVtablissent dans l'endroit où le jardin présente une vue pittoresque ou un aspect remarquable ; les autres , dans l'endroit le plus sombre et le plus solitaire. C'est là où le poète trouve enfin un vers que l'oreiller lui a refusé ; c'est là qu'une bouche, qui se colore aussitôt du plus vif incarnat, fait involontairement le premier aveu, prémice du bonheur.

Les gazons occupent le plus souvent la partie centrale du jardin ; ils sont destinés à conduire la vue , à figurer , tme vallée ou une prairie agréable. On en parlera plus au long dans le chapitre suivant. Nous observerons ici qu'étant plus petits , ils doivent être plus soignés , plus peignés, plus souvent taillés, plus exactement purgés des mauvaises herbes : des safrans , des orchidées , etc. , doivent de temps en temps émaîller leur verdure, et chaner leur aspect ; les arrosemens y sont indispensables. ]uanl à leur forme 9 elle varie comme celle du jardin; mais on peut dire en général que les gazons doivent avoir des contours irréguliers , être accompagnés de massifs, tt entourés çà et là de plates-bandes. La position de ces accessoires est déterminée parle bon goût.

Ouant aux plantations destinées à masquer les bornes du jardin 9 elles demandent beaucoup d'attention; c'est encore dans le chapitre du jardin paysager qu'on trouvera plus de détails sur cette matière. Nous dirons toutefois que les bosquets doivent cacher Irrégularité du ter*

raîn et sa terminaison ; s'il est trop petit pour y planter des bosquets, les palissades appliquées contre les murailles pourront suffire. Mais il ne faut passe contenter d'avoir changé le mur blanc ou noir en vert , il faut , en plantant çà et là sur le devant des groupes d'arbustes ou des plantes élevées, simuler des enfoncemens qui persuadent à l'esprit que le terrain se prolonge au-delà de ce que les yeux peuvent apercevoir. Ce principe est d'une continuelle application dans toutes les sortes de jardins naturels, et contribue infiniment à leur agrément»

Nous ne pouvons passer sous silence différens accessoires des jardins que les anciens dessinateurs de p*-~ terres prodiguaient tant et répandaient avec tant h profusion. Pour nous , leur usage nous semble devoir h» t très-borné et très-rare dans les jardins de peu d'etf r W. Qu'y a-t-il, en effet, de plus ridicule que d'accu" ie ^ dans un petit terrain des bassins à jets d'eau de toi pèce , des vases, des statues, des monumens, etc. « v ne doit cependant pas les bannir entièrement; r} faut seulement que le bon goût préside à leur choix et * leur dispensation dans le jardin. '

Le principal , comme le plus agréable de ces accessoires , c'est l'eau. Le mouvement qu'elle répand dai jardin , par ses ondulations . par ses reflets , par les «* r maux qu'elle reçoit dans son sein , Ta fait comparer arec raison au& places des appartenons ; il faut que ces ornexnens soient disposés avec bien peu de goût, pour qu'ils ne soient pa , agréables. Cependant leau ne doit pas être prodiguée dans un petit jardin. Qu'on ait un bassin, autant que possible, déforme irrégulière, et dont une partie se cachera derrière un bosquet , ua ruisseau serpentant dans un gazon, ou murmurant sur des cailloux. Tout au plus croyons-nous un jet d'eau formant point de vue , permis par le bon goût ; mais une cascade , mais un léger torrent , mais une rivière tranquille, sont de tous les lieux. Un vase, une coupe f un animal , qui jettent de l'eau, peuvent encore ajouter à l'agrément d'un jardiu, s'ils sont employés avec art et ménagement.

Quant aux monumens de toute espèce , on doit les bannir presque entièrement du jardin peu étendu. Tous ces portiques, ces temples, ces cirques, ne peuvent y

DU JARDIN FLEURISTE. 5^ trouver place; ils ne peuvent qu'attester le goût ridicule de celui qui les y a construits. A peine tolérons-nous , dans les jardins qui nous occupent, un kiosque, placé dans un lieu d'où Ton découvre une vue étendue , un riant aspect , ou quelques scènes champêtres , ou bien une cabane rustique cachée dans un bosquet , ou bien un petit temple consacré à l'Amour, à 1 Amitié , ou bien enfin quelque petit monument destiné à offrir un lieu de repos. Une statue, un vase, s'ils ont quelque analogie >vcc les lieux où ils se trouvent, s'ils rappellent quelques •Vaens ou quelques personnages de la mythologie ; - encore , s'ils sont consacrés à l'Amitié , à la ne- : sance , ne pourront qu'ajouter au plaisir de la j • -jade et y mêler de douces sensations.

< jtous, sur cette matière f le chantre des jardins.

lî»" îsseï des jardins tout cet amas. confus •fi ce s divers prodignés par la mode, * tsque , rotonde , et kiosque et pagode ; j al i mens romains, grecs, arabes, chinois, s d'architecture et sans but et sans choix, t la profusion stérilement féconde

* rme en un jardin les quatre parts du monde*

i i bancs et lits de verdure doivent être plus multipliés *u les jardins fleuristes ; car ils contribuent a Paftdir idéalement, et à y augmenter la pi" mena de. Tantôt, c'est simplement un banc de bois-, de pierre, droit ou circulaire; tantôt, c'est un banc de gazon qui forme demi-cercle , avec un dossier élégamment relevé ; tantôt, enfin, ce sont des parasols rustiques, de petits pavillons. Dans tous les cas, des végétaux remarquables doivent être rassemblés aux alentours, afin que les plantes soient dignes du cercle qui se réunit au milieu d'elles.

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