‹ Manuel complet théorique et pratique du jardinierChapitre 30 sur 111 · DES DIVERSES SORTES DE JARDINS D'ORNEMENT · texte numérisé non relu

DES DIVERSES SORTES DE JARDINS D'ORNEMENT

ARTICLE I,er — Du jardin symétrique ou français.

Avant que les règles du bon goût, celles prescrites par la nature, et par le d sir d'émouvoir et de plaire, déjà suiv ie* depuis long temps en Angleterre , eussent pénétré en France, le* dessins symétriques et réguliers étaient les seuls admis dans tous les jardins, soit t rès-b ornés , soit d'une vaste étendue. Ils y étaient même si exclusifs , ei nos arlistes avaient tellement perfectionna ce genre do jardin , qu il a reçu le nom de jardin français t malgré qu'il para sse tir. r son origine d Italie. C'est ce que nous verrons dans la section suivante, en exposant ce qu'étaient les jardins des Romains et des Italieus j c'est ce que

A LA FRANÇAISE. 6l prouvent les anciens jardins des îles Borromées ; il est d'ailleurs plus que probable , d'après les analogies qui existent entre ces genres de jardins, que c'est dans ce pays où la renaissance des arts a eu lieu beaucoup plus tôt" que dans le nôtre , que nos artistes ont puisé les premières idées du genre s\ métrique.

Quoi qu'il en soit, ces jardins se distinguent par leur ordonnance régulière, jamais conforme à la nature. C'est l'art seul qui en fait les frais , et il se montre de tous côte's à découvert. De vastes allées droites , coupant des carres ou des massifs, formant des quinconces ou des étoiles, des bosquets, des palissades, des arbres • taillés régulièrement sous diverses formes , des terrasses , N statues, des bassins, toujours de forme régulière, ' i, souvent entourés de marbre , et ornés de jets d'eauf 4ont les parties dont se composent ces jardins. Si : \?' premier aspect a quelque chose de grand, et étonne r .. agination , qui n'en voit d'abord que l'extraordinaire , leur monotonie cause un prompt ennui qu'aucun Rangement ne vient charmer, et cjui bannit prompte— ent de ces jardins ceux qui en avaient été le plus épris. \uss\ , n'en construit-on plus aucun maintenant, malgré leur beauté particulière, et le talent réel qui se montre souvent dans leur savante combinaison. Leur seule destination convenable est pour les jardins publics d'apparat, servant de promenades aux habitans des villes , jardins où l'on va pour être vu , et pour voir les promeneurs , et non la promenade.

Lenâtre , fondateur de ce genre de jardin en France , etLeblond, son élève , étaient certainement tous deux des hommes de grand talent, mais que le goût du siècle a égarés. Ce dernier s'est particulièrement appliqué à la théorie de ces jardins, et a publié un ouvrage qui contient d'excellens principes sur leur construction. Le premier , au contraire, ne s'est appliqué qu'à l'exécution; mais il suffit d'examiner, avec quelque soin, le jardin des Tuileries à Paris, et le parc de Versailles , pour reconnaître la science de leur ordonnance et de leur plantation.

Lenôtre ne s'est pas borné à dessiner de vastes jardins ; y a prouvé que le talent peut vaincre tous les obstacles.

b2 JARDIN

Pour donner une idée du jardin symétrique dans un es-» pace moyen , nous ne pouvons mieux faire que de décrire un de ceux dessinés par Lenôtre , et qui nous a

Îaru l'un des mieux combinés et des plus agréables (i). iette description suffW pour mettre sur la voie de» règles qui doivent gujuci celui qui veut construire , juger ou réformer ces jardins.

La partie du terrain dessinée à la française n'a pas plus de quatre arnens ; le surplus qui entoure cette partie se compose de bois , d'étangs, de vignes également dessinées; mais, on n'y reconnaît pas la main du même maître , excepté dans la portion du parc qui fait face à l'habitation, et qui figure une vaste nef d'église gothique, par une double plantation* de peupliers; nous ne parlerons que de la première partie. Le terrain est une pente douce , borné, à droite, par un côteau garni de vignes , à gauche , par un mur en terrasse , et couronné par un 1 bois sombre , qui , placé à quelque distance, procure une ~., vue bornée, mais pittoresque. A la sortie du bâtiment, et dans toute sa largeur, se présente d'abord un parterre, occupant environ le tiers du terrain en longueur. ✓ Deux belles plates-bandes de fleurs sont en première ligne « sous les fenêtres; viennent ensuite une grande allée transversale , deux quinconces de fleurs surmontés de deux grands carrés de gazons , entourés de plates-bandes également garnies d arbrisseaux taillés et de fleurs. Ce parterre est coupé au milieu par une allée faisant face au bâtiment, et communiquant avec deux allées latérales qui i lui sont parallèles; cefles-ci sont accompagnées de deux planches de gazon , plantées d'arbres rares. Ce parterre est terminé par une terrasse en talus de gazon, sur laquelle ou arrive par un escalier aussi de gazon, formant continuation de l'allée principale f et sur les côtés par une pente douce.

Là se présente un bassin orné d'un jet d'eau , et de forme ronde; une plate-bande de gazon f puis une allée ,

(i) L'auteur s M charge* de changer ce jardin mutilé à plusieurs reprises , et de le dessiner et planter eu jardin paysager.

Jioti de V Auteur. «

A LÀ FRÀNÇATSK. 63 en font le tour ; l'allée se continue ensuite à droite et à gauche , et va se marier avec les bosquets latéraux. Cette

Sorti on où se trouve le bassin est séparée du parterre par les plates-bandes ornées d'arihistes taiHés et de fleurs. La rondeur du bassin qui se communique à ces platesbandes , et par suite aux terrasses et à cette portion des parterres , leur donne un contour extrêmement gracieux y et qui rompt un peu l'uniformité du dessin.

Une seconde terrasse de gazon , aussi coupée au centre par un escalier , et , des deux côtés , par une allée en pente douce , conduit au second parterre, composé de quatre grands carrés entourés de plates-bandes , partagés par deux grandes allées en croix, et environnés par d'autres allées de moins grande dimension. Le jardin est terminé par une nouvelle terrasse en gazon , à laquelle on a fail répéter le contour gracieux, imprimé par le bassin *ux deux autres , mais en sens contraire ; on parvient à cèjllc-ci par une seule allée centrale, en pente douce f très-vaste , et accompagnée de deux languettes de gazon, sur? lesquelles on place des vases garnis de fleurs. Une grande allée transversale et deux plates-bandes remplissent toute cette terrasse. •

A droite du parterre régnent , dans toute la longueur du terrain , deux vastes galeries de tilleuls , formant voûte parfaite. Chaque côté de ces allées est accompagné d'une ligne de tilleuls taillés en boules , et plantés dans des planches de gazon. Cette partie est séparée , jusqu'à la troisième terrasse , par une palissade de charmille ; mais se lie au parterre , et ensuite aux bosquets de auche , par trois allées transversales , l'une passant à peu e distance du bâtiment, l'autre conduisant au bassin > la troisième faisant suite à l'allée en croix du parterre supérieur.

La partie de gauche est un composé d'allées , de cloîtres, de quinconces, de salles, d'amphithéâtres, de labyrinthes , de cabinets formés de palissades de charmille , dans lesquelles se trouvent disséminés des bosquets, des bancs, des statues. Voici, à-peu-près, son ordonnance : Une longue avenue bordée de charmilles d'une grande élévation la sépare d'abord des parterres ; mais cependant y communiqué par trois allées princi-

pales, dont nous venons de parler : deux salles»de char-» milles terminent cetle avenue. Commençant alors par le bas du terrain, à gauche du bâtiment, on trouve un labyrinthe formé de salles, de quinconces parfaitement dessinés; on arrive ensuite à une salle de tilleuls, imitant un ancien amphithéâtre; du fond de cet amphithéâtre , la vue de trois salles, qui se succèdent les unes aux autres, produit une sensation aussi forte qu'inattendue. La première de ces salles est un rond de gazon f accompagné de deux bancs couverts ; la seconde est un gazon ovale , entouré , comme la première, d une allée , mais beaucoup plus vaste , et , de plus, d'une plantation d'ormes taillés en boules : l'allée du bassin conduit à cette salle; la troisième est une rotonde de danse couverte de tilleul* accompagnés de bancs, et, comme les deux autres, entourée de palissades de charmille.?. Deux allées, figurai t des coulisses , conduisent , de çr . salle, dans la troisième allée principale , et, après l5 % voir traversée , on se trouve sous un massif àé&*rr.*K marronniers, couvrant une glacière de leur om!*»< h tectrice. À leurs pieds, des bancs de gazon m repos, et le mur en terrasse, libre enfin de ch. c$ livre à l'œil l'aspect de la ferme , du village , pu ^ i ift belle campagne terminée par un horizon éloigné, Gelte faible portion appartient tout-a-fait au genre pittoresque; aussi est-elle le rendez-vous des promeneurs pensifs , ou qui cherchent , dans la contemplation de la belle nature , l'inspiration du génie; le contraste de l'épais ombrage des marronniers, dont le feuillage est impénétrable aux rayons du jour, avec l'aspect riant et brillant de la campagne; ces énormes troncs sillonnés par le temps, ces sièges de gazon, tout cause de profondes émotions que rappelle le souvenir même de ce beau lieu.

îïous espérons que l'on nous pardonnera celte description un peu longue ; mais nous avons pensé qu'elle servirait en premier lieu d'exposition el de développement aux règles d'ordonnance des jardins symétriques . et , en second lieu, par sa variété, serait un supplément naturel à ce que nous avons tilt du jardin fleuriste , et formerait la transition de l'un à l'autre.

On a pu remarquer combien toutes ces vastes allées

ITALIEN. 65 droites doivent être monotones , dès que l'impression du premier coup d'oeil est passée , et combien elles fout peu valoir l 'étendue du terraio. Ou a pu voir également combien le sol était employé en plantations inutiles , combien devait être dispendieux l'entretien de semblables jardins, et combien d'hommes sont nécessaires pour ratisser les allées , si multipliées et si vastes , et tailler tous ces arbres en galeries , amphithéâtres, palissades , rotondes , boules, cabinets , etc , etc.

ART. II. — Du jardin italien.

Les jardins italiens modernes , ainsi que ceux de l'ancienne Rome, diffèrent peu du çenre symétrique, et, v ainsi que nous l'avons dit, paraissent eu avoir donné ^ Tidée. Les jaidins des anciens Romains, qui nous sont çonnus, surtout par un assez long passage de Fline le jeune, et par quelques mots de leurs historiens, paraissent avoir peu changé d'ordonnauce jusqu'aux temps modernes. Les allées régulières, les palissades nombreuses, les coroparti mens , l'usage du buis , soit en bordure , soit en figures , sont des choses communes à ces jardins , et à ceux à la française. Klles y sont même peut-être plus entassées, sans toutefois les composer aussi exclusivement que dos anciens jardins , et ceci est une de leurs principales différences. Ln effet , on ne bannissait pas des jardins italiens , et surtout les Romains, les végétaux utiles , tels que les arbres fruitiers , la vigne. Ne voyonsnous pas Lucullus rapporter le cerisier en triomphe pour ses jardins ? Ne voyons-nous pas Horace vanter l'aspect agréable d'une grappe de raisin vermeille , suspendue au milieu d'une promenade ? Peut-être même induirait-on, avec justesse , des grandes dépenses appliquées à certains jardins romains , de l'accumulation des végétaux les plus rares et le* plus précieux, d<! l'empressement de. plusieurs grands hommes à y terminer leur brillante carrière , qu'ils connaissaient sans doute les jardins naturels , et qu'il n'est pas possible que des jardins symétriques eussent pour eux tant d'attrait. C'est, au reste, l'opinion de l'auteur du Voyage de Polydètc , dans la description qu'il fait des jardins de l'ancienne Rome.,

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