IX. Des rochers
Le caractère sauvage, souvent imposant et majestueux, plein d'àprcté eL de grandeur, des rochers, tend leur construction des plus difficiles, pour ne pas dire impossible. Celui qui construit un jardin naturel doit donc se contenter de tirer parti et d'accommoder à ses points de vue ceux que le sol lui présente, et il doit s'en passer lorsque la nature n'en a pas placé dans le lerrain dont l'arrangement lui est confié. Outre la difficulté de construire des rochers qui aient une apparence naturelle , un autre motif doit encore retenir; ce sont les dépenses énormes qu'un tel établissement entraine: en effet, qu'on ne croie pas imiter un rocher par une simple maçonnerie; il faut apporter des fragmens de roches naturelles et les replacer au lieu où l'on désire avoir un rocher; et de tels travaux ne peuvent se faire sans de grands frais. Les Chinois excellent dans cet art ; mais sans doute la dépense ne les rebute pas; et où trouver chez nous cet enthousiasme ?
Mais toutes les fois que des rochers naturels s'offrent dans un terrain, les scènes pittoresques qu'ils contribuent à former au milieu des collines et des lieux tourmentés > les font saisir avec empressement. Les collines sont le plus souvent bordées de rochers : il est donc facile de les mettre à découvert, s'ils sont en partie cachés par la terrt
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végétale, ou «le leur donner une forme agrc'able , s'ils ont une figure trop uniforme et peu pittoresque : cela n'entraîne pas à un grand travail et n'est pas d'une insurmontable difficulté. « Fortifier, corriger, dit M. Mord dans sa Théorie des Jardins , voilà donc à quoi se re'duiront à-peu-près les opérations de l'artiste sur les rochers. Ces moyens, qui ne sont pas toujours au-dessus de ses forces , lui procureront des beautés maies et des effets vigoureux, qu'en vain il «ût essaye' d'obtenir en voulant les créer. » Lt M. Wateley : « Les embellir est notre seul pouvoir sur les rochers. Ils sont trop grands et trop intraitables pour céder a nos caprices; mais, en ajoutant ou en retranchant quelques ornemens , nous pouvons découvrir ou cacher certaines parties , affaiblir ou renforcer les caractères, et, par conséquent, les impressions qu'ils produisent. » Ces cmlK-llissemens consistent à exposer aux regards certains fragmens qu'une faible couche de terre ou de mousse nous dérobait; à couvrir au contraire certaines parties, tantôt pour rompre l'uniformité de la masse, tantôt pour rapprocher des groupes de rochers isolés par des plantations qui semblent cacher les points de séparation , et , par là , donnent lieu à penser que la masse est continue ; c'est enfin à fracturer les rochers naturels pour leur donner un aspect pittoresque qu'ils n'ont pas toujours , ou augmenter leur caractère terrible, imposant, majestueux.
Les grottes et les cavernes sont des dépendances des rochers , et ont le double avantage de rendre leur caractère plus prononcé et de former fabrique naturelle. Leur disposition intérieure et extérieure doit toujours être sauvage et sans aucun des ornemens produits par l'homme civilisé. En effet , ne représentent-elles pas la retraite de l'homme sortant des mains de la nature? Des sièges formés de fragmens de rochers , tout au plus quelques nattes grossières, des vases formés du fruit des coloquintes qu'on
Elantera dans les environs, doivent en être tout l'ameiilcment. Mais quel charme y répand un rnisscau s'échappant des interstices des rochers et offrant le doux murmure de ses eaux limpides! Ce lieu si aride, si sauvage, sera préféré alors aux salons dorés, aux fauteuil*
FABRIQUES ET CONSTRUCTIONS. i i 5
d'acajou. Mais c'est principalement l'entrée de la grotte et ses alentours qui réclament un arrangement tout particulier, approprie a son caractère : il est le même nue pour les rocheis. Beaucoup d'irrégularité! dans les masses
Îui les composent , un mélange combiné avec art f tant es parties couvertes et découvertes, que des mousses f des plantes rampantes, des arbustes qui servent a décorer et jeter de la vaiiélé dans les rochers, tels sont les objets qui doivent surtout attirer rattention de l'artiste. De nom* breuses plantes grimpantes qui pendent en longs festons9 ou forment de grands cordons , doivent surtout les accompagner.
Mais il serait bien difficile de prescrire des règles générales sur ces matières ou du moins cela demanderait de grands déveioppemens; il nous suffira donc d'avoir indiqué ce que le bon goûl commande , et d'avoir mis le paysagiste sur la voie: la même cause nous renfermera dans de semblables bornes pour les fabriques et tous les . accessoires dont l'industrie de l'homme peut embellir les jardins.
§. X. Des fabriques et constructions diverses.
Le principe géne'ral duquel l'artiste ne doit jamais s'écarter dans le choix des constructions et des fabriques, est de toujours les approprier au caractère du site où il veut les placer , et du paysage qu'elles contribueront à former. (Je choix heureux dans les embellisscmens de» jardins , ce rapport de leur caractère avec celui du site y que M. Morel désigne par le mot de convenance , sera la seule partie des fabriques (1) , sur laquelle nous insisterons. Les détails de forme et de construction , les déco* rations intérieures et extérieures sont trop variées pour les décrire : elles nécessiteraient un traité spécial qui n'au-
(1) Ce moi fabrique est une expression générique usitée dans les arU pour désigner tous les bâtiment d'effet et les constructions Que rindustrie humaine ajoute à la nature pour sou embellissement , suit sur le terrain, soit sur le papier ou la leile.
Note 04 V Auteur,