OU LA SERRE
Nous quittons îcî le domaine des plantes herbacées, pour entrer dans celui des végétaux ligneux, e'est-à-diro dont les tiges et les rameaux forment bois, parmi lesquels nous avons déjà, fait çà et là quelques excursions nécessitées par l'analogie des objets qui nous occupaient. Nous avons dû traiter plutôt, dans la division du jardin fleuriste, qui, par son étendue bornée, permet et même exige une culture plus difficile, une composition plus précieuse que dans celle du jardin paysager, qui se borne é-peu-près au bon emploi des moyens offerts par la na-* ture de ces plantes qui demandent l'orangerie ou la serre, et conséquemment nécessitent de grands soins, une surveillance continuelle, et ne peuvent se répandre dans de
Srands espaces. C'est d'ailleurs dans un jardin borné t ans un parterre, qu'il est plus nécessaire d'offrir au* regards des végétaux singuliers, remarquables ou rares, qui, plus que tous les autres , attiferont l'attention.
Cette section comprend donc les plantes à tîgcs ligneuses , qui ne peuvent supporter nos hivers en pleine terre, et ne sont jamais cultivées qu'en vases ou en caisses. Leur nombre est déjà fort grand , et chaque jour les découvertes des voyageurs, et les essais de naturalisation des cultivateurs Va croissent encore ; aussi, ne prétendonsnous pas faire connaître tous le* genres et toutes les es-
|>èces qu'on peut cultiver dans les serres, et surtout dans es serres chaudes. Il aurait fallu pour cela décrire à-peuprès tous les végétaux connus, et c'eût été sortir de noire plan dune manière tout-à-fait superflue. Nous nous bornons donc aux espèces les plus connues, les plus cultivées, les plus agréables, ou remarquables par quelque qualité qui leur est particulière.
Les lieux où Ton abrite les végétaux pendant la rigueur des froids, sont tantôt des serres ( 1 ), cV»t-à-d?re des bàtimens construits à l'effet de renfermer, soit pendant toule Tanné*-, soit pendant la saison morte seulement, les
(i) Vùyet % pour plu» de détail §ur les ferres et fe§ orangeries, la chapitre V et ta planche il de la preaière partie, tittt di VArtUir.
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plantes qui ne peuvent demeurer en pleine terre, ou qui végètent pendant l'hiver. Dans les serres, on maintient toujours la température au-dessus de dix degre's du thermomètre de Kéaumur : les plus aérées , celles où le jour et les rayons solaires pénètrent avec le plus de facilité sont les meilleures. T antôt dans les orangeries, sorte de «erre moins bonne , et qui n'a pour but que d'abriter les végétaux pendant l'hiver. On n'y fait pas toujours du feu ; ]a chaleur qu'on y maintient n'excédant pas six degrés; dans plusieurs même, on conserve cette température en bouchant simplement les ouvertures avec de la litière des paillassons. Les orangeries sont rarement des bâtimens construits pour cet usage. Ce sont le plus souvent des pièces auxquelles on donne cette destination. Mais une orangerie, pour être bonne, doit, comme les serres, être exposée au midi, et recevoir l'air et la lumière, beaucoup de végétaux languissant, et même périssan t, quand ifs son t pion gés dans l'obscurité, et enveloppés d'un air étouffé.
Enfin, dans les jardins où les végétaux délicats sont peu nombreux, on se dispense d'avoir des serres ou des orangeries, et on se contente de renfermer ces plantes dans les appartenons ou les caves; mais ces abris sont souvent plus pernicieux que les frimas.
La construction, la disposition des serres et des orangeries, leur entretien, la culture des végétaux qui y sont placés, les soins qu'ils exigent, les maladies, les animaux qui viennent les attaquer, et les remèdes que le jardinier doit apporter a ces maux, demanderaient d'assez longs dévcloppemens pour être traités d'une manière complète ; mais ce court exposé pourra suffire pour cette seconde partie, et l'on trouvera dans la première un chapitre spécial sur les touches et les serres, dans lequel ces matières seront traitées avec quelque étendue, tout ce qui est relatif aux pois, vases, caisses, qui sont une dépendance de l'orangerie, puisqu'ils servent à contenir les végétaux qu'on y place; leur choix, leur construction, l'entretien qu'ils exigent, les travaux d'empotage et de rempotage, la manière d'opérer ces travaux, font nécessairement partie du même chapitre. Cependant nous allons en dire deux mots, et quelques autres détails se rencontreront dans le coulant des articles de description.
Quand on cultive des plantes en vases, un principe essent i c 1 T qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est qu'il faut suppléer par la qualité à la petite quantité d'alimens qu'on met à leur portée. Ainsi , la terre doit toujours être très- Lonne, tiès-substantielle, et analogue à celle qui plaît le plus a la plante (1) : cette terre sera fréquemment renour velée ; les arrosemeus seront souvent répétés. Une autre observation, qu'il est également important de ne pas négliger , c'est d'avoir soin de couvrir d'une pierre les trous des vases de terre cuite, de faïence, etc. ; sans cette précaution, l'eau des a rros^mens séjourne dans la terre, pourrit les racines, ou bien au contraire y forme des ravines, l'enlève et passe dans le vase comme à travers un tamis.
Quant à la multiplication des plantes de celte section , elle se fait de toute manière ; mais on conçoit que de jeunes plants exigent toujours de grands soins, et doivent être placés sur couches ou sous châssis : les moyens artificiels de propagation son! bien précieux pour les végétaux qui souvent ne donnent pas de graines, et qui, sans cela, seraient bientôt perdus pour nous. Beaucoup conservent toujours leur feuillage , végètent et fleurissent toute l'année , ou même seulement pendant l'époque où dans nos climats le froid ne permet à aucune plante de se montrer; aussi n'y a-t-il rien de plus agréable, de plus varié, mais malheureusement de plus dispendieux qu'une belle serre, Lien disposée, bien entretenue. C'est là, plutôt que dans tin jardin peuplé d'arbres verts, où le riche peut exactement
Receler le printemps au milieu de* hivers.
C'est là où, tandis que la neige, les frimas et les tempêtes poursuivent de tous côtés les autres mortels , ou les renfermeut dans leurs tristes demeures, environné de fleurs et de fruits de toutes espèces, il peut se croire à
(i) Nous observerons néanmoins que la terre des plantes en «ois étant beaucoup plu? susceptible de se battre et se tasser , à cause des ^rrosnmens, elle doit toujours être plus légère que celle que les vi'cctaux exigent quand ils sont librej. * M S
d'orangerie ou de SERRE. a8î chaque instant transporté dans tous les pays du inonde à toutes les époques de 1 année.
Nous verrons ailleurs que la culture des serres où Ton obtient des fruits et des légumes de la zone torride, ainsi
Sue ceux de nos climats en loute saison, donne lieu à une ran clic d'industrie agricole fort étendue maintenant, du moins dans les environs des grandes villes.
Cette section se divise en deux paragraphes , qui renferment, l'un les végétaux qui se contentent de l'orangerie , l'autre , ceux qui réclament les serres, les uns étant toujours verts et les autres perdant leur feuillage chaque année : cette propriété donnera lieu k des divisions secondaires très-importantes; enfin, la taille que ces végétaux atteignent facilitera de dernières coupures.
Parmi ces végétaux, il en est plusieurs qui sont fort beaux , et cependant ne réclament pas de grands soins : il suffit de les abriter des gelées d'une manière quelconque. Nous devons donc les indiquer aux amateurs d'une manière spéciale : ce sont \es yuccas, les mimosa, la morelle amomum , les diosma, les phylica , les myrtes , les melaleuca, les metrosyderos, lesfuchsies, les héliotropes, les géranium, les lauriers, les laurier s -rose s, les eucalyp* tus, les duranta, les camellia, les carmentines9 etc.
§. I. Des végétaux ligneux d'orangerie.
i °. Les uns sont à feuilles caduques.
Parmi ceux qui perdent leurs feuilles chaque année f et plus que tous les autre* , ne sont rentrés en orangerie que pour abriter leurs tiges des gelées , deux genres ne dépassent pas quatre pieds.
\4 HousTONiA (f. des gentianes) , joli arbrisseau de petite stature , qui perd presque toujours chaque année ses rameaux demi-ligneux, mais dont les racines sont vivaces. Ses feuilles sont ovales et pointues, ses fleurs en tube à quatre divisions, d'un beau rouge , disposées en ombelles ; des variétés ont les fleurs pourpres , bleues ou blanches; elles se succèdent jusqu'à la chute des feuilles. On multiplie les houstonias de marcottes couchées, ou de boutures sur couche , qu'il faut avoir grand soin de
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rentrer avant le moindre Iroi d, et «le garantir de l'humidité dans l'orangerie.
a. Bokonie ( Boronia ) , f. des rhues , sous-arbrisseau à feuilles aromatiques composées de cinq ou neuf folioles étroites , et à Heurs rosées. La terre de bruyère est celle qui lui convient le mieux ; on le multiplie de boutures faites au printemps ( i).
Les neuf genres suivans, excepté quelques acacias, ne dépassent pas huit pieds.
I. Yucca ( f. des liliacées), superbes arbustes d'ornement dont la taille moyenne est de six pieds , et qui ressemblent par leur port aux palmiers. Leur tige est sans rameaux, mais fournit une touffe de feuilles trèslongues, étroites, du milieu desquelles sort la tige florale qui fournit un grand nombre de rameaux en forme de pyramide , et est souvent composée de plus de deux cents fleurs pendantes.
La plus petite espèce , dite Y. nain , a les fleurs blanches , renversées , ressemblant à celles des tulipes , et les feuilles ruades et piquantes ; c'est une des plus agréables.
L'Y. filamenteux a les fleurs d'un blanc vefdâtre , et les feuilles bordées de filameus blancs.
L'Y. à feuilles d'aloës atteint neuf pieds ; ses feuilles sont piquantes, dentées et pendantes ; ses fleurs un peu rosées.
Les yuccas pourraient , peut-être , à bonne exposition et avec une forte couverture , passer l'hiver en pleine terre ; mais il est plus prudent de les rentrer; ils ne demandent ni une bonne terre , ni beaucoup d'eau ; on les multiplie par le moyen des œilletons et des rejetons que fournit le pied , et aussi par le moyen des soboles , en forme de rejetons qui poussent après la fleur au sommet des tiges. Ces rejetons , coupés et plantés en mauvaise
(1) JBoronû bltue (Boronia cœrulata ). Arbuste de deux à trois pieds, à rameaux grêles; feuilles oppusées, imbriquées sur deux rangs, ovales, pointues, a pores transparens ; en mars, fleurs d'un rose purpurin , a quatre pétales pointus et formant la cloche , en bouquets terminaux. Orangerie éclairée ; terre de bruyère ; multiplication de marcottes et do boutures étouffées *ur couche tiède.
d'orangerie. a85 terre , maïs sur couche , quand la plaie commence à se dessécher, fournissent bientôt des racines.
a. Myrsine ( f. des sapotiliers ). On peut cultiver deux arbustes de ce genre ; la M. émoussée, qui s'élève très-droite , a les rameaux alternes et anguleux , les feuilles luisantes et dentées ; la fil. d'Afrique , dont les feuilles sont pâles à la surface intérieure; toutes deux sont très-rameuses, et ont do petites fleurs rouges en corymbes à l'extrémité des pédoncules paitant de laisselle des feuilles (i).
3. Bacchante ( f. des flosculeuses) , dite séneçon en arbre. On cultive deux espèces qui ne diffèrent que par la taille ; la B. de Virginie , s'élevant jusqu'à dix pieds , et celle h feuilles de laurose moitié moins; leur tige fournit beaucoup de rameaux grêles, è feuilles quelquefois persistantes, mouchetées de blanc; les fleurs en corymbes terminaux ressemblent à celles des séneçons, mais sont blanches.
4: Passerine (Passerina, f. des thimelées). On ne cultive guère que trois espèces , la P. uniflore , a fleurs bleu-Pourpre en dedans ; la P. à grondes fleurs , qui les a verdàlres et aussi solitaires ; et la P. filiforme à fleurs jaunes, nombreuses, réunies, et à longues étamines ; celte dernière a les rameaux velus , les feuilles étroites et aiguës , et s'élève jusqu'à la hauteur d'homme.
Ces arbustes craignent l'humidité : on les multiplie par les moyens artificiels sur couche ou sous châssis f comme la plupart des végétaux d'orangerie et de serre.
Les cinq derniers genres appartiennent à la famille des légumineuses.
5. Acacia et MIMOSA, deux genres voisins qui se confondent ensemble. Les végétaux qui leur appartiennent , et dont plusieurs sont des arbres dans leur pays indigène,
(1) On en possède une nouvelle espèce fort jolie.
Estantes, ovales-aliongees , un peu épaisses; au printemps , fleurs {rè*rpetites - d'un pourpre foncé. Cette plante se cultive en orangerie éclairée , et en terre légère. On la multiplie de marcottes et bou-
tures