CHAPITRE III
DES VÉGÉTAUX QUI COMPOSENT PLUS SPÉCI ALE- MENT LE JARDIN PAYSAGER, OU ARBORICUL- TURE.
Ce chapitre renferme les végétaux ligneux , tant indigènes qu'exotiques, qui supportent nos hivers en pleine terre ; ils n'exigent donc presque, aucun soin pour leur culture, si ce n'est quelquefois pour leur première éducation ; car un ^rand nombre des végétaux naturalisés dans nos climats, qui y cioissent avec vigueur, y offrent leur port naturel , y fructifient même , réclament cependant des précautions, des abris, des soins particuliers dans leur jeunesse ; mais, passé ce temps, où leur faiblesse donne plus de prise à tous leurs ennemis, ces végétaux peuvent être rangés parmi les végétaux rustiques.
Afzélie d'Afrique ( Afzelia a f ricana ). Arbre dans son pays natal , arbrisseau dans nos serres; feuilles alternes, pinnées sans impaire ; fleurs papilionacées , d'un rouge sanguin; légume ligneux. Serre chaude; terre légère , substantielle ; multiplication de marcottes et boutures * étouffées. Même culture pour les Afzelîa spUnâens , grandis , cassioides.
Jiauhine acuminée (Bauhinia acuminata ). Arbrisseau à feuilles ovales, lobées-acuminées; fleurs blanches, en cloches; examines diadelphes. Terre franche légère ; multiplication de graines sur couche chaude et sous châssis ; repiquer le plant avec précaution pour ne pas froisser ses racines ; serre chaude. Même culture pour les tt*\\h\nt parviftora , rattmosa , rotundifolia , anatomica , diwicata , microphylla.
Condoria grappes ( Adenaothera pavouia). Arbrisseau à feuilles glabres , deux fois ailées , à pinnules presque opposées et à folioles alternes ; fleurs papilionacées, auxquelles il succède une grappe de graines du plus bel écarlate. Serre chaude ; terre légère, substantielle ; multiplication de marcottes.
Colasseau a crête (Barlcria cristata). Arbrisseau à feuilles oblongues, tres-enlieres ; fleurs bleues , en entonnoir , à calice composé de quatre folioles, dont deux plus larges. Serre chaude; terre légère ; multiplication de marcottes et boutures. Même culture pour les espèces barUria prionitis , vivaee et a fleurs jaunes; B. alba, mitis , purpurta^ Ungifolta.
3a8 VEGETAUX LIGNEUX
Cette qualité indique déjà leur destination avantageuse pour les plantations des jardins paysagers, et de quelque étnedue, dans lesquels il serait impossible de composer les massifs d'arbres qu'on serait force' de rentrer ou d abriter, chaque hiver, d'arbres qui réclameraient des soins suivis et continuels. La culture des jardins naturels devant se borner à peu de soins, nous ne décrirons, comme entrant spécialement dans leur composition, que des arbres et arbustes peu délicats, non qu'un grand nombre de plantes herbacées n'y figurent d'une manière distinguée, et ne contribuent beaucoup à y répandre de l'agrément et de la variété, mais parce qu'elles ne font partie des plantations d'un vaste terrain que très-secondairement. Cette considération a du nous engager à classer ces plantes
Sarmi celles qui composent plus spécialement le jardin euriste , mais nous avons eu soin d'indiquer leur place dans les autres jardins.
Le nombre des arbrisseaux , arbustes et arbres qu'on cultive pour l'ornement des jardins naturels est a*sea considérable ; il se compose de tous tes arbres de nos forêts, de la plupart de nos arbres à fruits, et d'une multitude de végétaux exotiques naturalisés, dont la quantité s'est accrue chaque ann*e par les découvertes des voyageurs et les essais des cultivateurs: ces conquêtes immenses ont entièrement changé l'aspect de nos jardins en décuplant les végétaux de toute espèce qui y étaient cultivés : mais nous voyons bien peu de jardins en France posséder
Zamianain ( Zamia pumila ). Les tamis sont des plantes fort singulières ; un énorme tubercule écailleux remplace la tige et donne naissance aux feuilles, qui sont longues, étroites, à folioles plus ou moins épineuses. Le laraia nain a ses pétioles communs arrondis, et ses folioles entières, linéaires et obtuses. Serre ebaude; terre franche légère; multiplication par drageons.
Zamia horrible (Z.horr\à*)\ pétioles communs tétragone; folioles oblongues , armées de fortes pointes, d'un çlauque tirant sur le blanchâtre. On cultive encore, de la même manière , les Zamia cicadi/olia, spiralia , furfuracea,
Gy cas des Indes ( C. circinnalis ). Tronc gros et court; feuilles composées, longues de trois à quatre pieds , à folioles coriaces et luisantes, linéaires- lancéolées , courbes. Serre chaude et culture des zamias. On cultive de même les espèces suivantes : Qiclay llitdlei , woluta.
toutes ces richesses réunies , et disposées d'une manière avantageuse et pittoresque ; c'est dans les jardins de Kew, près Londres, (ju'il faut voir toute la magnificence d'une végétation aussi variée de forme, de port, de stature , de nuance. El il y a des gens qui veulent nous borner à remploi des végétaux indigènes! Ils n'ont donc jamais vu un jardin moderne bien planté, ils n'ont donc trouvé aucune différence entre la forêt monotone qui garnit une plaine , et le côteau couvert de bois de diverses teintes , de diverses élévations? et n'est-ce pas le moyen de multiplier ces effets, que de varier les plantations? n'est-ce pas là un embellissement naturel que le bon goût permet, prescrit même à l'art?
Nous avons vu que , pour les plantations du jardin paysager, le point capital, la considération la plus importante , était l'élévation des végétaux qu'on y place , puisque de cette élévation dépend , et la perfection des sites , et l'établissement des plans. C'est donc d'après cette considération que nous avons dû classer les végétaux qui composent ces plantations , tout en rapprochant ceux qui ont de l'analogie entre eux, soit dans leurs rapports naturels, soit par la culture ou le terrain qu'ils demandent : ils formeront cinq sections. La première comprendra les végétaux ligneux, sarmenteux, grimpans et rampans ; la seconde , les végétaux ligneux de très-petite stature ; la troisième , ceux qui ne dépassent guère six pieds ; la quatrième , les arbrisseaux qui s'élèvent jusqu'à vingt pieds ; la cinquième enfin , les arbres ; les considérations tirées des feuilles caduques ou persistantes, et de la disposition en buisson ou en tige , serviront à établir des divisions secondaires non moins utiles sous le rapport de la culture , et de l'emploi de ces végétaux dans les jardins.
Le nombre des genres que nous décrivons avec quel-
3ue détail est d'environ cent soixante ; d'autres l'ont été ans la section des plantes d'orangerie, et dans la partie qui traite du jardin fruitier; de plus, chaque genre comprend souvent beaucoup d'espèces fort différentes et de variétés ; en sorte que , parmi une aussi grande uuantité d'êtres difterens, le choix seul embarrassera dans la plantation d'un jardin j mais nous avons soin d'indiquer la if. V
OJU TAUfilAUA liuiie.ua
position la plus convenable à chaque espèce d'après la nature du sol , la teinte de son feuillage , sou port, la couleur et l'apparence de ses fleurs, etc., etc.
Sous le rapport de l'utilité, aussi bien que de l'agrément, les arbres et arbustes sont les êtres du règne végétal qui se recommandent davantage à l'attention : leur taille gigantesque , qui est quelquefois de deux ou trois cents pieds (i), le volume énorme de leur tronc , l'espace immense embrassé par leurs rameaux, la durée prodigieuse de leur existence , en font un objet de curiosité et d'admiration aussi bien pour le vulgaire que pour le naturaliste. L'utilité de leurs fruits si nombreux, de qualités et de formes si différentes, comme alimens de toute nature, celle de leur bois dans la plupart des arts industriels, et particulièrement dans toutes les constructions urbaines, rurales, navales, est si grande , que l'imagination peut à peine se former une idée des changemens que l'absence des arbres entraînerait dans l'existence de l'homme, et dans tout l'ordre social. Mais leur force, leur taille môme les rendent, pour ainsi dire, independans de l'homme, du moins pour la plupart; de sorte que leur culture est simple et facile, et ne devra nous arrêter que quelques instant.
Nous avons déjà remarqué qu'un grand nombre de ces végétaux t qui , parvenus à un certain âge , paraissent rustiques , exigent cependant de grands soins dans leur
( i ) Ici , l'auteur se laisse emporter par la chaleur de la composition* T) n'existe pas un végétal , au moins en Europe, qui atteigne trois cents
5 ieds d'élévation ; mais on trouve quelquefois des peupliers d'Italie, es sapins , etc., quioni jusqu'à cent quarante et même cent cinquante pieds de hauteur. A la vérité, ces exemples sont assex rares. Il faut encore retrancher de la phrase de l'auteur le mot arbuste , qui suppose «n végétal ligneux ne s'élevant pas à plus de cinq pieds. Voici comment on classe les plantes ligneuses , considérées sous le rapport de letf hauteur.
Arbre de première frondeur , 80 pieds et au-delà. Arbre de deuxième grandeur , H e 4 1 » a 80 pieds. Arbre dr troisième grandeur , de 18 à 4o pieds. Arbrisseau , de 5 a 18 pieds,
Arbuste, de là 5 pieds.
Les plantes ligneuses vivaces, telles que le thym , etc., ne l'élevant que rarement à un pied , |0nt nommée! par les jardiniers , plantes W- «ues à tiget persistantes
d'ornement. 33 i
jeunesse. En général , pour obtenir des individus d'une belle venue , même dans les espèces indigènes , quelques «oins sont nécessaires : c'est l'objet des pe'pinières dont nous avons parlé ailleurs ; mais de plus , certains arbres exotiques exigent une terre légère de terreau de feuilles ou de bruyère presque pur, quelquefois une place sur la couche ou sous le châssis ; d'autres ont même besoia d'être semés en pots , afin d'être rentrés dans l'orangerie tant que leurs tiges n'ont pas atteint une consistance capable de résister à la rigueur de nos froids. La plupart des arbres et arbustes destinés à former des plantations doivent donc être élevés en pépinière pour être transportés ensuite à la place qui leur est assignée. Mais la réussite de quel- qucs-uns est plus sûre et plus rapide quand le semis a été fait en place.
La plantation des arbres est une opération qui contribue essentiellement à leur venue: il est indispensable que le terrain soit bien défoncé et même amendé , s'il est possible ; surtout dans les jaidins paysagers , où il est important de conserver à l'arbre sa forme et son port naturel , on ne doit lui faire subir f en le plantant, presque aucun retranchement ; il faut donc, en général , planter les arbres dans leur jeunesse, puisqu'alors leur reprise est plus facile ; les arbres courbés ou tortus ne doivent être employés que dans les lieux où leur courbure même produit un effet pittoresque ; car ce n'est que par des moyens artificiels et des ébranebages qu'on parvient quelquefois à les redresser, et ces opérations influent toujours sur la forme des arbres d'une manière fâcheuse. Le même motif de conserver aux arbres leur forme naturelle défend toute taille , même d'élagage , dans les jardins paysagers ; on doit seulement enlever le bois mort.
Les plantations d'arbres dans les jardins n'exigent
Sresque aucun soin d'entretien ; le sol même des bosquets oit être abandonné à la nature , afin que les plantes qu'on y répand et celles adventices le garnissent entièrement. En un mot, les plantations d'un jardin paysager sont des bois plantés avec art , et dans un but combine , où les végétaux sont mélangés de manière à produire certains effets. Nous ne saurions trop recommander «1 y placer en abondance toutes sortes d'arbres fruitiers, pua*
qu'ils y sont en même temps utiles et agréables , et que f par là , on obtient beaucoup de fruits tout en laissant U terrain entier en plantations d'agrément. Remarquons seulement qu'il faut en général les placer isolément , ou dans la partie des plantations qui se trouve bien exposée ; les arbres forestiers , les arbres verts résineux, et quelques autres qui préfèrent une exposition ombragée occuperont les autres parties ; les arbres et arbustes à fleurs doivent également être placés dans les lieux apparens. Rien de plus favorable pour faire valoir les arbres , et pour multiplier les points de vue , que les groupes; les arbres à fruits et à fleurs, ainsi que ceux qui sont remarquables, par leur port , leur feuillage , leur forme pittoresque , doivent donc être réservés pour ces positions privilégiées, ainsi que pour planter isolément.
La multiplication de la plupart des arbres et arbustes se fait par le moyen des semis; mais un assez grand nombre se reproduit plus facilement de boutures , de rejets ou de marcoites ; d autres ne portent pas de fruits féconds , ou sont des variétés que les graines laisseraient perdre , et alors ces moyens artificiels, ainsi que celui de la greffe , servent exlusivement à les conserver et les propager. Les procédés à employer pour ces opérations varient beaucoup selon les espèces ; mais , comme ils ont été décrits ailleurs suffisamment, nons ne devons pas nous y arrêter
SECTION PREMIÈRE