DES VÉGÉTAUX LIGNEUX , GRIMPANS ET RAMPANS
Dans les autres sections de ce chapitre , nous verrons 9 d'après la place qu'ils doivent occuper dans les jardins , quels végétaux en forment les plantations , et nous nous efforcerons de mettre à même de jueer de leur effet dans les diverses scènes qu'on peut produire ; dans celles-ci, nous décrivons des végétaux qui ne sont qu'accessoires dans les plantations , puisque, pris isolément , leur effet est à-peu-près nul , mais qui , mariés avec d'autres , en augmentent infiniment l'agrément et la beauté ; ce •ont des décorations superflues, mais dont l'attrait n'est
GRIMPATfS ET RAMPANS. 333 pas pour cela mains puissant ; ce sonl des draperies, des f ranges , des guirlandes ajoutées à des rideaux . à des tentures. Qui n'a pas admire' l'effet d'une belle plante grimpante sur un arbre place' isole'ment , dont elle embrasse le tronc , dont elle presse les rameaux , de la cime duquel elle retombe en longs festons? Qui n'a senti sVveiller de doux scntimens à l'aspect de tout un groupe d'arbres re'unis par une seule plante qui passe de l'un à l'autre pour revenir ensuite au premier, semblable à un conciliateur au milieu d'une foule inquiète et turbulente ? Qui n'a pas été frappé des contrastes produits par le mélange des verdures, par les brillantes couleurs des fleurs, par les formes légères et pittoresques de ces végétaux ? On doit donc les répandre avec abondance , mais avec discernement, dans les jardins paysagers., tant sur les. arbres qu'autour des fabriques , contre les murailles , sur les rochers ; dans tous ces lieux leur effet est certain f leur agrément général.
Les végétaux sarmenteux réclament quelques, soins pour en obtenir le résultat qu'on a lieu d'en attendre f c'est-à-dire que le jardinier ne doit pas se borner à les
Elanter dans le lieu qui leur est destiné , il doit encore ;s diriger et les soutenir pendant plusieurs années ; si c'est une plante grimpante unie à un arbre , il doit la conduire jusqu'à ce qu'elle ait atteint les premières branches; si elle est placée contre un mur , une fabrique, des palissades, des treillages, sont le plus souvent nécessaires.
Rien de général ne peut être indiqué sur la culture des. végétaux sarmenteux, puisqu'il en est de toute nature comme de tout climat ; mais nous ne nous arrêterons qu'à ceux dont la culture est facile dans nos pays ; remarquons toutefois que la disposition des plantes grimpantes est une indication que leur multiplication doit se faire facilement par le moyen des rejets , marcottes et boutures , et la pratique confirme en effet cette induction de la théorie.
Nous avons déjà décrit, parmi les végétaux herbacés , un assez grand nombre de plantes grimpantes très-remarquables : telles sont des liserons , des ipomea , des gesses, des haricots, des dattes, la capucine, le hou<
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blon , les momordiques , les coloquintes , etc. t etc. H est inutile de dire qu'on peut employer dans les jardins ces plantes aux mêmes usages que celles dont nous allons parler. Quelques vége'taux grimpans seront indiqués ailleurs, parce qu'ils se trouvent disse'mmés parmi les arbres et arbustes ordinaires, notamment dans les genres jasmin, bigrtone , rosier, célastre, etc. Les quinze genres suivans sont ceux qui méritent le plus de fixer l'attention.
i. Aristoloche {Aristolochia, f. des aristoloches).
Deux espèces peuvent être cultivées en pleine terre. L'A. à syphon, arbuste grimpant fort remarquable par ses larges feuilles , entières, en cœur, velues en dessous» d'un vert tendre, et ses fleurs d'un pourpre obscur, ayant la forme d'une pipe. L'A. cotonneux, qui ne diffère du premier que par des fleurs jaunes.
On cultive en serre TA. à feuilles trilobées , dont la fleur est si singulière qu'il est presque impossible de la décrire ; et l'A. toujours verte , à petites feuilles en cœur, à fleurs rougeâtres.
i. GvriLLiEa (Vitex , f. des verbenacées ) , arbrisseaux sarmenteux peu élevés , qui demandent quelques
£ récautions contre les gelées. On en cultive deux espèces, e G. commun 9 dit agnus castus, à rameaux nombreux, a feuilles à long pétiole , composées de folioles aiguës / étroites , partant d'un même point , pâles en dessous ; les fleurs sont en longs épis terminaux, et varient beaucoup de couleur dans les diverses variétés.
Le G. de la Chine ou découpé, à folioles très-découpées , velues i à fleurs de diverses couleurs selon la variété (i),
(i) Le* autres espèces sont :
Gatilier en arbre ( Vite» arborea ); feuilles a cinq folioles oblongues, dentées en scie, glauques ei veloutées en dessous; fleurs d'un biane bleuâtre , petites , paraissant en septembre. 11 est de pleine terre et sa multiplie de graines , marcottes et greffes.
Gatilier hybride ( V. agnus-castus latifolius). Il ressemble à l'agnuscaslus , mais ses folioles sont plus grandes et incisées , et ses fleur» plus grandes , plus colonies et plus belles. On le multiplie par la greffe.
Gatilier h trois feuilles ( V, trifoliata). Arbuste de cinq à six pieds ; feuilles petites, ovales , simples, ou à trois (blioles : deurs bleues. Celte, espèce est d'orangerie,
3. Cobea (f. des polémoines). On n'en connaît qu'une espèce , Tune des plus belles plantes grimpantes qu'on
I misse cultiver ; sa végétation est prodigieuse , surtout orsqu'elle est resserrée dans de petits vases, mais arrosée fréquemment : an peut dire , sans exagération f qu'elle croît à vue d'œil; il est difficile de la conserver loin de l'orangerie; mais elle atteint tout son développement dans le courant de Tété , ainsi on peut la cul— tiverau dehors annuellement; ses tiges sont très-flexibles,
f garnies de plusieurs rameaux et de vrilles que îournissent es pétioles des feuille». Celles-ci sont composées de folioles ovales, partant d'un même point, d'un beau vert; les fleurs , portées sur de longs pédoncules , sont violettes , et ont la forme d'un vase élégant à limbe divisé en cinq parties.
4. Maurandia ( même famille ). C'est une belle plante grimpante t qui demande une terre légère et nourrissante , de même que la précédente , et qu'on peut conserver en pleine terre en couvrant fortement les racines
} tendant l'hiver ; ses rameaux nombreux sont verts, ses èuilles à longs pétioles , alternes , en forme de fer de lance ; ses fleurs portées sur de longs pédoncules , d'ua beau rose foncé , très-grandes, en tube à limbe divisé en cinq parties.
5. Lyciet {Lycium% f. des solances) , assez nombreux en arbustes sarmenteux, dont plusieurs sont agréables dans les jardins pour former des fourrés , garnir des, rochers ou des bosquets , cacher des murailles , accompagner des fabriques; la plupart ont les rameaux épineux , les feuilles entières , les fleurs nombreuses , axillaires , avant la forme de presque toutes celles de la même famille, c'est-à-dire une corolle en roue à cinq divisions, et cinq élamines réunies en faisceau au ccnlr* de la corolle. Les espèces cultivées en pleine terre, sont :
Le L à feuilles étroites, dit jasminoide , à rameaux longs , flexibles , pendans , très nombreux , à feuilles lancéolées , à fleurs violâtres.
Le L. d'Europe , à rameaux assez droits , blanchâtres, à petites fleurs blanches; il produit peu d'effet.
Le L. de la Chine , à rameaux flexibles , rougeàtres 5 anguleux , à fleurs d'un rouge foncé.
Le L. du Pérou , ou glauque, qui craint les fortes gelées, à feuilles pointues, blanchâtres , à fleurs violettes , odorantes , disposées en panicules.
Tous les lyciet s croissent avec beaucoup de facilité dans les plus mauvais sols , et c'est un de leurs plus précieux avantages.
b. Periploca (f. des apocynées). On ne cultive que l'espèce surnommée grecque, arbrisseau grimpant , de
frrande élévation, à grandes feuilles oblongues, d'un vert uisant , à fleurs peu apparentes , disposées en bouquets à l'extrémité des rameaux.
7. Chèvrefeuille ( Lonicera de Linnée. Caprifolium , f. des caprifoliacées, ainsi que les deux genres suivans) , l'un des genres qui fournit les arbustes sarmenteux et grimpans les plus agréables parla légèreté de leurs rameaux , la belle verdure de leur feuillage , l'élégance et l'agréable odeur de leurs bouquets de fleurs; on en cultive plusieurs espèces.
% Le C. des bois (Peryclimenum) , à "rameaux velus , à feuilles ovales, entières, cotonneuses en dessous , à fleurs d'un blanc jaunâtre , remplacées par des baies , comme dans toutes les espèces.
Le C. des /ardtns qui, au premier abord, lui ressemble complètement , en diffère par ses rameaux non velus, les feuilles supérieures des rameaux réunies à la base deux à deux , les fleurs offrent les variétés de couleurs blanche , jaune et rouge ; celte dernière a l'avantage de conserver ses feuilles pendant l'hiver.
Le C. derirginie est également toujours vert; il diffère peu du précédent , mais ses fleurs sont inodores , jaunes en dedans , d'un beau rouge en dehors.
On connaît encore le C. a bractées, le C. d'Italie 9 le C. de M inorque , et quelques autres espèces qui se lient entre elles et avec les précédentes par des variétés, en sorte qu'il règne dans ce genre beaucoup de confusion.
8. Djerville ( Dietvilla ) , a beaucoup d'analogie avec les chèvrefeuilles, desquels il diffère par ses fruits en capsules ; il s'élève moins, fournit beaucoup de tiges, peu de rameaux ; ses feuilles sont ovales , dentées en scie; ses fleurs petites, jaunes, en grappes, se succèdent comme
GR IMPANS ET RAMPA NS. 33; celles des chèvrefeuilles pendant tout l'été. On ne connaît que le D. jaune.
9* Lierre ( Hedera ) , agréable dans les sols mauvais et mal exposés , à cause de sa verdure brillante et perpétuelle , mais on ne peut plus funeste aux plantes qui ravoisinent , et surtout aux arbres , d ans l'écorce desquels il implante ses racines , vit ainsi à leurs dépens , et empêche la transpiration et la libre circulation de leurs fluides. C'est autour des fabriques et des rochers , sur quelques vieux arbres, qu'il convient de le placer. Le lierre a les tiges rampantes ou grimpantes , fournissant un grand nombre d appendices semblables à des racines; les feuilles sont fermes , épaisses, d'un vert foncé, très-luisantes , de formes assez diverses ; les fleurs , verdâtres, en paquets terminaux, sont remplacées par des baies noires» Le lierre fournit des variétés à feuilles panachées.
10. Clématite {Clematis , f. des renonculacées) f renferme un assez ^rand nombre de plantes grimpantes à rameaux demi-ligneux , d'une végétation rapide , la plupart fort propres à décorer les jardins. Les espèces les plus cultivées sont sarmenteuses, ont les feuilles composées , les fleurs en grappes ; ce sont :
La C. des haies f très-commune partout, à feuilles composées de folioles en cobur, dentées, d'un vert tendre, à long pétiole faisant l'office de vrille ; les fleurs sontblanches , à pétales très-étroits , remplacées par des se-nienccsà longue queue soyeuse , formant, parleur réo^ mou , de singuliers panaches.
La C. odorante ressemble à la première, mais s'eV. lève moins , a les feuilles doublement composées dé folioles étroites, d'un vert foncé, les fleurs très-odo-. rantes.
La C. bleue à feuilles très-composées , à grandes fleurs d'un beau violet , à pétales assez larges ; sa variété , à> fleurs doubles , est des plu* belles. La couleur des fleurs offre aussi des variétés.
Les C. de Virginie à grandes fleurs, à vrilles, ont
les feuilles persistantes, mais sont assez délicates ; il faut , au moins, couvrir leurs racines pendant l'hiver (i).
il. ÀTRAGÈNE ( même famille), genre très-rap proche des cle'matites , et qui n'en diffère qu'en ce que ses fleurs ont un calice et de nombreux pétales.
L'A. des Alpes a les feuilles peu nombreuses, nais— es nodosités , souvent en opposition avec une vrille~û\i une fleur ; tes fleurs , portées sur de longs pédoncules, ont un grand calice violet et les pétales blanchâtres.
L'A. du Cap, à calice rose, à pétales jaunes, et TA* des Indes, à pétioles servant de vrilles, et à grandes fleurs d'un blanc verdâtre , craignent les gelées.
ia. Vigne (Vitis). i3. Cisse ( Cissus ). La famille des vignes renferme deux genres , \escisses et ]t$ vignes 9 qui fournissent un grand nombre d'arbustes sarmenteux et grimpans ; l'espèce la plus cultivée > seulement pour ornement, est connue sous le nom de vi ^ne-vierge ; cita nous semble appartenir au genre cisse (G. quinquefolia)^ C'est un arbuste à nombreux rameaux très- longs , garnis
On cultive un assez grand nombre de clématites fort agréables. Telles sont Us suivantes, toutes de pleine terre.
Clématite a grandes fleurs ( Oematis florida ), Arbuste sarmenleui ; feuilles triternées , à folioles ovales ; d'avril en novembre , fleurs trèsdoubles, grandes, d'abord verdâtres, puis blanches. Il lut faut une exposition chaude et sèche, et on la multiplie de marcottes longues à s'enraciner , ou de boutures sur la clématite ordinaire.
Clématite vùrne (C. viorna), de trois a quatre pieds; feuilles de neuf a douze folioles; fleurs carapaniforroes , jaunâtres 4 en dedans * pourpres *u dehors , paraissant de juin à septembre.
Clématite h feuilles crépues ( C. crispa ); de cinq à six piedi , grimpante; fleurs grandes , rougeâtres , paraissant en juillet.
Clématite à bradées ( C. bracteata ) ; fleurs très-belles , blanches , en bouquets.
Clématite a feuilles entières ( integrifolia). Non sa rro en te use ; de juin en août, fleurs grandes, d'un beau bleu, à bords blanchâtres et "veloutés.
Clématite droite (C, erecta) ; de trois pieds feuilles de sept a neuf foliole* ovales; flenrs blanches , parti culées.
Clématite a grand calice ( C. caliciua ) ; sarmenteuse ; feuilles triternées ; fleurs blanches , solitaires.
Clématite a yrille (C. cirrhosa); de sis pieds; feuilles persistâtes i ■eurs d'un blanc verdâtre ; à pétales fort longs.
de vrilles et Je feuilles composées de cinq folioles, partant d'un même point , ovales , dente'es, d'un vert trèsluisant , passant , en automne, à un rouge vif (voyez pl. I, fig. io), très-propre à décorer les endroits mal exposés.
foutes les espèces de vignes (vitis vinifera) , abandonnées à elles-mêmes sur les arbres, y produi-ent également dans les jardins paysagers des effets très-pittoresques, tant par leurs belles feuilles que par leurs grappes de fruits. Nous en parlons dans la première Partie.
13. MÊNISPERME (Menispermum , f. des ménispermes ) , renferme un grand nombre d'espèces , dont quelques-unes, sarmenteuses et grimpantes, sont cultivées dans les jardins; elles demandent une bonne exposition. On remarque principalement :
Le M. au Canada , à feuilles presque rondes , à fleurs venlàtres en grappes.
Le M. de Virginie , à feuilles lobées.
14. CÉANote (Ceanothus , f. des nerpruns). On cultive en pleine terre le C. d'Amérique , petit arbuste grimpant , à petites feuilles pointues , dentées , à fleurs planches , très-petites , disposées en grappes sur de lougs pédoncules, et en orangerie le C. d Afrique , arbrisseau à rameaux droits , un peu élevé , toujours vert , à écorce rougeâtre. Le genre Célaslrc , voisin de celui-ci, renferme encore plusieurs Arbustes grimpans ; nous en parlerons ailleurs.
15. Guenadille (Passif lora , f. des cucurbitacées, vulgairement fleurs de la passion ) ; superbes arbrisseaux grimpans , qui atteignent une grande élévation , et portent une multitude de fleurs aussi belles que singulières , et que, par ce motif, nous ne tenterons pas de décrire ; elles ne durent qu'un jour, mais se succèdent pendant fort long-temps : elles sont remplacées par un fruit mengeablc , de la forme et de la grosseur d'un œuf allongé.
La G. bleue, à feuilles palmées, à dotations lobées (voyez v\. I, fig. i5 ), conserve ses feuilles; elle peut
Iiasser l'hiver en pleine terre , avec une couverture sur es racines ; mais il arrive souvent que les rameaux périssent.
îsG. incarnate, ailce,quadrangulaire, btflore, exigent
impérieusement l'orangerie , ainsi que les jeunes plants de la première.
Les quatre genres suiçans sont plutôt rampans que gr impans , et conséçuemment plus propres à garnir le sol ou les rochers qu '« former des treillages ou à grimper autour des arbres. Les pervenches indigènes remplissent surtout parfaitement cette destination.
l. ÈpigÉE ( Epigea , f. des bruyères). On ne connaît que l'espèce dile rampante , arbuste toujours vert , à nombreuses feuilles en cœur, pointues, coriaces; à fleurs rosées, en tubef à limbe ouvert, et à cinq divisions très-odorantes.
a. Ronce (Rubus , f. des rosacées). Dans les jardins paysagers on peut cultiver dans les bosquets et autour des rochers la K. commune , arbuste à longs rameaux traîna us, très-épineux, à feuilles composées de trois folioles aussi épineuses , à fleurs blanches remplacées par des baies noires, ainsi que les rosiers des champs , dont nous avons parlé ailleurs ; mais, pour ornement des fabriques, murailles et arbres isolés, on ne cultive que la lu à fleurs doubles, bel arbrisseau grimpant, à tiges très-grandes , épineuses, à nombreuses fleurs parfaitement doubles, réunies en bouquets à l'extrémité des rameaux.
La R. à feuilles découpées, et la R. du Nord, plante très-basse , à feuilles ternées , d'un beau vert , à fleurs roses , sont aussi très-propres à décorer le sol des bosquets.