Manuel d'agriculture pratique algérienne
Il y a longtemps déjà que nous nous proposions d'écrire ce livre; mais, tout en en réunissant les matériaux, nous reculions toujours le moment de nous mettre à l'œuvre.
La science agricole repose sur des faits et suppose de longues observations; elle repose en même temps sur des principes dont il n'est pas permis de s'écarter. Les faits constituent la pratique, les principes, la théorie; l'existence d'un homme ne suffirait pas pour recueillir les uns et les autres, d'autant plus qu'à de très rares exceptions prés, on ne peut tout savoir, tout connaître, et tenir à la tois une plume etun mancheron de charrue.
Victor Borie a dit :
a On ne peut pas être homme des champs et homme de cabinet en même temps. Cela se rencontre, mais c'est rare. Et puis y a-t-il un seul homme qui ail pu acquérir, dans toute sa vie, assez de savoir et d'expérience agricole pour pouvoir commander aux autres en varia d'une science per-
sonnellemenl et directement acquise dans la culture du sol 7
• Nous nous empruntons tous les uns aux autres.
« Les praticiens trouvent les méthodes nouvelles, perfectionnent les usages anciens; les savants étudient les phénomènes de la végétation des plantes, du développement des animaux, en recherchent les lois et tirent les conclusions.
' Aidés pur la science, les praticiens intelligents constituent pour ainsi dire le dogme.
« Et les écrivains vulgarisent ce que les autres ont étudié, ce qu'ils ont cherché, ce qu'ils ont trouvé.
« Tel est le concours mutuel que se prêtent le savant qui cherche, le cultivateur qni pratique et l'écrivain qui propage ensuite les bonnes choses que d'autres ont trouvées. B
Ce qui est vrai en France l'est encore plus en Algérie.
Déjà, à propos d'études économiques sur l'agriculture de l'Algérie, nous avons essayé de faire ressortir toutes les difficultés des premiers agriculteurs.
Nous disions:
■ On connaissait depuis des siècles la fertilité de l'Algérie, mais c'était tout. L'ignorance la plus complète régnait sur les notions dont l'ensemble forme la science agricole; par où et comment procéder, personne ne pouvait le dire ; une lutte qui dura dix-huit ans nous tenait éloignés des Arabes, de qui, du reste, les colons n'auraient pu apprendre que les procédés les plus barbares et les plus déplorables. Les premiers colons durent donc procéder en aven-