‹ Manuel d'anatomie chirurgicale, générale et topographiqueChapitre 1 sur 47 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Les petits volumes répandus avec profusion, de nos jours, dans les écoles, sous le titre de Manuels, sont, à mon avis, un véritable fléau pour les études médicales, Ne représentant guère qu'une table analytique des matières, ils ne laissent dans l’esprit que des notions incomplètes et confuses. L'élève, croyant y trouver tout, n’étudie rien et n'apprend rien.

S'il est vrai que, souvent, les choses essentielles contenues dans plusieurs gros volumes tiendraient aisément dans un petit nombre de pages, il l’est aussi que la proportion du mauvais et de l’inutile est, pour le moins, aussi grande dans les Manuels que dans les autres ouvrages.

Les Manuels épargnent le travail, soulagent la mémoire, dit-on, en offrant à l'esprit des extraits tout faits. Mais, en admettant la chose comme vraie, ce serait encore un malheur : car les impressions ne sont réellement durables et bien senties que si elles ont coûté de véritables efforts intellectuels. La mémoire est d’ailleurs une faculté qu'il importe d'exercer sans cesse, puisque c’est elle qui fournit des matériaux au jugement, Puis, malgré la contention la plus grande , il ne reste dans la tète qu’un abrégé trèsrestreint de ce qu’on vient de lire, abrégé que le temps raccourcit ensuite chaque jour, et qui ne finit que trop souvent par s’effacer en entier.

.… Mème en admettant qu'ils fussent parfaits, je dirais volontiers des Manuels ce qu’on pourrait avancer des matières digestives ; car , dans les sciences, l’étude est au cerveau

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ce que les aliments sont à l'estomac. Or, qui ne voit que le travail de ce dernier organe est aussi indispensable à l'entretien de l'équilibre général qu’à la nutrition, et que dispenser l’économie de la digestion par ume-alimentation trop concentrée seraitun mauvais moyen de rendrel’'homme robuste, de conserver la santé, et un mauvais service offert à l’espèce humaine ?

Est-ce à dire pour cela que tous les Manuels soient à rejeter sans distinction? Non, sans doute ; il faut seulement ne pas leur demander, ne pas en attendre plus qu’ils ne peuvent donner : les gens du monde y puisent facilement un verhis scientifique qui plait, qui peut être utile même, Ils ont l’avantage de ne pas effrayer l’imagination de l'élève qui débute, et de résumer les études de celui qui a beaucoup travaillé. Le praticien trop occupé pour consultér journellement les traités classiques, y retrempe à chaque instant ses souvenirs ; à leur aide, il peut apprendre en quelques minutes s’il est indispensable ou non qu'il revoie des ouvrages plus étendus sur les questions que la mémoire ne lui rappelle pas bien.

Encore faut-il, pour qu’on puisse en espérer de tels avantages , que les Manuels soient composés avec un extrème discernement. et par lés hommes les plus familiers avec la science qu'il s’agit de résumer. Les aphorismes d'Hippocrate, l'ouvrage de Celse, celui de Guy de Chauliae, sout de précieux Manuels; mais de quelles intelligences sont-ils sortis ? Loin d'être à la portée du premier venu, la composition d'un bon Manuel est, au contraire, une des œuvres les plus difficiles. Pour moi, j'ai toujours pensé que c'était à l’auteur plutôt qu’à tout autre de faire le résumé de ses propres ouvrages, s’il croit utile d’en extraire un Manuel. |

Ces explications m'ont paru nécessaires pour justifier en parlie le livre que j'annonce aujourd’hui, Toutefois, il ne faudrait pas $’en laisser imposer ici par le titre : ce livre n’est effectivement un Manuel que sous le rapport de la

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forme, car j'ai pu y faire entrer plus de matières que uen contiennent cerlains traités complets.

: L’anatomie chirurgicale étant, selon moi, la base de toute bonne chirurgie, ne doit être dorénavant négligée par personne. Une fois entrée comme élément fondamental dans l'enseignement médical, elle deviendra nécessairementun des principaux guides des praticiens eux-mêmes, Il importe donc de la présenter sous des formes assez diverses pour satisfaire aux besoins de chacun. Or, j'ai sentitout le premier que les deux forts volumes et l’atlas que je luïai consacrés ailleurs étaient d’un prix trop élevé pour beaucoup d'élèves, La plupart des remarques chi rurgicales, des discussions de médecine opératoire ou d’a: natomie philosophique embarrassent généralement. les jeunes gens qui commencent. Près du cadavre surtout, il faut, an moins pour les premières années, un ouvrage portatif, dégagé de toute discussion étrangère au sujet, Ajoutons que les praticiens ont besoin de trouver réunies en un petit volume les notions principales de ce genre d'anatomie, |

Science encore.neuve, l’anatomie chirurgicale doit, en dernière analyse, être offerte comme il convient de présenter toutes les autres branches de la médecine au principe des études. Libre à chacun d'aller ensuite: plus loin s'il y trouve attrait et profit.

Au demeurant, le présent Manuel est un abrégé très étendu du Traité complet d'Anatomie chirurgicale dont la troisième édition vient de paraître, J'en ai élagué les citations d'auteurs, les détails et les discussions soit historiques, soit purement scientifiques ; les observations particulières et les questions simplement pathologiques ou chirurgicales, Ne voulant insister que sur les applications les plus immédiates de l'anatomie à la pratique , je n'ai conservé qu’une faible partie du long chapitre placé en tête du Traité complet relativement aux recherches de M. A. Thomson ; encore ai-je pris le parti de la fondre

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partout dans le corps de l'ouvrage ; au lieu d’enfaire une section à part.

Les maladies fréquentes et variées dont les bourses synoviales ou muqueuses peuvent être le siége m'ont donné l'idée de rappeler dans un tableau synoptique tous les petits sacs de celte espèce que j'ai-rencontrés et qui, pour la plupart, avaient déjà été mentionnés. J'ai cru qu’il serait également bon de présenter sous forme de tableaux l’ensemble de l'anatomie chirurgicale. On comprend aussi que la distribution des matières , que la circonscription des régions ont dù subir quelques modifications en passant du Traité complet dans le Manuel. La fosse iliaque, par exemple, et le pli de laine, ont été réunis sous le titre de région ilio-inguinale, au lieu de rester séparés par la description de tout le bassin. Ce qui concerne les hernies et les anévrismes rendait cette réunion indispensable. Ayant pour but essentiel, en ce moment, de généraliser l’anatomie chirurgicale, de la mettre à la portée de tous les élèves et de tous les praticiens, je me suis attaché d’une manière spéciale à rendre, en définitive, ce petit volume d'un usage aussi commode que possible.

Je n’en ai pas moins fait quelques omissions en le rédigeant : ainsi j'ai oublié de mentionner un tubercule osseux Situé sur le devant de l’apophyse transverse de la sixième vertèbre cervicale, tubercule qui serait un guide assuré pour découvrir soit l'artère vertébrale, soit la carotide primitive, si on voulait pratiquer la ligature d’un de ces vaisseaux. Je n'ai point fait remarquer non plus que le col du fémur, presque parallèle à l’axe du corps dans l’enfance, se rapproche beaucoup plus de la ligne horizontale chez le vieillard, et par conséquent que, dans le premier cas, une chule sur les pieds ou les genoux expose infiniment moins à la fracture de cette partie que dans le second ; tandis que ce serait l’inverse pour une chute ou un coup sur le grand trochanter : le fait est d’autant plus important à noter que ces différences dans la direction du

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