CHAPITRE III
DU BASSIN CHEZ LA FEMME, ART. I, — Région périnéale (t. 2, p. 318).
Outre les mêmes parties que chez l’homme, le périnée de la femme renferme tous les organes externes de la génération, à l'exception des glandes séminales.
Voici les dimensions moyennes qu'il w’a offertes sur un grand nombre de sujets : du haut des pubis au clitoris, deux pouces et demi; de la commissure antérieure de la vulve à l'anus, trais pouces et demi; du clitoris à la commissure postérieure de l’ouverture vulvaire du vagin, un pouce et demi ; de la commissure postérieure de la vulve à la pointe du COCCyX, trois pouces ; du coccyx à l'anus dix-huit lignes environ; de l’anus à la vulve, quinze lignes.
Ÿ 1. — En se repliant pour former les grandes lèvres, la peau perd ses caractères cutanés pour revêtir ceux des membranes muqueuses. Sur la face interne de ces replis, les poils n'existent plus, et la sécrétion sébacée, plus abondante, y est de nature un peu différente. Les grandes lèvres laissent entre elles et la cuisse une rainure dans le fond de laquelle on sent la branche ischiopubienne. Se continuant en haut avec le pénil et le fascia superficialis abdominal, la face externe de leur racine correspond à l'anneau du grand oblique. Entre la moitié supérieure de leur face interne et les nymphes, se voit un espace triangulaire qui se réunit avec un espace semblable du côté opposé, au-dessus du clitoris.
Les petites lèvres elles-mêmes ne sont qu’un repli tégumentaire, beaucoup plus allongé, toute proportion gardée, chez les très-jeunes filles qu'après la puberté.
La couche sous-cutanée devient très-épaisse aux grandes et
aux pétites lèvres. Son mélange avec les vaisseaux, les filets ner: veux et la graisse forme une trame élastique, serrée, comme érectile. L'aponévrose présente, de plus que chez l'homme, une large ouverture qui circonserit le vagin. Ses deux lames sont peu distinctes en avant. Soutenant le périnée, elle est quelquefois assez forte pour gêner l'introduction de la main dans le rectum ou le vagin. Les #nuscles sont les mêmes que dans l’autre sexe quant à l’ischio-occygien, à l’ischio-caverneux et au releveur de l’anus; mais le sphincter de l’anus et le bulbo-cavernéeux sont un peu différents. Le premier de ceux-ci, en effet, est disposé de telle sorte que l'extrémité antérieure de ses deux moitiés latérales s'entrecroise éviderament dans beaucoup de sujets, et se continue sans interruption avec le muscle transverse du périnée, qui alors ne semble en être qu’une dépendance. Le second forme un nouveau spincter, moulé sur la vulve, qu’il embrasse de manière que ses deux portions se cl an renfermées dans les deux grandes lèvres.
Les artères sont, toutes proportions gardées, moins grosses que dans le sexe opposé. L'hémorroïdale inférieure ou externe est à peu près située comme chez l’homme. Il en est de même de la transverse du périnée, qui est beaucoup moins volumineuseé, L’artère superficielle se ramifie dans les grandes lèvres. Le tronc de la honteuse lui-même est tellement petit, qu’il ne mérite aucune attention en approchant du sommet de l’arcade des pubis. Les veines, les Zymphatiques, les nerfs, n'offrent rien de particulier qui ne se devine par la disposition des artères.
(2. — L'urètre de la femme est remarquable par sa brièveté, son extensibilité et même par sa structure. Sa longueur est de dix, onze, douce, treize, quatorze, vingt-deux lignes. Il est conique el susceptible d'une dilatation très-grande.
Enveloppé par une couche érectile peu épaisse et non par une prostate, simple prolongement de la vessie, il est légèrement concave sur sa face antérieure. Son intérieur ne présente point de crête urétrale, point d’excavation prostatique, ni de repli valvulaire. En haut, il est séparé de l’arcade pubienne par un intervalle de quatre à cinq lignes et reste à la même distance de la face inférieure du clitoris; en sorie qu'il existé, entre ce dernier organe et le méat urinaire, une fossette triangulaire, le cestibule limité, sur les côtés, par les petites lèvres.
Le méat urinaire; beaucoup plus rétréci que le reste du ca-
nal, est séparé de l'ouverture vuivaire du vagin par un {ubercule plus ou moins renflé, qu’il est facile de sentir en remontant avec la pulpe du doigt médius, de la fourchette vers le vestibule, qui le sépare du clitoris. Je dois ajouter que ce tubercule, qui termine la colonne antérieure du vagin, se gonfle parfois chez les nouvelles accouchées au point de fermer le méat, et de présenter sur sa portion saillante une ou plusieurs lacunes capables d’en imposer pour l'entrée de l'urètre.
Le vagin est un organe qui n’a point d’analogue dans le périnée de l'homme. Son orifice vulvaire est, en général, bordé par quatre tubercules chez les femmes qui ont eu des enfants. Ces tubercules, ordinairement placées sur les extrémités des diamètres vertical et transverse, portent le nom de caroncules myrtiformes. L'antérieur et le postérieur ne sont autres que la terminaison des deux colonnes correspondantes de la cavité vaginale. Les deux latéraux sont dus à la rétraction des lambeaux de l'hymen.
A la naissance et jusqu’à la puberté, lorsqu’aucun accident ne l’a détruite, cette ouverture est rélrécie en arrière par un repli semi-lunaire dont le bord concave est en avant, et qu’on nomme hymen ou valvule vaginale. Ordinairement festonné en forme de manchette, surtout quand il représente un anneau au lieu d’une demi-lune, l’hymen renferme quelquefois des fibres charnues et même du tissu caverneux. D’autres fois, il a l'apparence d’une simple lame cornée; mais jamais il ne contient de vaisseaux volumineux.
L'intérieur du vagin est surtout remarquable par le nombre de rides qu'on y rencontre. Ces rides sont de deux ordres, les unes parallèles à la direction du canal, les autres se rendant obliquement sur celles-ci. Les premières, au nombre de deux seulement, l’une antérieure, l’autre postérieure, très-apparentes en approchant de l'extérieur, disparaissent graduellement en remontant vers le col utérin. Les secondes, molles et souples pendant la grossesse, beaucoup plus denses, et produisant, quand on les explore chez les femmes qui ne sont pas enceintes, quelquechose de la sensation qu’on éprouve.en passant le doigt sur la voûte palatine d’un ruminant, laissent entre elles des rainures dans le fond desquelles se cachent souvent des ulcérations syphilitiques.
Les rapports du vagin avec la vessie font que, pendant le {ra-
vail, si le bassin est étroit, la tête de l'enfant peut contondre leur cloison commune, de manière à déterminer la formation d'une escarre, puis d’une fistule. Il en résulte aussi que la vessie proémine facilement au travers du vagin, et que la cystocèle vaginale complique presque toujours, soit comme cause, soit comme suite, les descentes de matrice. Les rapports du vagin avec le rectum sont aussi fort importants. Il en résulte la cloison recto-vaginale, sur la partie concavye de laquelle porte très-fortement la tête de l’enfant, quand elle traverse un bassin dont le sacrum est trop courbé, et qui se she assez souvent pendant le travail.
Les parties qui enveloppent le vagin sur les côtés sont les mêmes que celles qui sont en rapport avec le rectum et la vessie dans l’homme. Enfin, entre la partie postérieure de son ouverture et la commissure périnéale de la vulve, se voient la fosse naviculaire.et la fourchette, qui se déchirent ou disparaissent par dilatation pendant l’acouchement, mais de manière qu’on ne fait guère attention à ces sortes de déchirures que quand elles comprennent également une portion plus ou moins étendue du périnée proprement dit.
ART, I], — Cavilé pelvienne.
$ 1. Entrée de l'excavation. — Sa forme est celle d’un triangle dont le sommet remontejusqu'à l’origine des vaisseaux iliaques primitifs, et présente l'angle sacro-vertébral, sur lequel appuie l'artère sacrée moyenne. La base de ce triangle, qui a pour squelette toute la portion du bassin comprise entre les éminences iléo-pectinées, présente: 1° au milieu, le sommet de la vessie; 20 sur les côtés, les deux fossettes pubio-vésicales, entre le ligament ombilical et l’ouraque ; 3° un peu plus en dehors, les fossettes crurales internes, entre les vaisseaux épigastriques et le ligament ombilical. Ses côtés, formés par les muscles psoas et les vaisseaux iliaques, offrent en arrière l’uretère et les vaisseaux hypogastriques. C’est dans son angle antéro-latéral que glisse le canal déférent chez l'homme.
De cette disposition il résulte que, dans l’état frais, le détroit pelvien supérieur de la femme est beaucoup plus large en avant, ou obliquement d'avant en arrière, que dans tout autre sens. En-
tre les vaisseaux iliaques, au moment où ils entrent sur la face supérieure de la portion horizontale des pubis, on trouve quatre pouces et demi. Du même point, c’est-à-dire de la partie externe de l'anneau crural à l’échancrure sacro-iliaque du côté opposé, on rencontre également quatre pouces et demi, tandis que d’avanten arrière il n’y a que quatre pouces, et que, transversalement, au milieu, entre les muscles psoas, on n’en trouve que trois et demi. Cette ouverture offre un plan fortement incliné en avant et en bas, à cause du sacrum, qui est beaucoup plus relevé que les pubis. Deux pouces plus bas, c'est-à-dire au-dessous des psoas, l’excavation ne présente plus la figure triangulaire du détroit proprement dit. C'est alors qu’on trouve cinq pouces en travers, et quatre pouces seulement de la symphyse pubienne à l'angle sacro-lombaire. Mais, en prolongeant en arrière une ligne horizontale, abstraction faite de l’inclinaison du détroit, ce diamètre offre aussi cinq pouces.
$ 2. — Le rectum est un peu moins incliné chez la femme que ch-z l'homme, à cause de l'excès d'amplitude de la cavité pelvienne. L’excavation recto-vésicale devient ici recto-utérine ou reclo-vaginale, et descend plus bas que dans l’autre sexe. Les ligaments qui en forment le contour renferment évidemment, chez beauconp de sujets, un faisceau de fibres charnues ou de la même nature que celles de la matrice. L'utérus, réuni aux ligaments larges, sépare l’excavation pelvienne en deux portions, N'’étant maintenu que par des replis membraneux, il peut se mouvoir dans différents sens, et suivre la direction dans laquelle son poids tend à l’entrainer. Comme sa paroi postérieure est plus convexe que l’antérieure, il doit peser davantage en arrière et tendre à s’incliner de ce côté. Comme le péritoine ne recouvre la matrice que jusqu’à son col en avant, il est presque impossible de le blesser en pratiquant la taille vaginale. Le cul-de-sac utérovésical est ainsi bien moins profond que celui qui se remarque au-devant du rectum. Il en résulte que celui-ci devient assez souvent le siége de dépôts de sang, de sérosité, de pus, etc., qui se transforment aisément en kystes, sont susceptibles de proéminer, puis de s'ouvrir dans le vagin, le rectum ou l'abdomen. Les lèvres du col, quoique embrassées par l'extrémité supérieure du vagin, font néanmoins dans ce canal une saillie assez considérable, Il importe de ne pas oublier que le péritoine ou la vessie en sont très-rapprochés, et qu'une incision de quelques
lignes du centre à la circonférence atteindrait facilement ces parties.
Ÿ 3. — Les ligaments larges renferment dans leur bord supérieur l'ovaire et son ligament, la trompe utérine et le ligament rond. Le Zigament rond, pur faisceau de fibres propres de la matrice enveloppé par le péritoine, se prolonge en se contournant en demi-cercle à convexité externe, vers le canal inguinal, pour se fixer sur le pubis, et non s'épanouir dans le mont de Vénus, l’aine et la grande lèvre, comme on le croit généralement. |
L'ovaire, glande formée d'un tissu propre, est enveloppée d’une sorte de coque fibreuse, dans laquelle sont renfermés des germes où ovules et d'autres vésicules hydatiformes. Quant à la trompe, l'étroitesse extrême de son canal, le peu d'épaisseur de ses parois, son extrémité libre en forme d’entonnoir, tenant à l'ovaire par une languette, expliquent comment il peut se faire qu'un ovule, arrêté en sortant de l'ovaire, se développe en se créant une poche, de manière à ce qu’il soit difficile de dire au premier abord si la grossesse est ovarique, tubaire ou péritonéale; qu’une suppuration cancéreuse ou autre de la cavité utérine, de la trompe elle-même ou de son pavillon, s’épanche dans le péritoine et fasse naître des accidents rapidement mortels.
( 4. — La vessie, un peu plus élevée au-dessus des pubis que chez l’homme, est souvent comme divisée en deux portions par une gouttière plus ou moins profonde, moulée sur le devant de l'utérus. Du reste, dans le bassin de la femme, à part les dimensions, tout est comme chez l'homme. Le péritoine, le fascia propria, l’aponévrose, les muscles, les vaisseaux, les nerfs et les artères, rien n’en diffère essentiellement. S'il n’y a point de canaux déférents, il y a, de plus, des artères et veines vaginales et utérines. Les vaisseaux ovariques remplacent les vaisseaux testiculaires.