‹ Manuel d'anatomie chirurgicale, générale et topographiqueChapitre 36 sur 47 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

MEMBRES PELVIENS,

Supportant le poids du corps, très-éloignés des centres organiques, les membres inférieurs sont par cela même plus exposés que les membres thoraciques aux infiltrations, aux engorgements, soit lymphatiques, soit sanguins, et à toutes les maladies qu'engendre ou qu’entretient la . stagnation des fluides. Aussi sont-ils le siége presque exclusif de l’éléphantiasis, dés varices, des ulcères de toutes sortes, et des gonflements chroniques qui se rattachent aux difficullés de la circulation, Recevant leurs vaisseaux du bassin, ils participent à la plupart

416 MEMBRES PELVIENS.

des affections lentes et aux changements quise manifestent dans cette cavité. Le développement de la matrice pendant la grossesse, une lumeur quelconque dans l’excavation pelvienne ou la fosse iliaque, le prouvent chaque jour. Leur distance du cœur fait que le sang atteint avec quelque peine leurs dernières ramifications artérielles, et montre comment ils deviennent à peu près constamment le point de départ de la gangrène sénile. Pressés entre le sol et le tronc, on conçoit qu'ils puissent se dévier, s’infléchir en sens divers, et subir tous les genres de difformités que peuvent produire les agents mécaniques, de même que leur longueur et leur usage dans la locomotion ou la station en favorisent infiniment les fractures et l'écrasement. Leur forme, conique bien plus que cylindrique, les saillies, soit musculaires, soit tendineuses, soit osseuses, qu'on y observe, font qu'une compression égale et régulière y est assez difficile. Les poils qui en couvrent la surface, en général fort abondants et assez longs, exigent, plus impérieusement encore qu'au bras, qu’on n'y pratique aucune opération, qu’on n’y applique aucun onguent, aucun emplâtre, sans les raser. Joints aux follicules qui en avoisinent la racine et à l'épaisseur assez grande de la peau, ces poils en expliquent jusqu’à un certain point les érésipèles et les affections herpétiques et pustuleuses. Leur lissu sous-cutané, formant une couche souple et presque égale partout, y rend le plegmon diffus aussi facile que grave, et donne aux téguments une mobilité extrêmement favorable au rapprochement de leur plaie après les opérations. C’est là surtout que les aponévroses se présentent avec tous leurs étuis. La gaine générale qu’elles forment d’abord à tout le membre, beaucoup plus épaisse qu'aux membres supérieurs, explique pourquoi les inflammations superficielles y deviennent aussi plus rarement profondes. Les étuis secondaires, presque aussi nombreux que les muscles, pour la plupart très-manifestes, rendent compte ici de presque toutes les particularités mentionnées à l’occasion des aponévroses en général. Entièrement consacrés à la stalion et à la progression, les membres inférieurs sont moins difficiles à remplacer au moyen de membres artificiels, quand l’ablation en est devenue indispensable, que les membres supérieurs. Les malades dont les exercices physiques sont la seule ressource, en redoulent par conséquent moins la perte, tandis que c’est {out le contraire pour les gens

; MEMBRES PELVIENS, 417 adonnés aux travaux de l'esprit. Le volume et Ia longueur de leur artère principale rendent compte des anévrismes qu’on y observe, et du danger des blessures dans sa direction. On expliqueenfin, par leurs dimensions variables, les différences de taille de la plupart des individus. Comme les membres thoraciques, ils se divisent assez naturellement en six portions : une première, ou la hanche, qui correspond à l'épaule ; une seconde, ou la cuisse ; une troisième, ou le genou ; une quatrième, ou la jambe ; une cinquième, ou l'articulation tibio-tarsienne ; enfin, une sixième, ou le pied.

ART. I. — Région tlio-inquinale, ou pelvi-crurale.

L'aine est la seule région à examiner dans le premier segment du membre pelvien. Ses limites ne sont pas tellement déterminées que tous les anatomistes soient d'accord à cet égard. Les uns comprennent sous ce nom la simple rainure qui sépare les parties antérieures de l'abdomen et de la cuisse. D'autres y ajoutent la région iliaque. Il en est qui appellent ainsi l’espace triangulaire circonscrit par le ligament de Poupart, les muscles couturier et moyen adducteur, J'adopterais volontiers cette dernière idée, si elle n’obligeait pas à faire une région de plus pour les organes qui entourent le trou souspubien, et à laisser quelques parties difficiles à placer en dehors. Au reste, tout ceci rentre dans les choses de pure convention. L'important est de s'entendre sur le sens qu’on accorde à telle ou telle expression, Pour moi, la région inguinale comprendra toutes les parties molles qui cachent la racine du membre en avant, et la portion du squelette qui les supporte, En y ajoutant la fosse iliaque, à cause des canaux herniaires qui en partent, j'en ferai la région ilio-inguinale.

Ô 1. — A l'extérieur, chez un homme maigre et bien musclé, le membre étant dans l'extension, on trouve pour laine ; 1° en haut le ligament de Poupart comme limite supérieure ; 2° audessous, une rainure qui se porte du tubercule iliaque antérieur à l'ischion, pour se continuer avec la rainure fessière ou $ousischiatique. C’est dans ce pli que les hernies crurales se manifestent. Comme il dépend des mouvements de la cuisse sur le ventre, sa profondeur augmente considérablement pendant la flexion du membre ; 3° en dehors, une sailiie verticale, qui in-

La 4

418 MEMBRES PELVIENS.

dique la position du muscle du /ascia lata; 4° une seconde saillie oblique en dedans, déterminée par le muscle couturier ; 5° entre ces deux reliefs, une dépression triangulaire, à base inférieure ; 6° en dedans, une troisième saillie, plus prononcée que la précédente, oblique en dehors, et qui correspond au musele droit interne et moyen adducteur ; 7° enfin, entre cette dernière et celle du couturier, une excavation triangulaire, à base supérieure, qui constitue le creux inguinal proprement dit, et permet de sentir sans difficultés les battements de l'artère à travers la peau. Sans forcer les analogies, on peut dire que l’excavation inguinale et les saillies musculaires qui la circonscrivent représentent assez bien le creux et les bords axillaires.

A.— La peau, épaisse et serrée sur les saillies externes, devient {rès-mince et d’une texture fort lâche dans le pli de l’aine, Les poils du pubis s'avancent un peu sur elle, et des follicules sébacés nombreux se rencontrent dans la profondeur de ses lames. Disons même que ces follicules, qui sécrètent une matière parfois très-odorante, semblent s’enfoncer jusque dans les feuillets les plus superficiels de la couche sous-cutanée. Le pli de laine fait que la peau doit, autant que possible, y être divisée parallèlement à sa direction, si l’on veut éviter des cicatrices difformes.

Le fascia sous-cutané présente là, comme partout ailleurs, deux espèces de lames. Les unes, plus rapprochées de la peau, renferment les cellules graisseuses. Les autres, plus profondes, ont une apparence membraneuse très-distincte. Celles-ci forment deux plans comme à l'abdomen; l’un qui se continue avec le fascia sous-cutané général ; l’autre qui semble se fixer près du ligament de Falloppe et sur le pubis, après s'être entrelacé avec la couche semblable de la région iliaque. Contenant la saphène et les branches qui viennent s'y rendre, ce dernier loge aussi les ganglions superficiels de l’aine. Son union à l’arcade crurale et au-dessous fait que les hernies sont comprimées pendant l'extension de la cuisse, qu’il convient de faire fléchir le membre quand on veut pratiquer le taxis, et que les tumeurs inguinales peuvent remonter sous les téguments de l'abdomen. Il en est de même des infiltrations, soit sanguines, soit purulentes, et des abcès. |

B. Ligament de Poupart. — Les portions du grand oblique

MEMBRES PELVYIENS. 419

qui naissent des neuvième et dixième côtes fournissent inférieurement des rubans tendineux qui concourent presque tous à former les liganients de Poupart el de Gimbernat.

Ces rubans s'insèrent définitivement sur toute la crête sous-épineuse, et sur une partie de la crête sus-pubienne. Ils constituent ainsi le véritable ligament de Poupart, puis le pilier externe de l'anneau inguinal. Le ruban le plus externe, large de trois à quatre lignes, dépassant l’épine antér o-supérieure de l'os iliaque en dehors, ne se rend pas au pubis, mais bien à la cuisse, entre le muscle coulurier et les muscles iliaque et psoas, pour aller chercher une implantation sur le petit trochanter,

Les autres ne conservent la forme d’un cordon que dans la moitié éxterne du ligament de Falloppe. En cherchant une attache à la partie interne de la crête pubienne, elles s'épanouissent en un triangle dont le plan fémoral regardé un peu en arriète, el qui constitue une des lames du ligament de Gimbernat. D'autres fibres vont se fixer à l’épine pubienne ; les plus internes, celles qui contribuent à former le pilier externe de l’anneau, s’implantent sur la face antérieure du pubis, depuis l’épine pubienne- jusqu’au point moyen du bord de la symphyse, c’est-àdire à toute la crête sous-épineuse de cetos.

Ce qui tend à ramasser les fibres externes du grand oblique sous la forme d’un cordon, ce sont, d’une part, les fihres en sautoir décrites plus haut, et, d'autre part, certaines fibres verticales qui constituent l'aponévrose propre du couturier, lesquelles en montant s'entrelacent avec la moitié externe du ligament de Poupart. Comme cet arrangement n exigle point en dedans, les fibres Lendineuses du grand oblique s’y épanouissent librement pour constituer le ligament de Gimbernat. D'après cette description, la portion du ligament de Gimbernat fournie par le grand oblique est beaucoup plus étendue qu'on ne le croit généralement. Égalant, en avant, la moitié interné du ligament de Poupart, elle offre une étendue de six à dix lignes le long de la crête pubienne.

Pas une fibre de l'aponévrose du grand oblique : ne se relève en arrière pour former ce qu’on a déerit sous le nom de gouttière du ligament de Poupart, gouttière qui devrait se continuer en arrière avec le fascia transversalis,

Puisque les rubans tendineux qui forment le pilier externe se fixent sur la ligne sous-épineuse du pubis, en même temps quêé

Page 1