LA STRUCTURE DU CORPS HUMAIN
L’anatomie humaine a pour objet la connaissance exacte de tous les organes qui constituent le corps de l’homme. Dans l’étude de cette science , on doit sans cesse suivre la méthode analytique , séparer, diviser, isoler les parties par la dissection , afin d’apprendre à les mieux connaître, et de pouvoir ensuite embrasser d’un coup d’œil leur ensemble et les liens qui . les enchaînent pour en former l’homme.
Dans le corps humain , on doit considérer les liquides, les solides et les phénomènes de la vie, qui ont entre eux les rapports les plus intimes. Les liquides, pendant la vie , deviennent continuellement solides, et les solides , à leur tour, redeviennent liquides. Les uns et les autres ne se produisent que dans les corps vivans , et la vie ne peut'se trouver que dans des êtres formés à la fois de ces mêmes élémens organiques.
Les LIQUIDES ou les humeurs forment la plus grande partie du corps , les dix-huit vingtièmes environ : ils sont de trois genres; 1“ le sang; 2“ les liquides qui sont versés dans le sang et s’y mêlent pour le réparer ; 3“ ceux qui en émanent , et dont les usages sont très-différens suivant leur nature.
1“ Le sang est le centre de tous les autres liquides , de ceux qui le renouvellent , et de ceux dont il fournit à tout instant les matériaux. C’est un liquide rouge , odorant , d’une saveur salée, glutineux au toucher, d’une pesanteur un peu supérieure à celle de l’eau; dont la quantité a été très-diversement déterminée ( de dix livres à cent), et qui, récemment tiré d’un homme vivant , présente les phénomènes suivans : il répand une vapeur animale , et après s’être refroidi de quelques degrés , il se prend en une masse qu’on appelle caillot ou coagulum. Celui-ci se rétrécit successivement , et se trouve bientôt entouré d’un liquide séreux ,
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jauiuitrc , qui en sort par une sorte d’exsudation , et qu’on nomme le sérum. Si on lave le coagulum , on enlève avec l’eau le criior ou matière colorante rouge , et le résidu est une masse fdjrineuse. Le sérum est forme en grande partie d’eau, d’albumine, de quelques sels, et d’une j)etite quantité de mucus. Le est composé de globules microscopiques, entourés d’une
substance colorante de nature animale. Le sérum contient aussi des globules , mais plus petits que ceux du cruor. La fibrine enfin , qui dans l’état de fluidité du sang était fluide elle-même, consiste en un amas de filamens réunis entre eux comme un feutre. 11 paraît, en outre , que le sang contient une petite quantité de la matière caractéristique de la substance ^lei-vcuse c{ue M. Cbevreul nomme cérébrine : comme tous les autres liquides animaux , il renferme des sels de diverses espèces.
2“ Les substances liquides qui entretiennent le sang et le réparent entrent surtout parles voies de la digestion. Les alimens se transforment dans l’estomac en chyme , substance homogène , pultacée , grisâtre , albumineuse , dans laquelle on ti’ouve déjà quelques globules analogues à ceux du sang, moins la couleur. En parcourant l’intestin grêle, le chyme se change en partie en chyle, ou liquide blanc opaque, inodore, douceâtre au goût, qui se coagule après son extr action , et dont le coagulum , d’une couleur rosée , se contracte et à la longue est entouré d’un fluide assez analogue au sérum du sang. Ses globules sont nombreux, et ne diffèrent guère de ceux du sang que par leur couleur blanche , ou par une teinte rosée pâle. Le coagulum du chyle paraît intermédiaire enti-e la fibrine et l’albumine. 11 y a aussi dans le chyle une matière grasse. Ce liquide acquiert successivement les propriétés du sang dans les glandes du mésentère , et surtout en traversant les poùmons , où il prend la couleur rouge, en même temps que le sang veineux recouvre la sienne.
3° Le sang , comme une source abondante , fournit continuellement , au moyen des nombreux canaux qui le transportent dans toutes les parties, les matériaux des liquides sécrétés. Ceux-ci sont tantôt rejetés comme excrémens, telles sont l’urine, la sueur, etc. ; tantôt ils remplissent quelque usage après leur formation, tels sont le lait, la salive, les larmes , la bile , le sperme , etc. Le sang donne aussi les matériaux de nutrition et d’accroissement à tous les organes.
On peut encore ranger à côté des liquides les substances gazeuses que l’on trouve dans la (■avité de certaines parties , comme les poumons , les intestins , etc.
Les SOLIDES, quelque nombreux et variés qu’ils paraissent, peuvent être ramenés à un certain nombre de/i«M^, qui sont eux-mêmes susceptibles d’être réduits par l’analyse mécanique en des globules microscopiques réunis en séries sous forme de filamens fort ténus , que l’on appelle fibres. Ces fibres et ces globules forment la base , l’élément organique de tous nos tissus : on peut les rapporter à certains types primitifs , dont les principaux sont : 1° la fibre atbuginée. Elle est blanche, quelquefois nacrée et resplendissante, linéaire, tenace , élastique , peu extensible ; essentiellement formée de gélatine et d’albumine , elle entre dans la composition des tissus cellulaire, fibreux , etc. 2° \^d.fibre musculaire , motrice ou charnue. Elle est linéaire, aplatie, molle, tomenteuse , élastique, blanche ou rouge, selon les organes et les animaux. Elle est , pendant la vie , douée de la faculté de se contracter. On trouve dans sa composition une grande quantité de fibrine, un peu d’albumine et de gélatine. 3" La substance nerveuse. C’est une pulpe blanche ou grisâtre , molle , sans élasticité , qui affecte des formes différentes pour constituer le système nerveux. Elle est composée
spécialement de deux matières grasses , Tune blanche , l’autre rougeâtre , d’osmazome , d’albumine, de phosphore, de soufre et de quelques sels. 4° La substance glanduleuse . Elle est granulée , varie en couleur, en consistance , et en composition chimique , suivant les glandes .dans la structure desquelles elle entre.
Les solides forment tantôt des cordons , des canaux ou vaisseaux ; tantôt des espèces de toiles organisées qu’on nomme des membranes , et dont la texture et la disposition sont aussi variables que les usages.
VoicHes principaux tissus ou systèmes qui, par leur réunion, composent les organes; PI. i.fig. i.
. nous ne ferons qu’indiquer ceux sur lesquels nous aurons occasion de revenir par la suite.
1° Système cellulaire ou lamineux : c’est le tissu le plus généralement répandu dans l’économie. 11 est interposé entre toutes les autres parties, et leur sert à la fois de moyen d’union et de séparation ; c’est par son intermède qu’un grand nombre de nos organes sont susceptibles de changer continuellement de forme , de rapports , de dimensions , et de se mouvoir avec facilité les uns sur les autres. Il représente un tout continu , espèce de trame qui pénètre partout : de sorte c[ue si l’on supposait, par la pensée, toutes les autres parties enlevées , le corps n’en conserverait pas moins sa forme. Sa continuité établit une communication entre les régions les plus éloignées du corps ; il compose à lui seul un trèsgrand nombre d’organes , et entre , comme élément essentiel , dans la formation de tous les autres. Il offre , suivant les différens individus et les diverses parties du corps , d’assez grandes variétés dans sa consistance et sa texture. La substance dont il est formé est extensible , tenace , rétractile ; elle prend aisément , quand on la distend , l’apparence de fdamens et de lames fort minces et diaphanes ; cjuand on l’insuffle , celle de vésicules ou de cellules transparentes , qui communiquent toutes les unes avec les autres. Il sert de moule à toutes les autres parties , dont les plus petites portions intégrantes sont plongées dans son épaisseur ; il est pour elles une sorte d’atmosphère qui les entoure et les pénètre. 11 est , pendant la vie , continuellement arrosé ou imbibé d’une vapeur séreuse , laquelle est versée dans ses aréoles , par les artérioles qui le parcourent , et reprise par les vaisseaux absorbans qui en naissent.
Examiné au microscope , le tissu cellulaire paraît composé de globules arrondis , réunis , d’après les recherches de MM. Edwards , en séries irrégulières qui forment tantôt des lignes PL i. (Jg. 3. droites et tantôt des lignes tortueuses ou recourbées, et disposées par couches; le même auteur s’est assuré que tous les globules d’une lame de tissu cellulaire sont semblables entre eux et que leur diamètre réel est de de millimètre. La composition chimique du tissu cellulaire le rapproche du sérum du sang : il est formé spécialement d’albumine et de gélatine.
2" Système adipeux. Il consiste en des vésicules membraneuses réunies en groupes plus Pl.i.fig. 1,2. ou moins volumineux , logées le plus souvent dans les aréoles du tissu cellulaire , et renfermant , dans leur cavité , un fluide huileux , jaunâtre , d’une odeur et d’une saveur particulières , qu’on nomme la graisse. Les vésicules adipeuses sont en général arrondies , globuleuses , souvent soutenues par un pédicule vasculaire. Elles présentent , dans leur intérieur, des fdamens très ténus qui les parcourent comme des cloisons incomplètes , et sont munies de vaisseaux sanguins capillaires. Le tissu adipeux forme sous la peau une couche unie qui comble les inégalités des autres parties, et donne aux formes de la femme et de 1 enfant leurs contours arrondis et gracieux. Sa quantité moyenne fait environ la vingtième partie du poids total du corps. Dans la jeunesse il abonde principalement sous la peau ;
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dans les âges suivans il abandonne successivement cette place, et se concentre dans les cavités du tronc ; dans la vieillesse , ordinairement sa quantité diminue , et les individus maigrissent. La moelle , qui remplit les cavités des os, est de la même nature que la graisse des autres parties. La graisse qui distend les vésicules adipeuses est demi-fluide , à la température ordinaire du corps; cependant sa consistance varie un peu dans les diverses régions.
3“ Système vasculaire. Il est formé par les vaisseaux ou les canaux dans lesquels sont contenues et circulent les humeurs. De ces vaisseaux, les uns renferment le sang, ce sont les artères et les veines ; les autres contiennent la lymphe et le chyle , ce sont les vaisseaux lymj)hali(]ucs ou chylifères. Le système vasculaire se compose des trois systèmes secondaires suivans :
j>) , (i„ ^ \. Système artériel. Les artères, au nombre de deux dans rhomine , tiennent par leurs
troncs aux ventricules du cœur, et se ramifient, l’une [aorte) dans toutes les parties du corps; l’autre [artère pulmonaire) dans les poumons seulement. Chacune d’elles a la forme d’un arbre , dont le tronc donne naissance à des troncs secondaires , ceux-ci à des branches , ces dernières à des rameaux , les rameaux à des ramuscules de plus en plus ténus. Chaque division des artères est sensiblement cylindrique. Les parois de ces vaisseaux sont formées par une membrane interne, mince, polie, fragile; par une membrane moyenne, épaisse, résistante, à fibres circulaires, jaunâtres, élastiques; par une membrane externe, forte, serrée , à fibres feutrées , d’une nature analogue à celle du tissu ligamenteux. Les artères sont garnies chacune, à leur origine, de trois valvules qui permettent au sang de passer du cœur dans leur cavité , et qui s’opposent à la marche rétrograde de ce liquide ; à leur autre extrémité , elles deviennent d’une ténuité capillaire , et communiquent plus ou moins manifestement, suivant les parties , avee les veines. 11 paraît aussi qu’elles ont des extrémités 11. i.lig.f). porosités exhalantes. Elles conduisent, par une sorte de mouvement centrifuge, le
sang du cœur dans toutes les parties.
B. Système veineux. Les vcûies naissent , par une foule de 'racines capillaires , dans tous les organes du corps et dans les poumons. Elles aboutissent aux oreillettes du cœur; celles 1 1. 1. (ijr.5,-. jg toutes les parties [veines caves) deux troncs, et celles des poumons
[veines pulmonaires) par quatre. Les veines sont divisées et subdivisées à peu près comme, les artères ; leur intérieur est garni d’un grand nombre de valvules , disposées en général par paires , véritables soupapes qui permettent au sang de passer des rameaux dans les troncs , et empêchent son retour en sens contraire. Les parois des veines sont beaucoup plus minces , plus molles que celles des artères , et formées de deux membranes. Les veines sont plus larges et plus nombreuses que les artères. Elles ramènent vers le cœur le sang de toutes les parties , et pour cela ee liquide circule dans leur cavité, des ramuscules vers les rameaux, de ceux-ci vers les troncs, en éprouvant un véritable mouvement centripète.
G. Système lymphatique. Les vaisseaux lymphatiques ou absorbatis, généralement répandus • dans le corps, ont des parois très-minces, demi - transparentes ; ils sont tous garnis , en
en dedans , de valvules semblables à celles des veines et ayant les mêmes usages. Aussi , considérés à l’extérieur, ils présentent des étranglemens de distance en distance , au niveau des \alvules. De ces vaisseaux, les uns contiennent un liquide limpide qu’on nomme la lymphe ; les autres sont remplis , à certaines époques , par le chyle qu’ils pompent à la face interne des intestins. Les vaisseaux lymphatiques se réunissent en plusieurs troncs , qui
D’ANATOMIE DESCRIPTIVE
s’ouvrent eux-mêmes dans les veines , pour y verser le liquide qu’ils contiennent , et le mêler avec le sang. Mais avant de se rendre dans les veines , ils traversent tous , en se divisant, des organes qu’on appelle ganglions lymphatiques. Ceux-ci sont de petits corps mous , rougeâtres , variables pour la forme et le volume , d’une texture encore peu connue.
Après s’être ramifiés dans leur épaisseur, les vaisseaux lymphatiques en sortent pour se décharger dans leurs troncs principaux.
4“ Système nerveux. Il est formé par une substance molle , pulpeuse , composée de globules blancs ou grisâtres , et disposés de diverses manières. Cette matière , tantôt est arrangée en masses plus ou moins volumineuses , d’une forme déterminée , comme ou l’observe pour le cerveau, le cervelet, la moelle épinière; tantôt elle est enfermée dans des canaux fibreux très-fins , fasciculés , pour former les nerfs ou cordons mous , blanchâtres , qui se divisent PI. i . fig. eu un grand nombre de branches , et vont porter le sentiment et le mouvement dans toutes les parties. Ces nerfs , dans certains endroits , s’unissent pour donner lieu à des réseaux auxquels on a donné le nom de plexus nerveux. D’autres fois la substance nerveuse est réunie par du tissu cellulaire en petites masses grisâtres , denses , auxquelles viennent se rendre , et d’où émanent une grande quantité de filets nerveux. Ces petites masses ont été appelées PI- i. fig des ganglions nerveux. La substance nerveuse est , dans quelques parties , épanouie sous la forme de membrane molle , diffluente , comme on le voit pour la rétine , etc.
Les différens organes formés par la substance nerveuse forment deux systèmes principaux , distincts ; l’un qui parait appartenir plus spécialement aux sens et aux mouvemens , et l’autre aux fonctions des organes de la vie nutritive.
5° Système séreux. Les membranes séreuses cjui le constituent sont des espèces de sacs sans ouverture , placés partout où doivent avoir lieu de grands mouvemens. Elles semblent n’être qu’une forme particulière du tissu cellulaire. On les trouve sous la peau , là où cette membrane recouvre des os très-mobiles, comme au-devant du genou, au coude, etc. , autour ou à côté des tendons et des aponévroses des muscles qui produisent de grands mouvemens ; entre les extrémités articulaires des os mobiles ; enfin dans toutes les cavités du tronc. Partout elles ont l’apparence de sacs sans ouverture , tenant , d’une part , à la partie mobile , et de l’autre à celles contre lesquelles elle se meut. Elles se replient sur elles- mêmes pour fournir tles gaines plus ou moins complètes aux vaisseaux, nerfs et autres parties qui les traversent, de sorte que les organes ne sont point contenus dans leur cavité , bien (ju ils le paraissent au premier coup d’œil. Leur surface intérieure est lisse , polie et libre. Elles sont formées bl. r. fig de tissu cellulaire condensé , et parcourues par un grand nombre de petits vaisseaux sanguins et lymphatiques. Elles sont garnies de prolongemens frangés, lesc[uels versent dans leur intérieur un liquide albumiiîeux , limpide ou onctueux , filant , qui facilite le glissement des parties contiguës, et consécpiemment celui des organes auxquels elles sont fixées. Ce liquide est versé sans cesse par les extrémités exhalantes des artères, et repris par les vaisseaux absorbans. Les membranes séreuses représentent ainsi de grands réservoirs intermédiaires aux x'aisseaux exhalans et absorbans , dans lesquels les liquides séreux , en sortant des uns , séjournent pendant quelque temps avant de passer dans les autres.
6" Système muqueux. Les membranes muqueuses dont il se compose ont été ainsi nommées , à raison du liquide visqueux qui en lubréfie habituellement la surface libre. Elles tapissent les conduits, les cavités, les organes creux, qui communicjuent à l’extérieur, par les Texte. 2
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