‹ Manuel d'anatomie descriptive du corps humain [electronic resource] (volume 2)Chapitre 141 sur 217 · DE LA PEAU · texte numérisé non relu

DE LA PEAU

La peau est une membrane composée qui entoure le corps , en forme le tégument , et se moule sur les organes qu'elle recouvre et qu’elle protège contre l’impression des corps extérieurs. Partout continue à elle-même, elle présente en plusieurs endroits, sur la ligne médiane , une apparence de division qu’on nomme raphé , et qui est remarquable surtout à la lèvre inférieure, au périnée, à la partie inférieure du scrotum et de la verge. Au niveau de la bouche, des narines, des paupières, de l’anus et des organes de la génération, elle n’est point percée, mais se réfléchit, se continue, en changeant de caractères, avec les membranes muqueuses de ces parties. Elle envoie aussi des prolongemens dans le conduit auditif et les conduits excréteurs de la glande mammaire.

La surface externe de la peau est libre et en contact avec l’air ambiant. Elle présente des rides, des plis qui dépendent, 1° les uns de la contraction des muscles peauciers, comme à la face, au col, au pourtour de l’anus; 2° les autres de l’amaigrissement et de l’atrophie des organes sous-jacens, comme les rides qui sillonnent le front et les diverses parties du corps des vieillards ; 3° enfin d’autres plis répondent aux articulations et dépendent de leurs mouvemens, comme ceux des mains et des pieds.

Outi'e ces rides , la même surface ofFi'e encore de petits sillons, séparés par des lignes PI. i3i,fig.6, saillantes et formés par des séries de papilles qui appartiennent à l’épiderme et aux autres couches superficielles de la peau. Ces rides sont diversement contournées en spirales à la paume des mains, sur la face palmaire des doigts , à la plante du pied et à la face correspondante des orteils ; au dos de la main et au front , elles ont la forme de polygones ; sur P].i3i.fig.4. les joues, la poitrine, elles représentent des espèces d’étoiles.

La surface externe de la peau est surmontée par des poils de diverse nature; elle présente de petites ouvertures arrondies qui sont, les unes les orifices des glandes sébacées, les autres les porosités de l’épiderme par lesquelles sort la matière de la transpiration.

La surface interne ou adhérente de la peau tient aux parties qu’elle recouvre par un tissu cellulaire qui est lâche dans certains endroits, dense, fibreu.x et très -serré dans d’autres, comme à la paume de la main, à la plante du pied, au crâne. On admet généralement que la peau est formée de plusieurs membranes superposées et intimement unies les unes aux autres. Ces membranes sont le derme , le corps muqueux Malpighi, et l’épiderme.

D’ANATOMIE DESCRIPTIVE

Le cferme ou coriam est une membrane fîbro-cellulaire , blanche , qui constitue le feuillet le plus profond et le plus épais de la peau. Son épaisseur varie de trois lignes à un quart de ligne ; au tronc , elle est plus grande à la partie postérieure qu’à l’antérieure ; aux membres, à leur face externe qu’a l’interne. La face profonde du derme offre des ouvertures aréolaires , coniques, dirigées plus ou moins obliquement. Ces areoles sont tres-grandes là où le derme a beaucoup d’épaisseur, comme à la plante des pieds , à la paume des mains, au dos ; beaucoup plus petites et souvent à peine visibles, dans les endroits où le derme est très-mince, comme aux paupières, au scrotum, etc.

Les bords de ces aréoles se continuent avec le tissu cellulaire sous-cutané ; leur cavité est remplie de tissus cellulaire et adipeux , et traversée par les nerfs et les vaisseaux qui vont se distribuer au corps muqueux. Le fond des aréoles du derme est perce d ouvertures très-petites' qui répondent à la face superficielle de cette membrane.

La face superficielle du derme est en général unie et couverte d’un très-grand nombre d’éminences papillaires. Celles-ci sont de très-petites saillies de la surface du derme, disposées en double ligne; très-distinctes à la plante des pieds, à la paume des mains et sur la pulpe des doigts , elles sont beaucoup moins marquées sur les autres parties du derme , et à peine visibles dans les endroits où cette membrane est fort mince. Ces papilles sont PI. i32, molles, cellulaires, érectiles, et pénétrées d’une grande quantité de filets nerveux et de ramifications vasculaires.

Le derme est formé de filamens fibro-celluleux , denses, entrecroisés, comme feutrés, et d’autant plus serrés qu’on les examine plus près de la face externe de cette membrane.

Par la décoction , il se fond en gélatine. Il est recouvert en dehors par le corps muqueux. *

Le corps muqueux de Malpighi est une couche mince d’un tissu très-mou qui l’ecouvre PI. iSi.Iig. 3, la face externe du derme. Il adhère intimement à cette dernière membrane , dont il couvre les éminences papillaires, ainsi qu’à l’épiderme par lequel il est revêtu. Il est plus mince au niveau des éminences papillaires que dans leurs Intervalles. C’est lui qui est le siège de la coloration de la peau ; aussi est-il bien plus facile de l’étudier sur les nègres que sur les individus de la race blanche. Il a l’apparence d’un réseau , mais n’est point percé. Ce tissu , suivant A. Béclard, consiste en un liquide plastique , en un tissu cellulaire à demi organisé. Le sang et les injections n’y font point découvrir de vaisseaux ; on ne peut point y suivre de filets nerveux, bien que M. Gall l’assimile à la substance nerveuse grise.

Le corps muqueux paraît formé de plusieurs couches superposées , d’une extrême ténuité, ce qu’on peut vérifier assez aisément sur la peau du nègre. M. Gaultier distingue , au corps muqueux, quatre couches qu’il fait connaître d’après leur ordre de superposition, en commençant de dedans en dehors, et qui sont : 1° des vaisseaux sanguins unis par un tissu blanc, isolés les uns des autres, contigus au derme, admettant une partie de la matière qui colore les tégumens : il les nomme bourgeons sanguins ; 2° un tissu blanc, for- Pl.i32.fig. 4, niant une couche universelle , et qu’il désigne sous le nom de couche albide profonde; 3“ des petits corps colorés en brun chez les nègres, et d’un blanc opaque chez les Européens : il les appelle gemmules ; 4° une dernière couche blanche , contiguë à l’épiderme : il la nomme couche albide superfciellc. Je pense que les bourgeons sanguins de M. Gaultier ne sont que les éminences papillaires du derme ; du moins je n’ai jamais pu trouver de différence suffisante entre ces parties , pour les considérer d’une manière isolée.

Pl.iSi.

n. ijs

Pl.ila, 2, 3.

Le pigmentuni , ou la matière colorante de la peau , a son siège principal dans la couche moyenne du derme , ce qu’on peut démontrer sur la peau du nègre. M. Gaultier pense que c’est dans les gemmules que réside spécialement cette matière colorante, carbonée, qui paraît sécrétée par le sang et passer des vaisseaux de la surface du derme dans le corps muqueux.

V épiderme, cuticule QU sur-peau, eslXa plus externe des couches membraneuses de la peau; il forme, à la surface des tégumens, une espèce d’enveloppe mince, cornée, demi-transparente, grisâtre, qui les garantit de l’action des corps extérieurs. Sa surface libre présente les plis et sillons dont j’ai parlé en traitant de la peau en général, et se trouve percée d’une ,6g- 4- multitude d^ pores par lesquels s’échappe la matière de la transpiration. Sa face interne adhère assez intimement au corps muqueux , mais peut en être séparée sur le vivant par les applications irritantes, et sur le cadavre par la putréfaction. En détachant l’épiderme du corps muqueux, on observe entre eux une foule de filamens très-fins, transparens, incolores , qui se rompent après s’être allongés , et sont très-visibles aux endroits où l’épi- 6s-9- derme a beaucoup d’épaisseur. Ces filamens paraissent être des vaisseaux exhalans et absorbans qui s’ouvrent à la surface externe de la peau.

L’épiderme pénètre, en s’amincissant, dans les follicules sébacés et dans les bulbes des poils. Il consiste en une membrane plane et continue ; il n’est point formé d’écailles imbriquées, ainsi qu’on l’a avancé. C’est une véritable couche de matière cornée, inorganique, de mucus albumineux coagulé et desséché, excrétée par les couches superficielles du corps muqueux auquel elle reste adhérente.

L’épiderme est épais à la plante des pieds, à la paume des mains ; dans les autres parties il est fort mince ; il est moins élastique que le derme , très-flexible , et facile à déchirer.

Follicules sébacés ou cutanés. On nomme ainsi de petites utriculcs logées dans l’épaisseur de la peau , qui versent à la surface de cette membrane un liquide gras, onctueux, destiné à la lubréfier , à en entretenir la souplesse , et à la garantir de l’impression de l’eau. Ces fi-. 3. follicules existent dans toute l’étendue de la peau, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Ils sont fort abondans, et plus volumineux sur les parties couvertes de poils , aux environs du nez , de la bouche , de l’anus , aux aisselles , rux aines , au conduit auditif, etc.

Ils consistent chacun en une petite ampoule formée parla peau amincie et réfléchie sur elle-même. Leurs parois sont couvertes de ramifications vasculaires très-déliées. Ils s’ouvrent par un orifice arrondi , fort distinct à la surface de la peau. Dans l’état sain, les plus volumineux n’ont pas la grosseur d’un grain de millet; les autres sont beaucoup plus petits. Ils sont en général séparés les uns des autres; quelquefois plusieurs s’unissent ensemble ; ils contiennent une matière oléo-albumineuse , deml-concrctc , laquelle, par la pression, s’échappe de leur orifice sous forme de filamens jaunâtres, fig. 1, La peau reçoit une grande quantité de vaisseaux artériels, veineux, lympathiques , et de nerfs qui la pénètrent, en se divisant à travers les aréoles du derme, et vont s’épanouir à sa face superficielle, où, par leurs demières divisions, ils forment les papilles et le réseau vasculaire.

La peau est l’organe du tact et du toucher, au moyen des nerfs qui se distribuent en

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grande quantité dans son épaisseur, et paraissent s’épanouir dans ses couches superficielles.

C’est aussi un organe d’absorption, d’exhalation, de sécrétion, etc.

La peau présente des dépendances qui sont les ongles et les poils.

A. Des ongles.

Les ongles sont des plaques cornées qui naissent de la peau, et garnissent l’extrémité PI. i33,lîg. i. des doigts et des orteils, du côté de l’extension.

Plus larges et plus forts aux doigts qu’aux orteils , à l’exception de celui du gros orteil qui est très-épais, les ongles présentent trois parties ; la racine, le corps et l’extrémité libre. La racine ou V extrémité adhérente forme environ la cinquième partie de la longueur de l’ongle; elle est d’une couleur blanche, plus mince que le reste de l’ongle, et reçue dans un sillon particulier de la peau. Le corps ou la partie moyenne tient le milieu pour Pl. i33,lîg. t, l’épaisseur entre la racine et l’extrémité libre. Sa face externe est lisse, convexe transver- i-

salement, et couverte de sillons longitudinaux. Sa face interne est concave, munie de cannelures longitudinales, plus profondes que celles de la face externe; elle adhère trèsintimement h la peau. La partie postérieure du corps de l’ongle présente une tache blanchâtre, semi-lunaire, qu’on appelle la lunule. L’extrémité libre de 1 ongle en forme la partie la plus épaisse; elle se prolonge au-delà du doigt, et tend à se recourber vers sa pulpe en formant un crochet. Si on ne coupe pas cette extrémité , elle peut croître et for- Pl. i33,(!g..5. mer une espèce de corne de plusieurs pouces de longueur.

La face interne de l’ongle est intimement unie à la face externe du derme, qui est, dans Pl. t33, fig.3. cet endroit, rouge et couverte de papilles disposées en séries linéaires, séparées par des cannelures longitudinales. La racine de l’ongle est mince, très-molle, dentelée, et reçue dans un pli du derme dépourvu d’épiderme. Ce dernier, en effet, arrivé vers la racine de PI.i33,fig. l’ongle , se réfléchit avec le derme jusqu’au fond du sillon ; de là il se pi’olonge sur la racine et sur la face externe de l’ongle, s’épanouit sur cette dernière, tandis que le derme s’enfonce sous sa face interne. Vers l’extrémité libre , l’épiderme du bout du doigt se réfléchit sous la face interne et s’y unit intimement.

Les ongles ne présentent ni vaisseau ni nerfs ; ils paraissent inorganiques comme l’épiderme, et semblent une couche de matière cornée, sécrétée par le corps muqueux de la peau sous-jacente. Leurs propriétés chimiques sont celles de l’albumine coagulée. Ils ont pour usage de soutenir, de protéger et d’armer l’extrémité des doigts et des orteils.

B. Des poils.

On nomme ainsi des filamens cornés , très-fins , et plus ou moins longs , qui se montrent sur presque toutes les parties de la peau , à l’exception de la plante des pieds et de la paume des mains.

Les poils ont reçu divers noms et offrent des différences remarquables , suivant les réglons qu’ils occupent. Au crâne on les nomme cheveux : ce sont les poils les plus nombreux , les plus longs et les plus rapprochés. Les joues , le menton , la lèvre inférieure sont occupés par la barbe ; la lèvre’ supérieure porte les moustaches ; les sourcils et les cils appar-

MANUEL

Pl.i33.fig.io,

Pl.i33,fig.6.

PI. i33, Cg.G.

Pl.i33,fig,G, 8, i3, 1 i5, jfi , 17 , 18, I ç) , 9.0 , 21,

Pl.i33.flg.6, 7. Il-

tiennent aux yeux; les aisselles, les aines, le penil, le scrotum, les environs de l’anus, le conduit auriculaire, l’entrée des narines présentent aussi des poils plus ou moins longs et forts. Les autres parties de la peau sont aussi couvertes de poils rares , à peine visibles , beaucoup plus fins que les précédens. Au tronc , ces poils sont plus nombreux à la face antérieure qu’à la postérieure ; aux membres , il y en a plus à la face externe qu’à l’interne.

Les cheveux sont plus longs et plus nombreux chez les femmes que chez les hommes. Chez elles, il n’y a pas de barbe, et très-peu de poils autour de l’anus, du moins chez le plus grand nombre.

Les poils varient pour la couleur, l’épaisseur, la longueur, suivant les diverses races humaines et les individus. Il y en a de noirs, de blonds, de châtains, de rouges, de blancs, etc. Chez les uns , ils sont longs , roides, plats; chez d'autres, courts, fins, comme lanugineux et crêpés, etc.

Les cheveux commencent à paraître avant la naissance; c’est à l’âge de la puberté que SC montrent les poils des aisselles , des organes de la génération dans l’un et l’autre sexes , et la barbe chez les hommes. Avec l’âge , les cheveux blanchissent. Les hommes deviennent bien plus fréquemment chauves que les femmes.

Chaque poil consiste en un bulbe et une tige.

Le bulbe ou follicule des poils , est situé dans l’épaisseur du derme ou au-dessous de lui. Il a une forme ovoïde. Par l’une de ses extrémités, celle qui pénètre obliquement à travers la peau, il correspond à la surface de cette membrane; par l’autre, qui est profonde et garnie de quelques filamens en forme de racines, il est enfoncé dans, le tissu cellulaire sous-cutané. A l’extérieur, il est formé d’une membrane capsulaire, blanche, ferme, coriace , qui se continue avec le derme par son extrémité superficielle. En dedans de celte membrane on en trouve une autre mince , molle, rougeâtre , qui semble être la continuation du corps muqueux.

La cavité du follicule est en grande partie remplie d’un bourgeon ou papille conique , adhérent par sa base au fond de la cavité, et dont le sommet libre s’élève vers l’orifice du follicule. Des vaisseaux sanguins arrivent à la papille, suivant .M. Gaultier, par le goulot du bulbe, en rampant entre ses deux couches membraneuses, et suivant M. Béclard, par le fond. On peut suivre des filets nerveux jusque dans la racine du follicule. Ces recherches sont faciles à faire sur les cils. A. Béclard regarde la racine du follicule comme formée par des vaisseaux , des nerfs et du tissu cellulaire. On trouve dans l’épaisseur du goulot du bulbe pilifère plusieurs petits follicules sébacés, disposés eu cercle. L’anatomie des poils et de leurs follicules a été faite avec un soin tout particulier par Heusenger, non-seulement chez l'homme , mais dans les diverses espèces d’animaux.

La tige cornée qui forme le poil est implantée par une de ses extrémités dans le bulbe , et libre dans le reste de son étendue. Sa forme est conoïde; elle s’amincit de plus en plus, et souvent est fendue par son extrémité libre. Sa base est creuse, logée dans le bulbe où elle embrasse la papille. La base du poil est toujours blanche et diaphane , et plus molle que le reste. La portion qui couvre immédiatement la papille paraît fluide.

Le poil tient par sa base à la surface de la papille , qui paraît le sécréter. L’épiderme ,

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après s’étre introduit à l’entrée du bulbe , se réfléchit sur la base du poil , s’unit et se confond avec sa surface sur laquelle il se perd.

La tige du poil consiste en une gaine cornée, diaphane, presque incolore, et en une Pl.i33,fig.i5, substance intérieure colorée, spongieuse, formée de fdamens très-fins. Les poils de quelques animaux paraissent avoir une texture aréolaire.

Les poils sont entièrement dépourvus de vaisseaux et de nerfs. Ils ne sont ni sensibles , ni irritables.

Ils ont pour usage de protéger la peau , de s’opposer à l’entrée des corpuscules étrangers dans les cavités dont ils garnissent l’entrée. Ils sont aussi des organes de tact assez délicats, en ébranlant, lorsqu’ils rencontrent des corps extérieurs, la papille vasculaire et nerveuse sur laquelle ils sont implantés.

§ 2. De l’organe de la guslalion.

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