‹ Manuel d'anatomie descriptive du corps humain [electronic resource] (volume 2)Chapitre 72 sur 217 · DES MUSCLES · texte numérisé non relu

DES MUSCLES

Destinés à exécuter les grands mouvemens du corps , à mettre en action les nombreux leviers articulés que représentent les os du squelette , les muscles sont des organes essentiellement contractiles , d’une couleur rouge plus ou moins foncée ; ils forment ce qu’on nomme vulgairement la chair , dans les animaux.

Le nombre des muscles du corps humain n’a pas encore été déterminé d’une manière rigoureuse , parce que certains auteurs ont considéré comme un seul muscle un assemblage de faisceaux que d'autres ont décrits comme autant d’organes distincts. Quelques anatomistes , par exemple , portent à quatre cents le nombre des muscles , tandis que d’autres , avec M. Chaussier , n’en admettent que trois cent soixante-huit. Le plus grand nombre des muscles sont pairs. On n’en trouve que fort peu de situés sur la ligne médiane du corps.

Leur grandeur est fort variable ; ainsi il en est une foule d’intermédiaires , pour le volume, entre ceux qui font mouvoir les petits osselets de l’oreille, et la plupart de ceux qui entourent le tronc , comme le grand dorsal , le trapèze, le grand pectoral , etc.

Leur forme offre aussi beaucoup de variétés ; il en est de longs , de larges et de courts. Les uns sont triangulaires , carrés ou trapézoïdes ; les autres arrondis , prismatiques , etc.

Relativement à leur direction , les muscles sont parallèles , perpendiculaires ou obliques à l’axe du corps ou à celui des membres.

Leur situation varie; on en rencontre dans presque toutes les régions du corps : ils appartiennent à la tête , au cou, à la poitrine , au bassin , aux membres. Ils sont composés d’une fibre particulière , de nerfs , de vaisseaux , de tissu cellulaire , de tissu fibreux , etc.

La fibre charnue, qui forme la partie fondamentale des muscles, est, chez l’homme, d’une couleur rouge assez vive ; elle est , suivant quelques anatomistes , indéfiniment divisible , de sorte qu’on ignore le dernier terme de sa division ; selon d’autres , au contraire, elle est divisible seulement jusqu’à un certain point : réduite à ce dernier état, elle paraît

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linéaire, ridée, tomenteiise, molle; elle représente de petits prismes basaltiques comprimés et solides , formés d’une substance transparente, au milieu de laquelle on voit des globules arrondis opaques. Les reclierclics récentes de MM. Prévost , Dumas , Edwards , ont fait voir que la fd)re musculaire est blanche comme la fibrine retirée du sang , et qu’on doit attribuer la couleur rouge qu’elle présente dans les animaux à sang chaud, au sang qui pénètre dans les muscles. Ces mêmes physiologistes divisent la fibre musculaire en trois ordres. Us appellent, 1° Fibres Icrliaircs ces filamcns musculaires qu’on rencontre en fendant un muscle dans le sens de sa longueur; 2° Fibres secondaires celles qu’on obtient par la subdivision des précédentes; elles sont fort bien déterminées en ce qu’il est iml’I. (io, (ig. 6, possible de les soumettre à aucune altération mécanique sans arriver à la Fibre primaire ^ ou clémcnlairc. M. Edwards a trouvé que la fibre élémentaire était identique dans tous les

animaux , à tous les âges , et formée dans tous les cas d’une série de globules de même diamètre. C’est de la réunion d’un faisceau de pareils chapelets que résultent les fibres secondaires, et c’est par le moyen de ces dernières que s’opèrent les mouvemens de la contraction. La fibre musculaire offre une densité et une force de cohésion bien plus grandes pendant la vie qu’aprèsla mort. Sa nature intime est inconnue ; elle a été successivement considérée comme nerveuse, cellulaire, fibreuse, pleine, creuse, globuleuse, spongieuse, etc. Elle paraît être d’une nature spéciale , et constituée essentiellement par la fibrine ou gluten animal contractile , combinée avec les élémens généraux de l’organisation , le tissu cellulaire, les vaisseaux artériels, veineux , lymphatiques, et les nei’fs , etc. Meckel a constaté qu’elle était chez l’homme à peu près unie , et de la même grosseur dans tous ses points.

Les nerfs forment une des parties essentielles des muscles ; ils sont fournis par les ganglions de la base du cerveau , par la moelle épinière ou le nerf grand sympathique; ils pénètrent en général dans les muscles par les mêmes endroits que les vaisseaux sanguins , auxquels ils sont unis par du tissu cellulaire.

Leur mode de terminaison, dans les muscles, n’est point encore bien connu. Leurs dernières ramifications entourent-elles les fibres musculaires pour leur former une sorte d’atmosphère nerveuse, ou bien se combinent-elles entièrement avec elles? Ce sont des questions que l’on n’a pu jusqu’ici résoudre complètement. MM. Prévost et Dumas , qui viennent de faire des observations sur les phénomènes de la contraction musculaire, ont établi , 1° que les PI (jo fi-T. 3. fibres musculaires sont parallèles et rectilignes dans l’état de repos; qu’elles se fléchissent en zig-zag au moment de la contraction , et présentent alors des ondulations très-régulières ; PI . ôo . Ü3. 4. 2“ que le muscle ne change pas de volume lorsqu’il se contracte ; 3° que dans les muscles de la locomotion , le raccourcissement, calculé d’après les angles de la fibre , est égal à 0,23 ; 40 qu’un muscle peut être allongé, par le tiraillement de ses points d’attache, dans le rapport de 2,3 , sans perdre sa faculté contractile ; 5° que l’aspect satiné desnerfs, qui simulesl bien une spirale sous le microscope , n’est dû qu’à un plissement du névriltme, les nerfs étant formés de fibres droites, continues, en nombre très-considérable; 6° que ces fibres se distribuent dans le muscle de manière à couper les faisceaux musculaires à angle tlroit ; PI. Go, tig. !, qu’elles se dirigent parallèlement entre elles, passent au sommet des angles alternatifs de '■ flexion , et déterminent probablement le phénomène de la contraction musculaire en se

rapprochant les unes des autres; 7°que le muscle est un véritable galvanomètre à branches mobiles , susceptible d’accuser non-seulement les effets électro-moteurs découverts au moyen

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de l’appareil de M. Schweiger, mais encore capable d’apprécier des quantités d’électricité trop faibles pour affecter celui-ci ; 8° que lorsqu’un nerf est comprimé , brûlé , ou plongé dans un acide concentré, il y a développement d’électricité et contraction dans le muscle auquel il va se distribuer. Enfin les expériences de ces physiologistes rendent probable qu’il y a deux couraiis dans le nerf, l’un ascendant, l’autre descendant , et ils présument qu’ils se rendent dans la partie antérieure et postérieure de la moelle épinière , au moyen des racines correspondantes.

Les muscles reçoivent une grande quantité d’artères dont le nombre et la grosseur sont toujours en rapport avec leur volume, et qui se divisent en une immense quantité de ramifications capillaires dans leur épaisseur. Ces vaisseaux portent aux muscles le sang qui les nourrit , et les entretient dans l’état d’excitabilité nécessaire à leur contraction. Des veines capillaires , suivant le même trajet que les artères précédentes , reprennent le sang dans les muscles , et vont le décharger dans les gros troncs veineux les j)lus voisins. Les vaisseaux lymphatiques des muscles sont encore peu connus. Cependant ils existent manifestement ; je suis parvenu à en injecter plusieurs dans l’épaisseur des muscles de la cuisse et du diaphragme.

Le tissu cellulaire entoui’e les muscles de toutes parts ; il envoie une foule de prolongemens , d’abord entre leurs principaux faisceaux , puis entre toutes leurs fibres , qu’il réunit les unes aux autres. C’est ce tissu qui permet aux muscles de glisser les uns sur les autres dans les divers mouvemens qu’ils exécutent.

L’analyse chimique de la chair musculaire nous apprend qu’elle est formée presque en totalité de fibrine; qu’on y rencontre aussi de la gélatine, de l’albumine, de l’osmazôme et divers sels , comme du carbonate , du muriate , du phosphate de soude , du phosphate de chaux et de l’oxide de fer.

Les fibres charnues , réunies en faisceaux de grandeur variable , constituent donc les muscles ou organes actifs du mouvement. Leur direction varie dans les divers muscles ; tantôt elles sont toutes parallèles les unes aux autres ; tantôt au contraire elles s’implantent plus ou moins obliquement sur les côtés d’un tendon , à peu près comme les barbes d’une pi. 6i. fig plume sur leur tige commune ; les muscles portent alors le nom de pennijormes , si le tendon reçoit ces fibres de chaque côté, et celui de semi-pennij'ormes , s’il ne les reçoit que d’un seul. Quelquefois les fibres des muscles sont rayonnées , disposées en faisceaux entrecroisés obliquement , etc.

On a donné généralement le nom de ventre à la portion moyenne des muscles, tandis que leurs extrémités ont été appelées tête et queue ; de là les expressions de muscles digastrique , PI. 6i . fig biceps , triceps , suivant qu’ils présentent deux ventres , deux ou trois têtes, etc.

On a imposé aux muscles des noms différons , suivant leur structure. On appelle simples ceux qui n’offrent qu’un seul corps charnu, terminé à ses extrémités par un simple tendon ou une aponévrose; on a nommé au contraire muscles composés , ceux qui n’ont qu’un seul faisceau ou ventre et plusieurs tendons, et ceux qui ont à la fois plusieurs faisceaux et plusieurs tendons.

Pour distinguer les muscles les uns des autres , on a employé des noms tirés de leur usage, de leur position, de leur forme. Ainsi, d’après leur usage, on les a appelés Texte, • 17

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seurs , fléchisseurs , constricteurs , suivant qu’ils servent à étendre, à fléchir les parties, à rétrécir certaines ouvertures.

D’après leur position, on appelle les muscles inter-osseux , sous-clavier, poplité , cubital , suivant qu’ils se rencontrent dans les espaces inter-osseux, sous la clavicule , au jarret , auprès du cubitus, etc. D’après leur forme on les a nommés trapèzes , carrés , triangulaires , r/u)mboïde, etc. D’après leurs dimensions, longs fléchisseurs, courts fléchisseurs, grand pectoral, pectoral , etc. D’après leur direction, obliques, transverscs , droits , etc. D’après leur comj}osition, demi-tendineux, demi-aponévrotiques. Enfin beaucoup de muscles ont été désignés par des noms tirés de diverses parties du squelette sur lesquelles ils prennent leurs insertions ; ainsi on a nommé sterno-cléido-mastoïdien un muscle qui s’attache au sternum , à la clavicule et à l’apophyse mastoïde du temporal; stemo-thyroïdien , un muscle qui se fixe au sternum et au cartilage thyroïde, etc. C’est sur cette dernière considération que M. Chaussier a basé sa nomenclature anatomique.

Les muscles, en se contractant, agissent sur les os pour les mouvoir, comme de véritables leviers ; et en cela leur action est plus ou moins énergique , les effets de leur contraction sont plus ou moins étendus , suivant qu’ils s’insèrent sur tel ou tel point de leur surface. Nous rappellerons ici qu’on entend par levier en mécanique une tige solide, droite PI. Gi.fig I. et inflexible ; qu’une des conditions essentielles du levier, est l’existence d’un point fixe Pl.Ci.fi® 3 lequel agissent deux forces, dont l’une porte le nom de résistance , et l’autre de puissance; que la situation du point fixe, par rapport aux forces, a fait distinguer trois PI. fii fia 5. genres de leviers. Le levier du premier genre est celui dans lequel le point fixe est entre les deux forces ; le levier du second genre présente le point fi.xe à une extrémité , la puissance à l’autre, et la résistance au milieu; enfin dans le levier du troisième genre le point d’appui est à une extrémité, la résistance à l’autre, et la puissance au milieu.

On trouve une grande variété d’application de ces différens genres de leviers dans les organes du mouvement de l’homme. Ainsi lorsque la tête est portée soit dans l’extension , soit dans la flexion , par les muscles qui s’attachent dans le premier cas à sa partie P16i fio.i 2. postérieure, et dans le second à sa partie antérieure, elle représente un levier du premier genre. Le point d’appui se trouve à l’articulation occipito-vertébrale ; la puissance et la résistance se trouvent l’une en avant, et l’autre en arrière, ou réciproquement, suivant que la tète est entraînée dans la flexion ou dans l’extension. On trouve un levier Pl.Gi fig.3,4. du second genre dans le pied, lorsqu’on s’élève sur la pointe de cet organe: le point d’appui se trouve à la partie antérieure de cet organe , au niveau des articulations métatarso-phalangiennes qui pressent le sol ; la puissance se rencontre à l’autre extrémité, au calcanéum entraîné en haut par le tendon d’Achille , qui lui transmet la contraction des muscles du mollet ; la résistance existe au niveau de l’articulation tibio-tarsienne , qui PI 61 fi > 5 r supporte tout le poids du corps. Les exemples du levier du troisième genre sont trèscommuns dans l’économie animale : ainsi , lorsque l’avant-bras est demi-fléchi, et que nous voulons le fléehir complètement en soulevant quelque corps pesant saisi par la main , le point d’appui se trouve dans l’articulation huméro-cubitale ; la puissance, représentée par les tendons des muscles biceps et brachial antérieur , au-devant de cette articulation ; et la résistance dans le poids de l’avant-bras et de la main, augmenté par la présence du corps pesant que nous avons saisi,. ,

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