‹ Manuel d'anatomie descriptive du corps humain. Représentée en planches lithographiéesChapitre 24 sur 181 · DÉVELOPPEMENT DE LA TETE · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DE LA TETE

La tête diffère non-seulement pour le volume , mais aussi pour la forme et les rapports dans lesquels se trouvent entre elles ses différentes parties aux diverses époques de la vie.

Dans l'embryon , la tête forme d'abord une espèce de vésicule ovale qui fait une grande partie du corps ; à cette époque les parois du crâne sont minces , membraneuses , et la duremère semble confondue avec le périoste et les tégumens. On voit ensuite paraître les points osseux , d'abord à la base, qui s'ossifie la première, puis sur différentes parties de la voûte. Ces points ne s'étendent que lentement ; ils restent long-temps isolés les uns des autres , par des espaces membraneux qui vont toujours en diminuant, à mesure que l'ossification s'opère : on voit souvent paraître au milieu de ces espaces de petits noyaux osseux séparés qui doivent former les os wormiens.

Le crâne , examiné à la naissance , a sa base presque entièrement ossifiée , à l'exception des parties les plus saillantes , les plus éloignées , par conséquent des centres primitifs d'ossification , comme la lame carrée du sphénoïde, les apophyses clinoïdes; la région ethmoïdale est également peu développée , alors on n'observe aucune trace de sutures à la voûte. Il reste entre chaque os un espace occupé par une membrane composée de deux lames; de ces lames , l'une recouvre l'os en dehors , et l'autre en dedans , de sorte qu'il est réellement contenu et se développe dans leur intervalle. La circonférence de chaque os est hérissée de

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dentelures très-aiguës , de longueur différente , qui ne sont que les extrémités inégales des rayons osseux qui se portent en divergeant du centre à la circonférence. Les angles d'un os plat étant les points les plus éloignés de son cientre, les rayons osseux ne peuvent y arriver que tard ; aussi , dans les endroits où plusieurs de ces angles se réunissent , il reste des espaces membraneux considérables, que l'on a désignés sous le nom de fontanelles , et qui sont au nombre de six: deux en haut sur la ligne médiane, et deux en bas de chaque côté.

Des deux fontanelles supérieures , l'antérieure se rencontre à la réunion des pariétaux avec

5. ' " les deux pièces du coronal. Elle a la forme d'un losange, dont l'angle antérieur serait fort

allongé. La postérieure est beaucoup plus petite; elle est triangulaire, et se trouve entre PI jj fig 6 l'^ïig'fi supérieur de l'occipital et les deux pariétaux. Les deux fontanelles latérales sont petites et très-irrégulières ; l'une est antérieure : elle est placée dans la fosse temporale, à l'endroit où doiv 3nl se réunir le coronal , le sphénoïde et le pariétal ; l'autre est postérieure, et située à l'extrémité inférieure de la suture lambdoïde ; elle sépare le pariétal , l'occipital et le temporal. A mesure que les os du crâne se développent , ils s'élargissent; à la voûte , leurs bords correspondans se rapprochent , et les sutures se forment par leur juxta-position ou par la pénétration, l'entrecroisement réciproque des dentelures qu'ils présentent.

Peu de temps après la naissance , le crâne est très-mince ; ses parois sont flexibles ; les os de la voûte n'offrent qu'une seule lame ; plus tard seulement , en augmentant d'épaisseur, ils se séparent en deux tables par le développement du tissu celluleux qui se fait dans leur intérieur.

Dans l'âge adulte, le crâne, qui jusque-là avait crû spécialement en largeur, ayant acquis toute sa capacité , continue de croître en épaisseur; les sutures deviennent de plus en plus étroites et serrées ; la substance fibreuse qui reste dans leur épaisseur , envahie chez le vieillard par le phosphate de chaux, finit par disparaître ; les sutures s'effacent, d'abord au dedans du crâne , puis à l'extérieur : les os se sondent les uns avec les autres , et tout le crâne finirait par ne plus former qu'une seule pièce , si la mort ne prévenait ce phénomène.

Chez le fœtus , la partie supérieure du crâne est très-développée relativement a la face. PI fig 5 P^"^ large en haut qu'en bas ; elle a peu de hauteur, à raison du peu de dévelop-

6. ' pement des mâchoires et de l'absence des dents ; les orbites sont alors très-grands ; les os

sus-maxillaires offrent à peine la trace de leur sinus, ont leur bord alvéolaire arrondi, et presque confondu avec la base des orbites. La mâchoire inférieure est arrondie dans son corps , et son étendue de haut en bas est moindre qu'après la sortie des dents , époque à laquelle elle s'allonge et s'aplatit ; la région gutturale de la face présente aussi chez le fœtus très-peu de hauteur et une obliquité remarquable. Sur les côtés , la branche de la mâchoire inférieure est très-oblique , et presque dans la direction du corps de l'os.

A la naissance , la tête du fœtus a la forme d'un ovoïde irrégulier, auquel on a distingué plusieurs diamètres importans à connaître pour la pratique des atcouchemens. De ces diamètres , l'un est occipito-frontal ; il s'étend de l'occipital au front ; il a quatre pouces- trois lignes. Un autre est hi-pariétal ou transverse ; il se porte de l'un des pariétaux à l'os correspondant , et a trois pouces quatre lignes. Un troisième est occipito-mentonnier , et s'étend de la partie supérieure de l'occiput au menton. Il a cinq pouces.

A mesure qu'on avance en âge , le crâne croît moins en proportion que la face ; le déve-

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ioppement des fosses nasales , du sinus maxillaire , l'éruption des dents , l'aplatissement et l'allongement des os maxillaires , le redressement des branches de la mâchoire , agrandissent surtout le diamètre vertical de la tète à sa partie antérieure. La tète éprouve de grands changemens chez le vieillard : les éminences sourcilières , la bosse nasale , deviennent plus PIprononcées ; la région faciale diminue dans son diamètre vertical par la chute des dents , la disparition des alvéoles , et le resserrement des mâchoires. L'os maxillaire supérieur se rétrécit au niveau de son bord alvéolaire, et se porte en dedans; l'os maxillaire inférieur se déjette en devant par sa partie inférieure , et ordinairement embrasse, dans l'arc qu'il représente, la mâchoire supérieure , de sorte que les bords alvéolaires de ces os ne peuvent plus se rencontrer, et que la mastication devient presque impossible. Le menton s'allonge , se rapproche du nez , qu'il peut même toucher.

DES DIMENSIONS RESPECTIVES DU CRANE ET DE L,V FACE. ANtiLE I^ACIAL.

Le crâne et la face sont loin d'être dans les mêmes rapports chez les divers individus. Les organes qui occupent les cavités de la face sont ceux de la vue , de l'odorat , du goût, et de la mastication ; or, plus ces organes sont développés -, plus la face acquiert de grandes proportions relativement au crâne. Quand au contraire le cerveau, organe des facultés intellectuelles , présente un développement considérable , les proportions du crâne l'emportent sur celles de la face.

La face est , chez la plupart des hommes , sensiblement inclinée en avant; plus les organes du goût et de l'odorat sont prononcés , plus son obliquité est grande , plus elle s'allonge et vient proéminer en avant du crâne. Comme la nature de chaque homme dépend en grande partie de l'énergie relative des fonctions du cerveau et de celles des sens , il en résulte que les dimensions respectives du crâne et de la face peuvent jusqu'à un certain point nous servir pour déterminer le degré d'intelligence des divers individus. L'homme est placé à la tète des animaux, par le développement considérable de son cerveau , relativement aux autres parties de son système nerveux , la capacité de son crâne , et la supériorité de son intelligence. Chez les animaux ces rapports sont différens : plus ils ont la face développée , les mâchoires saillantes , plus aussi ils s'éloignent de l'homme et sont dégradés ou féroces.

Un des moyens les plus simples pour évaluer les proportions du crâne et de la face , est de mesurer l'angle facial. Il résulte de la réunion des deux lignes : l'une , verticale , descend du point le plus saillant du front aux dents incisives supérieures ; l'autre est horizontale, et s'étend du conduit auditif externe à l'épine nasale antérieure. Dans cette manière de déterminer l'angle facial , celle qu'indique Camper, on ne tient pas compte de la saillie cjue peuvent former la mâchoire supérieure et les dents au-delà de l'épine nasale , et de l'allongement de ces mêmes parties dans le sens vertical. Comme le développement des mâchoires , en avant et en bas , a une grande influence sur les caractères des tètes des différens peuples et des animaux, je pense qu'il vaut mieux faire rencontrer les lignes verticale et horizontale , au niveau des dents incisives de la mâchoire supérieure. Plus le cerveau est développé , le front proéminent , plus la ligne faciale se relève , plus l'angle s'ouvre et s'approche de l'angle droit ; plus la face s'allonge au contraire , plus cet angle se ferme et devient aigu. A mesure qu'on s'éloigne de l'homme pour descendre dans l'échelle des animaux , on voit Tcirle. ^

les mâchoires s'aliongei' de plus en plus, et le crâne diminuer, de telle sorte que dans les plus dégradés, comme les reptiles et beaucoup de poissons , la tête semble constituée presque en totalité par deux mâchoires horizontales qui se trouvent sur le même niveau que le crâne.

Dans l'espèce humaine , l'angle facial , mesuré selon la méthode de Camper , varie de soixante-cinq à quatre-vingt-cinq degrés , chez l'adulte du moins , car dans l'enfant , à raison du développement précoce du crâne , et chez le vieillard , à cause du rétrécissement des mâchoires et de la chute des dents, il approche de quatre-vingt-dix degrés. Dans les têtes de la race caucasienne , il est ordinairement de quatre-vingts degrés ; dans celle de la race 3' ' ' mongole , de soixante-quinze; dans les nègres de soixante-cinq à soixante-dix. J'ai tâché de montrer les deux extrêmes de l'espèce humaine , en mettant en opposition la tète de Bichat avec celle d'une femme boschisman.

Le moyen d'appréciation proposé par Camper est peu exact , parce que le développement considérable des sinus frontaux , en poussant en avant le front , relève la ligne faciale sans que la capacité du crâne soit augmentée. Il vaut mieux, comme le conseille M. Cuvier, comparer les dimensions du crâne et de la facesur une coupe verticale de la tête ; en suivant ce procédé , on voit que dans l'Européen l'aire du crâne est quadruple de celle de la face ; tandis que celle-ci , dans le nègue , augmente environ d'un cinquième.

La position du grand trou occipital forme un des caractères de la tète humaine. Cette ouverture dans l'homme regarde en bas, et se trouve à peu près au centre de la tête , qui est en équilibre sur la colonne vertébrale. Chez le Nègre elle s'éloigne déjà pour se porter en arrière ; dans les autres animaux , elle devient de plus en plus postérieure , de sorte que Pl^il. fig 9, dans les poissons elle regarde directement en arrière. Soëmmerring ayant remarqué que le ^' cerveau est moins volumineux , tandis que la moelle est plus grosse chez les animaux que

chez l'homme , a établi une échelle de proportion entre la capacité du crâne et celle du canal vertébral : pour cela il compare l'aire du trou grand occipital avec l'aire du crâne. En suivant cette méthode , on voit que la grandeur relative du trou occipital va en augmentant, à mesure qu'on descend dans les classes des animaux.

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