‹ Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiques (volume 2)Chapitre 102 sur 133 · GLOBE DE L'OEIL · texte numérisé non relu

GLOBE DE L'OEIL

Le globe de l'œil, partie fondamentale du sens de la vue, est un sphéroïde irrégulier situé dans l'orbite, à 18 ou 20 millimètres au-devant du sommet de cette cavité, un peu plus près de la paroi interne que de l'externe, et de l'inférieure que de la supérieure.

Cet organe nous offre à considérer ses rapports, sa forme, son volume et sa conformation intérieure ou sa structure.

PiCipports du globe de l'œil.

Chaque globe oculaire a pour enveloppe immédiate l'aponévrose orbitaire à laquelle l'unit un tissu cellulaire fin et séreux qu'on pourrait considérer comme une synoviale rudimentaire.

En avant il répond aux paupières, qui se moulent en partie sur lui et qui le recouvrent ou le laissent à découvert, suivant qu'elles se rapprochent ou s'écartent. Lorsqu'elles s'écartent de manière à nous montrer une partie du globe qui n'est pas habituellement visible, celui-ci nous paraît plus volumineux ; c'est pourquoi nous jugeons son volume plus considérable chez les personnes qui ont les yeux saillants, parce qu'ils sont ordinairement moins recouverts, et plus petits chez celles qui ont les yeux enfoncés, parce que les paupières en voilent une plus grande partie. Toutes choses égales d'ailleurs, on peut dire d'une manière générale que le volume apparent du globe de l'œil est en raison directe des dimensions de l'orifice palpébral, dimensions qui varient beaucoup suivant les individus , tandis que le volume réel du globe de l'œil ne présente au contraire que de légères variétés.

En arrière cet organe repose sur une couche cellulo-graisseuse déforme conique dont la base tournée en avant représente une sorte de coussinet. Un tissu cellulaire fin et lâche unit ce coussinet à l'enveloppe fibreuse du globe et contribue ainsi beaucoup à la facilité et à l'étendue des mouvements de celui-ci ; car l'œil ne pouvant se mouvoir sur les parois de son enveloppe fibreuse au niveau de l'entrée du nerf optique, il fût resté immobile dans ce point et peu mobile sur tous les autres, si son enveloppe ellemême n'eût pu glisser sur la masse cellulo-adipeuse située à sa partie postérieure. Tous les mouvements de rotation un peu- étendus que lui impriment ses muscles se composent ainsi d'un double déplacement :

1° D'un déplacement dans lequel l'œil glisse sur l'enveloppe que lui fournit l'aponévrose orbitaire;

2° D'un déplacement consécutif dans lequel cette enveloppe glisse à son tour sur la masse cellulo-adipeuse du fond de l'orbite.

Par sa périphérie le globe oculaire est en rapport : en dedans avec le muscle droit interne, le muscle grand oblique, la partie terminale de l'artère ophthalmique, et le nerf nasal ; — en dehors avec le tendon des deux obliques, le muscle droit externe et la glande lacrymale ; — en haut avec le tendon du grand oblique, le droit supérieur, l'élévateur de la paupière et le nerf sus-orbitaire qu'on aperçoit par transparence au-dessous du périoste lorsqu'on brise la voûte de l'orbite ; — en bas avec le petit oblique, le droit inférieurqui croise le précédent à angle aigu, et le nerf sous-orbitaire dont

il est séparé d'abord par le périoste du planclier de l'orbite et plus loin par une lame osseuse.

Il suit de ces connexions que le globe de l'œil, sollicité dans tous sens par les muscles qui s'attachent à sa surface, ne peut cependant se dé[)lacer dans aucun : lorsque les muscles droits se contractent simultanément, il tend à se porter directement en arrière, mais l'aponévrose orbitaire s'oppose à ce mouvement de recul; lorsque ces mêmes muscles se contractent isolément, il tend à se diriger en arrière et en dedans, en arrière et en haut, etc.; mais les prolongements par lesquels l'aponévrose se fixe en dedans et en dehors au pourtour de labase de l'orbite ne lui permettent de se dévier vei's aucun point de cette base ; lorsque ce sont les muscles obliques qui entrent en action, il tend à se déplacer en avant, mais les paupières y mettent obstacle.

Il importe de remarquer cependant que si le globe de l'œil ne peut en effet se porter vers aucun point de la base de l'orbite, ses déplacements d'avant en arrière et d'arrière en avant ne paraissent pas aussi impossibles Lorsque le muscle orbiculaire des paupières se contracte, le globe de l'œil semble se porter un peu en arrière ; au moment où cette contraction cesse il revient à sa position première, et si en même temps les deux obliques deviennent actifs, il subit une légère projection en avant. Mais ces déplacements dans le sens antéro-postérienr se renferment dans des limites si. étroites, que l'œil peut être considéré comme une sphère à situation fixe se mouvant sur place autour de ses divers diamètres.

Il résulte aussi de la situation et des rapports généraux du globe de l'œil que cet organe est plus efficacement protégé en haut et en dedans, qu'en bas et en dehors, en dehors surtout où il déborde la paroi externe de l'orbite. Aussi est-il beaucoup plus exposé à l'action des corps contondants sur ce dernier point. Var contre il est plus accessible, de telle sorte que le chirurgien choisit de préférence cette région pour la plupart des opérations délicates qu'il pratique sur l'œil.

Forme, volume, jjoids du globe de l'œil.

La forme et le volume du globe de l'œil sont difficiles à déterminer avec précision; et cette difficulté a surtout pour cause l'extrême raiiidité avec laquelle s'évapore l'humeur aqueuse après la mort. Vainement dans le but de restituer à l'organe le liquide qu'il a perdu, le plonge-ton pendant quelques heures dans l'eau simple. Ainsi que l'avait très bien remarqué Petit en 172 3, c'est le corps vitré surtout qui devient alors le siège de l'imbibition, en sorte que le cristallin et l'iris sont poussés en avant, les deux chambres plus ou moins amoindries et l'œil déformé. Ce moyen est donc défectueux. Je pensais mieux réussir en injectant de l'eau dans les artères, ce liquide passant presque immédiatement dans le tissu cellulaire et dans les séreuses: cependant je pus bientôt constater que ce procédé était passible desmémes objections que le précédent. Il ne me restait plus dès lorsqu'une seule ressource : c'était de me mettre à la recherche d'yeux parfaitement intacts. J'ai été assez heureux pour m'en procurer plusieurs que j'ai pu observer peu d'instants après la mort et dont j'ai mesuré toutes les dimensions avec le plus grand soin.

Afin d'obtenir des mesures exactes, je me suis attaché d'abord à

trouver un mode de mensuration facile et précis. Celui qui m'a paru le plus parfait sous ce double rapport est une sorle de fer à cheval aux deux extréiuitcs duquel se trouve une pointe. L'une de ces pointes est fixe , l'autre est mobile. Cette derniùre forme l'extrémité d'une vis microuiétrique qui se meut dans un cylindre dont la surface extérieure a été divisée en millimètres. A son extrémité opposée la même vis micrométrique fait corps avec un autre cylindre creux qui embrasse le précédent et qui doit décrire un tour entier sur son axe pour monter de 1 millimètre ; or comme sa circonférence est divisée en 10 partiesdont chacune se trouve elle-même subdivisée, on voit qu'on peut évaluer les dimensions du corps placé entre les deux pointes de l'instrument à un vingtième de millimètre près. En divisant cette même circonférence en 40 parties, ce qui serait facile, on les estimerait à un quarantième près ; en donnant aux deux cylindres un plus grand diamètre on pourrait arriver à une approximation beaucoup plus grande encore. (Voy. la figure 297.)

Mais je n'ai pas tardé à reconnaître que le globe de l'œil, dans aucun cas. ne saurait entrer en comparaison avec une sphère solide dont le volume peut être déterminé avec une précision mathématique. En évaluant les dimensions de ce globe à un dixième de millimètre près, nous portons la précision à ses dernières limites. Combien de fois en effet ne m'esl-il pas arrivé, après avoir procédé à cette évaluation avec tous les soins qui pouvaient en garantir l'exactitude, d'obtenir, lorsque je me livrais à une seconde ou à une troisième mensuration sur le même œil et avec le même ophthalmomètre, des résultats qui différaient des premiers de l/lo^ ou 2/1 0«« de millimètre.

Ces différences proviennent surtout de la variabilité de forme du globe oculaire. Bien que l'œil soit plein, il ne l'est pas tellement que lorsqu'on le pose sur un plan, il touche celui-ci par un seul point; constamment il repose sur ce plan par une surface dont le diamètre n'est pas moindre de 6 à 8 millimètres lorsqu'on l'observe une heure après la mort. Dans ce cas l'axe correspondant au point d'appui subit une diminution sous la seule influence du poids de l'organe. Suspend-on celui-ci par ce même point, non-seulement il revient à sa longueur primitive, mais il s'allonge un peu. Si au lieu de Tabandonner à son propre poids on le saisit entre le pouce et l'indicateur, de manière à le comprimer modérément dans le sens vertical, on obtient à la mensuration un allongement d'un demi-millimètre au moins et d'un n-iilUmètre au plus pour les diamètres antéro-postérieur et transverse.

Il devenait dès lors incontestable que l'œil dans son état physiologique ne présente pas une tension aussi forte que les auteurs l'avaient pensé. Sa forme, loin d'être immuable, se modifie à chaque instant, et elle se modifie sous l'inlluence de l'action musculaire. Or cette modification, qui a pour effet principal d'allonger et de diminuer tour à tour l'axe antéro-postérieur ou visuel, nous rend parfaitement compte de la netteté de la vision aux différentes distances et du phénomène si remarquable de l'adaptation. On sait que pour tous les objets dont la distance varie depuis .30 centimètres jusqu'à l'infini, l'œil se trouve naturellement adapté, et que pour les objets dont la distance est moindre de 30 centimètres, l'image s'éloigne d'autant plus du cristallin que l'objet s'en rapproche davantage, d'où la nécessité d'un allongement de l'axe visuel afin que la rétine suive l'image

dans son mouvement de recul. Young évalue cet allongement à l/C de l'axe visuel, c'est-à-dire à 4 millimètres environ, ce qui est évidemment très exagéré. D'après les calculs d'Olbers il serait de 2 millimètres seulement pour les objets placés à 10 centimètres du globe de l'œil, évaluation un peu trop considérable encore, puisque nous avons vu que, sous l'influence d'une pression mécanique supérieure à celle que peuvent produire les musclesde l'oeil, l'axe visuel ne peut s'allonger de plus d'un millimètre. La même exagération se retrouve du reste dans toutes les parties de son travail ; car il estime que pour un objet situé à l'infini la distance qui sépare l'image de la cornée équivaut à 0,8996 pouce, distance qui correspond dans le système décimal à 24,3 millimètres. Or cette étendue qui représente d'après Olbers le diamètre interne de l'œil, c'est-à-dire l'intervalle compris entre la face concave de la cornée et celle de la rétine, représente au contraire d'après mes reclierches la moyenne de toutes les mensurations que j'ai prises pour obtenir le diamètre antéro-postérieur externe de cet organe. Il est donc évident que cet auteur a un peu exagéré la longueur normale de l'axe visuel et surtout le chiffre de son allongement. En faisant la part de cette légère exagération, erreur presque inévitable dans les recherches de ce genre, on voit que les conséquences auxquelles il est arrivé par le calcul diffèrent peu de celles auxquelles je suis parvenu par l'observation directe.

Afin de préciser la différence que le temps pouvait apporter dans les résultats de la mensuration, j'ai abandonné à l'air libre un œil dont j'avais pu mesurer les divers diamètres trois heures après la mort. Au bout de vingt-quatre heures il était flasque ; la plus grande partie de l'humeur aqueuse s'était évapoi'ée. Je le mesurais de nouveau avec la précaution de le comprimer dans le sens vertical de manière à rendre à ses parties antérieure, postérieure et latérales leur tension normale; et j'obtins pour la longueur des axes antéro-postérieur et transverse des i-ésultats qui ne différaient pas sensiblement de ceux que j'avais obtenus la veille.

Cette observation était importante: car elle nous montre (lue pour déterminer le volume du globe oculaire on peut employer des yeux appartenant à des sujets morts depuis 2 4 ou 36 heures en leur restituant par une pression modérée leur tension normale on retrouvera leurs dimensions primilives. Mais si dans l'état de parfaite conservation cette évaluation ne donne les diamètres du globe de l'œil qu'à un ou deux dixièmes de millimètre près, on conçoit qu'à plus forte raison il en sera de même dans ce cas. Dès lors que faut-il penser des résultats mentionnés par Krause qui élève la prétention de pousser l'approximation à un dix-millième de millimètre près ! Ces résultats ont été acceptés avec une grande confiance par tous les physiologistes et avec une sorte d'admiration par les physiciens. Disons cependant et disons hautement qu'ils sont sans valeur aucune, et afin d'en fournir la preuve immédiate nous mentionnerons seulement le fait suivant : lîour cet anatoraiste si précis le diamètre transverse de l'œil est le plus long ; or l'observation démontre de la manière la plus nette que le diamètre antéro-postérieur est au contraire plus long que tous les autres chez la plupart des individus, et que sa prédominance sur le diamètre Iransvei'se peut s^élever jusqu'à 2 millimètres.

Pour la détermination du volume du globe de l'œil je me suis attaché à mesurer ses cinq diamètres principaux, c'est-à-dire l'antéro-postérieur,

SPLÂNCHNOLOGIE.

le transverse, le vertical, l'oblique en bas et en dedans, et l'oblique en bas et en dehors. J'ai pris ces mesures d'abord sur les deux yeux ; mais ayant constaté que l'œil droit et l'œil gauche ne diffèrent pas sensiblement dans leurs dimensions, au moins dans la très grande majorité des cas , j'ai ensuite opéré sur un seul, adoptant indifféremment l'un ou l'autre.

Lte__

Inslrmnent mis en iisnge pour mesurer les dinnjètres dit. globe de l'œil et Tépaisseur des diverses parties qui constituent ce globe.

A. Fer à cheval portant à l'une de ses extrémités une pointe fixe B et à l'aiilre une pointe mobile G, qui fait partie d'une vis microniétriqne DE parfaitement graduée. — FG. Cylindre creux destiné à recevoir cette vis et perlant sur un de ses côtés nue échelle de 39 millimèlres HK. — L. Vis niicrométriqne dégagée du cylindre dans lequel elle se meut. La partie inférieure de celte vis est contenue dans un cylindre creux MN qui lui est uni à son extrémité N et qui embrasse le cylindre FG, lorsque la vis micrométrique s'élève, c'est-à-dire lorsque la poiute mobile C se rapproche de la pointe fixe B, La circonférence de ce cylindre MN est divisée supérieurement en dix parties, dont chacune est elle-même subdivisée. Loisque la vis micromélrique monte ou descend d'un millimètre, ce cylindre décrit un tour entier autour de son axe. Si sa circonférence, au lieu de faire une rotation complète, ne se déplace que d'un dixième ou d'un vingtième, l'espace compris entre les deux pointes variera d'une quantité égale, el l'on obtiendra ainsi l'épaisseur du corps compris dans leur intervalle à un dixième ou à un vingtième de millimètre près.

Un très grand nombre d'yeux des deux sexes et de tout âge ont été consacrés à ces mesures. Mais afin de, ne pas donner trop d'étendue au tableau dans lequel elles se trouvent mentionnées , je citerai seulement les suivantes, recueillies sur 26 individus adultes, 1 2 femmes et 1 4 hommes. Elles se divisent en deux groupes d'après le sexe et sont échelonnées dans chaque groupe selon l'âge.

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