DE LA TEXTURE DE L'AXE CÉRÉUUO-SPINAL
ou DES CONNEXIONS DES DIVERSES PAUTIES QUI CONSTITUENT CET AXE.
Afin d'arriver à une connaissance exacte de la conformation extérieure et intérieure de l'axe cérébro-spinal, nous avons dû procéder par voie d'analyse, c'est-à-dire, décomposer en parties de plus en plus réduites un appareil dont toutes les dépendances se trouvent lices entre elles de la manière la plus intime. Pour atteindre le but que nous nous sommes proposé. il nous reste maintenant à renouer ce que nous avons séparé, à substituer en quelque sorte l'unité à la multiplicité, à recomposer en un mot le plus important et le plus compliqué de nos organes, qui alors seulement se présentera à nous tel qu'il est en réalité, dans ses infinis détails et son admirable ensemble. La marche que nous avons à suivre pour cette œuvre de reconstitution est toute tracée : après être descendu des parties les plus
considérables aux plus minimes, nous remonterons tle celles-ci aux plus volumineuses, et nous serons ainsi conduit à rechercher :
Quels sont les divers ordres de fibres qui entrent dans la composition de l'axe cérébro-spinal ;
Comment ces fibres s'associent à la substance grise pour former des appareils ;
Comment ces appareils se combinent pour produire le grand édifice organique qui préside aux sensations, à l'intelligence et à la volonté.
1° DES DIVERS ORDRES DE FIBRES QUI EiNTREiNiT DANS LA COMPOSITION DE L'AXE CÉRÉBRO-SPINAL.
Quatre ordres de fibres concourent à la formation du centre nerveux; leur différente direction permet de les distinguer en longitudinales, antéropostérieures, transversales et annulaires.
A. Fibres longitudinales du centre nerveux.
Ces fibres marchent parallèlement à l'axe du corps; elles constituent la plus grande partie de la masse nerveuse centrale. Nous les avons vues se grouper dans la moelle épinière en lames prismatiques et triangulaires, puis former de chaque côté par la réunion de toutes ces lames deux cordons principaux : l'un postérieur ou sensitif, l'autre antéro-latéral ou moteur, dont la partie interne a aussi reçu le nom de cordon antérieur, tandis que l'externe, quoique non distincte delà précédente, est quelquefois désignée pour faciliter sa description, sous celui de cordon latéral. Le trajet de ces divers cordons n'est pas le même.
Le cordon postérieur, parvenu au niveau du calamus scriptorîns, se sépare de celui du côté opposé et se divise presque aussitôt en deux faisceaux : un faisceau interne, plus petit, qui comprend la pyramide postérieure ainsi qu'une partie du corps restiforme, et un faisceau externe beaucoup plus considérable, qui forme le pédoncule cérébelleux inférieur. — Le premier concourt à former la paroi inférieure du quatrième ventricule ; après un trajet de quelques millimètres il se réunit au faisceau intermédiaire du bulbe, dont il partage ensuite le trajet et le mode de terminaison. — Le second, après s'être porté d'abord en haut et en dehors, se dévie pour se diriger en haut et en dedans vers le corps rhomboïdal du cervelet, où il se réunit aux pédoncules cérébelleux moyen et supérieur avec lesquels il concourt à former le centre médullaire de cet organe.
En résumé, les cordons postérieurs ou sensitifs de la moelle épinière se terminent en partie dans le cerveau, en partie dans le cervelet.
Le cordon latéral, arrivé au niveau du collet du bulbe rachidien, se décompose en deux faisceaux inégaux ; le plus considérable se dirige en avant et en dedans, et vient former les deux tiers internes de la pyramide du côté opposé; le plus petit continue son trajet pi'imitif et devient l'ori» gine du faisceau oîivaire ou intermédiaire du bulbe,
Le cordon antérieur, arrivé à la même hauteur, se partage également en deux faisceaux î l'un interne, qui constitue le tiers externe de la pyramide
NÉVROLOGIE. 167
correspondante : l'autre externe, qui passe en dehors de l'olive et qui se réunit presque aussitôt à la petite portion du cordon latéral pour participer à la formation du faisceau intermédiaire.
Le cordon antéro-latéral ou moteur de la moelle, qui était resté indivis jusqu'au niveau du trou occipital, subit donc à son entrée dans le crâne une dissociation qui a pour résultat définitif sa division en deux faisceaux parfaitement distincts; suivons maintenant ces deux faisceaux.
Le faisceau pyramidal, entrecroisé à son origine avec celui du côté opposé, parcourt le bulbe, traverse l'épaisseur de la protubérance, et vient constituer le plan inférieur du pédoncule cérébral correspondant, oîi il se réunit au faisceau intermédiaire dont il partage ensuite le trajet et la distribution.
Le faisceau intermédiaire, d'abord très grêle, reçoit vers la partie inférieure du corps olivaire la moitié externe du cordon antérieur de la moelle qui accroît notablement son volume. Ainsi composé, il arrive dans l'épaisseur de la protubérance, où il fournit deux divisions importantes : — Une première qui se réunit aux fibres du pédoncule cérébelleux moyen pour se rendre avec elles dans le centre médullaire du cervelet et établir les relations de cet organe avec le cordon moteur delà moelle épinière. — Une seconde qui, sous la forme d'un ruban, se porte en haut et en avant vers les tubercules quadrijumeaux, sous lesquels il se continue avec celui du côté opposé par ses fibres moyennes, tandis que par les antérieures il se termine dans le cerveau, et par les postérieures dans la valvule de A'ieussens qu'il concourt à former : c'est le faisceau latéral oblique de l'isthme de l'encéphale, ou le ruban de Reil. Après avoir fourni ces deux divisions, le faisceau intermédiaire reçoit la portion cérébrale du cordon sensitif de la moelle, passe au-dessous de la partie terminale du ruban de Reil, et vient former le plan moyen du pédoncule cérébral. Ce plan moyen, ou sensitivomoteur, est séparé à l'origine du pédoncule, du plan inférieur ou exclusivement moteur, par le locus niger de Vicq d'Azyr; mais bientôt les deux plans se trouvent immédiatement superposés, et confondus en un seul qu'on voit se diriger en haut, en dehors et en avant, en s'arrondissant et s'épanouissant de plus en plus, de manière à former une sorte de cône qu'on entrevoit au fond de la scissure de Sylvius, et dont la base répond au lobule de Vinsula.
Le cône formé par l'épanouissement du faisceau pyramidal et du faisceau intermédiaire, c'est-à-dire, par la plus grande partie du cordon antérolatéral de la moelle et par une partie du cordon postérieur, avait déjà été nettement signalé par Reil; mais aucun auteur ne s'est attaché avec autant de soin à en faire ressortir la disposition que M. Foville.
Dans le trajet qu'il parcourt de la protubérance au lobule de Vinsula, le cône pédonculaire présente trois renflements successifs : la couche optique, le corps strié et l'hémisphère cérébral. — Au niveau de la couche optique, ses fibres s'écartent comme celles d'un pinceau pour recevoir dans leur intervalle une égale quantité de substance grise. — Au niveau du corps strié, ces mêmes fibres i)longent bien aussi dans l'épaisseur des noyaux Intra et extra-ventriculaires, mais en petit nombre ; la plupart se rassemblent en un large faisceau de forme demi-cylindrique qui chemine entre ces deux
noyaux, et s'en dégage au niveau du lobule de Vinstda pour s'épanouir ensuite dans toutes les directions par la circonférence de sa base, en formant une sorte de coquille qui constitue l'hémisphère correspondant.
Cet épanouissement a été comparé par Vieussens à celui des lames d'un éventail et à l'irradiation solaire, par Reil à une couronne rayonnante, par Gall et Spurzheim aux flammes d'un incendie. M. Foville le compare avec plus de Aérité à une calotte de champignon dont le pédicule, au lieu d'être central , s'attacherait à un point de sa circonférence en refoulant ce point en haut et en dedans, de manière à lui substituer une échancrure : la surface plissée de l'hémisphère représente la calotte du champignon ; le lobule de Vinsula , la partie de la circonférence qui donne attache au pédicule, et la scissure de Sylvius, l'échancrure qui correspond à ce point d'attache ; le corps strié, la couche optique et le pédoncule cérébral forment le pédicule lui-même ; le ventricule latéral enfin constitue la cavité du champignon. Cette comparaison donne une idée très juste du mode de terminaison des fibres longitudinales dans les hémisphères cérébraux; celle de Gall et Spurzheim exprime bien la disposition un peu flexueuse et comme tourmentée de ces mêmes fibres à leur entrée dans les circonvolutions.
B. Fibres ante'ro-postérieures du centre nerveux.
Nous venons de voir les fibres longitudinales parties de la moelle épinière se terminer les unes dans le cervelet, les autres dans le cerveau ; si ces deux organes se trouvaient constitués par ce seul ordre de fibres, ils ne représenteraient, suivant l'expression de G. Bartholin, qu'une double apophyse développée sur le trajet de la moelle : les fibres antéro-postérieures sont destinées à les unir l'un à l'autre ; elles se portent, en effet, du centre médullaire du cervelet au centre médullaire du cerveau, sous l'aspect de deux faisceaux aplatis qui forment les pédoncules cérébelleux supérieurs on processus cerebelli ad cerebrum. Ces faisceaux, d'abord réunis par la valvule de Vieussens, surmontés plus loin par les rubans de Reil et les tubercules (luadrijumeaux, vont constituer le plan supérieur des pédoncules cérébraux, avec lesquels ils se dirigent vers les couches optiques. A leur passage au-dessous des tubercules quadrijumeaux , un certain nombre de fibres s'en détacheraient, selon M. Foville, pour se porter en bas et en dehors, et aller donner naissance d'abord au nerf optique, puis au nerf olfactif, qui deviendraient ainsi l'un et l'autre une dépendance des pédoncules supérieurs du cervelet. Mais les fibres qu'on observe sur les côtés des tubercules quadrijumeaux viennent de ces tubercules eux-mêmes, et non des pédoncules cérébelleux. C'est donc à tort qu'on a voulu rattacher l'origine des deux premières paires de nerfs à ces pédoncules et , par leur intermédiaire, aux cordons postérieurs de la moelle. — Parvenus dans les couches optiques qu'ils forment principalement, ces faisceaux se confondent en dehors de celles-ci avec les fibres du cône pédonculaire dont ils partagent la distribution.
Considérées dans leur ensemble, les fibres antéro-postérieures du centre nerveux représentent une lame assez étroite jetée en manière de pont sur l'espace anguleux qu'interceptent les fibres longitudinales en se séparant au niveau du quatrième ventricule pour se rendre, celles-ci dans le cervelet,
NÉVUOLOGIE. 169
celles-là dans le cerveau. Cette lame forme la plus grande partie de la paroi supérleuie du quatricrae ventricule. Ses connexions avec le cervelet sont encore un oîijet de contestation : nait-elle de la substance grise de cet organe? ou bien est-elle un prolongement des pédoncules cérébelleux inférieurs qui ne feraient que traverser le corps rhomboïdal pour se porter ensuite vers les couches optiques? La première opinion est celle de V,'illis, qui s'est attaché à démontrer que la lame sur laquelle reposent les tubercules quadrijumeaux constitue une région distincte de la moelle allongée, du cervelet et du cerveau. La seconde a été émise par M. Foville et adoptée par M. Longet; on peut invoquer les trois raisons suivantes en sa faveur : 1° les pédoncules cérébelleux inférieurs et supérieurs sont situés sur la direction d'une même ligne et paraissent se continuer entre eux au niveau du corps dentelé qui représente sur leur trajet un petit renflement analogue à celui que forment la couche optique et le corps strié sur le trajet des pédoncules cérébraux ; 2° les pédoncules supérieurs sont le siège d'une sensibilité manifeste: M. Longet, en les touchant chez quelques animaux, a vu ces derniers manifester tous les sigues d'une vive douleur; 3'^ enfui ces mêmes pédoncules existent dans tous les vertébrés, et font partie de l'appareil primitif ou fondamental du centre nerveux qui est formé, comme nous le verrons plus loin, principalement par les fibres longitiidinales. Sans doute ces raisons méritent d'être prises en considération, mais tant que la continuité des cordons postérieurs de la moelle avec la lame intermédiaire au cervelet et au cerveau n'aura pas été anatomiquement constatée, elles ne pourront établir en faveur de cette continuité que des probabilités plus ou moins grandes.
Deux paires de nerfs, la seconde et la quatrième, naissent de la lame étendue du cervelet au cerveau : de ces deux paires , l'une est affectée à la sensibilité spéciale, il est donc naturel qu'elle émane d'un faisceau sensitif ; l'autre est affectée au mouvement, et l'on s'étonne d'abord qu'elle puisse partir de la même région ; mais cette similitude d'origine est plus apparente que réelle. Remarquons, en effet, que cette quatrième paire naît des pariies latérales de la valvule de Yieussens, sur le bord postérieur du ruban de lleil, dont elle est manifestement une dépendance ; or nous savons que ce ruban émane du faisceau iniermédiaire qui provient lui-même du cordon antéro-latéral ou moteur de la moelle,