CONFORMATION EXTÉRIEURE DES NERFS
Les nerfs, organes passifs de l'appareil de l'innervation, se présentent sous l'aspect de cordons étendus des parties latérales de l'axe cérébrospinal aux divers organes dans lesquels ils se terminent : nés à la même hauteur à droite et à gauche, ces cordons sont pairs et symétriques ; mais leur symétrie devient moins parfaite à mesure que Ton s'éloigne de l'axe central, et elle disparaît pour tous les nerfs qui vont se distribuer aux organes de la vie nutritive, lorsqu'ils arrivent au voisinage de ces organes.
Les paires neneuses les plus élevées sont horizontales, les suivantes obliques en bas et en dehors , et les plus inférieures presque verticales. Il résulte de l'obliquité de ces dernières : 1° qu'elles parcourent un certain trajet à l'intérieur du canal rachidien avant de se porter au dehors ; 2° que dans les lésions de la moelle, les troubles qui se manifestent du côté de la sensibilité et de la myotilité se montrent sur des points toujours plus déclives que ces lésions elles-mêmes.
plongé d'abord dans l'épaisseur de l'axe cérébro-spinal, chaque cordon
b ANATOMIE.
nerveux se dégage peu à peu, et apparaît alors à la surface de cet axe sous l'aspect d'une ou de plusieurs racines qu'on voit aussitôt converger pour former un tronc unique; les troncs ainsi constitués, et entourés d'une part par l'enveloppe immédiate du centre nerveux qui se prolonge sur eux dans toute leur étendue, de l'autre par l'arachnoïde qui leur forme une courte gaîne à leur point d'émergence, se dirigent vers l'enveloppe fibreuse qu'ils traversent, puis vers l'enveloppe osseuse dont ils s'échappent, les uns par les trous de la base du crâne, les autres par les trous de conjugaison ; parvenus au dehors, ils communiquent entre eux par un échange léciproque de branches et se placent dans les interstices des principaux organes, où ils deviennent de plus en plus superficiels en parcourant la sphère de leur distribution respective.
Envisagés ainsi sous un point de vue général, on voit que les nerfs présentent dans leur disposition de nombreuses analogies ; une étude plus approfondie permet de constater qu'ils offrent aussi quelques différences. Pour saisir les unes et les autres, il importe de les considérer tour à tour : dans leur origine, dans leur direction , dans leur morfe de constitution et (\e division, âdins les 2)lexus ou anastomoses qu'ils nous présentent, dans leurs rapports avec les principaux organes, et enfin dans leur terminaison. Cette étude préalable nous conduira à rechercher si tous les nerfs sont identiques, ou bien s'ils sont divisibles en plusieurs espèces distinctes.
1' Origine des nerfs.
Les nerfs partant de l'axe cérébro-spinal par des radicules ordinairement multiples , et ces radicules prenant naissance elles-mêmes dans la profondeur du centre céphalo-rachidien, on voit que chaque tronc nei'veux présente à son point d'émergence en quelque sorte deux origines : une origine profonde ou réelle, et une origine superficielle ou apparente.
L'origine réelle des nerfs ne peut être déterminée qu'en poursuivant de la superficie vers la profondeur de la masse nerveuse centrale les radicules qui leur donnent naissance ; mais ces radicules, très distinctes à la surface du centre nerveux, se confondent avec lui d'une manière si intime, qu'elles se dérobent bientôt aux recherches les plus attentives. Les efforts tentés à toutes les époques et dès la plus haute antiquité pour élucider ce point important de l'histoire du système nerveux, n'ont conduit jusqu'à présent à aucun résultat satisfaisant.
En l'absence de notions préci ses , les anciens ont eu recours aux hypothèses ; les uns ont fait dériver tous les nerfs du corps calleux, d'autres du corps strié, d'autres de la couche opticpie, d'autres de la glande pinéale ; et tous voyaient dans ce centre d'irradiation ou sensoriuni commune le siège spécial de l'âme. De nos jours, la iilupart des observateurs, en se refusant à admettre un centre unique d'où rayonneraient tous les nerfs, inclinent cependant à limiter les origines des cordons nerveux à l'isthme de l'encéphale. Cette opinion nous paraît justifiée par les faits ; toutefois on ne saurait nier qu'elle présente encore un côté problématique que je discuterai en parlant de l'origine des nerfs olfactifs et optiques.
L'origine apparente formée par des racines qui s'étalent en éventail à
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leur point (rémergeiicc a pu être observée et décrite avec l)eaueoup cVcxaclitude; parmi ees racines, les unes rampent à la superficie de l'axe nerveux et ne s'en détachent qu'après avoir parcouru un certain trajet : on les distingue à leur couleur blanche plus éclatante ; les autres, en arrivant à cette superficie, s'en éloignent aussitôt sous une incidence plus ou moins oblique.
Les nerfs à racines rampantes président à la sensibilité spéciale : tel est le mode d'origine des nerfs olfactif, optique, acoustique.
Les nerfs dont les racines affectent une incidence plus ou moins oblique président à la sensibilité générale ou aux mouvements. Parmi ces derniers, ceux qui traversent les trous de la base du crâne présentent beaucoup de variétés dans le nombre, le volume, la longueur et la direction relative de ces racines ; ceux qui sortent par les trous de conjugaison offrent au contraire sous ces divers rapports une grande uniformité. Tous naissent par deux ordres de radicules, les unes antérieures et les autres postérieures. — Les antérieures convergent pour former un faisceau qui traverse aussitôt la dure-mère. — Les postérieures se réunissent de la même manière et forment un second faisceau qui traverse aussi la dure-mère, mais par un orifice distinct, quoique très rapproché de celui des premières. — Au delà de cette enveloppe les deux faisceaux se confondent eux-mêmes en un seul pour donner naissance à un tronc nerveux. On voit par cette disposition que tous les troncs qui partent de la moelle épinière émanent de deux parties diamétralement opposées de l'axe nerveux, et comme les usages de chaque nerf dépendent surtout de la partie de cet axe avec laquelle il se continue, une semblable origine nous fait pressentir que tous ces troncs cumuleront une double fonction. Nous verrons plus loin que cette déduction physiologique se trouve en effet confirmée par des faits concluants et de plusieurs ordres.
2° Direction des nerfs.
Les nerfs sont en général rectilignes ; si parfois ils s'écartent de cette direction, c'est seulement lorsque les organes auxquels ils se rendent leur imposent en quelque sorte une déviation momentanée , et il est à remarquer qu'après avoir subi cette déviation ils reprennent aussitôt leur direction première. Vainement chercherait- on sur le trajet des cordons nerveux ces inflexions, ces arcades, ces flexuosités si fréquentes et si remarquables sur le trajet des artères. Comparez entre eux sous ce point de vue les vaisseaux artériels et les nerfs de la paume de la main, de la plante du pied, de la verge, du crâne, de la face, et partout vous verrez correspondre aux lignes courbes des uns les lignes droites des autres : ainsi, aux arcades des troncs vasculaires, les troncs nerveux opposent une simple division à angle ; aux flexuosités des artères temporale, occipitale, dorsale de la verge, etc., les nerfs concomitants opposent un pinceau de ramifications rectilignes. Si l'un d'eux se sépare momentanément, c'est presque toujours le tronc artériel qui se dévie pour former un coude, tandis que le tronc nerveux poursuit sa marche primitive : tels sont le nerf et l'artère sus-scapulaires qui , conligus jusqu'au ligament coracoïdien, se séparent à sa rencontre, le nerf passant au-dessous sans se dévier, et l'artère se déviant pour passer au-dessus. Arriver à leur destination par la route la plus longue, semblables à ces courants qu'on voit serpenter longtemps dans les plaines
qu'ils fertilisent, telle est la loi qui règle la direction des artères ; se porter de leur origine à leur terminaison par le chemin le plus court, comme si cette brièveté dans leur trajet devait avoir pour conséquence une plus grande rapidité dans la transmission des impressions au centre nerveux et du principe moteur aux muscles, telle est celle qui préside à la direction des nerfs : la vérité de l'une et de l'autre se manifeste surtout avec éclat vers la périphérie de l'axe cérébro-spinal où les artères arrivent si flexueuses et d'où les nerfs partent par un trajet si direct.
3° Mode de couslituliou et de division des uerfs.
Nous avons vu que les nerfs naissent par un certain nombre de racines, et que celles-ci se réunissent presque aussitôt pour constituer un tronc unique ; cette première notion nous montre que chaque cordon nerveux se compose de cordons plus petits, et à l'aide d'un examen plus attentif on constate facilement que ces derniers comprennent eux-mêmes sous une commune enveloppe des filaments de plus en plus ténus. Par leur mode de constitution, les nerfs offrent donc quelque analogie avec les muscles ; de part et d'autre on trouve des faisceaux et des fascicules décroissants, en sorte qu'on arrive par voie de décomposition à une fibre qui paraît indivise et qui prend le nom de fibre élémentaire ou primitive.
Un tronc nerveux n'étant qu'une agglomération de fibres semblables, il devient facile de comprendre comment s'opèrent ses divisions successives: les principaux faisceaux de fibres, après avoir été quelque temps réunis, se séparent à des hauteurs variables ; les fascicules que renferment ces faisceaux se comportent de la même manière, et le départ se faisant ainsi de distance en distance par groupes progressivement décroissants, il finit par porter sur les fibres élémentaires elles-mêmes.
Ce mode de division ou de ramification des nerfs diffère notablement de celui des artères : dans les divisions artérielles, une cavité unique se partage en deux cavités secondaires ; dans les divisions nerveuses deux groupes de fibres qui jusque-là avaient marché côte à côte sous la même enveloppe se séparent pour marcher indépendants ; d'un côté la division est réelle, de l'autre elle est seulement apparente et consiste dans un simple décollement. Il suit de cette différence que le système artériel représente un seul et même organe dont toutes les parties sont parfaitement continues, tandis que dans le système nerveux, chaque cordon représente non seulement un organe distinct, mais autant d'organes différents qu'il renferme de fibres primitives : si les divisions du premier, prises dans leur ensemble, ont pu être considérées comme un cône dont le sommet est au cœur et la base à la périphérie du corps, celles du second peuvent être comparées à une double série de pinceaux dont les filaments, très rapprochés à leur extrémité centrale, s'écarteraient de plus en plus à leur extrémité périphérique.
4° Plexus et anastomoses des nerfs.
Dans le court intervalle qu'ils parcourent à l'intérieur du canal vertébral, on voit les nerfs spinaux s'unir par quelques unes de leurs racines; mais c'est surtout lorsqu'ils ont franchi les limites de la cavité céphaloj:'achidienne que les troncs nerveux communiquent largement entre eux :
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ces conimunicalions, qui ont reçu le nom d'anastomoses et (lui se renouvellent pour la plupart de ces troncs sur divers points de leur trajet, consistent dans l'abandon d'une branche, d'un rameau ou d'un simple lilament qui se décolle d'un nerf pour s'accoler à un autre. — Assez souvent les deux nerfs qui communiquent entre eux font échange réciproque de branches ; l'anastomose est alors double. — Quelquefois plusieurs nerfs voisins participent à cet échange de branches unissantes; dans ce cas l'anastomose devient multiple ou compliquée ; sous cette forme elle constitue un plexus. Entre l'anastomose et le plexus il n'existe par conséquent qu'une simple différence de nombre, l'une étant une communication établie entre deux nerfs seulement, et l'autre une série de communications établies entre plusieurs.
Dans les anastomoses nerveuses il y a donc simplement adossement ou contiguïté des filets qui s'unissent, et nullement abouchement ou continuité de ces filets, ainsi que l'avaient pensé Bichat et Bédard avec la plupart des anciens. Une semblable continuité aurait pour effet de jeter le trouble dans les phénomènes de l'innervation, aucune action nerveuse ne pouvant alors s'accomplir ni des parties sensibles vers l'encéphale , ni de l'encéphale vers l'appareil locomoteur.
Les plexus se présentent sous la forme de mailles aussi variables dans leurs dimensions que dans le volume et le nombre des nerfs qui les constituent. — Le plexus est-il formé par l'échange réciproque de branches entre plusieurs troncs nerveux , les mailles circonscrites par ces branches et ces troncs s'allongent dans le sens de la direction des nerfs, c'est-à-dire, de dedans en dehors et de haut en bas, et leur figure devient alors plus ou moins rhomboïdale : tel est l'aspect que revêtent le plexus brachial, le plexus lombaire, le plexus sacré. — Les anastomoses qui donnent naissance au plexus s'étendent-elles de rameaux à rameaux, ou de filament à filament, celui-ci revêt des formes si variables et si irrégulières, qu'il ne peut être comparé qu'à un amas de fils inextricables : à cette variété appartiennent le plexus pharyngien, le plexus pulmonaire, les plexus cardiaques et tous ces réseaux de filaments nerveux qui entourent les artères viscérales de l'abdomen.
Ces deux ordres de plexus ne sont pas également répandus dans l'économie : ceux du premier ordre, beaucoup plus rares, appartiennent spécialement au système nerveux de la vie animale ; ceux du second, très multipliés au contraire, appartiennent surtout au système nerveux de la vie nutritive.
Les plexus ont pour usage soit de concentrer l'action nerveuse sur certains points de l'organisme , soit aussi de mélanger entre elles les fibres qui vont se distribuer à une partie d'une structure plus ou moins complexe, par exemple, à l'appareil de la déglutition, à celui de la chymification, à l'appareil génito-urinaire, aux membres supérieurs ou inférieurs, etc.; dans chacun de ces appareils nous trouvons en effet des parties sensibles et des parties contractiles : la répartition des fibres primitives affectées à la sensibilité et de celles affectées à la myotilité se fera d'autant mieux que chaque cordon, chaque branche, chaque rameau renfermera sous la même enveloppe les unes et les autres, celles qui transmettent les impressions allant se terminer dans la peau ou les muqueuses
lorsqu'elles les rencontrent, celles qui transmettent le mouvement se distribuant de proche en proche aux muscles échelonnés sur leur route. Adniettons pour un instant que ces fibres primitives se portent isolément de leur origine à leur terminaison ; leur extrême ténuité leur permettra-t-elle de résister aux tiraillements qui résulteront pour elles, d'une part, des variations de volume des organes de la vie nutritive, de l'autre des variations de longueur, de rapports et de position des organes de la vie animale pendant la durée des contractions musculaires? Non assurément; de là pour elles l'utilité de leur réunion en faisceaux. Or ces faisceaux se portent dans une direction différente ; les organes qu'ils rencontrent sur leur trajet ne diffèrent pas moins les uns des autres, et pour fournir à chacun d'eux des branches qui fussent en rapport avec leurs fonctions , ils devaient contenir des fibres de diverse nature ; de là l'utilité des anastomoses et des plexus qui ont pour but d'introduire dans chaque faisceau des fibresdiverses en proportion convenable. Jinsiles fibres 'primitives s'unissenl your mieux résister, et les troncs qui résultent de cette union s'unissent à leur tour pour échanger en ciuelque sorte certaines fibres qu'ils ont en surabondance contre certaines autres qui leur manquent.
5° Rapports des nerfs.
Les radiations périphériques du système nerveux affectent des rapports importants avec les os, les muscles, les vaisseaux sanguins, les vaisseaux lymphatiques et les principaux organes de la vie de nutrition. Ces rapports sont remarquables par leur fixité. Il est extrêmement rare de voir une branche nerveuse varier dans sa position ; sous ce point de vue, l'appareil de l'innervation diffère essentiellement de celui de la circulation, où les anomalies d'origine, de direction, de situation, et par conséquent de rapports, se montrent si fréquentes.
A. Piapports des nerfs avec les os. Ils sont en général peu étendus; après avoir traversé les trous de la base du crâne et ceux de conjugaison, la plupart des troncs nerveux s'éloignent des surfaces osseuses dont ils se trouvent séparés par des plans m-usculaires. Ce fait général comporte toutefois un assez grand nombre d'exceptions. Ainsi tous les rameaux qui vont se distribuer aux organes de la vie nutritive rampent dans une assez longue étendue sur la face antérieure du rachis; d'autres, comme les nerfs intercostaux, sont logés dans les gouttières de la face interne des côtes ; d'autres traversent des canaux osseux, par exemple, les nerfs sous-orbitaires, maxillaires inférieurs, facial, auditif, etc.; quelques uns contournent un levier osseux comme les nerfs circonflexes de l'aisselle ou le nerf radial. Ces rapports peuvent avoir pour conséquence une lésion du tronc nerveux, lorsque la surface osseuse correspondante devient le siège de quelque grave solution de continuité, ou même d'un simple déplacement ; de là des déchirures et par suite des paralysies ; ou bien des contusions ou de simples, tiraillements, et un trouble seulement momentané dans la sensibilité et la myotilité.
B. Rapports des nerfs avec les muscles. Les principaux troncs occupent les grands interstices musculaires ; les troncs secondaires où les bran-
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ches cheminent entre les divers muscles d'un même groupe; les rameaux marclient dans l'épaisseur des divers faisceaux d'un même muscle, et les filaments entre les fascicules de celui-ci.
La direction des troncs et des branches est parallèle à celle des muscles; mais les rameaux, en pénétrant dans ces derniers, leur deviennent obliques, et les filaments d'autant plus perpendiculaires qu'ils sont plus ténus. Remarquons en passant combien cette transition graduelle de la direction parallèle des deux systèmes à une direction réciproquement perpendiculaire est en harmonie avec l'extrême délicatesse de l'un à ses dernières divisions, et les fonctions de l'autre. Parallèles aux fibres musculeuses, les fibres nerveuses primitives se trouvaient associées à toutes leurs variations de longueur, et par suite aux plus funestes tiraillements : perpendiculaires à ces fibres, non seulement elles ne sont pas exposées à un allongement forcé et périlleux, mais encore elles se raccourcissent, et se raccourcissent d'autant plus que les contractions sont plus violentes , chaque muscle se condensant, c'est-à-dire, durcissant par le rapprochement de ses fibres au moment où il se contracte.
Rarement on voit un tronc nerveux traverser un faisceau musculaire ; le tronc rausculo-cutané passant au travers du coraco-huméral, le spinal traversant le sterno-mastoïdien, le nerf sous-occipital traversant le trapèze, sont autant d'exceptions , en rapport du reste avec la direction parallèle de ces deux ordres d'organes. Mais ce qui est rare pour les troncs cesse de l'être pour les rameaux elles ramuscules : ainsi les muscles intercostaux externes sont traversés par un assez grand nombre de ramifications parties des nerfs correspondants; d'autres ramifications traversent les trois plans superposés de la paroi antérieure de l'abdomen pour se porter à la peau ; d'autres, le couturier, le psoas, le grand pectoral, les peauciers, etc., tous ceux qui vont se perdre dans la muqueuse du tube digestif, se tamisent en quelque sorte à travers la double couche musculaire qui le revêt à l'extérieur. Pour livrer passage à ces rameaux nerveux, les fibres de chaque muscle perforé s'écartent au-devant d'eux ; jamais on n'observe ici ces anneaux fibreux qui protègent les artères dans leur trajet à travers les plans musculaires ; par la petitesse de leur calibre et la fermeté de leur consistance ils se trouvent soustraits à ces phénomènes d'étranglement auxquels les artères étaient exposées.
C. Piopports des nerfs avec les vaisseaux sanguins. Les veines sont en général plus superficielles que les artères ; les nerfs sont plus superficiels encore que les veines; ainsi un instrument tranchant qui procède de la surface cutanée vers les parties profondes rencontrera successivement les nerfs, puis les veines et enfin les artères. De ces trois ordres d'organes les cordons nerveux sont donc ceux qui se présenteront les premiers aux regards du chirurgien dans les opérations qu'il est si souvent appelé à pratiquer : et comme ces cordons d'une part varient peu dans leurs rapports, et de l'autre contrastent par leur couleur d'un blanc mat avec la coloration des parties ambiantes, ils deviendront pour lui autant de points de repère qui le guideront dans la recherche des parties plus profondes.
Dans les parois du tronc et dans les membres, les nerfs marchent parallèlement aux vaisseaux artériels ; lorsqu'une artère se divise ou se dévie, le cordon nerveux qui l'avait accompagnée jusque-là l'abandonne, et un ou
deux autres le remplacent, de telle sorte qu'ils deviennent successivement satellites du même tronc artériel.
Dans les cavités de la poitrine et de l'abdomen, les nerfs, réduits à de plus petites dimensions, et infiniment plus multipliés, contractent avec les artères viscérales des rapports d'autant plus intimes que le trajet qu'ils ont à parcourir est plus long ; dans ce dernier cas ils les entourent de leurs anastomoses et leur forment une véritable gaine qui ne les abandonne que lorsqu'ils arrivent au voisinage de l'organe auquel ils appartiennent.
Les rapports du système nerveux avec la plupart des artères qui se distribuent aux viscères du tronc sont si intimes que quelques auteurs anciens ont pu considérer les plexus qui les entourent comme leur étant spécialement destinés. Mais cette erreur, basée sur des observations insuffisantes, a été depuis longtemps réfutée. Les plexus qui rampent autour des artères viscérales appartiennent comme ces vaisseaux aux viscères vers lesquels ils marchent en commun ; les fibres primitives qui entrent dans la composition de ces plexus ayant à parcourir pour la plupart un assez long trajet au milieu d'organes dont les uns sont constamment en mouvement comme les poumons, le cœur, le foie, la rate, etc., dont les autres augmentent et diminuent tour à tour de volume, se trouvaient exposées par le fait de leur isolement aux plus graves lésions ; dans le but de les soustraire au danger qui les menaçait, la nature ne les a pas réunies entre elles pour constituer des troncs capables de résister, elle les a divisées en plusieurs groupes et a donné à chaque groupe un axe artériel mobile et flexueux qui a été chargé de résister pour elles, et autour duquel elles rampent pendant la partie périlleuse de leur trajet, pour devenir libres et indépendantes aussitôt qu'elles n'ont plus aucun danger à courir.
Ces rapports des nerfs avec les artères viscérales nous révèlent toujours le même but, un but de protection; seulement cette protection si nécessaire aux fibres nerveuses élémentaires a été diversement réalisée : tandis que dans les membres elle dérive de leur association qui leur permet de résister aux mouvements si étendus de flexion et d'extension, et dans les muscles de leur direction, qui, en devenant perpendiculaire aux fibres qui se contractent, les soustrait aux effets de cette contraction , elle est empruntées pour celles qui appartiennent aux viscères de la poitrine, de l'abdomen et du bassin, à des organes placés en dehors d'elles-mêmes. Ce point d'appui, du reste, elles ne l'empruntent pas exclusivement aux artères viscérales ; lorsqu'elles trouvent dans leur voisinage d'autres soutiens, elles l'empruntent également : c'est ainsi que les nombreux filaments qui partent du plexus pulmonaire s'appuient dans toute l'étendue de leur trajet sur les canaux bronchiques, bien que ces canaux soient en contact avec les divisions de l'artère et des veines pulmonaires, sur lesquels elles pouvaient se répandre.
D. Rapports des nerfs avec les vaisseaux lymphatiques. Le système nerveux, sur un grand nombre de régions, et particulièrement sur la surface cutanée, correspond par ses dernières divisions aux premières radicules du système lymphatique, et contracte avec ces radicules les relations les plus intimes. Sur tous les points où la sensibiUté est vive, et où les nerfs par conséquent sont nombreux, les vaisseaux lymphatiques se trouvent développés et multipliés dans les mêmes proportions : la surface dorsale et les
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bords lie la langue, si riches en filaments nerveux, ne le sont pas moins en vaisseaux absorbants; les lèvres, dont la sensibilité est si délicate, sont recouvertes de toutes parts par des radicules lymphatiques anastomosées entre elles ; ces mêmes radicules s'étalent avec plus de profusion encore sur la surface du gland, sur la muqueuse qui tapisse l'entrée du vagin, sur la pulpe des doigts, régions sur lesquelles les ramifications nerveuses se pressent aussi en si grand nombre. — Le système cutané présente-t-il sur un point une sensibilité spéciale, comme la paume des mains, la plante des pieds, la base du nez, par exemple, le système lymphatique acquiert aussitôt une plus grande importance. — Certaines parties de la peau sont-elles plus sensibles aux excitants ordinaires, les réseaux absorbants se montrent plus développés à leur superficie : ainsi, le cuir chevelu, plus sensible que la face, offre de plus beaux réseaux ; la partie médiane de la face, plus sensible aux excitants que ses parties latérales, présente des réseaux plus apparents que ceux qui recouvrent ces dernières. Sur toutes les régions de la peau, en un mot, et sur la plupart des muqueuses, la sensibilité est en raison directe du nombre des fibres nerveuses, d'une part, et de celui des radicules lymphatiques, de l'autre.
Pour faire la part de l'élément nerveux et celle de l'élément lymphatique dans l'exercice de la sensibilité , il convient de rappeler que les fibres nerveuses sont d'autant plus aptes à être impressionnées parles agents extérieurs|qu'elles sont plus humides : les papilles de la peau et celles de la langue sont peu ou point sensibles lorsqu'elles se trouvent dans un état de sécheresse ; mais dès que ces papilles se trouvent légèrement humectées par une couche de liquide à la température du corps, elles retrouvent leur aptitude à être impressionnées. Or les réseaux formés par l'anastomose des radicules lymphatiques ne sont rien autre chose que des courants de liquide qui serpentent continuellement autour de l'extrémité terminale des fibres nerveuses élémentaires et qui les entretiennent dans cet état d'humidité nécessaire à l'accomplissement du rôle dont elles sont chargées ; plus ces courants formés par la lymphe seront considérables, plus les fibres nerveuses primitives seront protégées contre l'influence de l'air extérieur, et plus aussi leur aptitude à recueiUir les impressions du dehors se trouvera développée et assurée. Les nerfs, agents exclusifs de la sensibilité, sont donc plus ou moins excitables, et leurs divers degrés d'excitabilité dépendent du nombre et du volume des radicules lymphatiques qui les recouvrent ; c'est pourquoi ces radicules se pressent en si grand nombre à la surface du gland, à l'entrée du vagin, sur les lèvres, sur la langue, à l'extrémité des doigts , etc.
L'humectation constante de l'extrémité terminale des nerfs sensitifs est une condition si utile, si nécessaire à ces organes pour le rôle qu'ils remplissent, que ceux d'entre eux auxquels une fonction d'une haute importance a été confiée ne sont pas humectés par de simples courants capillaires, mais s'épanouissent à la surface d'une large couche de liquide, comme le nerf de la vision, ou se plongent par leur extrémité dans ce liquide même, comme celui de l'audition.
E. Rapports des nerfs avec les principaux viscères. Les branches nerveuses qui se portent aux appareils de la digestion, de la respiration, de la circulation , etc., en un mot aux organes qui président spécialement à la