‹ Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiques (volume 2)Chapitre 5 sur 133 · II · texte numérisé non relu

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vie de l'individu et à la vie de l'espèce, se comportent différemment sur ces organes, suivant qu'ils sont creux ou pleins.

Si le viscère est creux, on voit les nerfs ramper à sa péripliérie en suivant tantôt le trajet d'une artère, tantôt un trajet indépendant, et abandonner chemin faisant un grand nombre de filaments qui pénètrent dans ses parois en affectant une incidence plus ou moins perpendiculaire.

Si le viscère est plein, les rameaux nerveux arrivent portés par l'artère principale à un point en général déprimé de sa surface, et pénètrent aussitôt dans son épaisseur pour se ramifier ensuite dans toutes ses parties.

Ainsi, dans les oi'ganes creux, les nerfs d'abord périphériques se distribuent à des couches de plus en plus profondes : telle est la disposition que nous présentent les nerfs du cœur, de l'œsophage, de l'estomac, des intestins, de l'utérus, etc.; dans les organes pleins, les rameaux nerveux d'abord ensevelis dans leur épaisseur se distribuent du centre à la surface : ainsi se comportent ceux du foie, de la rate, du rein, des poumons, etc. Ces rameaux plongent ordinairement dans la profondeur des viscères par un seul et même point de leur surface, comme on le voit pour ceux qui précèdent ; mais quelquefois aussi ils le pénètrent par plusieurs points à la fois, ainsi que l'ovaire, le pancréas, les glandes salivaires nous en offrent des exemples.

6° Nombre des nerfs dans les divers organes.

Les organes les plus riches en ramifications nerveuses sont ceux qui ont été spécialement chargés de recueillir les impressions du dehors. Après l'appareil sensorial vient l'appareil de la sensibilité générale, c'est-à-dire, la peau et les muqueuses sur lesquelles les rameaux nerveux se trouvent abondamment, mais très inégalement répartis; en classant les diverses régions qui composent l'un et l'autre de ces deux systèmes tégumentaires d'après leur sensibilité et le nombre toujours proportionnel de leurs nerfs, on trouve parmi les plus sensibles et les plus riches : la surface des lèvres, la muqueuse qui tapisse l'entrée du vagin et le clitoris, la muqueuse qui entoure le gland, celle qui répond à l'ouverture anale, et généralement tous les points par lesquels le tégument externe se continue avec l'interne ; la partie médiane du cuir chevelu et des téguments de la face, plus sensible que les parties latérales, ainsi que le démontrent les expériences de Weber, reçoivent aussi plus de rameaux nerveux que ces dernières.

Les nerfs qui se perdent dans les muscles sont beaucoup moins volumineux et moins nombreux que ceux qui se distribuent aux parties sensibles; et lorsqu'on compare le nombre des fibres nerveuses à celui des fibres musculaires, on reconnaît sans peine que le premier est toujours bien inférieur au second : Chaque point d'une surface sensible fciraît avoir sa fibre nerveuse 'proiwe; mais dans les muscles, une même fibre motrice peut animer plu sieur s fibres musculaires.

Dans la plupart des viscères on voit pénétrer un assez grand nombre de ramifications nerveuses; cependant, si l'on compare ce nombre à leur volume, on reconnaît facilement qu'il est bien inférieur aussi à celui que nous pi'ésentent les sens, la peau et quelques muqueuses.

Les nerfs, encore assez abondamment répandus dans les os, deviennent rares dans le tissu séreux et très rares dans les membranes fibreuses ; sur

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iiueltiues unes de ces membranes, telles que les aponévroses, ils n'ont pas été bien démontrés. Leur existence dans le tissu cellulaire, les tendons, les cartilages périchondriiiues est demeurée jusqu'à présent problémati(iue.

7° Mode de terminaison des nerfs.

La disposition que présentent les fdjres nerveuses à leur extrémité terminale est un des points les plus importants de leur histoire ; aussi de nombreuses recherches ont-elles été entreprises aux différentes époques de la science et particulièrement depuis une quinzaine d'années, pour acquérir, sur ce sujet des notions satisfaisantes.

Loi-squ'une branche nerveuse est affectée d'une .'olution de continuité sur un point quelconque de son trajet, toutes les parties comprises dans la sphère de sa distribution se trouvent frappées de paralysie , soit dans leur sensibilité s'il s'agit d'un nerf sensitif, soit dans leur myotilité s'il s'agit d'un nerf moteur. Ce premier fait nous démontre que chaque tronc nerveux a son département dont les limites sont bien arrêtées ; que dans ce département chaque division nerveuse, si réduite qu'elle soit, occupe une place déterminée ; que l'indépendance la plus complète existe ainsi non seulement entre les divers troncs, mais entre les divers éléments qui les constituent; que chaque fibre primitive, en un mot, représente im organe ■parfaitement distinct, s'identifiant avec l'axe cérébro-spinal par son extrémité centrale, et avec tel ou tel point de l'économie par son extrémité périphérique.

Ce mode de terminaison est le seul qui ait été longtemps admis. Aujourd'hui la plupart des observateurs inclinent à penser qu'arrivées à leur destination, ces fibres se recourbent et viennent par un trajet rétrograde s'appliquer soit à elles-mêmes soit à d'autres fibres voisines, pour retourner à leur point de départ, c'est-à-dire, au centre nerveux : ainsi elles n'offriraient pas au terme le plus extrême de leur trajet une extrémité libre, mais une arcade, une anse, ou plutôt elles ne se termineraient pas dans les organes ; toutes décriraient une courbe dont le diamètre serait plus ou moins long suivant qu'elles vont se rendre à des organes plus ou moins éloignés de la masse nerveuse centrale. Pour acquérir sur ce mode de terminaison des notions plus précises, suivons dans leurs dernières divisions les nerfs qui se portent aux organes des sens et à la peau , ceux qui pénètrent dans les muscles, ceux des os, des glandes, des membranes fibreuses et séreuses, et enfin ceux qui se perdent dans les corpuscules de Paccini.

A. Terminaison des nerfs sensitlfs. Les nerfs de sensibilité spéciale sont encore un objet de litige quant à leur terminaison :

Gottsche, qui a observé la rétine sur des poissons et plusieurs mammifères, Remack qui l'a étudiée sur des lapins, Bidder sur des oiseaux, affirment, avec Tréviranus, que le nerf optique se termine par des extrémités libres en forme de papilles, tandis que Valentin, E. Burdach et quelques autres observateurs, rejettent ces papilles pour leur substituer des anses.

Le nerf acoustique a été l'objet d'une controverse semblable et même plus animée : Breschet le premier a décrit et figuré les entrecroisements plexiformes et les arcades terminales des nerfs qui se portent aux ampoules

du labyrinthe membraneux, et sur la lame spirale du limaçon ; Arnold se rangea à cette opinion que vinrent confirmer les reclieixhes de Valentin sur le nerf auditif des oiseaux, et celles de Wagner sur celui des poissons. En opposition avec ces auteurs, nous retrouvons Tréviranus qui a fait ses observations sur le limaçon de jeunes souris, Gottsche qui a fait les siennes sur le labyrinthe membraneux de plusieurs poissons, et J. Muller qui a surtout observé les faisceaux nerveux répandus à la surface de la lame spirale des oiseaux.

Le microscope, appliqué à l'étude des nerfs olfactif, glosso-pharyngien et lingual, pour constater leur mode de terminaison dans la pituitaire et les papilles de la langue, a conduit également les observateurs à des résultats contradictoires.

Les nerfs de sensibilité générale peuvent être suivis facilement jusqu'à la surface externe du derme, et on les voit alors pénétrer dans les papilles qui hérissent cette surface : comment se comportent ensuite leurs divisions ? A cette question Tréviranus répond qu'elles se renflent pour constituer ces papilles ; Ehrenberg, qu'elles se perdent dans les parois des vaisseaux capillaires qui les recouvrent ; Valentin et E. Burdach , qu'elles décrivent une courbe pour s'accoler ensuite au faisceau dont elles se sont détachées , ou à d'autres faisceaux voisins , et retourner à leur point de départ. Ces deux micrographes, qui ont fait leurs observations sur la peau si mince et si transparente de la grenouille, avaient été précédés dans leur opinion par Breschet et Roussel de Vauzème, qui avaient déjà signalé une disposition en anse dans les nerfs papillaires de la peau de la baleine.

De cette revue des principaux travaux publiés sur le mode de terminaison des nerfs sensitifs, il résulte que ce point d'anatomie n'est pas encore complètement élucidé , et qu'il réclame de nouvelles recherches ; mais si un critique impartial ne peut se ranger avec une entière conviction ni de l'un ni de l'autre côté, il ne saurait se refuser à admettre que la disposition en anse compte en sa faveur les faits les plus nombreux et les mieux observés.

B. Terminaison des nerf s dans réjKiisseiir des muscles. Elle a été très bien décrite par MM. Prévost et Dumas, qui l'exposent ainsi : « Tantôt deux » troncs nerveux cheminent à quelque distance l'un de l'autre et se trans- » mettent mutuellement de petits filets qu'on voit passer au travers de » l'espace musculaire qui les sépare en le coupant à angle droit ; tantôt le » tronc nerveux est déjà lui-même perpendiculaire aux fibi'es du muscle ; » alors les filets qu'il fournit s'épanouissent en conservant cette direc- » tion, parcourent l'organe et reviennent sur eux-mêmes en forme d'anse. » Dans tous les cas on observe deux conditions qui paraissent constantes : » la première, c'est que les dernières ramifications nerveuses se dirigent » parallèlement entre elles et perpendiculairement aux fibres du muscle ; » la seconde c'est qu'elles retournent dans le tronc qui les a fournies, ou » bien se jettent dans un tronc voisin. » Ces auteurs avaient pris pour sujets de leurs recherches les muscles plats, minces et transparents du basventre de la grenouille. Emmert et Burdach, qui les ont répétées, sont parvenus à des résultats identiques, ainsi que Valentin, qui préféra pour ses observations les muscles oculaires du serin, et Herber qui donna au contraire la préférence au muscle transverse de l'abdomen du lapin. Bien que

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Tréviranus et Schwann disent avoir vu quelques fibres nerveuses se Icrniiner subitement dans les muscles, la terminaison en anse a été constatée si nettement et par un si grand nombre d'auteurs, qu'elle nous paraît aujourd'hui un fait définitivement acquis à la science.

C. Terminaison des nerfs dans les os. En parlant de ces nerfs dans la seconde édition de son Traité d'anal omie descriptive, publiée en 184 5, M. Cruveilhier s'exprime ainsi : «Les os longs présentent indépendamment » de leur nerf central médullaire : 1° des nerfs périostiques qui se perdent » dans le périoste ; 2° des nerfs propres au tissu spongieux qui pénètrent par » quelques uns des trous des extrémités des os longs. »

La science en était réduite à cette simple mention, lorsqu'à la suite d'un concours pour une place d'aide d'anatomie, ouvert au mois d'avril 1846, M. Gros, qui avait à préparer une série de pièces sur la texture des os, fixa spécialement son attention sur ce sujet. Des recherches habilement poursuivies chez l'homme, chez plusieurs mammifères, et particulièrement sur le cheval et le bœuf , lui permirent non seulement de constater et de démontrer publiquement la présence de rameaux nerveux dans les os longs, les os courts et les os larges, mais de les suivre dans leur trajet et d'en faire une description complète. Ces recherches, qui l'occupent encore en ce moment, seront de sa part l'objet d'une prochaine publication dont il a bien voulu me communiquer les principaux détails.

Les nerfs qui rampent à la surface des os et ceux qui cheminent dans leur épaisseur s'accolent constamment aux vaisseaux artériels dont ils partagent rigoureusement le trajet ; chaque artère est en général accompagnée de deux nerfs, de même qu'elle est accompagnée de deux veines. C'est surtout sur la diaphyse des os longs que ces nerfs arrivent à leur plus haut degré de développement, et manifestent toute l'intimité de leurs rapports avec le système vasculaire.

Sur le fémur du cheval, où la disposition réciproque des artères et des nerfs est si nette et si régulière qu'elle peut être prise pour type d'une description générale, on voit partir de l'artère fémorale vers la partie moyenne de la cuisse un tronc qui se l'end vers le conduit nourricier de l'os : M. Gros le nomme tronc diaphysaire; arrivé à l'entrée du canal osseux, ce tronc se divise en deux branches à peu près égales, l'une médullaire, qui pénètre dans ce canal pour se rendre à la moelle, et l'autre périostic[iie, qui contourne transversalement la surface de la diaphyse, en la couvrant de ses ramifications. — Deux veines plus volumineuses et deux nerfs infiniment plus petits, au contraire, accompagnent l'artère diaphysaire.

De ces deux nerfs , l'inférieur pénètre dans le conduit nourricier pour aller former le nerf satellite inférieur de V artère médullaire sur lacjuelle nous le suivrons dans un instant ; le supérieur se rend à un ganglion fort remarquable qui occupe l'entrée du conduit nourricier, et qui reçoit en outre un rameau émané du nerf vaste interne et un filet très grêle que lui envoie le nerf poplité. Du même ganglion partent : 1° deux rameaux qui accompagnent l'artère périostique, puis chacune de ses divisions, et pénètrent ensuite avec ces dernières dans les canalicules du tissu compacte; 2° un rameau assez grêle qui entre dans le conduit nourricier pour se réunir presque aussitôt au nerf satellite inférieur de l'artère médullaire; 3° enfin un rameau plus considérable que les précédents, lequel con^

stitue le nerf satellite supérieur de l'artère médullaire. — Parvenue à la moelle avec ses veines et ses nerfs satellites, celle-ci se bifurque ; les deux nerfs, qui s'étaient déjà anastomosés à sa surface, échangent au niveau de cette bifurcation un plus grand nombre de fdets et forment un plexus d'où l'on voit partir pour chaque branche artérielle deux nerfs satellites plus petits; ces derniers se comportent de la même manière sur les divisions ultérieures où l'on peut les suivre jusqu'à l'orifice des canalicules osseux, à l'aide d'une simple loupe. — En résumé, les nerfs qui se distribuent à la diaphyse du fémur chez le cheval forment deux vastes réseaux : l'un, extérieur ou périostique, destiné aux couches superficielles de l'os ; l'autre, interne ou médullaire, destiné à ses couches profondes.

Dans les autres mammifères et chez l'homme la disposition des nerfs dans le corps des os longs est exactement semblable ; seulement le ganglion qui occupe l'entrée du conduit nourricier se trouve remplacé ici par un plexus plus ou moins compliqué.

Lts nerfs destinés aux extrémités des os longs et aux articulations ont été aussi très bien observés par M. Gros, qui les a vus naître souvent par un tronc commun avec les nerfs satellites du tronc diaphysaire; ils pénètrent dans le tissu spongieux à travers les orifices si nombreux que présentent ces extrémités.

Les nerfs des vertèbres, remarquables par leur origine et leur trajet, partent des ganglions du grand sympathique, se portent en arrière, traversent le tronc de conjugaison et entrent dans les corps vertébraux par les orifices de leur face postérieure.

La disposition si éminemment plexiforme des nerfs des os semble accuser une terminaison en anse semblable à celle des muscles.

D. Terminaison des nerfs dans les membranes fibreuses et séreuses. On suit facilement des rameaux nerveux dans un assez grand nombre de membranes fibreuses : j'ai vu des ramifications énianés des ganglions thoraciques du grand sympathique se rendre à la partie postérieure du péricarde; sur une pièce préparée pour le musée de la Faculté, M. Gros m'en a montré plusieurs qui, partis du ganglion cervical inférieur , venaient se ramifier dans les parties latérales de la même enveloppe ; la branche ophthalmique de Willis fournit un filet récurrent pour la tente du cervelet ; M. Cruveilhier a montré que le ganglion de Gasser en fournit plusieurs à la partie moyenne de la dure-mère ; j'ai déjà signalé les nerfs du périoste. Sur les articulations, et particulièrement sur celle du genou, on observe des rameaux nerveux qui pénètrent dans les couches fibreuses et dont M. Cruveilhier et M. Gros ont pu suivre quelques divisions jusqu'à la synoviale. Mais remarquons que ces diverses dépendances du système fibreux sont unies soit à des séreuses comme le péricarde, soit à des os comme le périoste, soit à des surfaces à la fois séreuses et osseuses comme la duremère et les capsules articulaires. Une semblable disposition soulevait des doutes sur la terminaison des nerfs qui pénètrent dans ces membranes ; car ils pouvaient ne pas s'arrêter dans la couche fibreuse et se porter en définitive dans la couche séreuse ou dans la couche osseuse sous-jacente. Les recherches que j'ai faites sous ce point de vue me conduisent à admettre qu'ils se terminent en partie dans la fibreuse, et en partie dans la séreuse, la synoviale ou la surface osseuse correspondante.

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Il suit de la conclusion ([ui précède, que les séreuses et les synoviales reçoivent des nerfs ; j'ai vu très manifestement des filets venus du grand sympatlii(ine se ramifier et se perdre dans l'épaisseur des feuillets du médiastin postérieur; ces filets, après s'être divisés et anastomosés, affectaient dans leur terminaison une disposition rétiforme. J'ai vu aussi quelques filaments détachés des plexus qui entourent les artères viscérales de l'abdomen se ramifier dans l'une des lames du mésentère, et d'autres venus des ganglions sacrés se perdre dans le feuillet postérieur des ligaments larges. Mais de ces quelques fibres qu'on peut distinguer aux filaments en quantité innombrable que Bourgery aurait vus se répandre sur la séreuse péritonéale et qui feraient de cette membrane une vaste expansion nerveuse, il y a un abîme que l'illusion a seule la puissance de franchir.

E. Terminaison des nerfs dans les glandes. Elle a été peu étudiée; nous savons seulement que les rameaux nerveux suivent en général le trajet des vaisseaux sanguins et arrivent avec eux à l'élément générateur de la glande, c'est-à-dire, aux lobules ; de sorte que chacun de ces derniers recevrait un nerf, de même qu'il reçoit une artère; mais nous ignorons complètement comment ce nerf se comporte à l'intérieur du lobule dans lequel il pénètre : l'analogie semble indiquer qu'il se termine ici comme dans les muscles, les os ou les séreuses, par un petit plexus dont les fibres reviennent à leur point de départ.

F. Terminaison des nerfs dans les corpuscules de Paccinî. Ces corpuscules, découverts en 1832 par MM. Andral, Camus et Lacroix, mieux observés en 1843 par M. Guitton, qui publia dans sa dissertation inaugurale une bonne description de leur conformation extérieure, ont été très bien étudiés dans leur structure par Paccini qui dut à l'importance de son travail la gloire de leur donner son nom, et dans leurs connexions avec le système nerveux par Hente et KoUiker, dont les recherches eurent pour résultat de les rattacher définitivement à ce système.

Les corpuscules de Paccini se présentent sous l'aspect de petits corps opaques , d'un blanc nacré , du volume d'un grain de chènevis ou de millet, se continuant par un pédicule d'une extrême ténuité et plus ou moins court avec un filet nerveux sur lequel ils semblent quelquefois immédiatement appliqués ; on les rencontre à la main sur les filets qui partent des nerfs collatéraux des doigts, àla plante du pied sur le trajet des nerfs cutanés, sur quelques autres nerfs sensitifs et sur plusieurs points du grand sympathique, particulièrement aux environs du pancréas et dans le mésentère.

Tantôt ils sont isolés et tantôt rassemblés par groupes de trois, quatre, cinq, qui se suspendent à un même filet nerveux en forme de grappe.

Leur nombre, quoique indéterminé, est très considérable.

Leur existence a été constatée non seulement chez l'adulte, mais chez le fœtus, où leurs dimensions sont relativement plus grandes , dans la race nègre, chez le singe, chez le bœuf, ainsi que sur les nerfs plantaires de l'ours, du chat et du chien.

Soumettant à l'examen microscopique ces corpuscules , Paccini a constaté :

1° Que leur pédicule est transparent et s'enfonce dans leur épaisseur sous

forme d'un prolongement conique, égal en longueur au quart ou à la moitié de leur diamètre ;

2° Que leur corps présente des stries ou lignes foncées, concentriques à la surface du corpuscule, et d'autant plus droites qu'elles se trouvent plus près du centre ;

3° Que cette apparence striée est due à une série de capsules emboîtées les unes dans les autres : si l'on coupe le sommet du corpuscule et qu'on le presse ensuite entre les doigts, on en voit sortir un corpuscule plus petit sur lequel la même opération peut être répétée ;

4° Que toutes les capsules sont reliées entre elles sur le point opposé au pédicule par une strie blanchâtre qui représente une sorte de ligament ;

5° Que le prolongement du pédicule au centre du corpuscule est dû à ce que les pédicules partiels pénètrent d'autant plus loin dans le corpuscule que les capsules auxquelles ils appartiennent sont plus profondes ;

6° Que le pédicule de la capsule la plus centrale s'étend au delà du prolongement conique jusqu'au commeiicement du ligament intercapsulai re ; en d'autres termes, que la capsule centrale revêt l'aspect d'un pelit canal et ne semble nullement distincte de son pédicule.

Que trouve-t-on dans ce canalicule central? Tel est le dernier terme de l'analyse anatomique des corpuscules de Paccini, ainsi que le fait remarquer M. le professeur Denonvilliers dans le mémoire plein d'intérêt qu'il a publié sur ce sujet, mémoire auquel j'emprunte la plupart des détails que je viens de rapporter. La solution de ce problème final appartient à Henle et KoUiker, qui ont trouvé dans la capsule centrale un liquide semblable à celui que renferment les espaces intercapsulaires, et dans ce liquide un filet offrant tous les caractères d'une fibre nerveuse primitive. Ce filet provient constamment du tronc ou du rameau nerveux situé près du corpuscule; après avoir parcouru le pédicule de celui-ci et son prolongement, il entre dans le canal central, et on le voit alors diminuer de volume, s'aplatir, décrire de légères ondulations et arriver ainsi jusqu'à l'extrémité du canalicule vers lequel il se termine tantôt par un, tantôt par deux renflements arrondis. Henle et KoUiker ont observé ce mode de terminaison sur les corpuscules répandus en très grand nombre dans le mésentère du chat, corpuscules que M. Lacauchie avait considérés à tort comme des dépendances de l'appareil chylifère.

Quelquefois le filet central ne se termine pas dans le corpuscule, il le traverse de part en part; mais les faits de ce genre sont très exceptionnels. Il est rare aussi de trouver deux fibres primitives dans le même corpuscule.

8" De la nature intime des nerfs et de leur distinction en plusieurs espèces.

Dans les considérations qui précèdent, nous nous sommes surtout attaché à mettre en lumière le côté par lequel les nerfs se ressemblent, en laissant seulement entrevoir celui par lequel ils diffèrent ; arrêtons-nous un instant sur ces différences dont l'étude avait fortement préoccupé les anciens, et dont l'histoire s'est enrichie récemment d'acquisitions importantes.

En embrassant d'un regard tout le système nerveux périphérique , on remanpie une première grande ligne de démarcation entre les

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nerfs qui se portent aux organes de la vie extérieure et ceux qui vont se ramifier dans les organes de la vie intérieure ou végétative : — Considérés dans leur ensemble, les nerfs de la vie de relation représentent un système de branches échelonnées sur un même axe comme les nervures d'une feuille sur leur tige commune , et parfaitement symétriques dans toute l'étendue de leur trajet ; — envisagés aussi sous un point de vue général, les nerfs de la vie de nutrition s'offrent à nous sous l'aspect de deux longs cordons renflés de distance en distance, couchés dans toute leur longueur sur les côtés du rachis, communiquant en arrière avec les troncs émanés de l'axe cérébro-spinal, fournissant en avant des rameaux destinés aux viscères du thorax et de l'abdomen, et constituant ainsi un second système d'autant plus insymétrique qu'il se distribue à des organes plus exclusiveinent consacrés à la vie intérieure.

Les nerfs qui composent le système nerveux de la vie animale sont d'un blanc mat ; ceux qui composent le système nerveux de la vie végétative ou organique sont pour la plupart d'une couleur grise.

La consistance des premiers est généralement assez ferme ; celle des seconds a paru plus molle à un grand nombre d'auteurs qui, attachant à ce caractère une importance bien exagérée, ont cru pouvoir diviser tous les cordons nerveux en deux classes, les uns durs, les autres mous; mais la consistance ou la résistance des nerfs gris, loin d'être inférieure à celle des nerfs blancs, est au contraire plus prononcée ; et c'est à cette résistance que l'anatoraiste est redevable de la facilité avec laquelle il poursuit des filets presque invisibles à de grandes distances et jusque dans la profondeur des organes.

Les nerfs de la vie de relation traversent un seul ganglion plus ou moins rapproché de leur origine ; les nerfs de la vie de nutrition en traversent plusieurs très inégalement espacés sur leur trajet, d'où le nom de nerfs ganglionnaires sous lequel ils sont quelquefois désignés.

Les nerfs de la vie animale, après s'être anastomosés à une petite distance de l'axe cérébro-spinal, se portent chacun à leur destination en échangeant seulement de rares fdets, et affectent par conséquent une grande simplicité dans leur distribution. Les nerfs de la vie organique font un échange presque continuel de rameaux, de telle sorte que leur disposition sur toute l'étendue de leur trajet est éminemment plexiforme.

Ceux-ci marchent parallèlement aux troncs artériels, mais ne les enlacent pas et s'en écartent fréquemment ; ceux-là entourent les artères viscérales de leurs nombreuses anastomoses et contractent avec ces vaisseaux des rapports d'autant plus intimes que l'espace qu'ils doivent parcourir est plus long.

Enfin, les fonctions confiées aux deux systèmes ne sont pas les mêmes, puisque l'un, ainsi que nous l'avons vu, préside à la sensibilité animale et aux mouvements volontaires, tandis que l'autre, doué d'une sensibilité obtuse, tient sous sa dépendance soit les mouvements involontaires, soit les principaux appareils de la nutrition et des sécrétions.

A l'aspect de toutes ces dissemblances, un observateur pouvait se demander si le système nerveux ganglionnaire n'était qu'une simple modification du système nerveux général, ou bien s'il ne formait pas un système distinct et indépendant ; dans l'hypothèse de cette indépendance que

Winslow émit le premier et que Bichat adopta plus tard comme l'une des bases de sa distinction des deux vies, chaque ganglion devient un centre analogue au centre cérébro-spinal et fournissant :

1° Des branches anastomotiqucs qui le font communiquer avec les nerfs volontaires et les ganglions voisins.

2° Des branches viscérales destinées aux organes de la poitrine, de l'abdomen et du bassin.

De ces deux ordres de branches, les seules qui nous intéressent en ce moment sont celles qui s'étendent de l'un à l'autre système. Il s'agit de déterminer si elles se portent du système ganglionnaire ou du grand sympathique, 3L\mi que l'avait appelé Winslow, vers le système nerveux de la vie animale, ou bien de celui-ci vers le grand sympathique. Des recherches nombreuses ont été faites pour résoudre cette difficulté : Scarpa, qui tenta l'un des premiers d'en trouver la solution, a pu suivre avec le scalpel les filets de ces branches anastomotiqucs jusqu'aux racines antérieures et postérieures des nerfs spinaux ; à l'aide d'une dissection attentive, MuUer, Retzius, Mayer, Wurtzer, Béclard, Pannizza et M. Longet, sont arrivés au même résultat. Sur des pièces qui avaient macéré dans l'eau acidulée, M. Cruveilhier a vu les branches de communication du grand sympathique avec les paires rachidiennes naître manifestement des nerfs rachidiens, et ces nerfs diminuer en proportion du volume des branches émises.

Du nombre et de l'accord de ces recherches, nous sommes autorisé à conclure que le grand sympathique émane de la même source que les nerfs de la vie de relation ; l'unité devient ainsi l'un des caractères distinctifs du système nerveux qui se montre partout avec les mêmes éléments essentiels et qui subit seulement quelques modifications, soit dans ses caractèi-es extérieurs, soit peut-être aussi dans sa composition intime, en passant d'une classe d'organes dans une autre : bien que ces modifications ne constituent pas une ligne de démarcation aussi tranchée que l'avaient pensé Winslow et Bichat, elles sont cependant assez nettement accusées et assez importantes pour légitimer la division de ce système en deux grandes sections, ou systèmes secondaires.

Les nerfs qui forment le système nerveux de la vie animale paraissent homogènes ; cependant si l'on oublie leur conformation extérieure pour se préoccuper seulement de leurs usages, on voit qu'ils diffèrent très notablement, puisque les uns sont destinés a recueillir les impressions extérieures et intérieures, et les autres à transmettre le principe de leurs mouvements aux muscles volontaires et involontaires : à quels caractères distinguer dans chaque système les nerfs sensitifs des nerfs moteurs? L'anatomie, en nous montrant que les nerfs rachidiens naissent par deux ordi-es de racines implantées sur des points diamétralement opposés de la moelle, nous mettait en quelque sorte sur la voie de cette distinction que Boerhaave le premier aperçut et indiqua clairement, mais que la physiologie expérimentale seule pouvait étabUr avec certitude ; c'est une mission dont elle s'est en effet glorieusement acquittée , en démontrant que les racines postérieures sont affectées à la sensibilité et les antérieures aux mouvements. Pour cette démonstration, on a invoqué les faits suivants :

1° La moelle épinière étant mise à nu sur un chien, si l'on irrite mécaniquement les racines postérieures, on détermine toujours de la douleur et

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quelquefois en outre fies mouvements convulsifs qui sont alors le résultat de cette douleur elle-nicme, c'est-à-dire, d'une réaction involontaire du centre nerveux sur l'appareil musculaire, réaction qui peut se montrer dans toutes les circonstances oîi ce centre est vivement surexcité et qui a reçu le nom d'action réflexe^ parce que l'excitation d'abord transportée au cerveau se trouve ensuite comme réfléchie de cet organe vers les muscles.

2° Portée sur les racines antérieures, cette irritation mécanique produit de violentes contractions, mais ne cause aucune douleur.

3° Les racines postérieures étant divisées à leur partie moyenne, si à l'exemple de M. Longet, on soumet à l'irritation galvanique leur bout périphérique , on n'occasionne ni douleur ni mouvement ; si l'on porte cette même irritation sur leur bout adhérent, on détermine les douleurs les plus vives , puis des convulsions dues aussi à une action réflexe.

4<> Les racines antérieures étant divisées, l'irritation galvanique portée sur leur bout adhérent reste sans effet ; appliquée sur le bout périphérique, elle produit des secousses convulsives dans tous les muscles auxquels ces racines vont se distribuer.

Des faits aussi concluants ne permettent plus de révoquer en doute la légitimité de la distinction des nerfs spinaux en moteurs et sensitifs. Nous veri'ons plus tard qu'une distinction analogue n'est pas moins exacte pour les nerfs crâniens. De plus, les recherches de Scarpa, de MuUer, de Retzius, de M. Longet, de M. Cruveilhier, etc., ont établi que le grand sympathique tire son origine des racines antérieures et postérieures de la moelle ; par conséquent, il faut admettre que le système nerveux de la vie animale et le système nerveux de la vie organique se composent l'un et l'autre de deux ordres défibres ; mais celles-ci, très distinctes à leur origine, se mêlent bientôt d'une manière intime , de telle sorte qu'il existe peu de nerfs exclusivement moteurs ou exclusivement sensitifs : la plupart réunissent sous une enveloppe commune les deux espèces de fibres, et constituent par conséquent des nerfs mixtes.

Dans le système nerveux de la vie animale, les nerfs moteurs se mon^ trent partout avec des caractères et des usages identiques. Mais il n'en est pas ainsi des nerfs sensitifs : parmi ces derniers, ceux qui ont à remplir des fonctions spéciales, tels que celui de la vue, celui de l'ouïe, celui de l'odorat, diffèrent très notablement des autres nerfs du même ordre, et de plus ils diffèrent entre eux.

Ainsi, plus on avance dans l'étude du système nerveux, plus on arrive à se convaincre que des différences importantes séparent les unes des autres les diverses parties qui le composent. — Au commencement de ce siècle, G. Cuvier a pu dire : que tous les nerfs sont homogènes et susceptibles de fonctions semblables, à peu près comme les fragments d'un grand aimant que l'on brise deviennent chacun un aimant plus petit qui a ses pôles et son courant; que cette commune aptitude nous était réA^élée par l'identité apparente de leur structure ; que si un certain nombre d'entre eux sont affectés à la sensibilité, d'autres aux mouvements, d'autres aux actes organiques, cette diversité d'usage dépendait seulement de circonstances accessoires, telles que la composition des organes dans lesquels ils se terminent,

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la quantité de vaisseaux qu'ils reçoivent, leur mode de division, leurs anastomoses, etc., et non de leur nature intime. — Mais dans l'état actuel de la science on ne saurait admettre pour tous les cordons nerveux ni une égale aptitude h remplir toutes les fonctions, ni l'homogénéité de structure qui serait la conséquence d'une telle aptitude ; les progrès de la physiologie ont démontré que les propriétés qui les distinguent ne se rattachent pas à des conditions extérieures : la sensibilité est inhérente aux racines i^ostérieureset aux nerfs qui en sont la continuation ; la faculté de transporter un principe moteur est inhérente aux racines antérieures et aux cordons qui les prolongent; de même, la propriété de sentir la lumière est inhérente au nerf optique, celle de sentir les vibrations de l'air inhérente au nerf auditif, etc. Des propriétés si différentes supposent dans la nature intime des différences correspondantes ; par conséquent, il faut substituer au principe de l'homogénéité des nerfs, autrefois admis, celui de leur diversité, ou mieux de leur spécialité.

La physiologie expérimentale ayant mis hors de doute l'existence des nerfs spéciaux, il était intéressant de savoir si l'anatomie confirmerait cette découverte ; les micrographes se sont donc mis à l'œuvre dans l'espoir bien légitime qu'ils allaient trouver dans les différentes espèces de nerfs des caractères qui perjnissent de les distinguer : leur attente a été trompée. Examinés au microscope, tous les nerfs sont à peu près identiques dans leur structure ; mais ce résultat ne saurait être considéré comme le dernier mot de la science; l'accepter ce serait reconnaître, ou bien que les caractères qui distinguent les différents ordres de nerfs sont d'une telle ténuité qu'ils se dérobent à tous nos moyens d'investigation, ou bien que les propriétés qui leur sont inhérentes tiennent beaucoup moins à leur nature intime qu'au point par lequel ils s'unissent à la masse centrale.

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