OREILLE INTERNE OU LABYRINTHE
L'oreille interne, située dans l'épaisseur du rocher, en dedans et un peu en arrière de la caisse du tympan, se compose de deux appareils :
1° D'un appareil de protection, constitué par des parties dures et enTveloppantes ;
2° D'un appareil de perception, formé de parties molles et membraneuses dans lesquelles viennent s'épanouir les dernières divisions du nerf acoustique. — De ces deux appareils le premier a reçu le nom de labyrinthe osseux et le second celui de labyrinthe membraneux.
SPLANCHNOLOGIE. 547
A. LiiTÎVRINTllE OSSEUX.
Considéré extérieurement, le labyrinthe osseux se confond cliez l'adulte avec le tissu compacte du rocher dont il forme la partie la plus dure et la plus fragile. Considéré dans sa conformation intérieure, il présente trois compartiments principaux disposés sur un plan parallèle à la caisse du tympan : le vestibule qui répond à la partie moyenne de cette caisse, les canaux demi-circulaires qui correspondent à sa partie postérieure et supérieure, et le limaçon situé à sa partie antérieure et inférieure.
A ces trois parties principales on peut rattacher comme partie accessoire le conduit auditif interne.
1° Festibule.
Le vestibule est une cavité irrégulièrement ovoïde creusée au centre du rocher et située, d'une part, entre la caisse du tympan et le conduit auditif interne qu'elle sépare, de l'autre entre les canaux demi-circulaires et le limaçon qui viennent s'ouvrir sur ses parois et à l'égard desqjiels elle joue ainsi le rôle d'une sorte de carrefour. Cette cavité est un peu aplatie de dedans en dehors, de telle sorte que son diamètre transversal est de 3 à 4 millimètres seulement , le vertical de 4 ou 5 , et l'antéro-postérieur de 5 à 6.
Le vestibule se moule en partie sur les vésicules membraneuses qu'il renferme : de là des impressions et des reliefs gravés sur ses parois. Il établit une large communication entre les canaux demi-circulaires et le limaçon : de là un premier groupe d'orifices ouverts dans sa cavité. Il livre passage à des nerfs et à des vaisseaux qui viennent se perdre dans ses vésicules mem.braneuses : de là des pertnis nerveux et vasculaires qui ont chacun leur siège déterminé.
Afin d'assigner à chacun de ces détails sa place respective, je considérerai à la cavité vestibulaire deux parois et une circonférence.
a. Paroi iulerne du vestilnile.
Cette paroi, formée par la partie profonde du. conduit auditif interne, regarde en dehors et un peu en arrière. Elle se moule très exactement sur les deux vésicules membraneuses du vestibule et présente : 1° une crête demi-circulaire qui est reçue dans l'intervalle de ces vésicules ; 2° une fossette hémisphérique qui reçoit la vésicule inférieure ou le saccule ; 3° une fossette semi-ovoïde qui reçoit la vésicule supérieure ou Vuîricule ; k^ une petite gouttière ou fossette sulciforme de 31orgagni.
La crête du vestibule naît de la paroi inférieure de cette cavité sur le pourtour de l'orifice vestibulaire du limaçon. Elle se porte d'abord presque verticalement en haut , puis en haut et en avant, puis directement en avant et vient se terminer, après avoir décrit une courbe très régulière, au-devant et un peu au-dessus de la fenêtre ovale. — Au niveau de sa terminaison elle s'élargit pour prendre l'aspect d'une petite saillie à base triangulaire connue sous le nom de pyramide. — On observe dans le même point une tache blanche qui s'étend de la pyramide jusqu'au voisinage de l'ori-
fice ampuUaire des canaux demi-circulaires supérieur et externe. En examinant à la loupe cette tache blanche, macula major de Morgagni, on remarque qu'elle est criblée de très petits perluis, d'où le nom de tache criblée antérieure, macula cribrosa anterior, sous lequel elle est connue dei)uis les travaux de Scarpa.
La partie de la tache criblée antérieure qui correspond à la pyramide livre passage, par ses pertuis, aux filets du nerf utriculaire; celle qui se trouve au-dessus et en dehors de la pyramide donne passage, d'une part aux divisions du nerf ampuUaire supérieur, de l'autre à celles du nerf ampullaive externe.
La fossette hémisphérique est située à la partie inférieure de la paroi interne, immédiatement au-dessus de l'orifice vestibulaire du limaçon. Son bord inférieur, presque droit, répond à cet orifice. Son bord supérieur, un peu plus que demi-circulaire, est formé par la crête du vestibule qui la sépare en haut de la fossette semi-ovoïde , et en arrière de la fossette sulciforme.
Sur la partie centrale et inférieure de la fossette hémisphérique existe une tache blanche d'aspect poreux et rugueux , qui constitue la tache criblée moyenne, macula minor de Morgagni, macula cribrosa foveœhemisphcericœ de Scarpa. Les porosités ou pertuis microscopiques de cette tache sont traversés par les divisions du nerf saccuUaire.
La fossette semi-ovoïde se voit au-dessus de la précédente, au point de jonction de la paroi interne avec la paroi supérieure du vestibule. Son grand axe se dirige d'avant en arrière. Son bord inférieur, plus accusé que le supérieur, est formé par la crête vestibulaire qui la sépare de la fossette hémisphérique. Sa surface est unie dans ses trois quarts postérieurs, et rugueuse au contraire en avant où elle correspond à cette partie de la tache criblée antérieure qui donne passage aux nerfs ampuUaire supérieur et ampuUaire externe.
La fossette sulciforme occupe la partie la plus reculée de la paroi internedu vestibule. Elle se présente sousl'aspect d'une petite gouttière semblable à celle qu'on obtiendrait en coupant un petit tube en bec de flûte. On la voitnaitre supérieurement entre la fossette semi-ovale et l'embouchure commune des canaux demi-circulaires supérieur et postérieur; de là elle se diri-^e en bas et un peu en avant pour venir se terminer au-dessus de l'orifice vestibulaire du limaçon, entre la fossette hémisphérique et l'orifice inférieur ou ampuUaire du canal demi-circulaire postérieur. — Vers son sommet on remarque un orifice qui constitue l'embouchure de Vac^ueduc dîi vestibule.
Cet aqueduc est un conduit osseux qui s'étend de la paroi interne du vestibule vers la face postérieure du rocher sur laquelle il s'ouvre sous la forme d'une fente, en arrière d'une lame osseuse inégalement découpée. Son trajet décrit une courbure dont la concavité regarde en bas. Sa cavité est occupée par un repU de la dure-mère, par une artériole et par un ramuscule veineux; il n'établit, par conséquent, aucune communication entre la cavité du vestibule et la cavité de l'arachnoïde , ainsi que le croyait Cotugno, qui avait fondé sur cette donnée toute une théorie de l'audition.
SPLANCHNOLOGIE.
En arrière et au-dessous de la fossette sulciforine, au niveau de l'orifice ampuUaire du canal demi-circulaire, postérieur on remarque une troisième taclie blanche : c'est la toche criblée postérieure, macula minima do Morgagni, à travers laquelle se tamise le nerf ampullaire inférieur.
FiG.
FiG. 2C6.
Pnroi interne du vrstihule.
FIe;. 26S. — Paroi interne du vestibule vue dans ses dimensions réelles. — l. Canal demi cii culaire supérieur. — 2. Extrémité anléiieure ou ampullaire de ce canal. — ô. Canal demi-circulaiie postérieur. — 4. Extréiiiité ampullaire i-'e ce canal sur laquelle ou remarque la tache criblée postérieure. — o. Canal fumé par la réuuiou des cauaus demi-circulaires supéiienr et postéiieur. — G. Fossette sulciforme. — 7. Fossette liémisphérique sur la moitié iuférieure de laquelle ou observe la taclie criblée moyeime. — 8. Fossette semi-ovoiJe dent la partie antérieure est occupée p;ir la lâche criblée antérieure. — 9 Origine de la crête du vestibule. — 10. Pyramiie ou partie terminale de celte crè;e coustituanl une partie de la tache criblée aulérieure. — 11. Origine de la lame spirale du limaçon mise à nu par la section du sommet du promontnire. Audessus de celte lame, un aperçoit un orifice qui fiât communiquer le limaçou avec le vestibule: c'est l'orifice vestibulaire du limaçon; et au-dessous uu orifice qui fait communiquer le limaçon avec la caisse du tympan : c'est l'orifice lympanique du limaçon ou fenêtre londe. — 12. Marteau vu par sa partie postérieure aihérant par toute Tétendue de son manche à la membrane On tympan, et donnant attache par la partie supérieure de celui-ci au tendon du muscle interne du marteau. — 13. IMembrane du tympan vue par sa partie postéro-inlerna. — 14. Paroi inférieure du conduit auditif externe.
Fig. 266. — Paroi interne du vestibule vue a un grossissement de trois diamètres et demi. — Les mêmes chiffres indiqucat les mêmes détails que dans Ja figure précédente.
JUstorique des trois fosselles. Ces fossetles n'ont pas été décrites delà même manière par tons les auteurs ; nn coup d'œil rétrospectif sur leur découverte et sur les reclierclies dont elles ont été l'objet, nous expliquera la cause de ce dissentiment.
La fossette hémisphérique et la crête qui l'entoure, ont été mentionnées en 1 7 1 4 par Vieussens, la première sous le nom de carrefour, et la seconde sous celui ù'éminence osseuse de la conque (l).
En 1735, Cassebohm reconnut l'existence de deux fossettes, l'une inférieure qu'il appelle orbiculaire, l'autre supérieure qu'il a.i)\:)e\le elliptique ; mais il ne lit que les signaler (2).
En 1740 Morgagiii a décrit avec une parfaite exactitude la fossette orbiculaire sous le nom àliévnsfhcriqne et l'ellipticiue sous celui de semiovale (3). Il a décrit, en outre, la fossette sulcifornie, les pertuis (pii livrent passage à toutes les divisions de la branche vestibulaire du nerf acoustique, et les taches blanches d'aspect rugueux qui correspondent à ces pertuis.
En 1761 Cotugno constate l'exactitude de la description de Alorgagni et la complète en démontrant que l'orifice situé au sommet de la fossette sulciforme est l'embouchure d'un canal osseux qu'il appelle aqueduc du vestibule. Il compare la crête vestibulaire à une épine qui s'élargirait brusquement à sa base et donne à cette base le nom de pyrcnnide (4).
Vers la même époipie, Albinus fit représenter quelques unes des parties de l'oreille, et particulièrement celles (pii forment le labyrinthe. L'une de ses figures montre le labyrinlhe de l'oreille gauche par ses parties antérieure et externe, c'est-à-dire par celle de ses faces qui correspond à la caisse du tympan (5). Dans cette figure la paroi interne du vestibule est vue de profil; il est par conséquent impossible de distinguer nettement les trois fossettes ; leur place seulement pouvait être indiquée. Toujours exact, cet illustre anatomiste se borne en effet à une simple indication et pour leur étude renvoie le lecteur à Morgagni.
En 1794 , Scarpa reproduit la figiu'e d'Albinus en l'amplifiant, afin de mieux représenter les trois fossettes, mais sans plus de succès , puisque celles-ci ne sont pas visibles en se plaçant à ce point de vue (6).
En 1806, Sœmmering adoptant aussi la figiire d'Albinus, suppose que dans cette figure le vestibule est vu par sa partie supériem-e, et se trouve ainsi conduit à placer les fossettes hémisphérique et semi-ovoïde sur la paroi inférieure de cette cavité (7),
Arnold, en 1735, suit comme ses deux prédécesseurs les errements d'Albinus. La figure qu'il donne du vestibule est moins inexacte cependant que celle de Sœmmering; mais elle n'est pas meilleure que celle de Scarpa (.s).
Il résulte de cet aperçu historique , que les trois fossettes du vestibule n'ont été bien décrites jusqu'à présent que par Morgagni , et qu'elles n'ont
(1) Vieussens, Traité nniifcau de In sLractnre de Vnreille. 1714, p. 68.
(2) Cas-ebohm, Tractntus quinlus anal, de nitre /iiun. 175y. p. 3.
(â) Valsulva, Tractatiis de aiire hum. y 4- édit. 1740, p. ô84, ô85 et 443, 444,
(4) Coliinnii, De nqiiœductibus nuris hitinnnœ. Naples, 1761, p. ô,4 et 47, 48.
(5) B, S. Albinus, Académie, nnat.. V\h. iv. \A. I, fig. 6.
(6) Scarpa, Anal, disqiiis. de atiditu et olfaclii. Milan, 1794. pi. VI, fïg.l et 2.
(7) Sœmmerring, Icnries orgtrjii andilus humaiii. 1806, pi. III, fig. 7.
(8) Arnold, Icônes organornm seiisiuim, lab. VII, fig. 4,
SPLArsCHiNOLOGlE.
été bien représentées par aucun anatomiste ; c'est pouniuoi je me suis attaché à les reproduire avec plus d'exactitude. Dans ce but , j'ai ouvert le vestibule non par sa partie antéro-externe ou tympanique, comme l'ont fait Albinus et tous ses successeurs , mais par sa partie postéro-externe. Une coupe perpendiculaire à l'axe du rocher, passant immédiatement en arrière de la fenêtre ovale et sacrifiant par conséquent les canaux semi-circulaires postérieur et externe ou ce dernier seulement permettra d'observer dans ses moindres détails toute la paroi interne de la cavité vestibulaire. b. Paroi externe du veslibule.
Cette paroi regarde en dedans et un peu en avant. Elle présente sept grands orifices , dont cinq appartiennent aux canaux demi-circulaires ; le sixième fait communiquer le vestibule avec la caisse du tympan ; le septième est l'orifice vestibulaire du limaçon. — Ces orifices sont échelonnés par jiaires de haut en bas. Dans chaque paire ils se distinguent par leur position en antérieur et postérieur.
Les orifices de la première paire occupent l'angle de réunion de la paroi
FiG. 2G7
Paroi externe du vcslihiile.
■> i. C;iiialdeiiù-circulaire postérieur. — 2. Canal demi-circulaire supérieur — o. Canal formé par la i éiuiion de ces deux canaux. — 4. Embouchure de ce canal commun. — 5 Orifice ampuUaire du canal demi-circulaire poslérieiir. 6. Orifice ampuUaire du canal demi circulaire supérieur. — 7. Orifice ampuUaire du canal dem-circulaire externe. — 8. Orifice non ampuUaire de ce même canal.— 9. Élrier dont la base occupe Porifice lympanique du veslibule ou fenêtre ovale.— 10. Orifice veslibnlaire du limaçon , dont le cuutour inférieur est formé par l'origine de la lame spirale.— 11. Limaçon.— 12. Conduit auditif interne. — 15, Canal caroUdieu.
552 ÂNAÏOMiE.
externe avec la paroi supérieure. L'antérieur un peu plus éJevé , plus large et elliptique, représente l'orifice ampuUaire du canal demi-circulaire supérieur. Le postérieur, plus déclive et arrondi, représente l'embouchure commune des canaux demi-circulaires supérieur et postérieur.
Les orifices de la seconde paire ou de la paire moyenne , sont situés immédiatement au-dessous des précédents. L'antérieur est en général un peu plus large cpie le postérieur. Tous deux appartiennent au canal demi-circulaire externe.
Les orifices delà troisième paire ou de la paire inférieure, diffèrent beaucoup l'un de l'autre : l'antérieur, qui est allongé et qui s'ouvre dans la caisse du tympan, nous est déjà connu, c'est la fenêtre ovale; le postérieur, qui est arrondi, représente l'orifice inférieur ou ampuUairc du canal demicirculaire postérieur.
Le septième, et le plus déclive de tous les orifices qui occupent la paroi externe du vestibule , est situé au-dessous de la fenêtre ovale, en avant de l'orifice ampullaire du canal demi-circulaire postérieur ; il conduit dans la rampe vestibulaire du limaçon. Sa forme est allongée, et sa direction oblique en bas et en dedans.
c. Cil conférence da vestibule.
La circonférence du vestibule peut être subdivisée en quatre partie^ : une partie supérieure ou voûte, une partie inférieure ou plancher, une partie postérieure et une partie antérieure.
La partie supérieure delà circonférence ou voûte du vestibule est concave. Elle répond en dedans a la fossette semi-ovoïde qui s'avance sur eUe et qui concourt par conséquent à la former. L'orifice antérieur ou ampiUlaire du canal demi-circulaire supérieur s'ouvre en partie sur cette voû'«, ainsi que l'embouchure commune des canaux demi-circulaires supérieur et postérieur.
La partie inférieure de la circonférence ou le plancher du vestibule, présente en avant l'orifice vestibulaire du limaçon, et en arrière l'orifi^^e ampullaire du canal demi-circulaire postérieur. Ces deux orifices, que nous avons déjà trouvés sur la paroi externe, mais qui appartiennent aussi et plus spécialement à l'inférieure, sont séparés l'un de l'autre par une petite crête transversale.
La partie postérieure de la circonférence offre deux orifices ; l^l'eraboucbure commune des canaux demi-circulaires supérieur et postérieur, embouchure qui occupe le point de jonction des parois postérieure, supérieure et externe ; 2" l'orifice ampullaire du canal demi-circulaire postérieur que nous avons déjà remarqué sur les parois externe et inférieure. — Ces orifices sont séparés l'un de l'autre par un intervalle de deux ou trois millimètres.
La partie antérieure de la circonférence- un peu plus étroite que la postérieure, répond en haut à l'aqueduc de Fallope qui la contourne, en bas et en dedans au limaçon, en bas et en dehors à la caisse du tympan. La fenêtre ovale que nous avons observée sur la paroi externe appartient aussi à cette paroi antérieure ; il en est de même de l'ouverture vestibulaire du limaçon creusée aux dépens de sa partie inférieure. A l'angle de fusion de cette même paroi avec la paroi interne , on aperçoit la tache criblée antérieure qui s'étend jusqu'à la fenêtre ovale.
SPLANXHNOLOGIE. 053
2° Canaux demi- circulaires.
Ces canaux, au nombre de trois, répondent à la partie externe et postérieure du A'estibule. Ils ont été distingués tantôt d'après leur longueur, tantôt d'après leur direction , tantôt d'après leur situation respective. Mais leur dénomination peut être déduite avec plus d'avantages de la position qu'ils occupent relativement au vestibule ; or l'un d'eux est situé au-dessus de cette cavité , un autre en arrière, le dernier en dehors. Nous admettrons par conséquent : un canal demi-circulaire supérieur, un canal demi-circulairepostérieur, et un canal demi-circulaire externe. Les deux premiers sont verticaux : le troisième est horizontal.
Les parois de ces canaux sont unies et revêtues d'un périoste extrêmement mince. Leur calibre, un peu plus étroit à leur partie moyenne, varie d'un millimètre à un millimètre et demi. Constamment ils se dilatent à une de leurs extrémités. Quelquefois cette dilatation s'opère d'une manière graduelle : l'extrémité, ainsi dilatée, représente alors assez bien le pavillon d'une trompette, ainsi que Tout fait remarquer Duverney et Vieussens. Mais le plus. souvent l'extrémité qui se dilate affecte la forme d'une ampoule, qui a été observée d'abord chez l'homme par Valsalva, et ensuite dans toute la série des animaux vertébrés par Scarpa. Chacun d'eux nous offrira donc à considérer un orifice ampullaire et un orifice non ampullaire.
Le canal demi-circulaire supérieur, canalis semi-circularis miiior de Valsalva, canal supérieur vertical de Winslov\ , est perpendiculaire à l'axe du rocher. Une légère saillie correspond à sa partie la plus élevée. Ses deux moitiés ne sont pas comprises dans le même plan; l'antérieure s'incline un peu en dedans et la postérieure en dehors. La courbe qu'il décrit est plus que demi-circulaire. Sa longueur varie de 12 à 15 millimètres. — Son extrémité ampullaire s'ouvre, ainsi que nous l'avons vu , à la partie supérieure, antérieure et externe de la cavité du vestibule; elle est ovoïde et un peu aplatie. — Son extrémité non ampullaire se réunit à l'extrémité correspondante du canal demi - circulaire postérieur pour former un canal commun qui vient se terminer à la partie supérieure, postérieure et externe du vestibule. Ce canal commun offre une longueur de 3 à 4 millimètres. Son calibre intérieur est un p'euplus considérable que celui des canaux qui le constituent.
Le canal demi-circulaire postérieur, canalis scrai-circularis major de Valsalva, canal vertical postérieur de Winslow, canal inférieur de Duverney, commence à la partie inférieure, postérieure et externe du vestibule par une ampoule arrondie ; de là il se porte en bas, en arrière et en dehors, se dirige ensuite de bas en haut, puis d'arrière en avant et de dehors en dedans, et se réunit alors au canal demi-circulaire supérieur pour former le canal qui leur est commun. Il suit de celte direction que l'extrémité inférieure ou ampullaire du canal demi-circulaire postérieur sort en quelque sorte du plan de ce canal pour se porter en avant, et qu'elle se comporte sous ce rapport comme l'extrémité correspondante du canal demi-circulaire supérieur que nous avons vue sortir aussi du plan de ce dernier pour se porter en dedans ; chacun de ces canaux, en un mot, IL 47
semble avoir subi autour de son axe infléchi en demi-cercle une sorte de torsion qui porte ses deux extrémités en sens inverse.
Considéré d'une manière absolue, le canal demi-circulaire postérieur est vertical ; considéré relativement à l'axe du rocher , il lui est parallèle ; considéré dans ses rapports avec le canal demi-circulaire supérieur, il lui est perpendiculaire. La courbe qu'il décrit représente les trois quarts d'un cercle. Sa longueur moyenne est de 18 millimètres; chez qnelques indi-
FiG. 270. FiG. -271.
Cttiiaitx demi-circiiltiLies.
Fig. 268. — Situiiiion, direction , forme et rapports des canaux deini-circu laires. — 1. Conduit auditif interne. — 2. Canal demi-circulaire supe'iieur. -^ 3, Canal demi-circulaire postérieur. — 4. Canal demi-circulaire externe. — 5. Limaçon. — 6. Arfueduc et hiatus de Fallope. — 7. Gouttière qui reçoit le grand nerf pëtreux superficiel à sa sortie de l'hiatus de Fallope. — 8. Partie supérieure de la caisse du tympan, dans laquelle ou aperçoit l'enclume et la tête du marteau.
Fig. 269. — Canaux demi-circulaires out^erts. — 1. Cavité du conduit auditif interne, — 2. Canal demi- circulaire supérieur. — 5. Canal demi-circulaiia
SPLA.NCHN0L0G1E. o5o
vidus elle se réduit de 2 à 3 millimètres ; cliez d'autres elle s'élève jusqu'à •20 ou 21. Ces résultats coïncident avec ceux de Yalsalva qui a mesuré les trois canaux sur douze individus, et qui a fait graver dans une de ses planches l'étendue linéaire de ces trente-six canaux, afin que chaque observateur puisse vérifier l'exactilude de ses recherches.
De la réunion du canal postérieur avec le supérieur, il suit que lès canaux demi-circulaires s'ouvrent dans le vestibule par cinq et non par six orifices.
l,e canal demi-circulaire externe, canalis semi-circularis mïnimus de Yalsalva, canal horizontal de Winslovv, canal moyen de Duverney, est situé en dehors et au-dessous du supérieur avec lequel il forme un angle droit , en avant de la partie moyenne du postérieur qu'il partage ainsi en deux parties, l'une supérieure et l'autre inférieure. Son trajet, bien que moins étendu que celui des deux canaux qui précèdent, est cependant un peu plus que demi-circulaire. Son étendue moyenne est de 12 millimètres ; elle diffère peu par conséquent de celle du canal demi-circulaire supérieur, d'où il suit que cette distinction des trois canaux en grand, moyen et petit, à laquelle Yalsalva attachait tant d'importance et qu'adoptèrent aussi Morgagni et Albinus , doit être repoussée comme tendant à introduire dans le langage une certaine confusion.
Ce canal a pour oi'igine une ampoule infundibuliforme déprimée de haut en bas, variable dans ses dimensions, située sur la paroi externe du vestibule immédiatement au-dessous de l'ampoule ovoïde du canal demicirculaire supérieur, un peu au-dessus de la fenêtre ovale. De là il se dirige en dehors, puis en arrière et enfin en dedans, pour s'ouvrir par son second orifice sur la même paroi au-dessous de l'embouchure commune des deux canaux verticaux. — Ce second orifice est ordinairement plus petit que le premier. Mais il n'est pas très rare de voir les deux extrémités du canal demi-circulaire externe offrir des dimensions à peu près égales ; l'un et l'autre alors présentent une disposition infundibuliforme. C'est la connaissance de ce mode de conformation, dont ils n'ont pas distingué le caractère exceptionnel, qui a conduit Duverney et Yieussens à avancer que tous les canaux demi-circulaires se rétrécissent à leur partie moyenne et se dilatent à leur embouchure, à la manière du pavillon d'une trompe! te.
Par sa moitié antérieure le canal demi-circulaire externe lépond à l'aqueduc de Fallope et à l'entrée des cellules mastoïdiennes.
postérieur. — 4. Canal .demi-circulaiie exlei ne. — o. Limaçon. — 0. Af|uediic de Fallope. — 7. Goullièie du graud neif petieux superficii-1. — 8. Caisse du tympan. — 9. Canal du muscle inleine du marteau. — 40. Poilion os.euse de la trompe d'Eustache. — 11. Cavité' du vestibule.
Fig. 270. — Canaux demi-circulaires ossen^ et jnembraueu.x. — \. Tulie demicirculaire membraneux supéri^'ur. — 2. Tube demi-cirrulaire membraneux postérieur. — 3. Tube formé par la réunion des deux tubes précédents. — 4. Tube demi-circulaire membraneux externe.
Fig. 2~1. — Vestibule et canaux demi-circulaires membraneux. — I. Extrémité non ampuUaire du tube membraneux supérieur. — 2. Extrémité non ampullaiie du tulje membi;.ueux postérieur, — 5. Tube formé par la réuniou de ces deux extrémités. — 4 Extrémité non ampuUaire du tube membraneux externe. — 5. Ampoule du tube meml^raneux supérieur. — 6, Ampoule du tube membraneux externe. — 7. Ampoule du tube membraneux postérieur. — 8. Utricule. — 9. .Saccule.
3° Limaçon.
Le limaçon ou cochlée , est un cône creux enroulé autour d'un cône plein et formant par cet enroulement une saillie conoïde située au-devant du vestibule, entre la caisse du tympan et le conduit auditif interne. Une cloison étendue de la base au sommet de ce cône , le partage en deux cavités secondaires ; il nous offre donc à considérer :
1° La lame osseuse qui constitue ses parois, ou la lame des contours ;
2o L'axe autour duquel il s'enroule, ou le noijau du limaçon;
3° La cloison qui le partage en deux demi-cônes, ou la lame spirale ;
4° Ces deux demi-cônes ou les rampes du lim.açon;
50 Un canal qui s'étend de l'une de ces rampes à l'extérieur du rocher ou Vaqxieduc du limaçon.
1° Lame des contours.
La lame qui forme le tube conique du limaçon , correspond par sa base an sommet du promontoire; de là elle se porte en avant et un peu en bas, puis en hmit, ensnile en arrière, marche en un mot en spirale ascendante
FiG 27-2.
Situalion^ forme , volume ^ rapports du limaçon.
, Cïinal demi- cil cvilaire snporieur. — 2. Caual demi-circulaire posle'rieur. —
5. Canal demi-circulaire externe. — 4. Ac[iieduc de Fallope. — 5. Limaçon. —
6. Fenêtre ovale. — 7. Fenêtre ronde. — 8. Partie inférieure de la circoufe'rence de la caisse du tympa)i constitiie'e par une lame mince cjui se'pare la cavité' de la caissedu golfe de la veine ju°ulaire iulerne. — 9, Pyramide et filet osseux qui s'étend de son sommet au sommet du promontoire. — 10. Fossette sons-pyramidale.— Ll. Fossette sus-pyramidale. — 12. Orifice par lequel la corde du tympan pénètre dans la cavité de ce nom. — 13. Cadre osseux de la membrane du tympan. — 14. Conduit auditif externe. — 13. Canal carotidien.
SPLANCnNOLOGIE.
et décrirait ainsi deux tours et demi suivant la plupart des auteurs; mais lorsqu'on l'observe dans son état d'intégrité, il est facile de constater qu'elle décrit trois tours complets. — Ces tours sont disposés par étage de la base au sommet. Au niveau de chaque étage, les deux tours superposés s'unissent de la manière la plus intime, de telle sorte que les cavités correspondantes sont séparées l'une de l'autre , non par deux plans osseux contigus , mais par un plan unique.
Vue extérieurement, la lame des contours se confond chez l'adulte avec le tissu compacte du rocher. Chez l'enfant elle est entourée d'un tissu spongieux rougeâtre et facile à diviser. — Elle répond : en haut au coude que forment les deux premières portions de l'aqueduc de Fallope ; en bas où elle est libre, à la caisse du tympan dont elle forme une grande partie de la paroi interne; en avant et en dehors, au conduit du muscle interne du marteau ; en avant et en dedans , au canal carotidien : en arrière et en dehors, au vestibule ; en arrière et en dedans, au conduit auditif interne.
A'ue intérieurement, cette lame nous offre deux parois : l'une externe ou périphérique opposée à l'axe du limaçon et concave sur sa longueur ; l'autre interne ou nucléenne adhérente à cet axe et convexe. Ces deux parois n'offrent pas la même longueur.
La paroi eocterne décrit d'abord deux tours pour monter jusqu'au som
Origine, trnjet , iiiode de terminaison de In lame des contours et de la lame spirale du limaçon.
Fig. 273. — Limaçon., canaux demi-circulaires et aqueduc de Fallope nuuer par leur partie antérieure. — i. Ciinal demi-circulaire supérieur. — 2. Cana demi-circulaire poste'iieur. — ô. Canal dcmi-cii culaire externe. — 4. Porlio moyeijue de Taquoduc de Fallope passant au-devant du veslibule enire le canaux demi-circulaires et le limaçon. — 5. Limaçon osseux sur lequel on dislingue : la lame des conlours et sa lamelle semi-infundiliuliforme, la lame spiiale osseuse et son Ijcc. le sommet du noyau et l'orince qni occupe ce sommet. Pour Télude des détails de ce limaçon, voyez la figure 2"r>.
Fig. 27 i. — Cai'ite's du labyrinthe ouvertes plus largement que dans la figure précédente afin de laisser voir la cavité du lyestibule et l'origine de la lame spirale. — 1, 2, 3. Canaux demi-circulaires. — 4. Cavité du veslib île. — 5. Fossette sulciforme. — 6 Fossette semi-ovoïde. — 7. Fc sselle liémisphe'lique. — 8. Limaçon osseux et membraneux, reproduit dans la fig. 276 avec un grossissement de trois diamètres,— 9. Origine de la lame spirale.— 10. Fenêtre ronde.
met du noyau, puis, continuant de tourner dans la même dir<3ction , elle fait au-dessus de ce sommet un troisième tour.
La paroi interne appelée, par M. Huschke, lamina mocUoli se distingue de la précédente par son peu d'épaisseur, par sa fragilité, par son adhérence au noyau, dont on peut la séparer cependant, et par son étendue moins considérable : elle décrit deux tours seulement ; jamais elle ne s'élève au-dessus du noyau. — Il résulte de cette différence de longueur des deux parois que le cône formé par la lame des contours n'est pas complet ; ce cône reste ouvert sur son côté interne dans toute l'étendue du dernier tour, et affecte par conséquent à sa terminaison la forme d'une gouttière curviligne, dont la moitié antérieure épaisse et compacte constitue le sommet ou la coupole du limaçon, tandis que la moitié postérieure, mince et fragile , s'enroule en demi-cône au-dessus de l'extrémité terminale du noyau.
Ce demi-cône, décrit par Cotugno sous le nom cVinfundlbulutn, se continue par son sommet avec le sommet du noyau, et par sa base avec la circonférence de la coupole. Sa face concave regarde en avant, en bas et en dehors; sa face convexe, en arrière, en haut et en dedans. Son bord supérieur libre décrit une courbe dont la concavité se dirige en bas et en dehors, et dont les extrémités s'unissent l'une avec le sommet du noyau , l'autre avec la partie externe de la circonférence de la coupole. Son bord inférieur se continue sans ligne de démarcation avec la partie descendante de la lame des contours. Nous verrons plus loin comment la lame spirale se comporte relativement à cet infnndibulum , que nous appellerons lamelle semi-infundibuliforme de la lame des contours.
2° Axe ou noyau du limaçon.
L'axe OU noyau du limaçon, modiolus de Valsalva, noyau pyrain'idal de la coquille de Vieussens , columelle de Breschet , est un prolongement de forme conique qui s'étend de la partie antérieure et profonde du conduit auditif interne vers la coupole du limaçon au-dessous de laquelle il se termine sans arriver jusqu'à elle. — Sa direction est horizontale d'arrièiC en avant et de dedans en dehors. — Son diamètre, qui s'élève à 3 millimètres au niveau du premier tour, se réduit à 1 millimètre au niveau du second.
La base du noyau tournée en arrière vers le conduit auditif interne dont elle fait partie, est creusée d'une fossette sur laquelle on remarque un très grand nombre de petits trous disposés sur une double ligne spirale qui marche dans le même sens que le tube cochléen, et qui décrit deux tours. Cette ligne spirale a été mentionnée par Cotugno sous le nom de iractus spiralis foraminosus ; je l'appellerai lame criblée spiroïde de la base du limaçon. En l'examinant à la loupe ou remarque :
l» Que les deux séries de pertuis qu'elle présente sont séparées par une crête osseuse qui s'efface insensiblement dans la seconde moiiié du premier tour et qui n'est pas également apparente chez tous les sujets.
2° Que de l'un et de l'autre côté de cette crête existe une série linéaire de fossettes séparées par des crêtes transversales et perpendiculaires à la crête principale.
3*» Que chacune de ces fossettes est percée de quatre, cinq ou six per-
tuis, et constitue par conséquent un petit crible à contours parfaitement arrêtés.
4° Que vers la fin du premier tour et dans tout le trajet du second , les crêtes et les fossettes deviennent en général beaucoup moins apparentes et disparaissent même entièrement chez quelques individus, d'où il suit que les pertuis semblent répartis d'une manière plus uniforme, comme le seraient ceux qu'on pourrait obtenir en pi(piantet repi([uant une feuille de papier avec la pointe d'une aiguille.
5° Enfin, qu'un orifice plus apparent que ceux qui le précèdent occupe l'extrémité terminale du second tour, c'est-à-dire le centre même de la fossette infundibuliforme de la base du limaçon. — Tous ces détails ont été bien observés et parfaitement représentés par M. Beau dans la fig. 280.
Chacun des trous qui concourent à former la lame criblée spiroïde représente l'orifice inférieur d'un petit canal qui marche d'abord parallèlement à l'axe du limaçon , et qui s'infléchit ensuite an niveau de la lame spirale osseuse, pour aller s'ouvrir sur le bord coiivexe de celle-ci. Le trou situé au centre de la base du noyau, est l'orifice d'un canal plus large qui occupe l'axe de ce noyau et «qui s'ouvre à son sommet.
Le sommet du noyau répond à la fin du second tour du tribe cochléen.
Fig. 27 j. Fjg. 27G.
Limnçons représentes dans les figitres 275 et 274 vus ici a un grossissement de trois diamètres.
Fig. 273. — Limaçon osseux vu par sa partie ante'rieure. — 1,1,'. Trajet de la lame des coi tours. — 9. Lamelle spmi-infundiljuliibrme de cette l»me vue par sa suiface concave. — 3,5. Trajet de la lame spirale osseuse. — 4. Eslre'mité terminale ou hec de celte lame. — fi. Sommet du uoyau el orifice qu'il pre'sente ; on voit que la circout'crence de cei orifice se continue eu dehors avec la moitié' supérieure du bord concave du bec de Ja lame spirale et en dedans avec le sommet de la lamelle senà-infundiliuliiorme de la lame des contours. — 6,6. Rampe tympanique dont une moitié' est recouverte par 13 lame spirale osseuse. — ~. Entrée de celte rampe.
Fig. 276. — Limaçon osseux el membraneux. — i,!,l. Lame des contours. — 2,2. Zone os.seuse ou nucléenne de la lame spirale. — ô. Son extrémité terminale ou sou bec. — 4,4. Zone cartila-^ineuse ou moyenne. — 5. Bec de celle zone. — 6,6. Zone périphéiique ou membraneuse. — 7. Son bec, — 8. Orifice ùe communication des deux rampes.
S60 ANATOMTE.
La distance qui le sépare de la coupole du limaçon est de I millimètre. — L'orifice qu'il présente, visible à l'œil nu, cori-espond au canal central de l'axe. La lèvre extex-ne de cet orifice se continue, ainsi que nous le verrons, avec la partie terminale de la lame spirale osseuse. Sa lèvre interne se continue avec la lamelle semi-infundibuliforme de la lame des contours, qui semble prolonger le noyau jusqu'au sommet du limaçon , et qui en a été considérée, en effet, mais bien à tort, par tous les anatomistes modernes comme une dépendance, d'où le nom de lamelle terminale de la coliimelle sous lequel elle a été du reste bien décrite par M. Huguier.
Là surface du noyau est unie à la paroi interne de la lame des contours et à la lame spirale. Le tissu qui compose ce noyau diffère très notablement de celui qui forme les autres parties du labyrinthe; il est mince, blanc, comme poreux et très friable.
3° Lame spirale.
La lame spirale tire son origine de la partie inférieure et antérieure du vestibule immédiatement au-dessus de la fenêtre ronde : de là elle se porte en serpentant jusqu'au sommet du limaçon, où elle se termine après avoir décrit comme la lame des contours trois tours entiers. On lui distingue deux faces et deux bords.
Des deux faces de la lame spirale, l'une regarde en avant et en dehors du côté de la rampe vestibulaire , l'antre en arrière et en dedans du côté de la rampe tympanique.
De ses deux bords, le plus long, ou bord convexe, adhère à la paroi externe du tube cochléen. Le plus court ou bord concave, est uni à la paroi interne du mêm.etube. Au niveau de celte union on remarque de petites saillies osseuses, arrondies, parallèles, régulièrement espacées, et séparées les unes des autres par des orifices à formes allongées. Ces saillies, décrites par Cotugno sous la dénomination de trahécules, se voient seulement du côté de la rampe tympanique, d'où le nom de colonnes de la rampe du tympan que le même observateur leur donna plus tard ; en les divisant transversalement ou longitndinalement on reconnaît qu'elles sont formées par des faisceaux de petits tubes, qui s'étendent des pertiiis de la lame criblée spiroïde du limaçon dans l'épaisseur de la lame spirale osseuse à laquelle ils transmettent les divisions du nerf cochléen.
La largeur de la lame spirale ne diminue pas progressivement de la base au sommet du limaçon ; un peu plus considérable au niveau de son origine, elle varie à peine dans la plus grande partie de son trajet, et diminue brusquement à sa terminaison. Isolée et redressée par la pensée, elle représenterait assez bien un ruban arrondi à une de ses extrémités et terminé en pointe à son extrémité opposée.
Cette lame se compose de trois bandes ou zones juxtaposées, qui sont en procédant de la paroi interne à la paroi externe du tube cochléen : une zone osseuse ou micléenne pliis connue sous le nom de lame spirale ffsseuse, une zone de consistance fibro-cartilagineuse ou zone moijenne, et une zone transparente et membraneuse ou périphérique. La première seule appartient au labyrinthe osseux. Les deux autres font parties du labyrinthe membraneux et seront étudiées plus loin.
La lame spirale osseuse forme à son origine la plus grande partie de
SPLANCHNOLOGIE. 561
la cloison du tube cochléen. Dans toute l'étendue du premier tour sa largeur est encore plus considérable que celle des deux zones externes réunies ; mais dans le second tour elle diminue très notablement, et de plus en plus jusqu'à la fin de ce tour, c'est-à-dire jusqu'au sommet du noyau où elle se termine sous la forme d'une pointe curviligne, décrite tour à tour sons les noms de kumulus, de rostrum, de bec de la lame spirale osseuse. — Le bord convexe de ce bec fait suite au bord convexe de la lame spirale osseuse, et donne attache comme celui-ci à la zone moyenne. — Le bord concave s'attache d'abord à la lèvre externe de l'orifice qui occupe le sommet du noyau ; plus haut il devient liiire et concourt, avec la partie terminale de la zone moyenne, à former un orifice qui établit une facile communication entre les deux rampes ; cet orifice sera décrit plus loin. — Le sommet du bec répond à la partie moyenne de l'intervalle qui sçpare le sommet du noyau du centre de la circonférence delà coupole.
La laj^e spirale osseuse est traversée de son bord concave vers son bord convexe par une série de canaux anastomosés et si nombreux qu'on la divise facilement en deux lamelles. Chacune de ces lamelles se continue, non avec la surface du noyau du limaçon, mais avec la paroi interne de la lame des contours ou lamina modioli dont elles constituent une sorte de repli destiné à prolonger les canaux protecteurs qui renferment les divisions du nerf cochléen.
4° Rampes du limaçon.
Les deux demi-cônes ou rampes qui résultent de la division du tube cochléen, par la cloison spirale, s'étendent du sommet du promontoire où ils commencent , jusqu'au sommet du limaçon où ils communiquent entre eux. L'une de ces rampes s'ouvre par sa base dans le vestibule ; l'autre correspond à la fenêtre ronde, c'est-à-dire à la caisse du tympan: de là le nom de rampe- vestibulaire donné à la première, et celui de rampe iympanique donné à la seconde.
Les auteurs, qui ont admis que l'axe du limaçon s'incline en bas par son sommet, ont considéré la rampe vestibulaire comme inférieure, et la tympaniijue comme supérieure : cette erreur a été commise par Valsalva et par Scarpa. Pour ceux qui ont cru remarquer, au contraire, que le sommet de ce même axe s'incline en baut, la rampe vestibulaire est devenue supérieure et la tynipanique inférieure : telle était la distinction adoptée par Duverney. Mais comme cet axe se porte horizontalement en avant et en dehors, on voit que les qualifications précédentes ne sont réellement pas applicables aux deux rampes. Si celles-ci devaient être désignées d'après leur situation respective, la seule dénomination qui pourrait leur convenir serait celle de rampe antérieure qui a été appliquée par Yieussens à la rampe vestibulaire, et celle de rampe postérieure appliquée par le même auteur à la rampe tympanique.
Les deux rampes n'offrent pas des dimensions égales : la rampe tympanique est d'abord plus large que la rampe vestibulaire ; mais à la fin du premier tour cette différence disparaît; vers la fin du second et dans le troisième tour elle se reproduit mais en sens inverse. La capacité relative de ces deux rampes présente, en outre, quelques variétés individuelles.
La rampe vestibulaire a pour origine un orifice elliptique situé à la
partie inférieure, antérieure et externe du vestibule. Partie de cet orifice, elle se dirige en avant et en bas, puis en bas et en dedans, et décrit ensuite une courbe régulièrement spirale. A son point de départ, elle est située audessus de la rampe tympanique; dans le reste de son trajet, elle se trouve au-devant et en dehors de celle-ci.
La rampe tympanique, née de la fenêtre ronde, se porte d'abord en haut,
FiG. «77.
FiG. 278.
Limaçon oin'ert par sa partie supérieure, afin de montrer ses deux rampes, son noyait, l'infiindibuliun qui occupe le sommet de celui-ci et la coupole qui recoui^re la base de cet infundibulani.
Fig. 277. — Limaçon osseux. — 1,1,1- Lame des contours. — 2. Ltimelle semiiufandibulifbrme de la lame des contours vue par sa partie supérieure ou convexe. — 5. Suiface concave de celte lamelle dont on n^iperçuil dans celle vue qu'une faible partie. — 4. Bord concave par lequel elle se termine. — 5. Extrémité' antérieure de ce Lord se continuant avec la partie externe de la circonférence de la coupole. — 6. Coupole du limaçon dont les deux tiers supérieurs ont été enlevés pour laisser voir la base de la lamelle semi-infuudilinliforme. — 7, Partie inférieure de la circonférence de cette base se continuant avec la partie cori espondanle de la cii conférence de la coupole. — 8,8. Lame spirale osseuse. — 9. Origine de cette lame. — 10. Son bu-c ou partie terminale. — H, 11. Rampe tympanique et colonnes que présente lasmface du noyau au niveau de cette riimpe. — 12,12. Rampe vestibulaire dépourvue des colonnes qu'on observe dans la rampe précédente. — 13. Conduit auditif interne. — 14. Fossette de la base du noyau du limaçou.
Fig 278. — Limaçon osseux et membraneux. — 1. Premier tour de la rampe tympanique. — 2. Deuxième tour de cette rampe. — 3. Troisième tour de la même rampe limité en arrière par la surface concave de la lamelle st-miiiifundihuliforme, et en avant par le dernier tour de la rampe spirale dont la circonférence adhère à la circonférence de la coupole. — 4. Premier tour de la rampe vesiibulaire. — o. Sou second tour. — 6. Son troisième tour limité en arrière par le dernier tour de la Iume spir.ile, et en avant par la coupole du linuiçon. — 7,7. Zone oseuse ou nnclécnuc de la lame spirale. — 8,8. Zone moyenne ou cartilagineu-e. — 9,9. Zone péri|>licrif(ue ou membraneuse. — 10. Bec de la zoiie osseuse circonscrivant la moitié inférieure de Toiificede communication des deux rampes. — 1 l. Bec de la zone moyenne circonscrivant la moitié supérieure de cet oi ifice, — 12. Bec de la zone membraneuse recouvrant l'extrémité aniérieure du ))ord conravp de la lamelle semi infiindibuliforme de la lame des contours.
SPLANCHiNOLOGlE. 5^3
au-dessous de la ram[)e vestibulaire ; mais presque aussitôt on la voit s'infléchir en bas pour se placer en dedans de celte même rampe dont elle occupe ensuite le côté postérieur et interne dans toute l'étendue de la courbe qu'elle décrit. A son origine on observe immédiatement au-dessus et en dedans de la membrane qui ferme la fenêtre ronde un pertuis plus ou moins apparent ; ce pertuis représente l'orifice interne d'un canal nui s'ouvre par son extrémité opposée sur le bord inférieur et postérieur du rocher, et qui a été décrit par Cotugno sous le nom â'aqueduc du limaçon.
Pai'venues au-dessus du sommet du noyau, les deux rampes n'offrent plus de paroi interne ; elles sont formées seulement par la paroi externe de la lame des contours qui prend l'aspect d'une gouttière , et par la lame spirale qui divise cette gouttière en deux gouttières plus petites l'une postérieure qui continue la rampe tympanique . l'autre antérieure qui continue la rampe vestibulaire. Chacune d'elles nous offre deux lèvres ou parois : la paroi postérieure de la gouttière postérieure est constituée par la lame des contours qui s'enroule au-dessus du noyau du limaçon à la manière d'un entonnoir ; la paroi antérieure de la gouttière antérieure est constituée aussi par la lame des contours qui s'enroule au-dessus de cet entonnoir en forme de voûte ou de coupole ; la paroi antérieure de la "^outtière postérieure et la paroi postérieure de la gouttière antérieure sont formées par une seule et même lame, par la lame spirale, qui sépare la cavité de l'entonnoir, c'est-à-dire la partie terminale de la rampe tympanique, de la cavité de la coupole ou partie terminale de la rampe vestibulaire, et qui en s'enroulant par son bord concave devenu libre, circonscrit un orifice à l'aide duquel les deux rampes communiquent entre elles dans toute l'étendue de leur dernier tour.
Cet orifice, signalé en 16 77 par Mery, mentionné ensuite par Nogues bien décrit en 1761 par Cotugno, a été tour à tour désigné sous les noms de canalis communis scalarum par Cassebohm, d'oHficium infundibull par Cotugno, d'hiatus par Scarpa, à'/iéllcolrème par Breschet ; nous l'appellerons plus simplement orifice de communicalion des deux rampes. — Sa forme n'est ni circulaire, ni demi-circulaire ; son contour ne peut être comparé qu'à un pas de vis, qui répond par une de ses extrémités au sommet du noyau, et par l'autre à la partie externe de la circonférence de la coupole. Pour l'étudier, il faut prendre de préférence des temporaux parfaitement secs, et enlever avec une scie à dents extrêmement fines toute la coupole du limaçon en agrandissant peu à peu la perte de substance c'est-à-dire en se servant de la scie à la manière d'une lime.
5° Aqueduc du limaçoa.
L'aqueduc du limaçon est un conduit de forme pyramidale et trian'^u* laire qui s'étend de la partie inférieure du rocher vers l'origine de la rampe tympanique. U est situé au-dessous du conduit auditif interne dont il suit la direction et dont il égale la longueur.
L'orifice externe de ce conduit occupe la partie moyenne du bord postérieur et inférieur du rocher. Sa forme est celle d'une fossette triangulaire.— L'orifice interne, extrêmement étroit, s'ouvre immédiatement au-devant de la membrane qui ferme la fenêtre ronde.
564 ANÀTOMIE.
L'aqneduc tlu liniaçon ijrésentè le plus som-ent une ou deux divisions qui vont se perdre dans Tépaisseur du rocher. Le conduit principal et les brandies qui en partent sont occupés par un prolongement de la duremèi-e, une artère et une veine. Ces deux vaisseaux, après avoir pénétré dans la rampe tympanique, se distribuent à la membrane qui en tapisse les parois, et surtout à la lame spirale dont ils suivent le trajet.
Cet aqueduc, les vaisseaux qu'il contient et les principales ramifications de ceux-ci ont été très bien décrits, en 1683, par Duverney. — Cotugno, qui n'avait pas observé ces vaisseaux, émit l'opinion, en l76l, que le conduit étendu du bord postérieur du rocher dans la rampe tympanique, était destiné à établir une communication entre le liquide intra-cocbléen et la sérosité arachnoïdienne; ainsi que l'aciueduc du vestibule, il constituait pour le liquide des cavités labyrinthiques une voie dérivative par laquelle eelui-ci refluait dans le crâne lorsq\ie la base de l'étrier le comprimait, et par laquelle il rentrait dans ces mêmes cavités lorsqu'il n'était plus soumis à aucune compression. Cette opinion a trouvé un grand nombre de partisans ; mais, fondée sur une erreur, elle ne pouvait résister longtemps à une étude attentive : les recherches modernes sont venues la réfuter et démontrer l'exactitude des observations de Duverney,
Conduit auditif interne.
Le conduit auditif interne s'étend de la face postérieure du rocher vers le vestibule et la base du liuiacon. — Sa direction est oblique d'arrière eu avant et de dedans en dehors, de telle sorte que son axe croise celui de la portion pétrée du temporal sous un angle de 4 5°. — Sa longueur varie de 8 à 10 millimètres, et son calibre intérieur de 4 à 5. —Son extrémité interne, ou son entrée, est formée par un orifice elliptique, — Son extrémité externe, ou le fond du conduit, est divisée en deux étages par une crête horizontale et falciforme dont le bord tranchant se dirige en arrière et en dedans. Une très petite crête verticale subdivise l'étage supérieur en deux fossettes qui se distinguent par leur situation en antérieure et postérieure. L'étage inférieur plus grand se décompose aussi en deux fossettes, dont l'une correspond au limaçon et regarde en avant par conséquent, dont l'autre répond au vestibule et regarde, au contraire, en arrière et en dehors.
La fossette supérieure et antérieure constitue l'entrée de l'aqueduc de Fallope : elle donne passage au nerf facial.
La fossette supérieure et postérieure moins considérable, forme l'entrée d'un autre canal, qui reçoit la branche supérieure du nerf vestibulaire. Ce canal se subdivise en deux ou trois autres, lesquels se partagent à leur tour en canalicules de plus en plus ténus jusqu'à ce qu'ils arrivent à la tache criblée antérieure où ils s'ouvrent par un grand nombre de pertuis visibles seulement à la loupe. Ainsi conformée, cette fossette constitue un petit crible de forme conique ou tubuleuse.
La fossette inférieure et postérieure ou fossette vestibulaire, est presque plane. Elle offre : 1° en haut et en arrière un trou constant et très apparent situé sur la pai'oi postérieure du conduit auditif; ce trou, décrit par Morgagni sous le nom de foramen singulare, forme l'orifice d'un conduit qui se dirige vers la tache criblée postérieure, c'est-à-dire vers l'orifice ampuUaire du canal demi-circulaire postérieur au voisinage duquel il s'ouvre
ANCILNOLUGli:.
après s'ctrc brus.juenient divisé en huit ou dix caiialiciiles. Ce trou et les canalicules qui eu pavteut logent le nerf aui|;ullaire inférieur. 2» Deux ou trois autres trous situés au niveau ou immédiatement au-dessous de l'extrémité postérieure du repli faiciforme du conduit auditif interne; ces trous deviennent le point de d('part d'autant de canaux subdivisés en canalicules allant s'ouvrir sur la tache ctihlée de la fo««otte hétnisphérique par des pertuis d'une extrême ténuité ; ils transmettent dans le vestibule le nerf sacculaire.
Lafosselle inférieure et antérieure ou [ossritr. cochléenne répond à la base du noyau du limaçon ; nous avons vu précédemment qu'elle se compose de fossettes plus petites disposées sur une double ligne spirale, et que ces fossettes, à travers les(pielles se tamisent les divisions du nerf cochléen. constituent la lame criblée spiroïde dsi iim..ro!!.
FiG, 279.
i-îc. :2ï;0.
Parl'e profonde du cordait auditif interne.
Lmne ai un "ras.
c .^1 iioide du Iiuincon inie a îseincfit de cinq diamètres.
Fij. 27f), — 1. Paroi antérieure du coutliiit amlUif. — 2,2. Coupe de la paioi postérieure de ce coudait. — 5. Créle falcil'o: ntc qui divise le fond du conduit en deux e'U.ges. — 4. F< sselle supéiieure et antérieure ou entrée de l'aqueduc de Fallope. — 5. Fossello supérieure et posléj ieure. — (i. OriGces livrant })assage au uerf sacculaire. — 7. Coiulidt qui s'étend du foionien singulare de 31orgagiii à Tanipoule du luLe denii-circuUàre postérieur. — 8. L;ime criblée spiroïde de Ja l)ase du limaçoa. — !'. Vestibule. — 10. Can;d demi-circulaire siipérieur. — 1!. Canal demi-circidaire postérieur.
Fig. 280. — 1,1,! . Pi emier lour de la lame crilj'.éc spiroïde cori espondant au premier tour de la lame des contours et de la Lme spirale. — 2,2. Deuxième tour de celle lame correspondant au deuxième tour des lames précédentes. — ô. Trou terminal de la même lame foimiuit rorifice inférieur du canal central de Taxe du limaçon. — 4. Tj-ois trous situés entre Foiigme de la lame criblée spiroïde cl la crête faiciforme, livrant passage aux divisions du uerf sacculaire. — o. Fosset e supérieure et postéiieu:e à travers laquelle se tamise la Ijranche qui va se distribuer à lutricule et aux ampoules des canaux demi-circulaiies supérieur et externe. — G. Fosse! le supcrieuie et antérieure, ou eutrée de F; queduc de F.dlope. — 7, Peli e créle verticale qui sépare ces deux fiissetles. — 8. Ciè'c faicilornie du ror.duil auditif.