II. 4 S
566 ANATOMiE.
B. Labyrimiie membraîseîîx.
Le labyrinllie membraneux est un ensemble de lames molles, minces et ti-ansparentes sui' lesquelles viennent s'épanouir les dernières divisions des nerfs auditifs et qui constituent par conséquent la partie essentielle ou fondamentale du sens de l'ouïe. Ces lames se retrouvent dans toutes les parties du labyrinthe osseux; mais elles sont conformées différemment dans chacune d'elles : dans le vestibule elles se présentent sous l'aspect de deux vésicules superposées, dans les canaux demi-circulaires sous l'aspect de tubes, dans le limaçon sous l'aspect d'un long ruban qui court de la base au sommet des deux rampes et qui forme la portion molle de la lame spirale. Autour de toutes ces lames, si diversement configurées, on trouve un liquide qui les sépare des parois osseuses, et dans la cavité que circonscrivent quelques unes d'entre elles un autre liquide qui soutient leurs parois. Le labyrinthe membraneux nous offre donc à étudier :
1° Les deux vésicules du vestibule, vésicules qui ont été collectivement désignées sous le nom de vestibule membraneux.
2*» Les trois canaux ou tubes demi-circulaires membraneux.
3" La portion molle de la lame spirale du limaçon.
4° Le liquide qui l'entoure, ou liquide du labyrinthe osseux, et celui (jui occupe ses diverses cavités, ou liquide du labyrinthe membraneux.
5° Le mode de distribution et de terminaison des nerfs auditifs.
G^ Enfin des artères et des veines.
Après avoir décrit le labyrinthe mendiraneux, afin de compléter son étude, nous passerons en revue les principaux faits qui se rattachent à sa découverte.
i° Vestibule membraneux.
Des deux vésicules qui composent le vestibule membraneux, l'une est inférieure, sphéroïde et plus petite, c'est le saccule; l'autre supérieure et ovoïde, c'est Vulricule.
Le saccule, sacculus rotundus de Scarpa , occupe la partie la plus déclive du vestibule. Sa forme est très régulièrement arrondie , et son diamètre d'un millimètre et demi. Il répond : en dedans à la fossette hémisphérique à laquelle il est fixé par le nerf sacculaire; en dehors à la paroi e-xterne du vestibule dont il est séparé par le liquide du labyrinthe osseux ; en haut, à l'utricule dont il semble former une dépendance ; en bas, à l'orifice vestibulaire du limaçon qu'il surmonte.
Vutricule, sacculus oblongus seu nlveus communis ufriculiformis de Scarpa, sinus médian de Brescbet, occupe la moitié supérieure du vestibule. Pour constater son existence et son mode de configuration, il faut enlever avec ménagement toute la voûte du vestibule en conservant intact le tube demi-circulaire membraneux supérieur, et plonger ensuite la préparation dans l'eau ; en l'examinant alors attentivement on le verra flotter à la manière d'une bulle oblongue. — Son grand diamètre varie de 3 à 4 millimètres. Ses diamètres transversal et vertical ne dépassent pas 2 millimètres.— En dedans, l'utricule est en rapport avec la fossette semi-ovoïde; en dehors avec les canaux demi-circulaires membraneux qui viennent
SPLANCaNOLOGlE. ou7
s'ouvrir dans sa caviLé , et dont elle représente en (juclque sorte le confluent, d'où le nom d'olveiis communis que lui a donné Scarpa; en haut avec la voûte du vestibule ; en bas avec le saccnic ; en avant avec la base de rétrier et la tache criblée antérieure à laquelle elle est unie par le nerf utriculaire ; en arrière et en bas avec l'ampoule du canal demi-circulaire membraneux postérieur.
Quelles sont les connexions dit saccule et de l'utricule ? Selon Scarpa, ces deux vésicules seraient complètement indépendantes ; l'inférieure ferait saillie dans la supérieure qui la recevrait à peu près comme le corps vitré reçoit le cristallin. Quelques faits me porteraient plutôt à penser qu'elles communiquent l'une avec l'autre : i° lorsqu'on ouvre l'utricule, le saccule se vide en partie ; 2*^ le même résultat se produit si on ouvre l'un des canaux demi-circulaires; 3° après avoir enlevé l'étrier et agrandi par en bas la fenêtre ovale de manière k découvrir les deux vésicules sans les déchirer, si on pique le saccule avec la pointe d'un tube à injection lymphatique et si on injecte un liquide coloré dans sa cavité, on voit ce liquide passer dans l'utricule, et de là dans les canaux demi-circulaires. Ces expériences semblent concluantes ; cependant comme je n'ai pu les répéter encore aussi souvent que je l'aurais désiré, je m'absliendrai d'une conclusion absolue qui aurait le tort peut-être d'être trop précipitée ; je dirai seulement que si la communication du saccule avec l'utricule n'est pas entièrement démontrée, elle est au moins très vraisemblable.
Quelles sont les dimensions relatives du vestibule membraneux et du vestibule osseux? Le saccule et l'utricule réunis occupent les deux tiers environ du vestibule osseux. J'ajouterai que le volume de ces vésicules ne peut être apprécié d'une manière exacte qu'autant que le labjTinthe membraneux est parfaitement intact ; car si celui-ci a été ouvert sur un point quelconque, le liquide qu'il renferme s'écoule en partie et ses dimensions diminuent dans la proportion de cet écoulement. Il faut donc s'attacher en le découvrant à éviter toute lésion, ce qui devient facile après quelques essais, alors même qu'on emploie pour cette préparation des temporaux d'adulte ; il faut, en outre, l'examiner sous l'eau qui remplace à son égard le liquide du labyrinthe osseux et qui le rétablit en partie dans ses conditions primitives.
Structure du vestibule membraneux. Le saccule et l'utricule se compossnt d'une couche externe de nature celluleuse, et d'une couche interne de nature épithéliale. — La couche celluleuse est formée par des fibres de tissu cellulaire d'une extrême ténuité : c'est dans son épaisseur que viennent se perdre les dernières divisions des nerfs sacculaire et utriculaire ; c'est dans son épaisseur aussi que se ramifient les artères et les veines du vestibule membraneux. — La couche épithéliale revêt la face interne de la couche celluleuse , elle est en contact immédiat par conséquent avec le liquide du labyrinthe membraneux. Les cellules qui la constituent se distinguent très bien k un grossissement de 400 diamètres.
Au niveau de l'épanouissement des divisions nerveuses , la couche épithéliale cesse d'exister. A sa place on observe une substance blanche et de nature calcaire qui se montre dans tous les animaux vertébrés , mais avec des caractères différents : dans les uns à l'état pulvérulent , dins d'antres
à. l'état de iiiasi-c concrùtc : sous la première fonuo, celle ssibslauce coiistitue la pondre culcràrc dii vestibule ; sous la seconde, elle ptetid le nom de pk'D-es aiidilivcs.
La poudre calcaire du vcslibiile, pomxirre audilive, oiocouie de Breschct , existe chez l'iioinine et dans tous les mamniifères , les oiseaux et les reptiles. C'est dans l'iiomme qu'elle se représente à son plus grand état de division. En descendant l'éclielle des vertébrés on voit sa quantité et sa consistance augmenter graduellement , de telle sorte que ses particules sont à la fois et plus abondantes chez les reptiles et unies entre elles d'une manière plus intime. Mais, qu'elle soit rare ou abondante, que ses particules composent une masse demi-concrète ou sans cohésion, constamment la poudre calcaire occupe un point déterminé ; constamment elle est appliquée sur la face interne du saccule et de l'utricule au niveau de l'épanouissement des fibres nerveuses, et au niveau de ces fibres seulement. — Chacune des molécules impalpables qui la composent semble correspondre à l'une des fibres qui forment les nerfs sacculaire et utriculairc, d'où il suit qu'elle se comporte à l'égard de ces fibres à peu près comme les dents à l'égard des nerfs dentaires; seulement, ainsi que le fait remar- *iuer M. Huschke , il n'y a pas ici emboîtement, mais simple apposition de la molécule calcaire à la fibre nerveuse, unies l'une à l'autre par l'intermédiaire de la couche ceîluleuse. Vue au microscope, la poudre calcaire se transforme en petits cristaux dont chacun représente, suivant le même auteur, un prisme à six pans, terminé par des pyramides à six faces.
Les pierres auditives, otollthes de Brescheî., se rencontrent chez les poissons osseux et les cbondroptérygiens à branchies libres. Elles offrent la forme de calculs blancs, aplatis, durs et cassants comme du marbre. On en trouve toujours trois : une dans l'utricule et deux dans le saccule.
2° Tubes demï-clrculaircs membraneux.
Les tubes on canaux demi-circulaires membraneux reproduisent très exactement, sous des dimensions moindres, le mode de conformation de-; canaux demi-circulaires osseux. Comme ceux-ci ils sont au nombre de trois: un supérieur, un postérieur et le troisième externe : comme eux ils présentent une extrémité ampullaire et une extrémité non ampullaire ; de même que les premiers viennent s'ouvrir dans le vestibule osseux par cinq orifices , de même aussi les seconds s'ouvrent dans le vestibule membraneux par cinq embouchures, le tube demi-circulaire supérieur et le postérieur se réunissant par leur extrémité non ampullaire pour former un tube commun.
Le diamètre relatif de ces deux ordres de tubes a éîé l'objet d'évaluations très différentes. Selon quelques auteurs , les tubes membraneux seraient aux tubes osseux dans le rapport de un à deux; selon d'autres , leur calibre ne représenterait pas la moitié, mais le quart seulement de celui des canaux demi-circulaires osseux; pour d'autres, ils seraient plus petits encore et ne constitueraient (pi'un filament presipie invisible. Ces différences d'évaluation tiennent aux coinlitions différentes dans lesquelles se sont placés les divers observateurs. Si l'on ouvre les tubes osseux sans altérer les tubes membraneux, et si l'on examine ces derniers sous l'eau, on reconnaît que leur diamètre équivaut à la moitié, aux deux tiers et quelque-
SPLANG11N0L0C.1E.
fois même aux trois ijiiarts du diamètre du tube osseux. Leur calibre a donc été généralement diminué, et il l'a été parce que la idupart des anatomistes, en ouvrant le labyrinthe osseux, ont aussi ouvert le labyrinthe membraneux, et ont évalué le volume de celui-ci dans l'état de vacuité, tandis (|u'il devait être estimé dans l'état de plénitude. A'ides, les canaux demicirculaires membraneux se réduisent en effet à un filament d'une extrême l('nuité ; pleins, ils offrent des dimensions beaucoup plus apparentes.
Les tubes demi-circulaires membraneux ne décrivent pas une courbe aussi régulière (jue les canaux osseux : ils sont légèrement flexueux , de telle sorte qu'ils répondent tantôt à l'axe de ces canaux, et tantôt à leurs parois. Des fdaments de tissu cellulaire, qui se détachent de distance en distance de leur surface, les unissent à ces mêmes canaux.
L'extrémité ampullaire du tube membraneux supérieur offre la forme d'un ellipsoïde. Celle du tube membraneux externe représente aussi un ellipsoïde, et affecte le même volume et la même direction que la précédente. Celle du tube membraneux postérieur est arrondie. — Chacune de ces ampoules communique avec l'utricule par une de ses extrémités et avec le tube qui lui correspond par l'extrémité opposée. — Chacune d'elles se déprime à sa partie antérieure et donne ainsi naissance : 1° à un petit sillon (pii se dirige perpendiculairement à l'axe du tube ; 2" à un repli en forme
FiG. 2S1. FiG. 282.
Ldhyrinllie mevibraneiix. — f)istribuiion du nerj acoiislii/;ie niix dU-erses pallies de ce labyrinthe.
Fig. 281. — Labyrinlhe membraneux de grandeur nnliirelle. — \. Brauclic veslilmlaire du nerf acoustique. — 2. R imeau que cette branche fournit au saccule — 3. R meau qu'elle fournit à l'utricule. — 4, Rameau (ju'elle fournit à Fampoule du tube membraneux externe. — o. Pvameau qu'elle donne à Fampoule du tube membraneux, externe. — 6. Pxameau quelle donne à Fampoule du tube membraneux supe'rieur. — 7. Branche cochlëenne du nerf acoustique.
— 8. Limaçon ouvert par sa partie supérieure pour montrer sa lame spirale dans laquelle cette hranclie vient se ramifier.
Fig. S82. — Veslibuls et canaux demi-circulaires membraneux, vus a un grossissement de trois diamètres. — 1. Branche vestibulaire. — 2. Nerf sacculaire s'e'panouissant en éventail sur le saccule. — r>. Nerf utriculaire se lermin;mt par une expansion rayonnée sur la partie anle'rieure de FuMicule.
— 4. Nerf ampuliaire poste'rienr se divisant en deux filets et s'irradiaut ensuile dans le repli scmi lunaire de l'ampoule qui hii correspond. — 5. Nerf .mipullaire externe se divisant et s'irradiant de Ui même manière. — 6. ^'erf ampul laire supe'rieur odir.nt le même mode de terminaison. — 7 Branrbc cochlëenne.
'i/O ANA'iOMlE.
de croissasi't <nii cloisonne on partie sa cavité. C'c.-.t vers ce repli, signalé par 31. Husclike, qne se dirigent les nerfs anipuîiaires; c'est dans son épaisseur que ceux-ci se raniilient, d'où il suit ('U'il peut être considéré comme une sorte de papille .'emi-lunaire.
î/extrémité non ampullaire des trois (ubes membraneux s'ouvre dans l'utricule par deux orifices : l'un de ces orifices, coinnam aux tubes su|!érieur et postérieur, est arrondi; l'autre, qui déiicnd du tube externe, est arrondi aussi et précédé d'une dilaîaîion infundibuliforme.
La structure de ces tuLcs est identique à celle de l'utricule et du saccule.
3° Limaçon membraneux ou poviicn molle de la lame spirale.
La portion molle de la lanie spirale du limaçon se compose, ainsi que nous l'avons dit précédemment, de deux bandelettes ou zones, dont l'une se continue avec la zone osseuse ou nucléenne , tandis que l'autre adhère h la paroi externe de la lame des contours : d'où le nom de zone moyen h e de la lame spirale que nous avons donné à la première, et celui de zour péripliéricjue que nous avons attribué à la seconde, afin de rappeler leur situation respective; toutes deux naissent du plancher du vestibule et s'élèvent jusqu'au sommet du limaçon.
La zone moyenne de la lame spirale, zona choriacea de Scarpa, zone carlilagineiise de plusieurs auteurs, zonula nervea de Krause, zone dentelée de Todd, de Bowman et de Corti, est très étroite à son point de départ ; mais elle ne tarde pas à s'élargir et conserve ensuite dans la plus grande partie de son étendue une largeur uniforme. Parvenue an bec de la lau)e spirale osseuse, elle suit la direction du bord concave de ce bec, contribue ainsi à former l'orifice de communication des deux i-ampcs et se termine par une pointe aiguë ou bec de la zone moyenne suv le con tour de cet orifice, un peu au-dessous du bec de la zone périphérique.
Cette zone est blanche, demi-transparente, et d'une consistance fibrocartilagineuse.
Son bord concave se continue avec la lame spirale osseuse, et son bord convexe avec la zone périphérique.
Sa face postérieure ou tympanique est unie, et située sur le même plan que la face correspondante de la zone osseuse.
Sa face antérieure ou vcstibulaire est surmoiitée d'une saillie fort remar quable qui s'infléchit par son extrémité libre vers la paroi externe de la lame des contours, de telle sorte que lorsqu'on examine le profil d'une coupe de la zone moyenne, on aperçoit sur le bord externe de celle-ci un sillon profond. La lèvre postérieure ou tympanique de ce sillon se continue >eule avec la zone périphérique. La lèvre antérieure ou vcstibulaire, recourbée en crochet, représente une crête spirale décrite par M. Huschke sous le nom décrète auditive ; vue au microscope, cette crête se compose de petites saillies placées sur une même ligne, les unes à la suite des autres, et au nombre de mille environ suivant cet auteur. Indépendamment de ces saillies, décrites par M. Corli, sous le nom de dents de la première rangée, il en existe d'autres qui occupent la face veslibulairede la lèvre postérieure et qr.e cet analomiste nomm.e doits de la deuxième ra)igée, d'où
SPLANCliNOLOGlIi. o7l
la déimmiiiatioii de zone tlenteléc qu'il a adoptée pour dchiguer la zone oartilagineusc. — Quelle est la nature de ces dents? Treviranus les considère comme des papilles. Huschke reste dans le doute à cet égard. Mais comme la crête auditive est à ses yeux la partie la plus importante du limaçon, on voit que son opinion se rapproche beaucoup de celle qui précède. Selon Corti, qui a particulièrement fixé son attention sur l'étude de ces saillies, elles ne sont pas constituées par les dernières divisions du nerf coclilécn; car celles-ci s'épanouissent sur la face tympanique de la zone dentelée. Ces résultais contradictoires disent suffisamment combien sont encore incomplètes les notions toutes récentes que nous possédons sur ce point d'anatomie.
Le sillon qu'on observe sur le bord convexe de la zone moyenne représente, après la naissance, un demi-canal. Mais dans les premiers temps de la vie intra-ulérine la zone moyenne paraît être parcourue de l'une à l'autre de ses extrémités par un canal complet qui serait d'abord en communication avec le saccule, d'après les observations de M. Husclike. Plus tard, ce canal s'aplatit, puis il s'entr'ouvre par son bord externe et se transforme alors en nn simple sillon. Far sa disposition primordiale, la portion molle de la lame spirale se rapprocherait beaucoup par conséquent du mode de conformation des autres parties du labyrinthe membraneux- La ~-oue j^ériphcrtque, zona me m bran a ce a de Scarpa, zone onembraneuse de la plupart des auteurs, zone pecHnée de Todd, de Bowman et de Corti, constitue la partie la plus externe, la plus mince et la plus transparente de la lame spirale. De même que la bandelette cartilagineuse, elle est très étroite à son origine, mais sa largeur augmente bientôt, et ne varie pas sensiblement dans le reste de son trajet. Ses faces sont unies. Son bord concave se continue avec le bord convexe de la zone moyenne. — Au niveau de cette union on observe presque constamment un vaisseau sanguin à marche spirale qui donne chemin faisant quelques fines divisions, dont les unes se portent vers l'axe du limaçon, et les autres vers sa périphérie. Cette zone se compose de fibres dirigées de son bord concave vers son bord convexe, sur lequel elles se continuent avec celles du périoste qui tapisse les deux rampes. Elle est recouverte d'une couche épithéliale qu'on voit se prolonger sur la zone moyenne.
-i° Liquides du labyrinthe osseux et du labyrinthe membraneux.
Jusqu'en 1G83, tous les anatomistes ont pensé que le labyrinthe est rempli d'air; et comme les cavités labyrinthiques étaient fermées de toute part, comme cet air ne pouvait provenir des voies aériennes, il fut admis qu'il prenait naissance dans ces cavités mêmes : d'où les nonis d..'air congénital, d'air implanté, sous lesquels on le trouve mentionné dans les auteurs des xvf et xvii<= siècles.
En 1684, Vahalva, le premier, annonça que le labyrinthe osseux était rempli d'un liquide transparent : « Pour ne rien omettre, à'it-'il, j'ajou- » terai, en terminant, que les parois du labyrinthe sont arrosées par « une humeur aqueuse et abondante qui entretient l'humidité des mem- » hranes qu'il renferme, et dont les auteurs n'ont fait jusqu'à présent » aucune mention. Dans le fietus, cette humeur présente une coloration
» rowjrdlre ; mai.s acec le lewps elle se dc'poiiUle de celte coiilru>- vl » devient limpide comme de l'eau (l). » La découverte tle ce ii(iui(!(; heiu-tait une opinion <k'[»uis troi» iongtemiis accréditée pour cire admise sans contestation. Vieussens s'efforça de démontrer qu'il existait de l'air dans l'inlérieur du labyrinthe, et (|ue cet air passait delà caisse dn tympan dans le vestibule à travers des perinis ([u'il disait avoir reiiiarcpiés sur la liasc de rétrier. D'autres observateurs parlèrent dans le même sens. Beaucoup restèrent dons le doute. — Tel fut l'état de la science jusqu'à Cotugno, (pii en 1 7G0, émit de nouveau la pensée, non seulement que ce liquide existe, mais (|ue sous l'inllucnce des mouvements imprimés à l'étrier, il Hue et reflue, paries aqueducs, de l'oreille interne dans le crâne et du crâne dans les cavités de l'oreille interne. Appelé soudainement à jouer un rôle aussi iinjyortant dans le mécanisme de l'aiidilion, le liquide du labyrinthe osseux fixa dès ce moment l'attention générale, et son existence ne fut plus contestée. Si Cotugno ne l'a pas découvert, il a donc contribué à le faire inscrire an nombre des faits acquis à la science •• de là le nom d'humeur de Cotuguo, sous lequel il est généraiement connu. Mais il y a dans cette dénoinina'.ion beaucoup d'ingratitude à l'égard de Valsalva, que Cotugno avait lu, qu'il cite Uicme quelipiefois, et (jn'il a en le (ort de ne pas ciler Cil cette occasion.
Le lir^uide du labyrinthe osseux, humeur de FaUalca, périlymphi de Breschet, entoure de tuule part le labyriniiie membraneux.
Sa quantité est en rai^on inverse dn volume de celui-ci. Dans certaines espèces animales, il forme une couche assez épaisse , et dans d'autres une couche mince. Chez l'homme il remplirait, d'après (pielqucs anatomistes . la totalité des rampes du limaçon et la plus grande partie dn ve.^libule, ainsi (jue des canaux demi-circulaires; mais il est facile de reconnaître, en s'cnlourant des précautions que j'ai déjà indiquées, et en examinant sous l'caii les dimensions relatives du iabyrinlhe osseux et du labyrinthe membraneux, que son volume représente le tiers seulement de la capacité du vestibule et des canaux demi-circulaires. L'utriciile, [»ar consé- «pient, n'est [tas en rapport immédiat avec la base de l'étrier ; iors(iue celle-ci s'enfonce dans ia cavité vestibulaire, c'est par l'intermédiaire de l'humeur de Valsalva ([u'elle ébranle les ami)onles membraneuses du sens de l'ouïe.
Ce li(piide présente la li:n|)idité et la (Inidité de l'eau. 11 blanchit légèrement li>rs(pi'on le mêle à l'alcool. Le pério-te qui tajiisse les parois des cavités labyrinthiques, paraît être la source tlont il énK'.ne. Il a pour usage de tenir en suspension les parties les plus délicates de l'organe de l'ouïe et de transinettre à ces parties les vibrations sonores qui lui arrivent . soit I>ar la chaîne des osselets, soit par la fenêtre ronde, soit enfui yav les parois du crâne et la substance compacte du rocher.
J.e liquide du labyrinthe membraneux, humeur de Searpa, vitrine auditive de Ducrofay de Blainville, endulymphe de Breschet, a été longtemps confondu avec le liqjiide du la!»yrinlhe osseux. Ce n'est (ju'en 1794 (pi'il en a été distingué par le premier de ces anatondsies, dans les termes suivants : « Les tubes membraneux, ainsi que leur sac commun, sont rein- » plis dans riionuue, les poissons, les reptiles et les oiseaux, d'une humeur
bl LA.NCUNOLOGIE. 0/3
» ai|ucusc et limpide , tlont la itréscuce coiicoiut Icllement à augmenter » leur diapliantité, ([u'ils échappent facilement à des veux inexjxhimenlOs. » Le sac commua de ces tubes, ^u dans son inlégrilé, est distendu par ce )) liquide et si transparent (pi'on peut le comparer à une bulle d'air oblon- » gue. Les tubes mendjraneux offrent rajjparence de vaisseaux lymiihati- » ijues ; en comprimant leurs ampoules j'ai vu l'humeur (pi'ils contiennent i) se déplacer, aller et venir dans leur cavité. Cliaciue fois {pi'on ouvre avec jt une pointe l'un de ces tubes ou leur sac commun, celle-ci s'écoule aus- » sitôt et leurs parois s'affaissent ( 1). »
Le liiiuide du labyrinthe membraneux ne diffère pas sensiblement chez l'adulte de celui du labyrinthe osseux. Chez le fcetus et pendant les premiers mois de l'enfance, il offre un reflet rougeàtre et une fluidité un peu moindre, surtout dans le sacculc et l'utricule. En descendant l'échelle des vertébrés on voit sa consistance augmenter de plus en plus , de telle sorte •lue', dans les reptiles, il prend l'aspect d'une solution de gonnne, et, dati^ un grand nombre de poissons, celui d'un llnide visqueux ou d'une sorte de gelée.
Ce liquide a pour usage : 1" de concourir à la transmission des sons: ■2" de soutenir les parois des cavités mendjraneuses sur lesvpielles viennent s'(''panouir les divisions du nerf acousticpie, et d'étaler en quelque sorte les expansions de ce nerf, afin que celles-ci se présentent aux ondes sonores par toute l'étendue de leur surface. Brescliet ayant cru rcmaripier cpie la poudre calcaire nage dans le liquide du saccule et du vestibule, avait émis la pensée tjue les molécules de cette poudre , mises en mouvement par le choc des ondes sonores, venaient heurter l'extrémité terminale des nerfs acoustiques et contribuaient ainsi à donner plus d'intensité aux impressions auditives. Cette petite théorie est démentie par l'observation ; car, nous avons vu que la poudre calcaire du vestibule adhère aux parois du saccule et de l'utricule à peu près comme les cellules é[)ithéliales, mais seulement d'une manière beaucoup uioins intime: c'est i)ourquoi elle s'en détache assez proniptement adirés la mort. Flottante alors dans le liquide de Scarpa, elle peut refluer avec ce liipiide de l'utricule dans les canaux demi-circulaires membraneux, et particulièrement dans le tube commun aux canaux supérieur et postérieur où je l'ai rencontrée i lusieurs fois.
5" Mode de diulribidion et de lenninainGn des nerfs auditifs.
Les nerfs acoustiques à leur entrée d^ns le conduit auditif interne, affectent une disposition dont on chercherait vainement un second exemple dans l'économie: ils se contournent en tourbillon, on plutôt ils prennent la forme d'une lame (pii s'enroulerait autour del'un de ses bords à la manière d'une volute. En étalant cette lame on voit ({u'elle décrit deux tours environ et que son enroulement correspond très exactement à la lame criblée spiroïde du limaçon. Le bord autour duquel les nerfs auditifs s'enroulent ainsi, s'adapte par son extrémité profonde à l'orifice qu'on observe au centre de la lame criblée. Le bord libre, beaucoup plus considérable (jue le précédent, est séparé du faisceau principal à sa partie supérieure i»ar une gouttière, qui reçoit le nerf facial ; vers le fond du conduit auditif interne,
''I) Scnrp;., Anal i/is/nis. de aiidilit e! o'f.icdi, '."Hi, p. îi ' .
0/4 ANATO.MIE.
il s'isule pour iH-nôlrer i] ans la cavité du vestibule, tandis que le faisceau principal s'engage dans le noyau du limaçon, pour aller se distribuer à la lame spirale. Le nerf acoustique se partage ainsi en deux branches, l'une plus petite ou vestibulaire, l'autre en général plus grosse ou cochléenne.
La branche vestlhulalre se divise en trois rameaux : un rameau supérieur et antérieur, un rameau moyen et un rameau postérieur.
Le rameau supérieur et antérieur, plus volumineux que les deux autres, se porte avec le facial au-dessus de la crête falciforme du conduit auditif intei'ne, se sépare ensuite du tronc de la septième paire, revêt dans ce point un aspect légèrement gangliforme dt\jà observé par Scarpa, puis se dirige vers la fossette située immédiatement en arrièi'C de l'orifice initial de l'aqueduc de Fallope, s'engage dans le trou de cette fossette et traverse les pertuis de la tache criblée antérieui-e. Sorti de ce petit crible, il se divise en trois ramuscules, dont l'un se rend à la partie antérieure et supérieure de l'utricuie, c'est le nerfutriculaire, l'autre à l'ampoule du tube deujicirculaire jupérieur, c'est le nerf ampitllaire svfiérieiir , le troisième à l'ampoule du tube demi-circulaire externe, c'est le nerf ampullairc externe.
Le rameau moyen, ou nerf sacculaire, s'engage dans un petit groui;f.' de trous situé au niveau ou immédiatement au-dessous de l'extrémité postérieure du repli falciforme du conduit auditif, arrive après un court trajet aux pertuis de la tache criblée moyenne à travers lesquels il s'exprime, et s'épanouit ensnite à la surface du sacculc.
Le rameau postérieur, ou nerf ampul taire postérleiir, est reçu dans le foramen singulare de Morgagni, puis dans le conduit qui succède à ce trou; après un trajet de 6 millimètres il arrive à la tache criblée jiostérieure, s'exprime à travers les pertuis de celle-ci , puis se termine dans l'ampoule du tube demi-circulaire postérieur.
Les trois nerfs ampuUaires parvenus au repli semi-lunaire de l'ampoule qui leur correspond, se partagent en deux filets qui se ramifient dans l'épaisseur de ce repli.
Le nerf ufriculairc et le nerf sacculaire s'épanouissent en éventail dans l'épaisseur des parois de l'utricuie et du saccnle, sur les points qui correspondent à la poussière auditive, de telle sorte que chaque particule calcaire semble suspendue à une fibre nerveuse. — Le mode de terminaison de toutes ces fibres est encore un objet de controverse : Selon Scarpa, Treviranus, Cor ii , elles se terminent par des extrémités libres ; selon Iluschke, Valentin, Breschet, etc., elles formeraient des anses. Entre ces deux opinions, il est difficile de choisir ; car, en examinant attentivement les fibres nerveuses (jui viennent se perdre dans le labyrinthe membraneux, on n'aperçoit que des mailles plus ou moins rhomboïdales ; ces mailles sont-elles le r(''sultat d'une siu)ple anastomose? ou bien sont-elles au contraire le résultat d'une in- (Icxion en arcade? Le microscope nous laisse dans le doute à cet égard.
La Ijranche cochléenue, plus volumineuse que la branche vcsiibulaire. s'infléchit légèrement pour atleindre la fossette de la base du limaçon, puis se décompose en un très grand nombre de filets ([ui s'engagent dans les irons de la lame criblée «piroïde qui constitue celte fossette.
Les filets qui n'pondcnt au prruiier tour de la lame criblée spiroïde
SrLA.NCtINOLOGIE. o i o
marclieiit d'abord iiai-allclement à l'axe du limaçon ; ils se coudent ensnite à angle droit pour aller se distribuer au premier tour de la lame spirale.
Les filets qui répondent au second tour de la lame criblée marchent <lc même dans la direction de Taxe du limaçon et après un trajet de 2 millimètres et demi , se rédécliissent également à angle droit pour aller se répandre sur le second tour de la lame spirale.
Le rameau ([ui s'engage dans le trou central de la lame criblée, parcourt l'axe du noyau dans toute sa longueur, sort de ce noyau par l'orifice qu'on observe à son sommet, et contourne ensuite l'orifice de communication des rampes pour s'épanouir sur le dernier tour de la lame spirale.
Ces trois ordres de filets se terminent dans l'épaisseur de la zone moyenne de la lame spirale. La distance qu'ils ont à parcourir pour arriver jusqu'à celte zone est à peu près égale ; car, si les filets du premier ordre se dévient plutôt que ceux du second et du troisième, par contre, l'intervalle (lui leur reste à franebir après s'être déviés est notablement plus long. C'est donc à tort que les divisions de la branche cochléenne ont été compai'écs aux cordes gradnellemeni décroissantes d'une harpe. Quelques anatomistcs, il est vrai, ont appliqué cette comparaison seulement à la partie terminale du nerf cochléen, c'est-à-dire à celle qui occupe la zone moyenne de la lame spirale; mais ici encore elle n'est pas exacte, car nous avons vu q'.'.e
IMG. 28Ô.
Dislribulion du 7ierf cochléen a In lame spirale du Ihut-çon.
Ce limaçon appartient an côle' droit ; il esi^'tl par sa partie
antéro-inférieure. )
Tronc du nerf cochléen. — 2, 2, '2. Zone pe'iiiilie'riqno ou membraiiPuse de la lame sjiirale. — 5,5,^;. Expansions terminales du nerf cochle'en mises à nu dans tonte leur étendue, par l'aJjlaliou de la lamelle supérieure de la lame spirale.— 4. Orifice de communication des deux rampe;; à la partie snpc'rieuri' de cet orifice on i emarque le rameau nerveux qui, après avoir parcouru le canal cential de Taxe s'enanouil sur \c dernier loiir de la lame spirale.
celle zone prt'senle une largeur uniforme dans la plus grande partie de son éltndue.
Les divisions du nerf cochléen qui correspondent aux deux premiers tours de la lame spirale cheminent entre les lamelles de celle-ci et constituent par leurs anastomoses un élégant plexus étalé en éventail. Ce plexus, plus apparent sur la face tympanique de la zone moyenne de la lame spirale, se termine par des Tdjres disposées en pinceau selon Scarpa , par des arcades ou des anses d'inflexions selon Ilusehke, Valentin, etc. — Lorsqu'on veut observer le mode de terminaison du nerf cocldéen au microscope, il importe de laisser séjourner pendant quelques jours la lame spirale (Ji limaçon dans un mélange d'alcool et d'acide azotique étendu , afin de donner à cette lame une plus grande transparence.
6° Jrtères et veines du. labyrinthe membraneux.
Quatre branches artérielles principales se distribuent au labyrinthe: la première, destinée aux canaux demi-circulaires, occupe un canalicule étendu du Lord supérieur du rocher au noyau compacle qui relie ces canaux ; la seconde suit la direction de l'aqueduc du vestibule; la troisième est logée dans l'aqueduc du limaçon ; la quatrième plus importante, pénètre avec le nerf acoustique dans le conduit auditif interne, et avec les divisions de ce nerf dans les cavités labyrinthiques.
L'artériole qui descend du bord supérieur du rocher vers les canaux demi-circulaires, donne dans son trajet des ramifications extrêmement déli('es au tissu coujpacle dans lequel ces canaux sont creusés et vient ensuite se |»erdre, soit dans le périoste qui tapisse ceux-ci, soit dans les tubes membraneux.
Le rameau artériel contenu dans l'arpieduc du vestibule, se divise lorsqu'il est parvenu dans la fossette sulciforme en deux ordres de ramifications, dont les unes se rendent au périoste de la cavité vestibulaire, tandis que les autres se répandent sur les i)arois du saccule, sur celles de l'utricule et sur l'ampoule du tube membraneux postérieur.
Le rameau logé dans l'aqueduc du limaçon décrit et représenté par Duverney, se distribue : 1° à la membrane de la fenêtre ronde ; 2" au périosîe des deux rampes ; 3° à la lame spirale. Le ramuscule qui accompagne cette lame, est connu sous le nom de v((s spirale ; il est situé sur le bord périphérique de la zone moyenne qu'il parcourt dans toute sa longueur; des ramifications ténues naissent de ses parties latérales et se dirigent pour la plupart vers le bord interne de la même zone oîi elles s'anastomosent avec les divisions correspondantes de l'artère cochléenne ; d'autres ramifications se dirigent vers la périphérie du limaçon et se terminent dans la zone membraneuse.
Le rameau satellite du nerf acoustique se partage en ramifications vestibulaires et en ramifications cochléennes. Les i)remières se rendent avec les nerfs correspondants au saccule, à l'utricule et aux ampoules des tubes membraneux supérieur et externe. Les secondes traversent la lame cribh'c spiroide du limaçon, marchent parallèlement à l'axe du noyau, puis siiillécliissent à angle droit pour s'insinuer dans les canalicules de la lame spirale oiseuse, où elles s'anastomosent entre elles et avec les divisions du vas spirale. Selon Brcschct, les ramifications de î'artéro cochléeiuie s'anasto-
SPLANCUNOLOGIE. o ; 7
•iioseraientà la manière îles artères mèsentèriiiueset formeraient une série .rarcades (lui s'étendraient jusqu'au bord convexe de la lame s[)ira!e. Cette description ne repose sur aucun fait d'observation.
Les veines du labyrinthe suivent, en général, le trajet des artères. Celle qui accompagne l'artère des canaux demi-circulaires vient se jeter dans le sinus pétrenx supérieur; celles qui occupent l'aqueduc du vestibule et l'aqueduc du limaçon s'ouvrent dans le sinus pétrenx inférieur.