Caroncule lacrymale
La caroncule lacrymale est un petit corps glanduleux, de forme ovale ou triangulaire, situé dans le grand angle de l'œil, et remarquable parles poils extrêmement fins qui hérissent sa surface.
Ce petit corps se compose de 10 à 12 ou 15 glandes sébacées pressées les unes contre les autres et s'ouvrant au dehors par autant d'orifices indépendants.
Chacune de ces glandes est formée d'un nombre variable de follicules, à forme plus ou moins allongée, et renflés à leur origine.
Tous les follicules d'une même glandule convergent vers l'extrémité libre d'un follicule pileux et s'ouvrent dans la cavité de celui-ci, au niveau de son embouchure. Les glandules de la caroncule lacrymale offrent ainsi la plus grande analogie avec les glandes ciliaircs : conmie ces dernières, elles sécrètent une substance grasse; comme elles, elles sont constituées par un nombre variable d'acini ; comme elles aussi, elles s'abouchent dans dans un follicule pileux au voisinage de son embouchure. Seulement le follicule pileux elles glandules qui en dépendent affectent ici un développement inverse : sur le bord libre des paupières, le follicule pileux est très développé et les glandules qui en forment une dépendance le sont très peu ; dans la caroncule lacrymale , les follicules pileux sont au contraire rudi-
nien(aires et les glandules très accusées. D'un côté, c'est le cil qui prédomine, de l'autre ce sont les glandes. Mais, de part et d'autre, l'organe considéré dans son ensemble reste le même ; ses proportions seules se modifient selon la destination ciu'il est appelé à remplir, et conformément à ce fait général qui a reçu le nom de loi du halancement des organes.
La caroncule lacrymale, les glandes ciliaires et les glandes de Meibomius, sont donc trois ordres de glandes sébacées. Les glandes ciliaires et les glandes de Meibomius forment sur le bi)rd libre des paupières une double série linéaire que la caroncule relie l'une à l'autre, comme pour compléter sur l'ouverture palpébrale deux anneaux glanduleux qu'on peut distinguer, d'après leur situation relative, en postérieur et antérieur.
l/anneau glanduleux postérieur, bien que constitué par des glandes très développées , ne présente en général que des affections légères.
L'anneau glanduleux antérieur, constitué par des glandes en apparence rudimentaires, est au contraire le siège de maladies à la fois plus fréquentes et plus graves.
A quelles causes se rattache cette fâcheuse prédisposition? Probablement à la différence de structure des deux anneaux glanduleux. L'antérieur, situé au-dessous de la peau, reçoit un très grand nombre de fdets nerveux; les artères palpébrales le côtoient dans toute son étendue, et lui abandonnent, chemin faisant, un très grand nombre de ramuscules qui s'épanouissent en
FiG. 2SG. FiG. 2S7. FiG. 2f;8.
'^'7^m^^Jf,
Caroncule lacrymale et glandules qui In co nposjiit.
Fig. 28G. — i. Caroncule lacrymale. — 2 Repli semi-luuaire de la coujoiiclive. - 5,5. Points lacrymaux. — 4,4. Relief extérieur des conduits lacrymaux.
Fig. 287. — Glandules de la caroncule vues a un grossissement de sept diamètres. — 1,1,1. Ces diflërentes glandules dissémine'es dans une trame celluleiise. — 2,2,2. Poils qui surmontent ces glandules.
Fig. 288. — Cinq glandules de la caroncule vues a un grossissement de vingt diamètres. — 1. Follicule pileux. — 2, Poil contenu dans ce follicule. -- 5,5,5. Follicules sebacës convergeant autour de ce même follicule pileux et s'ouvrant dans sa cavité, au niveau de son emljouchure.
pinceau ou en aigrette sur les follicules des cils et sur les glandes ciliaire?. L'anneau glanduleux postérieur, composé des glandes de 3Ieibo:nius, ne paraît pas recevoir de filets nerveux : ces glandes reçoivent quelques rauiuscules artériels, mais beaucoup moins comparativement que les glandes ciliaires. D'un côté, nous trouvons donc une exquise sensibilité et une extrême vascularité ; de l'autre, une sensibilité presque nulle et une vascularité moyenne. Or l'observation a depuis longtemps établi que les organes les plus sensibles et les plus vasculairessont aussi plus prédisposés à l'irritation et aux affections de tous genres. Ajoutons que si les glandes ciliaires sont beaucoup moins développées que celles de Meibomius, elles sont beaucoup plus multipliées, et que cette supériorité de nontbre compense jusqu'à un certain point l'infériorité de leur volume.
c. Glandes palpébrales dépendantes de la conjonctive.
Ces glandes sont destinées d'une part à la sécrétion du mucus conjonctival, de l'autre à la sécrétion des larmes. Ces dernières seront décrites avec l'appareil lacrymal dont elles fout partie.
Les glandes muqueuses ou soiis-conjonctlvales, situées immédiatement au-dessous de la conjonctive, sont visibles à l'oeil nu sans préparation préalable ; mais on les distingue beaucoup mieux lorsque les paupières ont macéré quelque temps dans l'acide acétique. Elles occupent l'angle (juc forme la conjonctive en se réflécbissant des paupières sur le globe de l'œil ; c'est surtout dans la moitié interne de cet angle de réflexion qu'on les trouve, d'où il suit qu'elles sont disposées sur une ligne courbe dont la concavité regarde en dehors.
Le nombre des glandes sous-conjonctivales varie beaucoup suivant les individus. Chez quelques sujets, je n'ai pu en compter que 8 à 10 ; chez d'autres, j'en ai rencontré jusqu'à 20 ou 25. Dans ce dernier cas, elles sont beaucoup plus apparentes, parce qu'elles sont plus rapprochées les unes des aulres, et se présentent alors sous l'aspect d'une petite traînée qui se détache par sa couleur grise sur le fond transparent de la conjonctive.
La plupart ne dépassent pas dans leurs plus grandes dimensions un quart ou un cinquième de millimètre. D'autres sont plus petites et ne deviennent visibles qu'à un grossissement de 15 à 20 diamètres. 3Iais il n'est pas rare d'en rencontrer qui offrent jusqu'à un demi-millimètre d'épaisseur et qui atteignent et même dépassent assez notablement le volume d'un grain de millet.
Leur forme est en général arrondie, parfois un pe u conique ou irrégulièrement pyramidale.
Le plus fréquemment elles se montrent isolées et indépendantes les unes des autres. Quelquefois elles s'unissent deux à deux et prennent alors un aspect bilobé.
Vues au microscope, à un grossissement de 20 ou 2 5 diamètres, ces glandes présentent une structure tout à fait semblable à celle des glandules mucipares situées à la base de la langue. Leur aspect est parfaitement identique avec celui des lobules qui composent chez les mammifères la glande de Harder. Celle-ci, on le sait, repose sur le côté interne du globe oculaire, en arrière de la caroncule lacrymale ; ses conduits excréteurs, que j'ai in-
SPLANCHiNOLOGlE.
jccles sur le niouîon et sur le bœuf, vicnucnl s'ouvrir au côlé iulcnie du pli (lui a été cousiitéré chez ces nniuiaux coiuuie uue (roisièuie paupière ;i l'état ruLlimcntaire, Or il est digue de remanpic (pie paruii les animaux dout la conjonctive est recouverte d'une coucliede mucus, les uns ne possèdent l)our organe sécréteur de ce mucus qu'un seul corps glanduleux, la glande, de JTavdcr, tandis que d'autres possèdent , indépendamment de cette glande principale, des glandules mucipares irrégulièrement disséminées dans le tissu cellulaire sous-conjonctival. Ces dernières sont les seules (pi'on observe dans l'espèce humaine. L'homme, par conséquent, n'est jias priv(' de la glande de Harder, ainsi qu'on l'a pensé jusqu'à présent. Celle glande existe chez lui comme chez les autres mammifères. Seulement elle se présente sous une forme différente qui a fait méconnaître et son existence et sa nature. Les lobules qui la constituent, au lieu de se trouver reliés en un seul organe, sont isolés et comme semés sur une large surface ; au lieu de s'ouvrir sur cette surface par un ou deux orifices seulement, ils s'ouvrent par douze, quinze ou vingt pertuis; au lieu d'être trè? nombreux et très développés, ils sont rares et rudimentaires. Mais que les lobules qui composent la glande de Harder soient rassemblés ou dissociés, que leur volume soit plus ou moins accusé, qu'importe ! ne voyons-nou'î pas les organes les plus identiques se fragmenter souvent et se modifier jus(iu'à l'infini dans leur configuration extérieure, en passant d'une es» pèce animale à une autre espèce? Le fait capital ici, c'est l'existence de ces lobules et la parfaite analogie de structure qu'ils présentent dans l'un et l'autre cas.
Concluons donc que la glande de îlarder appartient à la fois à l'homme et aux animaux, à l'homme sous une forme fragmentée et rudimenfaire, aux animaux sous la forme d'une glande acineuse plus ou moins développée.
FiG. ^289.
Glandes miic/ueiiseS ou suiis-coiijonciirales (U." jiniifières,
1,1. Corps (Je deux glandes sous-coiiionctivales dont Tuno est simple et l'iiuUe Jiiloliee, — 2,2. Conduits excréteurs de ces glandes. — 3,3. Embouchure de ctux-ci.
Parties accessoires des fjnujjières.
Ces parties accessoires comprennent : des artères, des veines, des vaisseaux lymphatiques, des nerfs et du tissu cellulaire.