PROFESSEUR D ANATOMIE A LA FACLLTR DE MEDECINE DE PARIS
Monsieur ,
Le perfeclioTinement de la science est le but commun des hommes qui la cultivent; mais pour arriver à ce but, tous ne suivent pas la même route. Les uns se soumettent à de patientes investigations, constatent les fiiits, les recueillent, les superposent et élèvent ainsi lentement et pièce à pièce un édifice qui sera l'œuvre des siècles; les autres, suppléant à l'observation par le raisonnement, s'élancent avec plus de hardiesse ou de témérité à la recherche de l'inconnu; ils négligent les détails et se plaisent sur les hauteurs qui étalent à leurs regards de larges horizons; d'heureuses hypothèses, des aperçus nouveaux, de grandes découvertes leur ont permis qnelriuefois de
renouer sur plusieurs points la chaîne interrompue des faits, et de les subordonner à des lois générales. Les premiers, en s'enfermant dans le cercle étroit de la certitude, se condamnent trop souvent à l'aridité; les seconds, en se procurant les avantages d'une vaste perspective, s'exposent à de fatales illusions. Entre ces deux écoles, celle-ci trop positive, et celle-là trop spéculative , il en est une troisième qui participe de l'une et de l'autre en alliant dans toutes ses recherches l'esprit d'observation à l'esprit d'induction. Cette école est la vôtre; parmi les anatomistes de notre époque vous en êtes le représentant le plus éminent; c'est à ce titre que je vous prie de vouloir bien accueillir cet ouvrage dans lequel j'ai cherché à résumer d'une manière claire, complète et succincte, une science qui a été l'objet spécial de mes études pendant plusieurs années. Je ne puis l'offrir à un juge plus éclairé et dont le suffrage me paraisse plus honorable et plus digne d'envie.
Daignez agréer l'expression de mon entier dévouement.
G. SAPPEY.
D'AMATOMIE DESCRIPTIVE.
L'anatomie est une science qui a pour objet la structure des êtres organisés.
Les recherches faites sur cette structure ayant eu constamment pour but la connaissance de l'homme matériel, l'organisation a été successivement envisagée sous tous les aspects qu'on a jugés capables de contribuer aux progrès de l'anatomie humaine ; et la science décrite de ces divers points de vue a pris autant de formes distinctes qui chacune ont reçu un nom différent ; c'est ainsi qu'on a appelé :
Anaton&ie comparée ou zootoniîe, celle qui traite de l'organisation dans toute la série animale , atin d'arriver par voie d'analogie à une connaissance plus exacte et plus complète de la composition du corps de l'homme ;
Anatomie générale, celle qui s'occupe des parties élémentaires ou constituantes de nos organes, et emprunte à l'analyse toutes les données nécessaires pour résoudre le problème de leur structure ;
Anatomie pltitosophiciue , celle qui s'élève de la connaissance isolée de tous ces organes aux lois générales de l'organisation ;
Anatomie du foetus ou rtc développement, celle qui les suit dans toutes les périodes de leur évolution , depuis le moment de leur apparition jusqu'à l'époque de leur complet développement ;
Anatomie topograpliique , chirurgicale, ou dt^s régions, celle (lui détermine leurs rapports et cherche dans cette détermination un guide siir pour la main du chirurgien ;
Anatomie pathologique, celle qui étudie les altérations dont ils peuvent devenir accidentellement le siège, pour établir la corrélation existante entre ces altérations et les phénomènes par lesquels elles se traduisent au dehors ;
Anatomie physîologiqtie, normale, descriptive, ou simplement anatomie , celle qui trace dans un cadre méthodique l'histoire successive et complète de chacun d'eux.
i âNATOMIE.
Ce dernier point de vue est celui sous lequel nous envisagerons l'organisation de l'homme. Considérée sous cet aspect , la structure du corps hu-. main forme sans contredit l'une des branches les plus vastes de l'anatomie ; car, pour exposer dans son intégrité la description d'un organe, il importe non seulement d'en faire connaître la conformation extérieure et toutes les propriétés apparentes , mais encore de déterminer ses rapports avec les organes voisins , ce qui est du ressort de l'anatomie topographique ; de rechercher les éléments qui le composent et leur mode d'association, ce qu'on ne peut faire le plus souvent sans envahir le domaine de l'anatomie générale; de le suivre dans son développement, ce qui appartient à l'anatomie d'évolution; de telle sorte qu'un ouvrage dans lequel on tracerait l 'liistoire complète de chaque organe serait à la fois un traité d'anatomie descriptive , générale , chirurgicale , etc. Mais les inconvénients que présente l'étude d'une science trop complexe ont fait restreindre le champ de l'anatomie descriptive, qui, ainsi resserré, embrasse dans ses limites tout ce qui est essentiellement relatif à la situation , à la configuration , à la couleur , au poids , aux connexions , en un mot aux propriétés extérieures de nos organes. Toutefois , les détails que l'œil peut saisir à la surface de ces organes ne sauraient être le but uni(iue de cette science ; elle doit encore , lorsqu'ils sont d'une nature spéciale , pénétrer dans leur intérieur, étudier l'arrangement des divers tissus qui les composent , et rattacher ainsi à l'histoire de leur conformation apparente celle de leur structure. Lorsqu'ils sont répandus dans toutes les parties de l'économie et forment une classe ou un système , les considérations qui ont pour objet la conformation et la structure de ce sj'stème ne rentrent dans l'anatomie descriptive qn'accessoirement.
L'organisation de l'homme, comme celle de tous les animaux qui se font remarquer parles grandes proportions de leur corps, est essentiellement composée de parties molles et de parties dures. La réunion de ces deux éléments , l'un à forme mobile et l'autre à forme fixe, a paru un fait tellement important aux naturalistes les plus- célèbres , qu'ils l'ont pris pour base de leur classification zoologique. Afin de rendre plus manifestes les conséquences nombreuses qui découlent de l'association de ces deux éléments , qu'il nous soit permis , pour un instant , de réduire l'organisation des vertébrés, celle surtout des vertébrés volumineux, à un ensemble de parties molles : toutes ces parties , soumises d'une part à l'inlluence attractive du globe, de l'autre à leur réaction mutuelle, constitueront une masse qui tendra à prendre la forme d'un sphéroïde plus ou moins aplati à ses pôles. Mais qu'au sein de ces organes affaissés sur eux-mêmes apparaissent des organes durs et l'ésistants ; que ces organes se dressent et se disposent en colonnes , qu'ils se creusent et se réunissent pour former des cavités , qu'ils s'épanouissent ou s'effdent en jetant autour d'eux des saillies variées , et aussitôt, les parties molles venant se grouper autour des colonnes, se loger dans les cavités, se suspendre aux saillies, l'animal prendra une forme fixe, déterminée, identique dans tous les animaux de la même espèce, variable seulement dans les animaux d'espèces différentes. Les parties molles qui se fixent aux saillies et se pressent autour des colonnes étant pour la plupart douées de la propriété de se contracter , c'est-à-dire de diminuer spontanément de longueur pour reprendre ensuite leurs dimensions premières, les différentes pièces qui composent ces colonnes seront
mises en mouvement ; chacune d'elles se transformera en levier , et du jeu de tous ces leviers résultera pour l'animal la faculté de se déplacer facilement dans le milieu qu'il habite, et de pourvoir en tout temps à son alimentation. Les cavités osseuses offrant un refuge protectc-ur aux organes les plus essentiels, ceux-ci réuniront à une liberté plus grande dans l'exercice de leurs fonctions une plus grande perfectibilité; le système nerveux surtout, dont la nature délicate réclamait en quelque sorte d'une manière plus impérieuse les avantages de cette protection , se perfectionnera rapidement , arrivera à de grandes dimensions, et la vie, concentrée jusqu'alors dans le cercle étroit des phénomènes nutritifs, s'agrandira peu à peu parles rapports nouveaux qui s'établiront entre l'animal et le monde extérieur. Une forme fixe , une locomotion facile , une alimentation assurée , une grande liberté dans l'exercice de toutes les fonctions , une vie extérieure couronnant la vie nutritive , l'intelligence ajoutée à l'instinct et appelée à le dominer, tels sont donc les heureux résultats qui naissent pour l'organisation animale de l'apparition des parties dures au sein des parties molles ; en présence de résultats aussi importants , nous ne saurions nous étonner que ces parties dures et résistantes', ou les os , aient constamment servi de base à l'étude de l'anatomie , depuis les temps les plus reculés , mais surtout depuis l'école d'Alexandrie , jusqu'à nos jours.
A ces raisons physiologiques qui ont fait placer la description des os en tête de la plupart des traités publiés sur la science anatomique , viennent s'enjoindre d'autres toutes pi-atiques , et plus importantes peut-être. Ces os, avons-nous dit, se transforment en ICAiers par l'action des organes contractiles qui les entourent ; dans ce but , ces organes contractiles ou les muscles s'attachent solidement par une de leurs extrémités sur l'os à mouvoir , et par l'autre sur un os immobile : or , comment décrire le lieu et le mode d'insertion de ces muscles sur leurs leviers respectifs , si l'on ignore entièrement la configuration de ceux-ci ?
Entre les muscles cheminent des vaisseaux et des nerfs ; quelques uns s'y épuisent , les premiers pour présider à leur nutrition , les seconds pour leur transmettre l'influence de la volonté ; mais le plus grand nombre ne font que les traverser pour aller se distribuer plus loin à d'autres muscles ou à d'autres organes. On voit donc que si la connaissance des os est indispensable pour la détermination précise de l'attache des muscles , celle des muscles n'est pas moins nécessaire pour définir d'une manière exacte la situation des vaisseaux et des nerfs.
Des considérations qui précèdent , il résulte que nous aurons à décrire successivement: 1° les os; 2° les muscles; 3° les vaissea»'; 4° les nerfs ; 5° enfin les divers organes situés dans les cavités du tronc { de la tête. Cet ordre est si impérieusement tracé, que les auteurs qui n'o vu dans l'étude de nos organes qu'un moyen d'arriver à la connaissance leurs fonctions , et qui ont cherché en conséquence à lui imprimer un cachet physiologique , ont été en quelque sorte contraints de l'adopter, bien qu'il soit , ou plutôt parce qu'il est en effet essentiellement anatomique.
La description des os , on Vostéologie, comprendra aussi celle de leurs annexes : cartilages, fibro-cartilages , synoviales , ligaments , ou l'arthrologie.
L'histoire des muscles, ou la myologic , contiendra de même celle de
aponévroses ou membranes fibreuses qui les entourent de toutes parts.
A l'étude des vaisseaux , ou angéiologie , qui forment la troisième classe, se rattachent : 1° le cœur, comme point de départ ou de terminaison de tous les vaisseaux ; 2° les artères, ou vaisseaux à sang rouge ; 3° les veines, ou vaisseaux à?sang noir ; 4° les lym'pliaiiques, ou vaisseaux à sang blanc.
La quatrième classe , ou la névrologie , se subdivisera en deux sections relatives, l'une à la portion centrale du système nerveux, l'autre à sa portion périphérique.
Dans la cinquième classe seront décrits : 1° les organes des sens ; 2° ceux de la digestion ; 3° ceux de la respiration et de la phonation ; 4" enfin ceux de la génération et de la sécrétion urinaire. L'étude des organes hétérogènes compris dans cette classe a pris le nom de splanchnologie.
Le tableau suivant montre sous une forme plus simple l'ordre que nous nous proposons d'adopter.
Ire Classe,
2e Classe.
Os Osle'ologie.
ArLiculalious Arthrologie.
Muscles Myologie.
Âpone'vroses Aponevrologie.
r Cœur A
^ y^i \ Artères f . - , .
o" Classe, < XT • > Ansreioloene.
j Veines ( ^ &
V Lymphatiques )
, ^. ( Partie centrale du système nerveux, ")„ , , . 4h Classe, < n i- - ■ i - ■ \ Nevroloçie.
( Partie périphérique j ^
/Organes des sens ...... .\
\ Organes de la digestion f
5e Classe, <: Organes de la phonation > Splanchnologie.
I Organes de la respiration \
\ Organes génito-urinaires /
A ces cinq classes nous ajouterons comme complément une description succincte de l'évolution du fœtus et de ses annexes.
OSTEOLOGIE.
Les os sont des leviers qui forment par leur union la charpente du corps , reçoivent l'atlaclie des muscles, et servent de soutien à toutes les parties molles.
Ces organes doivent être étudiés : 1" dans leur ensemble et leurs rapports ; 2° dans leur ensemble et indépendamment de leurs rapports; 3° dans les détails qu'ils nous présentent; envisagés dans leurs rapports, ils forment le squelette ; considérés d'une manière générale et absolue, ih constituent le système osseux ; examinés dans leurs détails , ils offrent des différences qui nécessitent pour chacun d'eux une description particulière.