MUSCLES MOTEURS DES PAUPIERES
Deux muscles seulement président au mouvement des paupières : l'un est un sphincter qui ferme l'orifice palpébral , et l'autre une sorte de corde contractile qui dilate cet orifice en élevant la paupière supérieure.
SPIllxNCTER ou ORBICULAIRE DES PAUPIÈRES.
Préparation. 1° Inciser les te'gumenls, depuis le hord iufërieui- des os du nez jusqu'à la bosse nasale, et de celte incision en faire partir deux autres perpendiculaires qui passeront, l'une au-dessus du sourcil , et Fautre au-dessous de l'os malaire ; puis re'unir ces deux dernières par une section pratique'e à douze millimètres eu dehors de la base de l'orbite ; 2o procéder dans la dissection de ce muscle, en allant de sa circonférence vers le bord libre des paupières; 5o redou- ])ler d'attention au niveau des paupières où les fibres musculaires deviennent extrêmement pâles.
Situation. Sur la base de l'orbite et dans l'épaisseur des paupières.
Forme. Large, mince, circulaire, offrant à sa partie centrale une ouverture eUiptique correspondante à l'écarlement des paupières et variable comme cet écartement.
Attaches. 1° A l'apophyse orbitaire interne du frontal ; 2° à la face externe de l'apophyse montante du maxillaire supérieur; 3" au tiers interne et inférieur de la base de l'orbite ; 4° aux lèvres antérieure et postérieure de la gouttière lacrymale par un tendon qui se porte directement en dehors. — Ce tendon, dont la longueur est de six millimètres environ, croise perpendiculairement le sac lacrymal, tantôt au niveau de sa partie moyenne, tantôt à l'union de son tiers supérieur avec ses deux tiers inférieurs ; il est un peu aplati de haut en bas , et prend naissance par deux racines: l'une antérieure ou directe, qui part de l'apophyse montante du maxillaire supérieur et particulièrement de la lèvre antérieure de la gouttière lacrymale ; l'autre postérieure ou réfléchie, plus large et plus mince, qui part de la lèvre postérieure de la même gouttière , c'est-à-dire de la crctc médiane de l'os unguis. A son extrémité opposée, il se termine par une bifurcation dont les deux branches, à la fois courtes et grêles , se fixent à l'angle interne des lames cartilagineuses situées dans l'épaisseur du bord libre des paupières.
Direction. Toutes les fibres qui naissent de l'apophyse montante de l'os maxillaire, de l'apophyse orbitaire interne du frontal et de la partie inférieure interne de la base de l'orbite, forment une zone qui est située en dehors des paupières ; — celles qui émanent des faces supérieure et inférieure du tendon produisent une seconde zone inscrite dans la précédente dont elle diffère par son siège intra-palpébral ; — celles qui proviennent de la racine réfléchie du tendon constituent un petit faisceau à part , connu sous le nom de muscle de Horner.
La portion périphérique ou extra-palpébrale, plus volumineuse et composée de libres circulaires d'une rougeur assez prononcée , se confond en dedans avec le pyramidal, en haut avec le frontal et le sourciller, et en bas avec le grand zygomatique auquel elle donne quelques fibres , ainsi qu'aux téguments correspondants.
La portion centrale ou palpébrale proprement dite est très mince, très pale et formée de fibres arciformes.
La portion profonde , ou le muscle de Horner, est réduite à de très petites dimensions ; pour l'apercevoir il faut détacher le palpébral de dehors en dedans et le renverser vers la racine du nez. On aperçoit alors sur la face postérieure du tendon de ce muscle un très petit faisceau musculaire , simple en dedans où il s'attache à la crête de l'os unguis, bifurqué eu dehors oi^i il se termine au niveau des points lacrymaux.
Rapports. En avant, avec la peau k laquelle il adhère par un tissu cellulaire assez serré dans sa portion périphérique, mais très faible sur la portion palpébrale où les inliltrations séreuses l'envahissent facilement ; — en arrière, avec le sourciller, le coronal, l'os propre du nez, l'apophyse luontante du maxillaire supérieur et le malaire.
Usages. Protéger et conserver le sens de la vue , en le couvrant d'un double voile qui le dérobe à l'action de toutes les causes capables de compromettre l'intégrité de ses fonctions , telle est la destination principale mais non exclusive de ce muscle, qui joue , en outre, un rôle très important, soit dans l'absorption des larmes, soit dans la production du sommeil, soit dans l'acte du clignement.
Le sphincter des paupières favorise l'absorption des larmes: 1° en les dirigeant vers le grand angle de l'œil, car toutes ses insertions ayant lieu au niveau de cet angle , il ne peut se contracter sans glisser sur le globe oculaire de dehors en dedans ; 2° en dilatant par le redressement de son tendon le sac lacrymal, qui ainsi dilaté agit sur les larmes à la manière d'une petite pompe aspirante , en les attirant dans sa cavité par le double canal d'aspiration que lui forment les points et les conduits lacrymaux ; 3" en comprimant d'avant en arrière le fluide lacrymal, répandu au-devant du globe de l'œil, de telle sorte que ce fluide pénètre dans les canaux qui le transmettent sur la muqueuse des fosses nasales , d'une part par aspiration, et de l'autre par refoulement ; 4° en attirant les points lacrymaux en arrière et en plongeant leur bouche absorbante au milieu des larmes accumulées dans le gi-and angle de l'œil, phénomène qui s'opère sous l'influence spéciale du muscle de Horner.
Le constricteur de l'orifice palpébral coopère à la production du sommeil en interceptant le passage des rayons lumineux pendant la durée nécessaire au repos des fonctions. Alors, la volonté cessant d'agir, les muscles qu'elle tient sous sa dépendance cessent de se contracter, sans perdre cependant toute action sur les organes auxquels ils s'insèrent ; mais les faibles mouvements qu'ils conservent la faculté de produire sont dus à leur contractilité organique ou à leur tonicité; et comme la force tonique d'un muscle est en raison directe du nombre des fibres qui le composent, il en résulte: 1° que cette force diffère dans les différents muscles; 2° que lorsque deux muscles sont antagonistes , celui qui est le plus volumineux est doué d'une tonicité prédominante en vertu de laquelle il entraîne de son côté l'organe qui lui fournit une surface d'insertion ; 3° que les mouvements communiqués à cet organe ont pour limites l'équilibre qui s'établit entre les forces toniques des deux muscles antagonistes : ainsi les diverses positions que prennent nos membres pendant le sommeil sont ie résultat de l'équilibre de tonicité des extenseurs et des fléchisseurs, des adducteurs et des abducteurs , des rotateurs en dedans et des rotateurs en dehors. De même le rapprochemeni des voiles palpébraux est un état d'étiuilibre pour les forces toniques des muscles qui président à l'occlusion et à la dilatation
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aifornativcs de Torifice palpébral ; car ces deux muscles sont éminemnicnt antagonistes : dans l'état de veille, l'oritice palpébral est dilaté parce que son muscle dilatateur se contracte; mais au moment où le sommeil commence, ce dilatateur se relâche , les deux muscles antagonistes tondjcnt soiis l'intluence de leurs forces toniques respectives, et la tonicité du sphincter étant supérieure à celle de l'élévateur, les paupières se rapprochent. L'occlusion de l'orifice palpébral s'opère donc, non parce que le sphincter se contracte, mais parce que le dilatateur de cet orifice cesse de se contracter.
Le clignement, qui a pour but de disséminer le fluide lacrymal au-devant de l'œil et qui a lieu plusieurs fois dans une minute, est un phénomène de même nature que le précédent , bien qu'il ait été complètement méconnu jusqu'à cette époque ; si l'on consulte , en effet , sur ce sujet, nos traités de ]ihysiologie les plus estimés, on voit que ce phénomène serait caractérisé : 1° par la sensation du besoin de cligner; 2° par la contraction du sphincter des paupières , sur lequel le cerveau averti par la cinquième paire réagit à l'aide du nerf facial; 3° par la contraction consécutive de l'élévateur de la paupière supérieure , qui agit sous l'influence de la troisième paire. Ainsi le clignement serait le résultat de la contraction active du sphincter palpébral, et nécessiterait l'intervention du cerveau , de trois paires de nerfs et de deux muscles. Dans cette théorie , le caractère distinctif de l'action musculaire a été évidemment méconnu : toute contraction est essentiellement internnttente. Quel est le muscle qui demeure contracté et tendu depuis le moment du réveil jusqu'à l'instant où nous retombons sous l'influence du sommeil? Quel est celui qui demeure contracté et tendu même pendant une heure? Le cœur se repose soixante-dix fois dans une minute ; dans le même laps de temps le diaphragme se repose dix-huit ou vingt fois; et l'élévateur de la paupière supérieure resterait en permanence de contraction quinze ou dix-huit heures consécutives il ne recevait du cerveau l'ordre de se relâcher ! Non, ce muscle est soumis dans son action à la loi commune; ses contractions sont intermittentes comme celles de tous les agents musculaires ; il se relâche environ une ou deux fois par minute ; et , au moment de chacune de ses détentes, le sphincter, en vertu de sa force tonique prédominante, ferme l'orifice palpébral , que les contractions aussitôt renaissantes de son antagoniste dilatent de nouveau , sans que la durée de cette occlusion ait été sensible pour nous. Tel est le mécanisme de ce phénomène, qui offrait trop d'importance pour être confié à la volonté, dont l'intervention dans l'accomplissement des actes qui se répètent fréquemment aurait pu devenir périlleuse. , Lorsque la mort approche, la tonicité des muscles disparaît comme leur contractilité : aussi le relâchement de tous les sphincters est-il l'un des premiers phénomènes par lesquels elle s'annonce ; de là ces évacuations alvines et urinaires si fréipientes chez l'agonisant; de là cette dilatation que présentent les orifices et les conduits musculeux sur le cadavre; de là cet aspect étrange de la bouche à demi entr'ouverte et cette décomposition des traits de la face chez l'homme que la vie abandonne ; de là aussi l'impossibilité du rapprochement des paupières et la persistance de leur écartemcnt après la mort, phénomène dont l'observation a inspiré la pieuse pensée de sMppléer à l'impuissance des mouranls.
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