VAISSEAUX LYMPHATIQUES
Les vaisseaux lympliatuiues, ou vaisseaux absorbants , sont des canaux à ramifications convergentes , à parois transparentes et à forme noueuse, étendus d'un grand nombre d'organes vers le système veineux dans lequel ils déposent le chyle et la lymphe après avoir traversé un ou plusieurs corps glanduliformes échelonnés sur leur trajet.
L'appareil circulatoii-e représentant, selon l'expression d'un grand naturaliste, un lourbillmi à direction constante dans lequel entrent et du(iuel sortent incessamment de nouvelles substances , le système des vaisseaux lymphatiques peut être considéré comme le canal d'entrée de ce tourbillon dont les capillaires sanguins , organes de la nutrition des exhalations et des sécrélions, formeraient le canal de sortie.
Le chyle et la lymphe que ces vaisseaux déposent dans le torrent de la circulation se composent, comme le sang, de globules suspendus dans un sérum; le premier de ces fluides est opaque et de couleur laiteuse; le second est transparent et d'aspect aqueux; de là une ancienne division des vaisseaux lymphatiques en chylifères ou lactés et en lymphatiques proprement dits. Cette distinction , vraie lorsqu'il s'agit des liquides ou de la partie contenue dans la cavité de ces vaisseaux, cesse de l'être lorsqu'on a égard à leurs parois ou à leur partie contenante, dont ia structure est parfaitement identi(}ue pour tous. Il n'existe donc pas deux ordres de lymphatiques , mais un seul et dans cet ordre unique deux liquides qui diffèrent sous quelques rapports, tandis que par l'enseuible de leurs propriétés ils offrent, soit entre eux, soit avec le sang, la plus remarquable analogie.
Partis des divers organes dans lesquels ils prennent naissance, les conduits du chyle et de la lymphe se dirigent vers les cor[)S glanduliformes situés sur leur trajet, augmentent en volume et diminuent en nondjre a[irè.s les avoir traversés, puis continuant à converger de la périphérie au centre, 56 réunis eut pour former deux troncs :
Un tronc principal et ascendant, le ccwal llioraciquc, (jui vient s'ouvrir dans la veine sous-clavière gauche ;
Et un tronc moins volumineux ou descendant , hx grande veine lyinl)hatique, qui se termine dans la veine sous-clavière droite.
Cette disposition nous montre que le canal à sang blanc ne constitue X)as un arbre vasculaire complet; il se présente sous la forme de racines comme la partie afférente du canal à sang noir , avec laquelle il contracte dans toute l'étendue de son trajet les connexions les plus intimes et dont il se rapproche en outre, soit par la situation de ses branches d'origine qui sont les unes superficielles, les autres profondes , soit par les nodosités qui surmontent ses parois, soit par les valvules qui entrecoupent sa cavité. Ainsi uni au système veineux général, le système lymphatique en devient une véritable dépendance. Ajoutons qu'il existe entre les fonctions dévolues à chacun de ces systèmes une assez gi'ande analogie ou plutôt une étroite solidarité de fonctions ; car si le premier recueille au sein de nos tissus les débris de la nutrition gén(H'ale pour 1rs sou» mettre ensuite à l'influeucc viviliaute de ratiuospliiTc . le second ><,'
A.NuÉlOLUCilii. 587
propose évidemment le môme but en absorbant i)ar ses racines, d'une part , les particules que le mouvement de décomposition détaclie de nos organes et de l'autre le produit de la digestion : le sang (jui revient par les veines, le chyle (juc les lymphatiques puisent dans l'intestin , la lymi)he qu'ils puisent dans les autres parties de l'écononne , sont trois variétés différentes d'un même liquide, le liquide nutritif, qui coule vers les mêmes organes , les poumons , i)Our y subir une même élaboration, l'hématose, et y acciuérir les mômes propriétés, celles du sang artériel.
La capacilé relative de ces deux systèmes n'a pas encore étédéteruiinée. Plusieurs causes rendent cette détermination très difticile ; la princiiiale consiste dans l'extrême variabilité des deux termes (pi'il faut comparer; ce[)endant l'histoire du système lymphatique nous i)arait aujourd'hui assez avancée pour fournir les données d'une évaluation générale approximative. Partant de ces données on peut avancer que la capacité du système lymidiatitiue est d'autant plus inférieure à celle du système veineux qu'on se rapproche davantage de sa terminaison , et d'autant moins qu'on se ra[»proche plus de son origine ; il n'est aucun observateur qui n'ait été frappé de là petitesse du canal thoraeique comparé au volume des veines caves; mais la différence est beaucoup moins prononcée lorsqu'on met en parallèle les lymphatiques et les veines de la cuisse , les lymphatiques et les veines du bras, etc. Poiu* procéder avec quelque exactitude dans cette comparaison nous avons injecté d'une part la veine fémorale, de l'antre tous les vaisseaux lynqdiatiqucs fémoraux, et après avoir coml)ris chacun de ces derniers entre deux ligatures séparées par un intervalle de 10 ou 12 centimètres, nous les avons divisés au delà de ces ligatures , jiour les enlever et les réunir en lui seul faisceau; or ce faisceau présente nu diamètre supérieur à celui de la veine crurale; en tenant compte soit de l'épaisseur des parois qui donnent à ce groupe de vaisseaux un calibre plus considérable que celui (pu lui a[»partiendrait s'il était ramené à une cavité uniipie, soit de la dilatation produite [lar l'injection , dilalation ([ui augmente le diamètre des lympbaliipies un peu plus (pie celui de la veine , on arrive à reconnaître que ces derniers sont au. tronc veineux comme 1:2.
Si, au lieu d'opposer le système lymphatique de la cuisse à la veine l)rincipale , on l'opiiose à tout le "système veineux de cette section du membre , la capacité du premier ne sera plus la moitié, mais seulement le (luart de celle du second ; et comme la capacité des veines est à peu près double de celle des artères, on voit qu'en comparant sous ce point de vue les vaisseaux à sang blanc, à sang rouge et à sang noir dans la partie moyenne de leur trajet, ils seront entre eux comme les termes de cette progression croissante : 1/2,4.
A leur origine, ces trois ordres de vaisseaux augmentent de capacité ; mais comme celle des capillaires lymphatiques augmente dans une proportion plus forte que celle des ca[)illaircs sanguins, la différence s'affaiblit et s'efface même sur quelques points,
Le système lymphatique, parcourant d'assez longs espaces sans se modifier dans sa «apacili', ne saurait être comparé, avec les systèmes arléfiel <!
veineux, à une cavité de foriiic coniiiuc; il repi-Oscuîc pliilôt une série de cylindres qui se succéderaient en décroissant de son origine vers sa terminaison à la manière des tubes d'un télescope.
Les corps glanduliformes ou ganglions lymi)liatiques (jue traversent les absorbants se composent essentiellement de deux petits systèmes vasculaires : l'un divergent, dû à la décomposition des vaisseaux qui entrent, l'autreconvergent, dû à larecomposition préalable des vaisseaux qui sortent ; ces deux systèmes intra-ganglionnaires, anastomosés entre eux comme les artères et les veines, constituent au point de vue de leur capacité un double cône ; en s'adossant base à base ces cônes donnent naissance à un eliipsoïJe. Le canal à sang blanc offre donc aux points de jonction de ses divers cylindres autant de renflements dont l'action est de ralentir le cours du cbyle et de la lymphe ; celle-ci arrive avec facilité de l'extrémité des membres au voisinage du tronc, puis se ralentit subitement en entrant dans les ganglions de l'aine et de l'aisselle, semblable à un courant qui viendrait se perdre dans un lac. Aussi, lorsqu'un principe morbilique est absorbé, ce n'est jamais durant son passage dans les vaisseaux lymphatiques (ju'il manifeste sa présence, mais au sein des ganglions qu'ils ne traversent (iu'avec une extrême lenteur, et sur lesipieis il agit en raison directe de la durée de son séjour; c'est pourquoi la douleur et la tuméfaction de ces organes sont en général les premiers symptômes par lescpiels s'annoncent les af!'ections du système absorbant.
Les renflements ovoïdes du canal à sang b'anc, d'autant plus multipliés que le chyle et la lymphe approchent davantage du torrent de la circulation, n'ont pas seulement pour but de ralentir la progression de ces fluides; ils constituent des organes élaboraleurs dont l'action ne peut être révoquée en doute bien qu'elle ne soit pas encore nettement définie; le chyle qui a traversé les ganglions du mésentère diffère de celui (pii remplit les radicules des chylifères , de même (pie la lymphe qui remplit le canal thoraci(iue diffère de celle qui coule dans les lym[iliatiques des membres. Sous ce ])oint de vue le système lymphatique s'associe en quelque sorte à l'action des poumons en imprimant aux liquides qu'il leur envoie une élaboration première et diffère essentiellement des veines dont les fonctions sont purement passives.
Les vaisseaux lymphatiques nous présentent à étudier : leur origine, leur trajet, leur terminaison , leur structure et les nom])renx ganglions qu'ils traversent ; nous joindrons à cette étude quelques considérations historiques sur leur découverte, et un exposé de la méthode à mettre en usage pour leur injection, leur préparation et leur conservation.
1" ORIGINE DES VAISSEAIX LY31PHATI0rES.
L'origine des vaisseaux lymphaticiues a été longtemps inconnue, et comme cette origine pouvait seule servir de base à la théorie de l'absorption , elle devint, par le fait même de son importance, le point de d('iiart d'iui grand nombre d'hypothèses. Deux difficultés se dressaient conune des obstacles en apparence insm'montables. devant les analomistes tiui dirigeaient vers cette partie de la science leiu's investigations; d'une part ces vaisseaux étaient doués d'une si parfaite transparence qu'on ne pouvait
ANGÉ10!a)GIE. o89
les apercevoir qu'aïuis une iiijcclioii préalable; de l'aulre leurs valvules étaient si uuiUipliées (ju'elles ne permettaient pas au liquide injecté de passer de leurs troncs dans leurs radicules. Pour étudier ces radicules il importait donc de trouver une méthode qui permît de les distendre par une liqueur colorante, et les soumît à l'exploration de nos sens. Cette méthode, qui avait été entrevue en 1780 par Hunter et par son élève Cruiksanck, mais qui demeura inconnue à Mascagni et à ses premiers successeurs, nous a été révélée de nouveau en 1830 par les travaux à peu près simultanés de Fohmann , de Pannizza et de M. le professeur Cruveilhier. Les seules notions positives que nous possédons sur l'origine des vaisseaux absorbants date de cette deriuère époque. Le fait le plus général qui ressort de ces notions est celui-ci : « Tout lyvipJialique a pour point de départ un réseau. » Les réseaux eux-mêmes ont pour éléments des capillaires d'une extrême ténuité, anastomosés et entrecroisés de mille manières, plus superficiels que les artères et les veines et constituant sur les surfaces qu'ils occupent la dernière limite des organes.
Les capillaires lymphatiques sont superposés aux capillaires sanguins ; du fait de cette superposition faut-il conclure que ces deux ordres de vaisseaux sont complètement indépendants ? Cette question mérite de nous arrêter un instant; en raison de son importance nous examinerons successivement les rapports du système lymphatique : 1° avec le système artériel ; 2° avec le système veineux.
Quelques analomistes , Cowper, Scnae , Ileister , Cheselden, Ferein, Tarin , etc., ayant observé que les injcctiotis passaient quelquefois des artères dans les vaisseaux lyniphatiiiues , ont cru pouvoir admettre que ces vaisseaux communiquent avec les artérioles et en sont la continuation. Cette opinion reproduite par M. Magendie est assurément séduisante; le sang artériel en effet, une fois parvenu dans les capillaires sanguins, se diviserait au moment de prendre une marche rétrograde pour revenir vers le cœur, en deux colonnes, l'une svreuse destinée aux lymphatiques, l'autre sanguine réservée aux veines ; on ajoutait que ces deux colonnes parcourent des conduits qui offrent la même forme noueuse , qui s'adossent l'un à l'autre dans toute l'étendue de leur trajet et qui finissent par se réunir, de telle sorte que le sang, après s'être partagé en deux parts, se reconstituait en quehpie sorte de toutes pièces avant d'arriver au coeur. Mais ces raisons ont peu de valeur; elles tombent devant les objections suivantes :
1° Les vaisseaux lymphatiques ne charrient pas un liquide purement séreux ; ils renferment aussi des globules et ces globules diffèrent de ceux du sang.
2° Panizza a injecté du mercure , de la colle animale colorée , de l'eau diversement teinte dans les artères mésenléritiues de l'homme, du cheval, des oiseaux, de la tortue, de la salamandre , etc., et il n'a jamais vu l'injection paraître dans les vaisseaux lym[)hatiques. Le même auteur a vainement tenté aussi d'injecter les lymphaliqiies du poumon, du rein, de la rate, par les artères correspondantes. Nous avons repété et varié ces injections en les étendant au foie, au testicule, à l'ovaire et à l'utérus chez nne femme morte dans l'état de grossesse , aux membres supérieurs et inférieurs, etc. , et nous avons toujours obtenu des résultats identiques à ceux du célèbre anatomiste italien. A ces injections infructueuses noi;s n'ignorons pas qu'on en oppose d'autres qui auraient été couronnées de
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succès; mais les premières sont incomparablement plus nombreuses cpic les secondes, et en outre dans les circonstances rares où le liquide injecté a pénétré dans les absorbants, il existait ipieiques ruptures , et c'est à l'aide de ces solutions de continuité que le liquide passait d'un ordre de vaisseaux dans l'autre. Panizza , d'accord sur ce point avec plusieurs anatomistes, dit, il est vrai, avoir constaté ce passage sur les vaisseaux lympbatiques du rectum du chien et dans les cbylifères du porc, à la suite de l'injection des artères mésentériqnes inférieure et supérieure, sans qu'il existât aucune trace d'extravasation. Les faits de cette nature sont si exceptionnels qu'il est permis de croire, même dans ces cas, à une rupture de très petites dimensions, dont l'existence serait demeurée inaperçue; peut-être aussi avaiton fait usage de gélatine, d'huiles grasses , d'essence de térébenthine, ou d'eau colorée, injections qui transsudent à travers les parois des artères et envahissent peu à peu tojîs les tissus.
2" Lorsqu'on introduit la pointe d'un tube à injection dans un réseau lymphatique quelconque, on ne voit jamais le mercure s'introduire dans les capillaires artériels; ici l'anatomiste opère sur la limite des deux systèmes, et s'ils communiquaient, l'injection devrait se partager et les pénétrer simultanément ou bien se porter tantôt vers l'un et tantôt vers l'autre. Mais il n'en est pas ainsi ; constamment et exclusivement elle se dirige vers les absorbants et semblent fuir les capillaires artériels; dans les cas extrêmement rares où 11 nous a été donné d'observer le passage du mercure dans les artères, il existait une extravasation du métal dans le tissu cellulaire; concluons donc que les capillaires lymphaticpies sont indépendants des capillaires artériels.
Les radicules veineuses sont-elles également indépendantes des vaisseaux absorbants? La solution de cette question offre de grandes diflicultés ; lorsqu'on injecte les réseaux lymphatiques il est fréquent de voir l'injection passer dans les veines ; le plus souvent ce passage a été précédé d'une ruj)ture et d'un épanchement ; dans qriclques rares circonstances cependant il m'a paru s'effectuer en l'absence de toute solution de continuité; pour le constater il convient de choisir une main ou un pied qui a été exposé à l'air libre pendant tout le temps nécessaire pour lui permettre de subir un commencement de décomposition et de prendre une coloration verdâtre ; dans cette condition la peau acquiert une remarquable transparence chez certains sujets , les réseaux s'injectent très richement et pendant cette injection on voit quelquefois le métal se précipiter à la surface du derme en la recouvrant de mailles argentées , et se porter au même moment vers la face profonde des téguments dans les veines. Mais il inqtorte d'ajouter que si on prolonge un peu cette expérience on ne tarde pas à voir un épanchement se former, en sorte qu'il ne serait pas inripossible que cet épanchement existât dès le début, et se fût dissimulé à l'œil de l'observateur par son exiguïté.
En outre on n'a point réussi jusqu'à présent à injecter les cbylifères par les veines mésaraïques; les injections poussées dans le système de la veine porte et dirigées vers le foie , ne pénètrent pas dans les lymp!iati(iues de cet organe, et lorsque cette pénétration a eu lieu, on constate une déchirure ; nous avons vainement tenté d'injecter les absorbants du poumon par les veines pulmonaires , ceux du testicule par les
AMiGIOLOCIE. ';<)l
voiîios spormali([ncs, coux du rein et de la rate i>ar leurs veitle^; res|,erlives, etc.
Eli résHiné, les raisons (iui militent en faveur d'une coniniunicalion des systèmes veineux et lyuiphatiiiuc sont à la fois beaucoup moins nombreuses et beaiicoup moins concluantes ([ue celles (pii tendent à la faire nier; peutclre repousserions-nous définiliveuient l'idée de cette communication si cl!e n'eût été admise par deux observatein-s, Lauth et Fohmann, dont le nom fait justement autorité dans cette partie de la science; le premier définit ainsi le mode de continuité des deux systèmes : k de petites bran- )> ebes partent des réseaux lympbatiques et vont se jeter à peu de distance » de leur origine dans les veinules. » A l'aide de ces anastomoses Lauth expli(pie ingénieusement le passage de l'injection artérielle dans les lymphatiques, lorsqu'on n'observe pas de rupture; suivant cet observateur, le iiiiuide arriverait des artères dans les veines , i)uis des veines dans les lympbali(pies par voie rétrograde.
Si es capillaires lymphatiques ne communiquent pas avec les capillaires sanguins, comment se comportent-ils à leur extrémité? Ce problème est l'un de ceux qui ont été le plus agités parmi les physiologistes depuis la découverte des chylifères par Aselli ; il renferme toute la doctrine de l'absorption, riunter et ses disciples crurent reconnaître à l'extrémité de ces vaisseaux des orifices qu'ils comparèrent aux points lacrymaux et dont ils firent des bouches absorbantes. Cette opinion invoquait en sa faveur les raisons suivantes :
1° Les lymphatiques qui occupent une surface libre étant remplis de mercure, on voit le métal s'échapper en fines gouttelettes par cette surface lorsqu'à l'aide d'une compression rétrograde on le fait reOuer vers les radicules; Haase dit avoir constaté cette transsudation mercurielle à la surface de la peau, Mascagni sur la surface convexe du foie à travers l'enveloppe péritonéale de cet organe et Ilewson sur la muqueuse de l'intestin des poissons.
■2° L'examen microscopique des villosités intestinales démontre au sommet de ces prolongements des orifices qui plongent dans le chyle répandu à la surface delà muqueuse, comme les points lacrymaux dans le sinus des larmes.
De ces deux faits le premier doit être attribué à une rupture et le second aune illusion. En effet l'injection des capillaires lymphatiques que Haase, Mascagni et He\vson obtenaient mécaniiiuement en forçant les valvules; nous l'opérons aujourd'hui d'une manière bien autrement complète et satisfaisante; non seulement nous injectons cas capillaires, mais nous les soumettons à la pression de une, deux et même trois atmosphères; et cependant nous ne voyons jamais le mercui-e pleuvoir à la surface de la peauj des séreuses ou des muqueuses ; bien plus, nous enlevons l'épiderme ou l'épithélium, et par consécpient nous ouvrons largement toutes les bouches absorbantes si elles existent; eh bien, même après cette ablation, toute transsudation est impossible ; Haase et Mascagni se sont certainement trompés.
Oïiant aux orifices signalés au sommet des villosités, s'ils ont été admis par quelques anatomisles éminents que des préoccupations théoriques portaient à en rechercher et à en d('>irer vivement l'existence , il est digne de
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remarque que la plupart de ceux qui ont vécu en tleliors de semblables préoccupations ne les ont jamais nettement aperçus. Les auteurs anciens, ignorant le mode d'origine des lymphatiipies , les faisaient naître par des extrémités libres, et l'idée d'un orifice sur ces extrémités devait naturellement se présenter à leur esprit. Mais cette idée , très rationnelle autrefois, est devenue inadmissible depuis la découverte des réseaux. Nulle part ou ne trouve d'extrémités libres ; à ces extrémités théoriquement admises l'observation a substitué des anses, des anastomoses, des plexus, une trame réliculaire enfin, dans laquelle on n'aperçoit partout que des arcades et des polygones ; dès lors, ainsi que le fait observer Fohman, ce n'est plus à l'origine d'un vaisseau uniqiie qu'il faudrait placer ces prétendus orifices , mais sur les parois des radicules ; or l'impossibilité si bien constatée de faire soiu-dre le mercure à la surface des réseaux, même après la desquamation épidermique et sous l'iulluence des plus hautes pressions, est un argument qui renverse et détruit radicalement l'ancienne théorie des bouches absorbantes. Ainsi les réseaux lymphatiques superposés aux artères et aux veines seraient non seulement sans communication avec ces vaisseaux , mais aussi sans communication directe avec les li{piides qui humectent les surfaces libres.
Étudions maintenant l'origine des vaisseaux lymphatiques dans les divers tissus : sur la peau et les muqueuses; sur les séreuses et les synoviales, sur l'appareil circulatoire, sur le tissu cellulaire, sur les centres nerveux, sur les muscles, sur les tissus fibreux , sur les os, et enfin sur les glandes.
1° Vaisseaux lympliatiques de la peau.
Les vaisseaux lymphatiques de la peau rampent dans l'épaisseur de la couche graisseuse sous-cutanée, ainsi que les veines superficielles dont ils suivent assez régulièrement le trajet.
Ils naissent surtout des parties ic'gumenialres qui sont les plus éloignées du centre circulatoire; ainsi à la tête ils partent principalement de la ligne médiane , aux membres de l'extrémité terminale des doigts et des orteils , à la verge du gland et du prépuce ; à la face les l'éseaux les plus développés sont ceux qui recouvrent d'une part le dos et les faces latérales du nez, de l'autre le pavillon de l'oreille.
Ces vaisseaux occupent un point , un espace déterminé et constant qu'il importe de connaître exactement lorsqu'on se propose de les injecter. Si l'on introduit la pointe d'un tube rempli de mercure dans un de ces lieux d'élection, on voit aussitôt le métal pénétrer dans toutes les directions, et donner naissance pres(iue instantanément à une lamelle argentée située dans l'épaisseur de la couche la plus superficielle du derme.
Ces réseaux sont particulièrement remarquables au crâne, sur la partie des téguments qui correspond à la suture bi-pariétale , et aux doigts sur les parties latérales des dernières phalanges.
Ils sont également très beaux sur le derme de la plante des pieds et de la paume des mains préalablement dépouillés de leur épidémie; mais c'est sur la partie médiane du scrotum qu'on les voit atteindre leur plus haut degré de leur développement.
Les autres parties de l'enveloppe cutanée sont -elles le point de dé-
ANGEIOLOGIE.
part de ratliculos lyinpliatiques? Cette question a été résolue affirmativement par M. Biandiii, qui a basé sur ce fait anatoniique une nouvelle théorie de l'érysipèle. Indépendamment des points précédemment énmnérés , les vaisseaux lympliatiqnes de la peau proviennent :
1" De toute la ligne médiane antérieure du tronc ;
2° De tonte la ligne médiane postérieure de cette cavité ;
3° De toute la partie médiane postérieure des membres thoraciques et abdominaux ;
4° Des parties latérales du tliorax et de l'abdomen;
5'' De la peau du sein ;
6° Du pourtour de tous les orifices par lesquels le tégument externe se continue avec l'interne.
En outre j'ai vu naître des lymphatiques : de la partie antérieure de l'avant-bras, de la partie antérieure de la jambe et de la cuisse, des téguments de la parlie moyenne de la face , etc. Mais je me hâte d'ajouter que sur ces derniers points on réussit difficilement, et que lorsqu'on réussit on injecte seulement quelques ramuscules dont la rareté et la ténuité attestent que si les lymphatiques ne manquent pas dans certaines régions complètement, ils y sont du moins à l'état rudimentaire. On peut donc admettre avec M. Blandin , aux dernières limites de l'appareil circulatoire un vaste réseau qui embrasse l'organisation entière ; mais il faut reconnaître aussi
FiG. 1G8.
1,1. Réseau lymphatique profond ou sous-dermique de la peau. — 2,2,^,2. Vaisseaux parlant de ce réseau , et s'adossant à la face interne des téguments dont ils s'éloignent bientôt pour plonger dans l'épaisseur de la couche cellido-graisseusp sous-culanée.
594 A.NATOMIE.
que ce réseau étalé sur une surface de 14 pieds carrés est très inégalement développé , ou en d'autres termes que l'appareil absorbant qui nous entoure est doué d'une activité énergique sur certains points et presque nulle sur d'autres.
Les capillaires anastomosés à la surface de la peau donnent naissance à des troncules qui traversent les aréoles du derme pour s'anastomoser à leur tour sur sa face profonde ; il résulte de cette disposition que l'enveloppe tégumentaire se trouve en quelque sorte comprise entre deux réseaux, l'un superficiel ou sus-papillaire, et l'autre profond ou sous-dermique; c'est de ce dernier que partent les vaisseaux lymphatiques qui rampent dans l'épaisseur de la couche cellulo-graisseuse sous-cutanée.
2° Vaisseaux lymphatiques du système muqueux.
Sur les membranes muqueuses ces vaisseaux se comportent de la même manière que sur la peau ; partout ils se présentent à leur origine sous la forme de réseaux, se continuant entre eux et formant une véritable membrane absorbante; de même que celle qui s'étale à la surface du derme . cette membrane ne présente pas un développement uniforme; constituée sur certains points par des mailles très serrées d'où partent des vaisseaux multiples et volumineux , elle se compose sur d'autres de mailles plus ou moins larges qui ne fournissent que des troncs rares et grêles. Les réseaux qui la forment sont doubles aussi sur un grand nombre de régions ; ainsi sur la muqueuse intestinale , sur celle de l'estomac , sur celle du gland, etc., on aperçoit, lorsque l'injection a été heureuse :
1° Un réseau superficiel dont les aréoles extrêmement fines ne peuvent être bien distinguées qu'à la loupe ;
2° Un réseau profond ou sous-muqueux dont les mailles, beaucoup plus apparentes, sont circonscrites par des radicules d'un diamètre plus considérable.
Le chorion muqueux compris entre ces deux couches réticulaires est quelquefois si mince et si transparent, lorsque les vaisseaux sont très dilatés par le mercure qu'il semble disparaître ; les deux réseaux paraissent alors immédiatement superposés : tels sont ceux qu'on observe sur la surface du gland, sur les grandes lèvres, dans le canal de l'urètre, etc.
Ces réseaux lymphatiques ont été très bien injectés en 1833 par Fohmann sur les muqueuses de l'intestin grêle, du gros intestin, de l'œsophage et de la trachée; le même auteur a aussi montré, dans de très bonnes planches, ceux qui appartiennent à la surface du gland et au canal de l'urèthre ; mais ces derniers avaient été parfaitement observés trois ans aupai'avant . par Pannizza qui les a mieux représentés. Depuis quelques années les résultats obtenus par ces deux observateurs ont été pleinement confirmés par les injections de M. Cruveilhier et par celles de 31. Bonamy. Ce dernier auteur a récemment exposé, dans son remarquable atlas d'anatomie descriptive, les principales variétés que présentent les réseaux absorbants du système muqueux.
Dans ce système cependant plusieurs points restaient inconnus; désireux de savoir s'ils étaient privés de lymphatiques ou si ces vaisseaux y étaient seulement moins développés , je les ai explorés d'une manière plus spéciale, et j'ai ainsi réussi à injecter : les réseaux qui recouvrent la
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muqueuse vaginale, ceux qui existent sur le col de l'utérus, ainsi (jue les lympliati(iues du cartilage dentaire du fœtus, de la muqueuse gengivaledes adultes, de lanuiqueuse palatine et de celle qui revêt la face inférieure du voile du palais; j'ai pu aussi injecter le réseau admirable qui embrasse toute la muqueuse linguale en formant à chacune de ses nombreuses papilles une petite gaine secondaire. M. le docteur Bonamy, qui de son côté avait aussi parfaitement observé ce même réseau , en a donné dans son atlas un dessin fort exact.
De l'ensemble des faits qui précèdent il semble résulter que le système lymphatique se déploie sur toute l'étendue des membranes muqueuses puisque sur tous les points qui ont été explorés sa présence a pu être constatée. Toutefois une conclusion ainsi formulée serait, dans l'état actuel de la science , trop absolue : les vaisseaux lymphatiques de la muqueuse pulmonaire n'ont pas encore été injectés , il en est de même de ceux des canaux excréteurs, l'urètre excepté; — les lymphatiques de la pituitaire qui sont généralement admis sont loin d'être démontrés ; c'est vainement que je les ai cherchés sur l'homme à tous les âges de la vie ; vainement aussi j'ai tenté de les injecter sur le veau ; je n'ai jamais obtenu que des réseaux veineux; M. Cruveilhier, qui a émis à ce sujet une opinion différente , a été vraisemblablement victime d'une illusion à laquelle on ne saurait échapper qu'en poursuivant les vaisseaux injectés jusqu'à leur terminaison ; or, en procédant ainsi, on voit que ces vaisseaux se terminent constamment dans des veines, jamais dans des ganglions. — Tout ce qui a été écrit sur les vaisseaux lymphatiques des muqueuses palpébrale et oculaire doit être également considéré comme erroné : Tiedmann, Breschet, Fohmann, Arnold, se sont certainement trompés en admettant et en faisant représenter sur la conjonctive oculaire des plexus et des troncs lymphatiques; ici ce ne sont pas des veines qu'on a injectées, mais le tissu cellulaire sous-conjonctival ; aussi n'a-t-on jamais obtenu que des troncs très courts, parce que l'épanchement qui , au début de l'injection , revêt parfois un aspect vasculiforme, ne tarde pas à prendre ses véritables caractères, ceux d'un épanchemcnt, si le fluide qui se répand dans une cavité celluleuse s'accumule en plus grande quantité; dans ce cas on admet que le vaisseau vient de se rompre et on suspend l'injection ; mais en raisonnant ainsi on raisonne mal; le mercure ne s'épanche pas dans le tissu cellulaire sous-conjonctival consécutivement à une solution de continuité des vaisseaux ; il s'épanche primitivement. C'est pour cette raison que le métal n'a jamais pu arriver ni à une veine, ni à un vaisseau vraiment lymphatique, ^t bien moins encore à un ganglion (1).
En résumé , les radicules du système lymphatique recouvrent de leurs anastomoses la presque totalité de la superficie du système muqueux ; vraisemblablement ces mêmes radicules existent aussi sur la muqueuse pulmo-
(1) Eu 1721, Ruysch avait déjà conslalé la disposilion vasculiforme qu^iffecle le tissu cellulaire sous-conjonctival lorsqu'on rinjectc au mercure; il s'exprime ainsi : Per superficiem scleroticae plurinia visuniur dispersa vei-osimilia vascula nova, lymphalicorum œmula; verosimilia dico, quia de eorum existentia nil certi affirmare ausim , autequam frequenliore examine cerlissimus faclus sini; quia autem nuUas in eis observare potui valvulas, aiiceps hsereo I^Thes. sec. p. G . not. X.) »
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iiaire, sur la iniuiueuse des canaux excréteurs et sur la muqueuse utérine, mais la science attend encore la démonstration de ce fait ; leur existence peut être révoquée en doute sur la pituitaire: sur la conjonctive nous n'hésitons pas à la repousser.
Le système muqueux comme le système cutané présente pour l'injection des réseaux lymphatiques des lieux d'élection; il est digne de remarque que les points par lesquels ces deux systèmes se continuent sont ceux qui offrent les radicules absorbantes les plus multipliées : ainsi la muqueuse qui recouvre le gland semble constituée uniquement par un plexus lymphatique; il en est de même de celle qui entoure l'orifice du vagin, et de celle qui répond à l'anus ; le pourtour de l'ouverture antérieure des narines est aussi le point de départ d'un grand nombre de capillaires absorbants: les lèvres sont revêtues d'un l'éseau à mailles fines et serrées que Haasse avait déjà vu et représenté dans ses planches; ce réseau, siège ordinaire de l'érythème et des gerçures qui affectent si fréquemment ces organes , se continue en avant avec ceux du derme et en arrière avec ceux de la muqueuse buccale. Si de ces divers orifices on pénètre dans le système muqueux, les réseaux qu'on injecte le plus facilement sont : celui de la face dorsale de la langue, celui de la muqueuse urétrale, celui de la muqueuse vaginale, et enfin ceux des muqueuses intestinale et gastrique.
Nulle part les radicules du système absorbant ne se présentent sur le système muqueux à l'état d'isolement ou d'indépendance ; partout elles s'anastomosent entre elles de manière à former des anses, des mailles, des plexus qui se disposent en membrane ; celle-ci, comprise dans l'épaisseur de la couche la plus superficielle du corion muqueux, recouvre les vaisseaux sanguins, et embrasse les villosités de l'intestin grêle de la même manière qu'elle embrasse les papilles de la langue; une semblable disposition est incompatible avec l'existence de radicules occupant l'axe des villosités et s'ouvrant par un orifice à leur extrémité libre. Ces radicules, empruntées par la physiologie animale à la physiologie végétale , ont pu être admises sur la foi de l'analogie aussi longlemps que l'origine des vaisseaux lymphatiques a été rebelle à toutes les méthodes d'investigations ; mais aujourd'hui cette origine est devenue accessible à nos sens : ce n'est donc plus l'analogie qu'il faut consulter, c'est l'observation; or l'observation nous montre : que les lymphatiques naissent par des capillaires anastomosés entre eux et formant des réseaux ; que ces capillaires se superposent partout aux capillaires sanguins ; que loin d'occuper l'axe des villosités , ils s'étalent à leur périphérie , d'où il suit :
1° Que ce n'est pas par un canalicule central et béant à leur extrémité libre que les villosités absorbent, mais par des canalicules multiples, périphériques et imperforés ;
2° Que les fonctions de ces villosités ne sont pas iinalogues à celles des points lacrymaux, mais à celles des valvules conniventes; comme ces dernières, elles multiplient la surface sur laquelle s'exerce l'absorption ; c'est pourquoi elles existent dans l'intestin grêle et l'estomac qui jouissent d'une grande activité absorbante, tandis qu'elles manquent dans le gros intestin dont le pouvoir absorbant devient comparativement presque nul. Les valvules conniventes constituent pour les vaisseaux absorbants de l'intestin grêle un premier moyen de multii)licalion: les villosités en sont un second ;
ainsi iiiulUiiiiée. la surface sur laquelle s'exerce l'absorpliou du cliyle et des boissons acquiert une étendue six ou huit fois plus considérable.
Reste une difficulté : si les cliyiifères ne naissent pas par des radicules béantes à leur extrémité, comment pénètrent dans ces conduits les globules qui forment la partie solide bu coagulable du chyle? A cette question nous répondons qu'il n'est pas démontré que les globules du chyle , ainsi que ceux de la lymphe, préexistent à l'absorption; ils paraissent au contraire se former de toutes pièces au moment même oii l'appareil absorbant entre en action , et si les particules qui les composent pénètrent une à une dans la cavité des vaisseaux, on conçoit facilement que de simples porosités puissent leur donner passage, de telle sorte que l'absorption du chyle et de la lymphe s'accomplirait comme celle des boissons, comme celle de la sérosité, comme celle de la synovie, comme celle en un mot de toutes les substances liquides ou solides douées de la propriété d'être absorbées , par un mécanisme analogue à celui de l'imbibition.
3" Vaisseaux lymphatiques des systèmes se'ieux el synovial.
Parmi les membranes à surfaces libres les séreuses sont celles sur lesquelles il est le plus facile de constater l'origine du système lymphatique par des réseaux ; mais ici, comme sur la peau et les muqueuses, les radicules qui composent ces réseaux s'étalent avec une grande richesse sur certains points, tandis que sur d'autres elles se montrent en petit nondjre ou cessent même complètement d'exister. Le feuillet viscéral est leur siège de prédilection : on injecte avec le plus grand succès la tunique vaginale sur le testicule, le péritoine sur le foie, l'estomac ou l'intestin, le péricarde sur les ventricules du cœur, la plèvre sur la périphérie des poumons. 3Iais lorsqu'on passe du feuillet viscéral au feuillet pariétal on réussit bien rarement et encore les résultats qu'on obtient présentent-ils le plus soJivent un caractère problématique ; j'ai exploré avec la plus grande attention la plèvre costale , la plèvre diaphragmatique , le péritoine qui revêt la paroi antérieure de l'abdonien, l'arachnoïde dans les points où elle s'unit à la duremère, etc., et je ne suis parvenu que trois fois à des résultats jtositifs; ainsi j'ai vu naître très manifestement : 1" du feuillet pariétal du péricarde quelques troncules (pii se rendaient dans un ganglion situé à la racine du poumon correspondant; 2° du péritoine adossé aux muscles droits de l'abdomen un autre tronc qui allait gagner le repli falciforme du foie et le sillon transverse de cet organe ; 3° de la plèvre applicjuée sur le centre phrénique du diaphragme des rameaux qui après un court trajet se réunissaient aux lymphatiques de ce muscle. Mais remarquons que sur ces divers points, les séreuses pariétales adhèrent à des plans fibreux sousjacents; or ce fait soulève un doute : les vaisseaux injectés provenaient-ils du feuillet séreux ou du feuillet fibreux? Je pense qu'ils proviennent de la couche fibreuse, et voici les raisons (jui militent en faveur de cette opinion :
1° Après avoir soulevé la partie antérieure de la base du péricarde dans un point oîi elle est en contact direct avec le diaphragme et par conséquent non recouverte par la plèvre, j'ai piqué superficiellement le feuillet fibreux de cette enveloppe et j'ai injecté deux troncs aboutissant aux ganglions situés à la partie antérieure du diaphragme, derrière l'appendice xyphoïde.
■2" Le péritoine ijui revêt la face inréricurc du diaphragme étant enlevé.
Si on piijue superliciellement le centre phrénique on injecte des lymphatiques qui semblent partir de la plèvre diaphragmatique, comme lorsqu'on introduit la pointe du tube directement dans celte plèvre.
3° Il est complètement impossible d'injecter les séreuses pariétales dans les régions où elles sont unies aux organes correspondants par un tissu cellulaire lâche; c'est toujours vainement que j'ai exploré dans ce but les épiploons et les divers replis du péritoine, la plèvre médiastine , l'arachnoïde viscérale, etc.
De ces faits découle une vérité importante : si , sur les points où les membranes séreuses sont adossées et en quelque sorte réduites à ellesmêmes , elles ne fournissent aucun vaisseau lymphatique ; si dans leur trajet pariétal les absorbants qu'elles semblent fournir partent , en réalité , des plans fibreux qu'elles tapissent , n'est-il pas vraisemblable que ceux qu'elles semblent fournir aussi dans leur trajet viscéral émanent également et exclusivement des viscères qu'elles entourent? Une conclusion aussi absolue aura contre elle tous les partisans de l'opinion de Mascagni , c'est-à-dire tous les anatomistes qui considèrent les séreuses comme des plexus lymphatiques ; mais j'ose croire qu'elle aura pour elle les observateurs qui consentiront à contrôler les recherches nombreuses et précises sur lesquelles elle repose. Ces lamelles argentées à mailles microscopiques, qui dans les injections heureuses s'étalent à la superficie du foie , des intestins , du cœur, des poumons, etc., ne naissent ni du péritoine, ni du péricarde, ni de la plèvre ; les capillaires qui les constituent partent de la profondeur des viscères et se dirigent vers leur périphérie , où ils se ramifient , s'anastomosent s'entremêlent de mille manières. Parmi les vaisseaux qui entrent dans la composition de ce plexus périphérique, les uns, il est vrai, plus volumineux, forment un réseau profond, et les autres, extrêmement fins, un réseau supei-ficiel ; mais cette disposition ne tient nullement à ce que les premiers viennent des viscères et les seconds de l'enveloppe séreuse ; les absorbants qui émanent d'un organe ne naissent pas à une égale distance de sa surface : quelques uns en sont très éloignés à leur point de départ; pour y arriver ils parcourent un trajet plus ou moins long et dans ce trajet ils s'enrichissent de tous les rameaux qu'ils trouvent sur leur route, comme un fleuve de tous ses affluents; c'est ainsi qu'ils deviennent plus volumineux ; d'autres partent des parties périphériques de l'organe ; ceux-ci, toujours plus superficiels, se présentent en quelque sorte sous leur état primitif, c'est-à dire sous des dimensions capillaires.
Pour acquérir la certitude que les réseaux étalés sous les séreuses viscérales naissent des viscères , il suffit d'isoler par un procédé convenable (Voy. la Préparation relative aux absorbants du poumon) quelques uns des lobules qui composent le poumon du cheval, du bœuf, du fœtus humain, ou bien encore ceux d'une glande, du foie , par exemple , et de piquer superficiellement un point de la périphérie de ces lobules pulmonaires ou g;landuleux ; on obtiendra à leur surface des réseaux tout à fait semblables à ceux qui se montrent sur la convexité des organes respiratoires ou sécréteurs; ici on ne peut conserver aucun doute sur leur origine ; bien évidemment ils naissent des lobules , c'est-à-dire des viscères. On pourra aussi enlever une tranche mince de la périphérie de l'un de ces organes; en injectant cette tranche on verra le mercure suinter par la
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surface de la cuupe an moment où il péiièlre dans le réseau des vaisseaux lymphatiiiues.
Si ces vaisseaux se ramifient sous les séreuses et leur adhèrent d'une manière intime , c'est alin de leur emprunter une surface d'appui qui les protège en leur formant une tunique supplémentaire et en les unissant d'une manière plus intime , soit entre eux , soit avec les viscères dont ils dépendent; lorsqu'ils trouvent à la périphérie ou dans l'épaisseur des organes iii.c membrane qui réunit des conditions analogues, ils convergent vers elle et l'entourent de la même manière de leurs mille anastomoses ; c'est ainsi que les lymphatiques superficiels du rein se ramifient dans sa tunique fibreuse ; de même les lymphatiques profonds du foie se ramifient autour des veines hépatiques qui adhèrent au tissu glanduleux comme la fibreuse rénale, comme la séreuse hépatique ; aussi, lorsqu'on pique la surface de l'une de ces veines, injecte-t-on aussitôt des réseaux d'où partent des troncs multiples et volumineux ; et ces l'éseauxne naissent pas de la veine, car lorsqu'on écarte les lobules appliqués sur sa circonférence , on obtient le même résultat en piquant le prolongement que la tunique fibreuse lui envoie ; non seulement alors on remplit le plexus qui entoure la veine , mais on voit le mercure refiuer vers les lobules voisins , en remontant ainsi vers le véritable point de départ des absorbants.
De toutes les considérations qui précèdent je conclus :
1° Que les membranes séreuses ne donnent naissance à aucun vaisseau lymphatique ;
2° Que ces vaisseaux qu'elles semblent fournir naissent des organes auxquels elles adhèrent ;
3° Enfin que ces membranes recouvertes par un épithélium pavimenteux sont de nature celluleuse et non vasculaire.
Les inembranes 5?/«ovîaZe5 donnent-elles naissance à des vaisseaux lymphatiques ? Convaincu que ces vaisseaux existaient , je les ai cherchés avec soin ; ma surprise a été grande de ne les rencontrer nulle part. Sur les points où les synoviales adhèrent soit aux ligaments soit aux cartilages ou aux fibro-cartilages , comme sur ceux où elles sont complètement libres, il ne m'a pas été donné d'injecter un seul réseau ni un seul tronc vraiment lymphatique ; en conséquence, sans vouloir affirmer que des recherches plus heureuses ne démontreront pas à l'avenir la présence de quelques capillaires absorbants dans ces membranes, je dirai que ces vaisseaux , s'ils existent, sont extrêmement rares.
4° Vaisseaux lymphatiques de l'appareil circulatoire.
« L'emploi du tube à injection lymphatique, dit Breschet, permet de » reconnaître que la membrane interne de tout le système vasculaire est )) formée de vaisseaux lymphatiques; pour concevoir, ajoute le même au- » teur, comment ces vaisseaux produisent la tunique interne de l'appareil » circulatoire, qu'on imagine une pelote formée d'un lacis lâche de A'ais- » seaux ; si l'on vient à enfoncer avec précaution dans ce peloton un corps » dur, arrondi, conique, on parviendra à l'y faire pénétrer sans pi'oduire » aucune solution de continuité ; l'instrument pourra se frayer une route » à travers le peloton en refoulant en quehiue sorte les unes contre les au-
600 ANATUMIE.
» très les mailles qui le constituent; un canal ainsi formé présenterait » l'image de la tunique des artères , des veines et des lymphatiques. »
La structure exclusiA^ement lymphatique de la membrane interne de l'appareil vasculaire est une opinion (jui a trouvé de nombreux et de très illustres défenseurs ; émise d'abord par Hunter, puis défendue par son élève Cruiksanck et un peu plus tard par Mascagni, elle a été adoptée par la plupart des anatomistes de notre époque. En faisant représenter des vaisseaux lymphatiques sur les membranes qui revêtent les cavités du cœur, Laulli est venu confirmer cette opinion et lui donner une nouvelle valeur. Des témoignages aussi recommandables m'avaient convaincu, de sorte que lorsque j'entrepris sur toutes les parties de l'appareil circulatoire une longue série de recherches, je me proposais pour but beaucoup moins de vérifier l'existence de ces vaisseaux que d'en étudier la disposition. Ces recherches m'ont conduit à un résultat négatif : des grosses et des petites artères , des veines de divers calibres, des parois du canal thoracique , je n'ai jamais vu naître un seul vaisseau lymphatique. Sur les séreuses pariétales et sur les synoviales, on obtient de temps en temps des réseaux d'une nature douteuse ; sur la tunique interne des trois ordres de vaisseaux, cette satisfaction, si faible qu'elle soit, m'a été constamment refusée. Relativement aux séreuses qui tapissent les cavités du cœur , je n'ai pas été plus heureux ; les lymphatiques représentés par Lauth sont des infiltrations mercuriclles dans les mailles du tissu musculaire; aussi n'arrive-t-on jamais, et Lauth lui-même n'cst-il jamais arrivé à conduire ces pseudo-vaisseaux jusqu'aux ganglions bronchiques.
Lorsqu'on porte la pointe du tube sur la surface interne des veines hépatiques, on obtient de très beaux plexus desquels partent des troncs lymphatiques. Mais ces plexus ne naissent pas des parois veineuses, ils viennent des lobules du foie; si on les remplit en piquant directement la surface interne des veines hépatiques, ce résultat est du à l'extrême minceur des veines que la pointe la plus acérée ne saurait atteindre sans arriver aussitôt jusqu'à leur surface extérieure. Les vaisseaux qui partent de ces plexus suivent rigoureusement les radicules veineuses, traversent l'ouverture aponévrotique du diaphragme et se terminent dans deux ou trois ganglions situés au-dessus de ce muscle dans le voisinage de la veine cave inférieure ; le foie présente par conséquent trois groupes de vaisseaux lymphatiques : 1° des vaisseaux périphériques qui lui forment une véritable enveloppe ; 2° des vaisseaux profonds et descendants qui suivent la capsule de Glisson pour se rendre dans le sillon transverse de la glande et delà dans les ganglions sus-pancréatiques; 3° des vaisseaux profonds et ascendants qui suivent les veines hépatiques pour se rendre dans les ganglions sus diaphragmatiques. Ces derniers, dont l'existence avait été jusqu'ici complètement méconnue, sont à la fois plus nombreux et incomparablement plus volumineux que les premiers et les seconds.
En résumé les réseaux et les troncs lymphatiques qu'on injecte en piquant un point quelconque de la surface interne des veines hépati(iues appartenant exclusivement aux lobules du foie , et ces mêmes réseaux ne se montrant sur aucune autre partie de l'appareil circulatoire , il me paraît démontré que la tunique interne de cet appareil est complètement dépourvue de tout vaisseau de cet ordi^e.
b" Vaisseaux lyniplialirjucs du syslcuie cellulaire.
En 17 87, jMascagni Omit la pensée que le lissn cellulaire et tous les tissus blancs sont constitués par des vaisseaux lymphatiques. Cette opinion ne reposait sur aucun fait précis ; elle était purement spéculative; et cependant malgré son importance elle est restée sans contradicteurs, bien qu'elle ait soulevé des doutes dans quelques esprits.
Fohmann, qui croit à l'existence des vaisseaux lymphatiques sur la conjonctive, sur le cordon ombilical, sur l'arachnoïde viscérale, etc., a été conduit, en observant la disposition de ces vaisseaux, à partager l'opinion du célèbre anatomiste italien. Mais nous avons déjà vu qu'il n'existe aucun vaisseau de ce genre sur la conjonctive ; j'en dirai autant du cordon ombilical et de l'arachnoïde sur laquelle je reviendrai dans un instant ; Fohmann est ici tombé dans l'erreur pour avoir cru , avec un grand nombre d'auteurs , qu'on pouvait se prononcer sur l'existence ou la nonexistence des lymphatiques dans une région d'après la seule inspection des réseaux ; or les réseaux et les infiltrations celluleuses offrent parfois une certaine analogie ; c'est ce qu'on observe spécialement sur le cordon ombilical ; pour affirmer la présence de ces vaisseaux sur un point où elle est contestée, il faut donc avoir conduit le mercure jusque dans le ganglion le plus voisin , ou au moins jusque dans un tronc dont les caractères sont bien accusés. Cette preuve irrécusable, je l'ai cherchée sans jamais la rencontrer. 3Iais le résultat qu'on obtient présente en général si manifestement la disposition d'une infiltration ou d'un épanchement dans le tissu cellulaire, qu'on ne saurait conserver aucun doute sur sa nature.
Arnold , ayant soumis à l'observation microscopi(iue le tissu cellulaire des environs du globe oculaire, avance que ce tissu lui parut composé de réseaux lymphatiques superposés; « son étonnement, dit-il, fut d'autant nplus grand qu'il ne s'attendait pas à trouver une pareille disposition, y et que son esprit était prévenu contre l'opinion de Mascagni. » Dans ses magnifiques planches il représente en effet le tissu cellulaire sous-conjonctival sous la forme d'un très beau réseau lymphatique ; mais cet auteur nous semble avoir réalisé une illusion du microscope en donnant à une infiltration celluleuse les caractères d'un plexus lymphatique.
En 1834 M. Cruveilhier s'est également rallié à l'opinion de Mascagni; en prêtant son appui à une idée toute spéculative , un esprit aussi éminemment scientifique ne pouvait l'élever à la hauteur d'un fait d'observation. Cet habile professeur, qui a toujours été l'un des représentants les plus fermes de l'anatomie positive, considère, en effet, la structure lymphatique du tissu cellulaire comme un fait vraisemblable et non comme un fait démontré.
Breschet a été plus explicite : « J mes yeux , dit-il , le tissu cellulaire » est le point principal d'où les vaisseaux lymphatiques surgissent ; » c'est le sol dans lequel leurs racines s'implantent , et dans la. pro- » fondeur duquel elles se ramifient avec des formes particulières , etc.» C'est avec surprise que nous avons vu cet anatomiste se prononcer d'une manière aussi affirmative sur une question de texture qui soulève tant de doute. Sur (juels faits reposent ces affirmations? l'auteur n'a pas cru devoir les énumérer; et son silence semble indii|uer ([u'il considérait les raisons alléguées par Fohmann et Arnold comme parfaitement eonclnanles.
Appelé par les circonstances à exposer toute une branche de la science dont il n'avait jamais fait une étude pratique, Breschet se trouvait en quelque sorte condamné à une simple analyse des travaux de ses prédécesseurs ; mais s'effacer ainsi à l'ombre d'une froide énumération , c'était prendre une attitude bien modeste pour un membre de l'Académie des sciences qui aspire aux honneurs du professorat ; il voulut donc s'élever au rôle de critique , rôle souvent difficile pour celui qui a vu , presque impossible et toujours téméraire pour celui qui n'a rien contrôlé. Cette témérité lui a fait commettre quelques hérésies ; la proposition que nous avons précédemment rapportée est de ce nombre. Mascagni pouvait considérer le tissu cellulaire comme la matrice du système lymphatique ; l'origine de ce système se dérobant à ses investigations , il lui était permis de l'emprunter à l'induction ; mais cette origine n'était plus inaccessible à nos sens à l'époque où Breschet pubha son travail ; on savait alors la forcer en quelque sorte à se révéler; et s'il eût exploré attentivement les tissus ou les surfaces de nature celluleuse, il lui eût été facile de constater que sur ces tissus on n'injecte jamais un seul capillaire lymphatique. Ces capillaires n'ayant jamais pu être injectés, la logique permettait-elle de conclure que le tissu cellulaire en est exclusivement composé? Pourquoi ne pas reconnaître simplement que puisque ces vaisseaux se sont dérobés dans tous les temps aux recherches les plus attentives, ils n'existent pas, ou au moins que leur existence est douteuse? Si le tissu cellulaire n'est qu'un lacis de ces vaisseaux, comment concevoir qu'au-dessous des téguments on trouve toujours un nombre à peu près égal de lymphatiques chez l'homme qui succombe dans l'émaciation la plus complète , et chez celui qui gémit sous le poids de son excessif embonpoint? comment se fait-il que ce dernier, qui dcA^ait offrir des vaisseaux non seulement plus nombreux, mais plus volumineux, offre au contraire des vaisseaux plus petits?
Dans l'impossibilité de répondre à ces objections on tranche la difficulté en disant : les séreuses peuvent être converties en vaisseaux lymphatiques ; or les séreuses ne sont que du tissu cellulaire condensé, donc ce dernier tissu est lui-même complètement vasculaire. Les considérations que nous avons présentées sur les lymphatiques des séi'euses laissent bien peu de valeur à un semblable argument, puisqu'elles nous ont conduit à conclure que ces membranes sont dépourvues de tout vaisseau de ce genre. Mais si les séreuses, qui se composent de tissu cellulaire, ne donnent naissance à aucun lymphatique, ne faut-il pas admettre, en retournant l'argument qui précède, qu'il doit en être de même de ce tissu? Et remarquez que cette conclusion a l'avantage de concilier tous les faits observés : le tissu cellulaire étant privé de vaisseaux lymphatiques, tous les organes dont il constitue l'éléjnent générateur en seront privés aussi ; c'est pourquoi ils n'existent pas dans les synoviales articulaires et tendineuses . dans les bourses séreuses, dans les épiploonset les mésentères, sur le feuillet viscéral de l'arachnoïde, sur la tunique interne des artères et des veines, etc.; c'est pourquoi ils ne sont ni plus abondants ni plus volumineux chez les sujets à constitution adipeuse ; c'est pourquoi les organes qui sont les moins riches en tissu cellulaire peuvent être les plus riches en vaisseaux lymphatiques, tels par exemple que le foie, le rein, la rate, le testicule, etc. ; or si dans les points où le tissu cellulaire abonde on trouve peu ou point de vaisseaux ; si dans ceux où il est rare on en trome un très grand nombre, ne devient-il pas
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manifeste que ces deux systèmes ne présentent aucune connexion , aucune identité de nature, et qu'ils jouissent au contraire d'une mutuelle et complète indépendance ?
6° Vaisseaux Jymphaliques du syslème nerveux.
En 1697 Frédéric Ruysch , dans une lettre écrite à André Jœlick , lui annonce qu'il vient de découvrir à la surface du cerveau , entre l'araclinoïde et la pie-mère , une sorte de membrane composée d'un nombre infini de très petites vésicules, lesquelles renferment une humeur aqueuse et deviennent extrêmement manifestes par l'insufdation (1). Une autre planche du même auteur représente ces vésicules sous des dimensions beaucoup ptus considérables ; mais elles sont moins nombreuses que les précédentes et de forme allongée ou cylindrique; dans le texte explicatif annexé à cette planche, Ruysch , pour exprimer leur disposition tubuliforme , les désigne sous le nom de Vasa ipseudo-lymphatica , et ajoute : « Ces pseudo- » vaisseaux ne sont autre chose que des cavités celluleuses artificiellement D produites par l'insufflation ; car je n'ai jamais vu de véritables lymphati- )) ques sur le cerveau , et je serais bien reconnaissant envers celui qui me » montrerait un de ces absorbants, si minime qu'il soit (2). »
Les faits signalés par Ruysch fixèrent, en 1833, l'attention de Fohmann qui fut conduit par ses nouvelles recherches à la conclusion suivante : « Lorsqu'on enfonce une lancette entre la pie-mère et l'arachnoïde et qu'on » insuffle le canal que l'on vient de pratiquer, on voit paraître un réseau » lymphatique interposé entre ces deux tuniques, réseau formé de ra- » meaux d'un calibre plus considérable que dans les autres tissus du » corps ; cependant leurs parois sont si faibles qu'ils se déchirent dès » qu'on introduit le mercure. Ce réseau lymphatique appartient à l'a- » rachnoïde et à la pie-mère, principalement à cette dernière membrane; » il donne naissance à des vaisseaux qui accompagnent les prolongements » de la pie-mère, et pénètrent dans la masse cérébrale, ou en d'autres » termes , les nombreux vaisseaux absorbants provenant de cette masse » vont se jeter dans ce réseau. Enfin les petits troncs provenant de ce » même réseau accompagnent les ti'oncules artériels et veineux, et se di- » rigent ainsi vers les trous osseux qui livrent passage à ces vaisseaux. »
A la même époque Arnold a fait représenter, dans ses planches sur le système nerveux, des réseaux et des ti-oncs lymphatiques appartenant à la face supérieure ou convexe du cerveau. Ainsi que Fohmann, il n'a pu conduire ces troncs jusqu'aux ganglions; comme cet anatomiste , il avoue même n'avoir pu les suivre jusqu'aux trous de la base du crâne, en sorte que pour l'un et l'autre un voile épais s'étend à la fois et sur l'origine et sur la terminaison des vaisseaux lymphatiques de l'encéphale.
Lorsqu'on rapproche les recherches de Ruysch, de Fohmann et d'Arnold, on reconnaît facilement en les comparant que ces trois observateurs sont arrivés à un résultat identique ; ils ont vu le même phénomène ; mais ils ne l'ont pas interprété delà même manière: — Ruysch, anatomiste essentiellement positif, expose simplement et nettement ce (pi'il a observé; —
(1) Episl. noua, p. 8 et li2, lab. 10.
(2) Thés. nnnl.,y\\, \. M,ng. 2,
Fohmann , fortement préoccupé par la nature spéciale de ses travaux des plexus lymphatiques qu'il avait rencontrés sur la plupart des surfaces libres, injecte au mercure les cellules que Ruysch n'avait fait qu'insuffler et considère ces vésicules communiquant librement entre elles comme un réseau de vaisseaux absorbants; après avoir Constaté les mêmes faits que l'illustre anatomiste hollandais, il les expose en les théorisant; — Arnold semble traduire beaucoup moins ses propres observations que celles de Fohmann dont il a accepté toutes les erreurs.
Le fait signalé par Ruysch est parfaitement vrai ; mais l'interprétation que lui ont donnée ses continuateurs est erronée ; loi'squ'on porte un tube sous l'arachnoïde, et qu'on pratique une légère insufflation, on distend les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien ; distendues modérément, celles-ci prennent l'aspect de cellules ou de vésicules communiquant entre elles ; plus distendues, elles se déchirent sur certains points et représentent alors des cavités allongées, à parois irrégulières et noueuses, offrant parfois l'image d'un tronc lymphatique; de là l'erreur; qu'importe en effet la forme de ces vésicules? Qu'elles soient petites et arrondies sur le sommet des circonvolutions , ou plus considérables et allongées au niveau des anfractuosités, leur nature demeure la même; ce sont toujours des espaces purement cellulaires ; aussi Fohmann et Arnold s'étonnent-ils avec raison de l'extrême fragilité de ces cavités , lorsqu'on les insuffle et surtout lors(iu'on les injecte, fragilité qui nous explique: 1° l'impossibilité absolue où ils se sont trouvés de remonter à l'origine et de suivre jusqu'à leur terminaison les vaisseaux qu'ils signalent; 2° la différence ((u'ils ont constatée entre ces vaisseaux et ceux de toutes les autres parties du corps; 3° la sérosité observée dans ces prétendus vaisseaux, sérosité qui constitue le fluide sous-arachnoïdien. — Comme ces anatomistes, j'ai insufflé et injecté au mercure des vésicules intermédiaires à l'arachnoïde et à la pie-mère, et j'affirme, après avoir réitéré et varié mes recherches, (pi'ils ont pris pour des vaisseaux lymphatiques le tissu cellulaire.
Mascagni mentionne aussi les vaisseaux d'apparence lymphatique signalés par Ruysch ; il constate également l'extrême ténuité de leurs parois qui ne lui a jamais permis de les suivre jusqu'aux ganglions, ainsi que leur diamètre assez considérable, et ajoute qu'il doute encore de leur nature : « Dubius adhuc haîreo de ipsorum indole ; » il est digne de remarque que ces deux grands observateurs, qui avaient élevé l'un un monument impérissable à l'histoire des vaisseaux sanguins, et l'autre un monument semblable à celle des vaisseaux lymphatiques , ont apporté dans la contemplation du même phénomène la même sagacité et la même réserve.
Indépendamment de ces conduits qu'il appelle vosa œmulantia lym- •phaiica , et qu'il hésite à ranger parmi les véritables absorbants, Mascagni on a découvert d'autres qui par leurs nodosités, leur direction et l'ensemble de leurs propriétés, appartenaient au contraire bien évidemment à la classe des lymphatiques ; l'existence de ces vaisseaux sur les centres nerveux est pour lui un fait démontré ; il les a observés :
1° Sur la face externe de la dure-mère où ils suivent l'artère et les veines méningées moyennes pour sortir avec elle par le trou sphéno-épineux et se rendre dans les ganglions accolés à la veine jugulaire interne, après s'être rc'unis aux absorbants des muscles ptérygoïdiens.
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•2" 1 la surfaoo de l'onci^plialo où ils se distinguent on supérieurs qui se dirigent vers le sinus longitudinal correspondant, au voisinage duquel on les perd de vue, et en inférieurs qui sortent du crâne : par le trou occipital avec les artères vertébrales , par les canaux carotidiens avec les carotides internes et par les trous déchirés postérieurs avec les veines jugulaires.
Ces vaisseaux sont d'une si grande ténuité que Mascagni n'a jamais réussi à y introduire la pointe du tube dont il faisait usage. Ils rampent dans l'épaisseur de la pie-mère parallèlement aux artères et aux veines; pour les apercevoir il faut injecter ces dernières avec de la gélatine; si l'injection est heureuse le liquide gélatineux pénétrera dans la cavité des lymphatiques par transsudation, et on pourra les reconnaître à l'aide d'une loupe. Bien différents de ceux que décrivent Fohmann et Arnold , ils se comportent du reste comme dans toutes les autres parties du corps. Il ne m'a pas encore été donné de constater leur existence, bien que j'aie fait plusieurs fois des tentatives dans ce but; mais comme je n'ai pu découvrir jusqu'à ce jour une seule erreur d'observation dans l'immense travail de Mascagni que j'ai presque entièrement contrôlé par mes recherches , je n'aurai certes pas la témérité de révoquer en doute un fait sur lequel ce grand observateur se pi'ononce de la manière la plus affirmative ; mon insuccès reconnaît très vraisemblablement pour cause l'insuffisance de mes observations. Il est vrai d'ajouter cependant que ce célèbre anatomiste n'a pu suivre les vaisseaux qu'il représente dans toute l'étendue de leur trajet, c'est-à-dire depuis leur origine jusqu'à leur terminaison ; il en fait lui-même la remarque, en exprimant le regret que lui cause cette description incomplète : « qua? quidem félicitas mihi adhuc est in votis. »
En résumé Fohmann et Arnold ont injecté le tissu cellulaire sous-arachnoïdien ; 3Iascagni a représenté des vaisseaux qui offrent tous les caractères propres aux conduits de la lymphe, mais il n'indique ni leur origine, ni leur terminaison d'une manière précise ; cette partie du domaine de la science réclame par conséquent de nouvelles recherches.
7° Vuisseaux lymphatiques du système musculaire.
Le système musculaire donne naissance à un grand nombre de lymphatiques. Ces vaisseaux doivent être étudiés :
1"^ Sur le diaphragme qui se distingue de tous les autres muscles de l'économie par sa situation entre deux membranes séreuses ;
2° Sur les muscles viscéraux dont la plupart correspondent par leur surface externe à une enveloppe de la même nature ;
3° Sur les muscles extérieurs ou volontaires.
Les lympJiatiques du dia}jhragme occupent sa surface convexe; ils naissent par des capillaires faciles à injecter sur sa portion centrale ou aponévrotique , et se dirigent de ce centre vers les divers points de sa circonférence ; les principaux se portent en haut , en avant, puis en dedans pour gagner un ganglion assez volumineux situé au-devant de la base du péricarde dans l'épaisseur du médiastin antérieur et se réunir ensuite aux troncs lymphatiques qui accompagnent les vaisseaux mammaires internes. D'autres vaisseaux se dirigent en bas sur la face postérieure des piliers du muscle et se rendent dans les ganglions londjaires qui correspondent à la dernière vertèbre dorsale ou à la première lombaire. Ces lympha-
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tiijues extrêmement grêles au niveau du centre phrénique, acquièrent un accroissement remarquable dès qu'ils arrivent au niveau des fibres musculaires dont ils ne suivent nullement les interstices.
Fohmann, qui s'est livré à des recherches spéciales sûr les lymphatiques du tissu musculaire, nous apprend qu'il ne les a observés clairement que sur le diaphragme. En jetant un coup d'œil sur la planche que cet auteur consacre à la reproduction de ces vaisseaux, on doute qu'il les ait aperçus aussi clairement qu'il l'affirme, et l'observation démontre en effet qu'il les a complètement méconnus; non seulement il n'a pu les suivre jusqu'aux ganglions, mais il n'a pu obtenir un seul tronc, une seule branche, un seul rameau; le réseau qu'il représente est une large infiltration du mercure dans le tissu cellulaire intermusculaire ; aussi fait-il remarquer avec beaucoup de raison que les lymphatiques qu'il a observés sur le diaphragme présentent des parois si faibles qu'ils ne peuvent supporter le métal introduit dans leur cavité; et il explique, par cette extrême fragilité, l'impossibilité où il s'est trouvé de faire parvenir le liquide injecté jusqu'aux troncs et aux ganglions lymphatiques.
Les vaisseaux que j'ai injectés sur la convexité du diaphragme étant bien incontestablement des lymphatiques , et ceux que Fohman a fait représenter étant au contraire le résultat d'une illusion non moins certaine, j'avais cru d'abord être l'auteur de cette petite découverte; mais je me trompais : elle avait été faite depuis longtemps par Olaiïs Rudbeck , dont la description fut ensuite confirmée et complétée par A. Nuck et plus tard par Mascagni.
Rudbeck a fait représenter cinq troncs qui se portent de la partie antérieure de la convexité du diaphragme vers la postérieure et se réunissent en un tronc unique au voisinage dé la veine cave inférieure.
La description de Nuck est plus satisfaisante : « De la partie convexe du )) diaphragme, dit-il, partent plusieurs vaisseaux lymphatiques qui en se » réunissant forment un tronc tantôt unique, tantôt double , lequel monte » sous le muscle triangulaire du sternum , pour venir se jeter dans les » glandes situées à la partie supérieure de cet os , et se rendre de là dans » la veine jugulaire. » Ces vaisseaux sont ceux qui naissent de la partie antérieure du muscle; Nuck oublie seulement de mentionner les glandes sus-diaphragmatiques.
Eschembak, Werner et Feller les décrivent à peu près dans les mêmes termes, ainsi que Cruiksanck.
Mascagni représente très bien dans son grand ouvrage ceux qui partent de la région antérieui'e du muscle, ainsi que la glande sus-diaphragmatique et intermédiastine qu'ils traversent avant de se réunir aux lymphatiques des vaisseaux mammaires internes.
En présence des assertions de Rudbeck , de la description si précise de Nuck, de la planche si exacte de Mascagni, on comprend difficilement comment un anatomiste aussi distingué que Fohman a pu faire table rase de tout ce qui avait été observé avant lui, et méconnaître les recherches positives de ses prédécesseurs pour leur substituer les siennes dont la Aaleur, il faut le reconnaître, est complètement nulle.
Il existe donc sur la face convexe du diaphragme des vaisseaux lymphatiques dont les uns s'appliquent à la paroi antérieure du thorax pour aller se jeter dans le canal thoracique près de son embouchure, et les autres à la
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paroi postérieure de cette cavité pour se jeter dans le même canal près de son origine. Mais ces vaisseaux naissent-ils de la plèvre diaphragmatiqiie ou du diaphagme? Mascagni, qui regardait les séreuses comme des agglomérations de lyrnpliatitiues, avance qu'ils proviennent de l'une et de l'autre de ces surfaces ; s'il m'était permis d'exprimer une opinion contradictoire à celle de ce grand analomiste, je dirais que je suis plus disposé à admettre qu'ils tirent leur origine uniquement du plan musculaire ; et voici mes arguments :
1° Ces vaisseaux sont extrêmement grêles sur le centre phréniqne et sur toute la circonférence de ce centre , bien que la plèvre offre au niveau de la région aponévrotique du diaphragme la même épaisseur qu'au niveau des fibres musculaires.
2° Dès qu'ils abandonnent le centre phrénique pour s'avancer sur le tissu musculaire ils augmentent brusquement et notablement de volume, bien que l'épaisseur de la plèvre demeure la même.
3° Au voisinage de la glande sus-diaphragmatique à laquelle ils se rendent, on peut enlever la plèvre dans une certaine étendue, sans ouvrir leur cavité dont le diamètre continue à accroître cependant par l'affluence de nouveaux rameaux. Si parmi ces rameaux nouveaux quelques uns partaient delà surface séreuse, ils seraient divisés à leur embouchure; delà autant d'orifices latéraux sur le tronc principal , orifices par lesquels le mercure s'échapperait ; or on n'observe pas de semblables fuites.
4° On ne réussit à injecter les lymphatiques du diaphragme en piquant la plèvre que lorsqu'on choisit une région oîi cette membrane adhère intimement au muscle ; sur toute autre région, c'est-à-dire sur la plus grande partie du plan musculaire proprement dit , on ne réussit jamais; d'où vient cette différence? de ce que la séreuse s'identifie dans le premier cas avec les capillaires lymphatiques émanés du plan sous-jacent , tandis quedans le second elle en demeure plus ou moins indépendante. Sous ce point de vue on observe entre la partie centrale et la partie périphérique de la plèvre diaphragmatique la même différence que nous avons déjà signalée entre la plèvre pulmonaire et la plèvre costale , ou plutôt généralement entre le feuillet viscéral et le feuillet pariétal de toutes les séreuses.
Les vaisseaux hjmjJhatiques des muscles viscéraux naissent, comme ceux du diaphragme, de l'épaisseur même du tissu musculaire par des radicules qui viennent s'anastomoser à leur surface convexe en formant des réseaux; si la surface du muscle est entourée d'une enveloppe séreuse qui lui adhère, celle-ci se confond avec les capillaires lymphatiiiues et semble leur donner naissance: si elle est libre , ces capillaires l'entourent de la même manière, et on les voit alors partir manifestement de la couche musculaire sous-jacente.
Parmi les muscles viscéraux qui sont entourés d'une séreuse et qui présentent des vaisseaux lymphatiques, il faut citer le cœur, l'utérus, la vessie, l'estomac, etc. Si vous voulez vous convaincre que les vaisseaux qui naissent de ces viscères émanent de leur couche musculaire et non de leur enveloppe séreuse, séparez la paroi antérieure du cœur ou de la matrice, de la paroi postérieure en incisant ces organes sur leurs deux bords , enlevez par leur face profonde la plus grande partie du tissu musculaire ([ui compose ces parois , de manière à les transformer en une lame mince sans in-
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téresser eu aucune manière leur partie superficielle , puis injectez les réseaux périphériques et vous verrez le mercure suinter par la face profonde ou musculaire de chacune de ces lames ; le métal, il est vrai, ne reflue pas ou reflue très rarement dans le tissu du cœur et de l'utérus à l'instant où il pénètre les réseaux et les troncs périphériques ; mais l'extrême difficulté de ce reflux s'explique suffisamment par la présence des nombreuses valvules qui hérissent la cavité de ces vaisseaux, et lorsqu'il s'opère, ce n'est jamais qu'à une très petite profondeur.
Le départ des vaisseaux lymphatiques de l'épaisseur des muscles viscéraux nous rend compte d'un phénomène qu'on ne saurait concevoir lorsqu'on admet qu'ils tirent leur origine du feuillet viscéral des séreuses; si ces vaisseaux sont plus développés sur les cœurs affectés d'hypertrophie, n'est-ce pas parce qu'ils participent au développement du tissu musculaire? S'ils acquièrent un volume six, huit ou dix fois plus considérable sur la matrice d'une femme arrivée au dernier mois de la grossesse, n'est-ce pas parce qu'ils partent d'une couche musculeuse devenue dix fois plus considérable ? On pourrait dire, il est vrai, que dans ce dernier cas l'enveloppe péritonéale de l'utérus acquiert un accroissement proportionnel; mais je ferai remar([uer : 1° (^ue cet accroissement de l'enveloppe séreuse est dû au dédoublement des ligaments larges, lesquels dans leur état d'adossement ne donnent aucun lymphati(iue ; 2° que cet accroissement dans la superficie de la couche utérine pourrait peut-être expliquer une augmentation de nombre, mais qu'elle ne saurait rendre compte d'une augmentation de calibre ; 3° que l'arrière-cavité des épiploons constitue une surface séreuse bien autrement étendue que celle qui correspond à l'organe gestateur, et que cette surface ne se distingue ni par le nombre, ni par le calibre de ses vaisseaux lymphatiques puisque ceux-ci se sont dérobés jusqu'à ce jour à l'œil le plus pénétrant.
Les muscles viscéraux qui ne sont pas entourés par deux membranes séreuses se comportent comme les précédents ; la partie inférieure du rectum est entoui"ée d'un réseau lymphatique dont les rameaux viennent les uns de la muqueuse et les autres de la tunique musculeuse de l'organe ; il en est de même des lymphatiques de l'œsophage, de ceux du pharynx, de ceux du larynx, de ceux du voile du palais, etc. Tous ces organes étant tapissés d'une membrane muqueuse qui émet des vaisseaux de même nature, on peut objecter que les radicules observées naissent exclusivement de cette membrane. Mais l'anatomie comparée lève cette difficulté : l'estomac des oiseaux est entouré d'une couche séreuse qui lui esta peine adhérente ; si, après l'avoir enlevée, on pique la surface du gésier au niveau de sa portion fibreuse, on obtiendra un plexus de vaisseaux lymphatiques; j'ai observé ces vaisseaux sur le puissant estomac de l'autruche ; je les ai vus un grand nombre de fois sur celui du coq , du dinde, de l'oie, etc. En jetant un nouveau coup d'œil sur les admirables planches de Pannizza je viens de m'apercevoir que cet auteur les a observés avant moi, et qu'il en donne im dessin fort exact. Ici on ne saurait les faire naître de la muqueuse stomacale , puisque cette mu([ueuse n'existe pas ; à sa place on trouve une couche fibro-épidermique d'une dureté cartilagineuse, en contact avec des graviers, des débris de silex , des fragments de verre, etc., et offrant à tous ces corps étrangers qui représentent les dents de l'oiseau, un point d'appui durant l'acte de la trituration.
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Concluons donc que les lymphati(iues observes à la surface des muscles viscéraux éuianeut de l'épaisseur de ces muscles.
Les lyiitphaiiqries des muscles exlcrienrs sont les plus difliciles à observer; cependant je suis parvenu à injecter ceux qui naissent de la face profonde du grand pectoral , ceux qui marchent entre les muscles intercostaux , ceux qui viennent du grand adducteur, ceux qui prennent naissance dans l'épaisseur des nmscles grand et moyen fessiers, etc.; ces vaisseaux sont en général assez volumineux ; ils suivent le trajet des artères et des veines, mais sans s'accoler à leurs parois dans tout leur trajet ; souvent ils s'en écartent pour les rejoindre sur un point plus éloigné, ou bien ils les croisent pour passer d'un côté à l'autre. Leurs valvules sont si nombreuses et ferment si complètement leur cavité que le mercure ne peut dans aucun cas relluer de leurs troncs vers leurs radicules , en sorte qu'il faut les pi([uer directement pour les injecter. Afin de les rendre plus manifestes je plaçais, avant de pi'océder à leur recherche, une ligature sur les vaisseaux artériels et veineux du muscle, que je malaxais ensuite pour forcer la Ivmphe k passer des capillaires dans les principaux troncs.
Les premiers vaisseaux lymphatiques des muscles volontaires ont été signalés à l'attention des observateurs en 16 52 ; il y a par conséquent près de deux cents ans qu'ils ont été vus , décrits et représentés ; cette proposition causera sans doute quelque surprise aux anatomistes de notre époque qui, sur la foi des travaux de Fohmann, doutent encore de leur existence.
Olaiïs Uudbeck s'exprime ainsi : « Le 19 octobre de l'an 16 52 , tandis » que je préparais les artèx'cs et les veines de l'abdomen d'un chat , je re- » marquai des vaisseaux séreux qui suivaient le trajet des veines lom- » baires , et dont les rameaux étaient dispersés çà et là entre les muscles » transverses et obliques de l'abdomen. » Pour injecter ces vaisseaux Rudbeck les embrassait dans une ligature appliquée sur les troncs artériels et veineux; ainsi liés, ils se dilataient par stase de la lymphe, et devenaient très manifestes. C'est à l'aide de ce procédé qu'il prépara les vaisseaux lymphatiques du foie et du mésentère lorsque la reine Christine, désireuse de contempler une découverte qui faisait alors grand bruit dans le monde scientifique, se rendit dans son laboratoire, suivie de tous les hauts dignitaires de la cour de Suède.
Le même anatomiste fit connaître les lymphatiques qui cheminent entre les muscles intercostaux.
Ti(. Bartliolin, à la même époque, décrivît et représenta les lymphatiques mammaires internes, qui tirent lem' origine soit de la partie antérieure des espaces intercostaux, soit du diaphragme, soit des muscles droits de l'abdomen.
llewson a mentionné ceux qui naissent des muscles fessiers et indiqué leur trajet; mais l'histoire de ces derniers a été bien plus exactement et plus complètement tracée par Mascagni, qui a montré leur point de départ, représenté les glandes (pi'ils traversent, précisé leur réunion, leur trajet et leur terminaison, et qui a en outre fait connaître les lymphatiques satellites de l'artère ischiatique , ceux qm suivent les vaisseaux obturateurs , ceux du grand pectoral, ceux du grand dorsal , etc., etc. Pour procéder avec succès dans ses recherche?, cet habile explorateur injectait les artères et les veines à la gélatine ([ui passait par transsudalion dans les lymi)hati-
ques et les mailles du tissu cellulaire ; à l'aide d'un courant d'eau chaude il entraînait ensuite le liquide qui s'était infiltré dans ce dernier tissu , et son œil perçant, quelquefois armé d'une loupe, distinguait les vaisseaux qui rampent à la surface des muscles.
8° Vaisseaux lymphatiques du système fibreux.
Les absorbants du système fibreux ont été peu étudiés. Th. Bartholin a fait représenter trois troncs lymphatiques dont il place le point de départ dans le médiastin antérieur ; ne pouvant remonter à leur origine puisqu'il injectait ces vaisseaux en les ouvrant directement et non en piongéant au hasard la pointe du tube dans les réseaux capillaires, il n'a pu émettre sur cette origine qu'une simple opinion. En piquant successivement la plèvre médiastine et le feuillet fibreux du péricarde je n'ai jamais obtenu de lymphatiques sur la première et j'en ai plusieurs fois injecté sur le second; en conséquence, je crois pouvoir avancer que les vaisseaux observés par Bartholin naissaient réellement de la partie fibreuse de l'enveloppe du cœur.
Mascagni a découvert sur la face externe de la dure-mère des lymphatiques qu'il a pu suivre jusqu'au trou sphéno-épineux et de là dans les gangUons du cou.
Rudbeck, Nuck, Eschembak, Mascagni ont décrit ceux qui partent de la partie aponévrotique du diaphragme; ces derniers sont ceux sans contredit dont l'injection présente le moins de difficulté.
Mascagni nous montre dans ses planches deux troncs lymphatiques qui suivent l'artère articulaire inférieure externe du genou, et qui se portent de la partie antérieure de cette articulation dans les ganglions poplités ; ces vaisseaux naissent des parties fibreuses, ou de l'extrémité supérieure du tibia.
Parmi les troncs lymphatiques qui accompagnent les vaisseaux profonds des membres il en est sans doute quelques uns dont les ramifications émanent soit des tendons, soit des aponévroses, soit des ligaments. Mais la plupart de ces troncs aujourd'hui Ijien décrits dans leur trajet et leur terminaison, nous sont complètement inconnus dans leur point de départ. Remarquons cependant qu'on ne peut émettre que trois hypothèses sur leur véritable origine : ils viennent des muscles, des os ou des parties fibreuses ; l'observation atteste que plusieurs d'entre eux partent des muscles ; mais il nous paraît très vraisemblable qu'ils ne naissent pas exclusivement de ces organes. Nous possédons aujourd'hui des notions précises sur l'origine des lymphatiques superficiels ; il serait d'un vif intérêt pour la science que celle des lymphatiques profonds fût à son tour étudiée et aussi clairement connue.
La présence bien constatée de ces vaisseaux sur la dure-mère, le péricarde et le centre phrénique, suffit pour avancer d'une part que les tissus fibreux donnent naissance à quelques xines des radicules du système lymphatique, de l'autre que ces mêmes tissus ne sont pas constitués comme on l'avait pensé d'après Mascagni, et comme beaucoup d'anatomistes le pensent encore, par un entrelacement de capillaires absorbants. Loin de former essentiellement les aponévroses, les tendons, les ligaments, etc., ces capillaires ne représentent qu'un de leurs éléments et un de leurs éléments les plus secondaires. On ne saurait comprendre la rare faveur avec laquelle
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cette opinion a été accueillie , lorsqu'on compare les propriétés si différentes des vaisseaux lymphatiques et des tissus fibreux :
Les vaisseaux lymphatiques sont éminemment élastiques ; les tissus fibreux sont remarquables au contraire par leur parfaite inextensibilité ;
Les vaisseaux lymphatiques, comme tout ce qui est creux et vasculaire, varient à chaque instant de volume ; les tissus fibreux sontinvariables dans leurs dimensions ;
Les premiers, doués d'une grande irritabilité , s'enflamment facilement. Les seconds, à peine irritables, s'enflamment très rarement, etc.
En poursuivant ce parallèle on arrive à se convaincre qu'il n'existe en réalité aucune analogie de propriétés entre ces deux systèmes ; or des propriétés opposées ne peuvent dériver que d'une structure différente. Cessons donc de voir dans les aponévroses, les ligaments, les tendons, le tissu cellulaire, les séreuses, la tunique interne des artères, des veines, etc., un seul et même élément, l'élément lymphatique, qui ne différerait de lui-même que par les divers degrés de condensation sous lesquels il peut se montrer ; l'anatomie , la physiologie, la pathologie s'unissent pour repousser une semblable hypothèse , acceptable au temps de Mascagni , mais qui a contre elle aujourd'hui des faits précis et irrécusables.
9° Vaisseaux lymphatiques du système osseux.
Existe-t-il des vaisseaux lymphatiques dans les os? La lecture des auteurs nous apprend peu de choses sur ce point de la science ; la plupart expriment une opinion affirmative; aucun ne rapporte une observation concluante.
Le fait le plus satisfaisant que j'aie pu recueillir appartient à Cruiksanck qui l'expose ainsi : « Nous avons souvent injecté les absorbants des espaces » intercostaux, et d'une manière contraire à la direction des valvules ; » deux accompagnent chaque artère intercostale ; dans un cas nous avons » aussi injecté leurs branches postérieures qui accompagnent les branches » artérieUes correspondantes , et qui , pénétrant dans le canal rachidien, M s'introduisaient dans le corps d'une vertèbre du dos, à travers la sub- » stance de laquelle nous l'avons ensuite vu se ramifier. »
« On a observé plusieurs fois, dit Breschet, et tout récemment encore, des vaisseaux lymphatiques appartenant au système osseux. Brugmans en avait déjà vu dans la cavité des os longs chez les oiseaux. )> Quels sont les anatomistes qui ont si bien réussi dans cette injection? J'ai consulté la plupart des traités spéciaux et il ne m'a pas été donné de découvrir ces heureux investigateurs ; quant à Brugmans, il ne nous dit pas s'il a fait ses observations sur des os aérifères ou sur des os médullaires; s'il s'agit des os aérifères, je crois pouvoir avancer qu'il s'est trompé; s'il s'agit des os médullaires, j'oserais exprimer un doute.
On lit dans le même auteur :
« Dans une note que je dois à M. Bonamy, un de nos plus habiles prépa- » rateurs et qui se livre depuis longtemps avec succès à l'injection des » vaisseaux lymphatiques, il cet dit : les os sont pourvus dans leur intérieur » de vaisseaux lymphatiques ; c'est ce ([ue j'ai vu en faisant des injections » sur les membres inférieurs ; le mercure força quelques valvules et rem-
•) I :^ ANATUMIE.
» plit les lyiDplialiiiues qui s'inlroduisent dans le tissu osseux par les trous » qu'on voit sur les côtés du condyle interne du fémur. Je fendis cet os, » et malgré le dégât occasionné par la préparation , je pus suivre pendant » (jnelque temps, dans l'intérieur du tissu osseux , ces mêmes vaisseaux » lymphatiques. » Cette note a été remise à Breschet en 1836 ; bien que M. Bonamy fi*it déjà connu à cette époque comme un habile anatomiste, il était loin assurément d'avoir sur le système lymphatique les notions étendues et précises qu'il possède aujourd'hui, grâce à des recherches non inteiTompues pendant un laps de douze années; et comme dans cette longue période cet habile observateur n'a publié aucun fait nouveau sur la présence des vaisseaux lymphatiques dans les os, je me trouve conduit à penser, ou bien que la note remise à Breschet avait été rédigée sous l'intluence d'observations trop précipitamment recueillies, ou bien que l'auteur de cette note prépare sur la distribution des vaisseaux al)sorbants dans le tissu osseux un travail qu'il veut rendre complet avant de le livrer à la publicité; je souhaite bien vivement que la seconde de ces deux interprétations soit la véritable.
A mon tour j'ai tenté quelques recherches sur les vaisseaux lymphatiques des os; c'est surtout dans le tibia que je me suis attaché à les découvrir. Sur un adulte de vingt-cinq ans, extrêmement maigre, je sculptai le canal nourricier, et après avoir enlevé la moitié correspondante de la diaphyse de cet os , je piquais très superficiellement la membrane médullaire sur le trajet de la branche descendante de l'artère ; dans cet instant j'ai vu le mercure pénétrer dans un réseau d'où partait un vaisseau à parois transparentes et noueuses offrant tous les caractères des vaisseaux lymphatiques; ce vaisseau suivait l'artère et la veine nourricières dont il était parfaitement distinct; malheureusement il avait été coupé avec les vaisseaux sanguins au-delà du canal nourricier et je n'ai pu le suivre jusqu'aux ganglions poplités; sur deux autres sujets chez lesquels j'avais pris soin de conserver toutes les parties molles du creux poplitc je renouvelai mes recherches, mais il me fut impossible de retrouver le vaisseau que j'avais si nettement distingué; cependant, comme deux résultats négatifs ne peuvent infirmer un résultat positif, je demeure convaincu que j'avais injecté un véritable lymphatique. Je regrette qu'il ne m'ait pas été permis, en multipliant davantage mes recherches, d'arriver à un résultat plus concluant.
M. Gros, aide d'anatomie à la Faculté de médecine, m'a dit avoir vu un vaisseau lymphatique qu'il a suivi des ganglions du creux poplité jusqu'au canal nourricier du tibia. Ce vaisseau dilaté par les gaz qui se dégagent des tissus sous l'influence de la décomposition putride , était extrêmement manifeste ; assurément cette observation est plus satisfaisante que la mienne.; si elle est confirmée, et elle peut l'être assez facilement en se plaçant dans les mêmes conditions, M. Gros aui-ait enrichi la structure des os de deux éléments nouveaux, l'élément nerveux, définitivement acquis à la science, et l'élément lymphatique, qui vraisemblablement le sera bientôt.
10° Yaisseaux lympliatiques du système glauduleux.
Les glandes sont, parmi les divers organes de l'économie, ceux qui émettent le plus grand nombre de vaisseaux lymphatiques ; en procédant de
ANCÉIOLOUIE. 613
celles qui en sont le pins abondamment pourvues à celles iiui en offrent à peine quelques vestiges, on trouve:
Au premier rang les glandes munies d'un réservoir, le testicule, l'ovaire, le foie et le rein ;
Au second, les glandes sans réservoir, le pancréas dont les absorbants ont été découverts en 16 40 par Yesling et Hewson et observés de nouveau, en 1773, par Cruiksanck; les glandes parolides dans Icsqiiellcs ils ont été vus par Ilaller et Mascagni ; les mamelles (lui émettent leurs vaisseaux absorbants par leur face profonde, connne l'ont très bien démontré Wartbon sur la vaclie, Zypée sur le cliien, et Kœlpin sur la femme ;
Au troisième, les glandes les plus simples, comme les amygdales, qui donnent ([uelques rameaux recueillis par les vaisseaux lympbatiques qui descendent du voile du palais.
\: Les pseudo-glandes, telles que le corps thyroïde, le thymus, les capsules surrénales, etc. , sont aussi le point de départ de troncs lymphatiques volumineux. «J'ai souvent réussi à dilater ces troncs, dit Cruik- » sanck , en piquant au hasard la surface du corps thyroïde avec la » pointe d'une lancette, et en poussant dans la petite solution de conti- » nuité de l'air ou du mercure, comme je le fais en général dans les glandes » absorbantes, méthode que Hunier a d'abord mise en usage (1). Ilaller et 3Iascagni ont également injecté ces vaisseaux. Ceux du thymus ont été reconnus d'abord par Drelincourt, et injectés ensuite par Cowper ; Cheselden les a également observés , mais seulement chez le chien.
Les glandes à réservoir présentent aussi des réseaux et des vaisseaux lymphatiques sur les parois de leur appareil excréteur; Hewson a décrit ceux qui partent des vésicules séminales; A. Nuck ceux des trompes et de l'utérus qui constituent l'appareil excréteur et le l'éservoir de l'ovaire ; Hewson et surtout Mascagni ceux de la vessie ; et presque tous les anatomistes ceux de la vésicule du fiel.
Les vaisseaux lymphatiques des glandes naissent par autant de radicules de chacun des lobules (pii les conq)Osent , s'anastomosent à la périphérie de ces lobules pour les entourer d'un réseau analogue à celui qui embrasse la totalité de la glande, et marchent dans les sillons interlobulaires en se réunissant en branches et en troncs , puis gagnent les uns les divers points de la périphérie de l'organe , et les autres les vaisseaux sanguins dont ils suivent le trajet ; de là cette distinction des vaisseaux absorbants des glandes en deux plans : un plan superficiel dont on a placé à tort le point de départ dans l'enveloppe la plus externe de la glande , et un plan profond qui diffère du précédent par son trajet et ses rapports , mais non par son origine.
Le foie, qui offre \ni double système veineux, présente aussi un double plan lymphatique profond : l'un descendant et parallèle à la veine porte, l'autre ascendant et parallèle aux veines hépatiques.
(I) 11 resulle de celle remarque de Crniksiinck , que rinjeclion dos vaisseau lympbaliques par les lëseaux esl une iiiclhode bien anlericiire à rolinianu et Pauiiizza, auxquels on l'aUribue geueralemciil.
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