TRAJET DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES
Partis des réseaux qui leur donnent naissance, les vaisseaux lymphatiques rampent à la périphérie ou dans la profondeur des divers organes en se dirigeant vers les ganglions les plus rapprochés de leur origine.
Sur le tronc et les membres , ceux qui émanent de la peau cheminent dans l'épaisseur de la couche cellulo-graisseuse sous-cutanée; ceux qui naissent des tissus sous-aponévrotiques s'appliquent aux vaisseaux sanguins dont ils suivent le trajet sur toute leur étendue. On peut donc les distinguer en superficiels et profonds.
Les superficiels convergent autour des veines principales sans cependant se grouper autour de leur calibre comme autour d'un axe ; ils s'étalent au contraire de manière à occuper une assez large surface ; ainsi à la main et au pied on les voit se superposer en grand nombre aux veines dorsales ; à l'avant-bras ils se divisent en trois groupes , l'un antérieur, satellite de la veine médiane , l'autre externe, satellite des radiales, le troisième interne et plus considérable, satellite des veines cubitales; à la jambe il existe un groupe principal pour la veine saphène interne et un beaucoup moins important pour la petite saphène ; au bras et à la cuisse on n'observe plus qu'un seul faisceau dont les éléments se concentrent graduellement sur les régions antérieure et intei'ne.
Les profonds sont situés en dehors des veines qui correspondent à chaque branche artérielle, de telle sorte que les vaisseaux à sang rouge, à sang noir et à sang blanc forment un cordon composé de trois couches qui se superposent dans un ordre constant : l'artère au centre , puis les veines et leurs anastomoses transversales et enfin les lymphatiques. Ces derniers suivent en général une direction parallèle aux canaux sanguins ; cependant il n'est pas rare de les voir passer d'un côté à l'autre en croisant obliquement l'artère et les veines. Ils sont plus volumineux que les superficiels, mais beaucoup moins nombreux.
Dans les viscères creux tels que l'estomac, les intestins , l'utérus, la vessie, etc., il existe aussi deux plans de vaisseaux lymphatiques , un plan superficiel ou externe qui naît de la tunique musculaire et un plan profond ou interne qui naît de la tunique muqueuse. Les vaisseaux partis de celte double origine convergent vers un ou plusieurs points de la périphérie de l'oi'gane , et se portent en conservant leur indépendance aux ganglions voisins dans lesquels ils communiquent entre eux.
Dans les viscères pleins les conduits lymphatiques se partagent également en deux couches : à la surface du foie , du rein, du testicule, de la rate, etc., on trouve un plan superficiel sous leur enveloppe fibreuse ou fibro-séreuse, et un plan profond en rapport avec les vaisseaux sanguins. Mais tous deux offrent la même origine ; tous deux naissent du parenchyme même de ces organes; si le superficiel se compose de vaisseaux plus fins , ce n'est pas parce que ceux-ci viennent de la séreuse , mais parce que nés de la périphérie du viscère notre œil les surprend en quelque sorte à leur point de départ ; si les conduits qui forment le profond se présentent à nous sous la forme de troncs volumineux , c'est au contraire parce que nous voyons ces troncs loin de leur origine ; car si on remonte
iiisqn'à leurs premières radicules comme je l'ai fait pour ceux qui suivent les veines hépatiques , on pourra constater qu'ils ne diffèrent nullement de ceux qui rampent à la périphérie.
Les vaisseaux lymphatiques superficiels et profonds des membres sans communiquer entre eux aussi fréquemment et aussi largement que les plans veineux qui leur correspondent, s'anastomosent sur plusieurs points. Ces communications ont été depuis longtemps signalées dans les viscères et particulièrement dans le foie dont elles rendent l'injection plus difficile, le mercure poussé dans les vaisseaux périphériques fuyant parles anastomoses dans les profonds. Dans les membres elles ont à peine fixé l'attention des anatomistes ; cependant Mascagni a vu un vaisseau lymphatique superficiel de la cuisse communiquer avec les lymphatiques profonds au niveau de l'anneau du troisième adducteur-, j'ai observé une communication analogue au niveau de l'articulation tibio-tarsienne ; M. Bonamy, qui a également constaté cette dernière anastomose, en mentionne une troisième destinée à unir, vers la partie interne et moyenne de la jambe, les vaisseaux satellites de la saphène interne aux satellites des vaisseaux tibiaux postérieurs; mais ces anastomoses entre les lymphatiques sous-cutanés et sous-aponévrotiques, ne sont pas constantes comme celles qui unissent les deux plans veineux ; si je m'en rapporte à mes propres recherches je dirai même qu'elles sont rares, et tout à fait exceptionnelles.
La distinction des vaisseaux lymphatiques en superficiels et profonds n'est pas moins vraie au point de vue médical et chirurgical qu'au point de vue anatomique ; le plus souvent ces deux plans demeurent parfaitement isolés dans les affections dont ils deviennent le siège ; à la suite d'une piqûre, d'une plaie, d'une brûlure, etc., on voit fréquemment les lymphatiques sous-cutanés s'enflammer, tandis que les profonds conservent une complète intégrité; sous l'influence d'une fracture comminutive, ou d'une plaie avec corps étranger, les profonds sont quelquefois affectés d'une angioleucite suppurative qui n'atteint pas les superficiels; la pleurésie, la péritonite , la péricardite , l'hydrocèle aiguë , etc. , sont des inflammations du feuillet viscéi'al des séreuses , c'est-à-dire de la périphérie des organes auxquels ce feuillet correspond ; aussi sous les fausses membranes qui s'étalent à la surface des poumons ou du cœur trouve-t-on les lymphatiques superficiels, hypertrophiés sur certains points, oblitérés sur d'autres, quelquefois dilatés, plus ou moins modifiés en un mot dans leur nombre, leur forme et leur calibre ; et comme ces vaisseaux ne peuvent s'enflammer sans s'oblitérer par la coagulation du liquide qu'ils renferment , et sans acquérir une extrême sensibilité, il en résulte : 1° que la surface du viscère ^ deviendra inégale et s'accompagnera dans ses mouvements de ce bruit K particulier quia été appelé fer^ii de frottemenl , brnif de rd})e , etc.; K 2° que cette surface à la fois inégale et mobile sera douloureuse ; 3" que K l'oblitération des vaisseaux paralysera leurs fonctions absorbantes, tandis V que l'exhalation continuera de s'accomplir ; de là des épanchements pleu- K'" rétiques, péricardiques , péritonéaux, etc.
m Ces considérations nous conduisent à énoncer une vérité physiolo-
H gique de la plus haute importance : le feuillet viscéral et le feuillet pa- M riëtal des séreuses remplissent des fonctions opposées ; le viscéral S étalé sur des réseaux lymphatiques préside à l'absorption ; le pariétal
appliqué .sur des raplllalyes aric'riels présida à l'exhalalion ; Inrsijue le premier s'ennamine tous les conduits absorbants s'ol)litèrcnt et le liquide séreux, étant constamment versé et jamais puisé, se collectionne ; lorsque le second est au contraire pris d'inflammation , on voit les sources de l'exhalation tantôt se tarir et tantôt couler avec plus d'abondance; si elles se tarissent la cavité de la séreuse se dessèche, le feuillet viscéral s'enflamme à son tour, et tous deux se recouvrent bientôt d'une exsudation plastique à l'aide de laquelle ils contractent une mutuelle adhérence ; si elles coulent avec plus d'abondance le produit exhalé par la surface enflammée ne sera plus une sérosité transparente , mais un liquide opaque chargé de débris albumineux , ou séro-sanguinolent, ou séro-purulent, ou enfin de nature véritablement purulente. Suivant que l'un ou l'autre de ces feuillets sera affecté , ou qu'ils le seront simultanément , les phénomènes morbides qu'on observera seront donc bien différents; le médecin ne saurait observer trop attentivement ces différences dont l'étude à peine ébauchée semble promettre de nouvelles données, soit pour le diagnostic soit pour la thérapeutique des affections des membranes séreuses.
Direction. Les vaisseaux lymphatiques sont en général rectilignes ; sous ce point de vue encore ils se rapprochent des veines qui se portent le plus souvent de leur origine vers leur terminaison par le trajet le plus court. Cependant quelques vaisseaux lymphatiques décrivent des sinuosités : ceux qui rampent sur la partie antérieure et externe de la jan)be deviennent très flexueux au-dessous et au-devant de l'articulation du genou : vers le sommet de la malléole interne on rencontre assez souvent un lymphatique volumineux dont les flexuosités sont si prononcées qu'il semble se pelotonner sur lui-même ; ceux qui partent de la face supérieure du foie et qui traversent le diaphragme, ou qui s'appliquent à sa face inférieure et aux piliers de ce muscle pour aller se jeter dans les ganglions mésentériques sont aussi très contournés. Mais la plupart marchent en ligne droite, de telle sorte qu'ils demeurent parallèles dans la plus grande partie de leur étendue.
Dans leur trajet ces vaisseaux conservent un calibre à peu près uniforme ; les lymphatiques qui naissent sur les parties latérales de la phalange unguéale des doigts ou des orteils présentent à leur point de départ des dimensions très peu différentes de celles qu'ils offrent à leur terminaison dans les ganglions de l'aine ou de l'aisselle.
Anastomoses. On n'observe dans le système lymphatique ni ces anastomoses en arcade si fréquentes dans le système artériel , ni ces anastomoses par communication transversale ou oblique, plus communes dans le système veineux , ni les anastomoses mixtes ou composées; la plupart des auteurs n'admettent entre les divers conduits qui le composent qu'un seul mode de communication qu'on peut appeler anastomose par bifurcation. Après avoir parcouru un certain trajet, un vaisseau jusque là parallèle aux vaisseaux voisins se divise en deux branches qui se jettent l'une et l'autre dans les lymidiatiques les plus rapprochés; ou bien l'une continue son trajet primitif, soit pour se rendre à un ganglion, soit pour se bifurquer à son tour un peu plus loin, tandis que l'autre se réunit au premier tronc qu'elle rencontre; en se divisant et se réunissant ainsi par celles de leurs
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branches qui se correspondent, les vaisseaux lympliafiiiues interceptent des espaces elliptiques, en sorte que les divers plans qu'ils constituent , particulièrement celui qu'ils forment à la surface des membres, se présentent sous l'aspect d'un plexus à mailles extrêmement allongées. Cette disposition [ilexueuse permet de l'émplir la plus grande partie des lymplialiques superficiels des extrémités en injectant seulement trois ou quatre troncs pris sur le pied ou la main.
On voit assez frécpiemment les deux branches de bifurcation d'un tronc lymphatique se rapprocher après un certain trajet et se confondre de nouveau. Ce dédoublement des vaisseaux, bientôt suivi de leur reconstitution en un conduit unique, pourrait être considéré comme une variété de l'anastomose par comnmnicalion longitudinale.
Après s'être décomposés et recomposés plusieurs fois, les vaisseaux lymphatiques arrivent aux ganglions dans lesquels ils plongent en se ramifiant; de la surface de ces derniers partent sur un point opposé d'autres vaisseaux, ordinairement moins nombreux et plus volumineux, qui se dirigent soit vers des ganglions plus rapprochés du centre , soit vers le canal Ihoracique ou vers la grande veine lymphatique, troncs communs de toutes les racines du système absorbant. Les vaisseaux qui convergent vers un ganglion et s'y ramifient ont reçu le nom de vaisseaux afférents, et ceux qui en partent celui de vaisseaux efférents. Les premiers sont ordinairement multiples ; les seconds sont assez souvent solitaires. Tel ganglion qui reçoit quatre ou six vaisseaux afférents émet seulement deux ou trois vaisseaux efu'rents et (piclquefois un seul.
Si les lymphatiques communiquent rarement dans leur trajet, par compensation ils communiquent largement dans la substance de chaque glande lymphatique : et c'est là encore une nouvelle variété d'anastomoses, variété importante et exclusivement propre à ces vaisseaux.
Parmi les conduits affectés au cours du chyle et de la lymphe en existet-il quelques uns qui se rendent dans le canal thoi'acique ou la grande veine lymphatique directement, c'est-à-dire sans avoir préalablement traversé un ganglion? Hevvson le pensait et invoquait à l'appui de son opinion quelques vaisseaux qu'il aurait vus. se porter directement du pli de l'aine au canal thoraci(iue, et que l'observation ne démontre pas; Jlascagni a soutenu avec raison que tout lymptintique traverse au moins un ganglion avant de s'ouvrir dans l'un des deux troncs qui terminent le système absorbant. J'ai injecté et suivi attentivement les vaisseaux qui viennent s'ouvrir sur le trajet ou à la terminaison du canal thoracique et je les ai tonjours vus traverser une, deux ou trois glandes avant d'atteindre ses parois ; il est même digne de remarque que ceux qui s'abouchent dans le système lymphaticpie près de sa terminaison sont assez souvent ceux qui traversent le plus grand nombre de ganglions ; ces derniers étant d'autant plus nombreux qu'on se rapproche davantage de l'embouchure de ce système.
Valvules. La surface interne des vaisseaux lymphatiques offre de distance en distance des replis semi-lunaires cpii cloisonnent leur cavité en s'abaissaut à la manière de soupapes mobiles.
Inconnus des anatomistes qui ont les premiers constaté l'existence du système lymiihatique , ces replis valvulaircs furent signalés et représentés en 1 (îôa par Uudbcck. Pans le courant de la niême année Th. Bartholin et un
peu plus tard Swammerdam et Gérard Blasius constatèrent aussi leur existence ; néanmoins elles étaient encore problématiques pour un grand nombre d'auteurs lorsque F. Rnyscb , en 166 5, compléta leur démonstration dans une description succincte à laquelle est annexé un dessin fort exact.
Les valvules des vaisseaux absorbants sont remarquables par la régularité de leur disposition et leur multiplicité.
Elles s'unissent deux à deux ; ce mode d'association paraît constant et il le serait en effet suivant A. Nuck; cependant Mascagni dit avoir vu quelquefois une seule valvule à l'embouchure de ces vaisseaux dans leurs principaux troncs.
Leur situation relative est déterminée par une loi qui souffre également peu d'exceptions : elles occupent sur un même vaisseau les parois diamétralement opposées et semblables de manière à former deux longues séries, l'une droite et l'autre gauche, ou l'une antérieure et l'autre postérieure.
Leur forme est celle d'un croissant , « lunœ crescentis instar, » dit F. Ruysch; leur bord libre extrêmement mince décrit une courbe parabolique, tournée vers le cœur ; leur bord adhérent ou convexe, plus épais et dirigé du côté de l'origine des lymphatiques, correspond à l'étranglement que ces vaisseaux présentent de distance en distance. Par leur surface interne elles regardent, dans l'état d'abaissement , les radicules du système absorbant ; par leur surface externe elles répondent aux nodosités échelonnées sur les conduits de la lymphe comme autant de grains de chapelet.
Leur nombre est extrêmement considérable; j'en ai compté de 60 à 80 sur les lymphatiques des membres thoraciques depuis leur origine à l'extrémité des doigts jusqu'aux ganglions de l'aisselle, et de 80 à 1 00 sur ceux des membres abdominaux. Elles sont un peu moins multipliées sur les vaisseaux qui rampent dans les espaces intermusculaires; et moins encore sur ceux qui suivent un trajet descendant, c'est-à-dire dans les absorbants de la tête et du cou : suivant M. Bonamy, ces derniers seraient même dépourvus de valvules dans la plus grande partie de leur étendue ; cet anatomiste a pu injecter sur le crâne plusieurs vaisseaux lymphatiques en faisant couler le mercure des troncs vers les rameaux. Elles n'existent pas dans les radicules du système absorbant, mais ils se montrent dès leur origine dans les troncs qui partent des réseaux.
La distance qui sépare les valvules est variable ; dans le voisinage des réseaux elle est de deux à trois millimètres ; sur les troncs elle devient plus considérable et peut être évaluée à six ou huit millimètres; rarement elle s'élève à deux centimètres , si ce n'est à la tête, où ces replis deviennent plus rares.
Les valvules des vaisseaux lymphatiques ne sont pas constituées comme celles du système veineux, par un simple repli de leur tunique interne: les deux tuniques qui composent les parois de ces vaisseaux concourent à les former en se déprimant par leur surface externe pour faire saillie au dedans de la cavité vasculaire. Chaque valvule paraît être le résultat d'une invagination de la partie du vaisseau qui est étranglée dans celle qui est dilatée , et devient ainsi comparable à la valvule iléo-cœcale qui résulte bien évidemment de l'invagination de l'iléon dans le cœcum ; il est vrai qu'une semblable invagination semble annoncer une valvule unique et circulaire; mais remarquons : P que la valvule iléo-cœcale ne présente
A.NGEIOLOGIE.
pas une semblable disposition ; 2'^ que lorsqu'on dénude avec attention un vaisseau lymphati(iue au niveau de l'un de ses étranglements on peut faire disparaître en partie et les nodosités qui le surmontent, et les replis valvulaires qui lui correspondent , en déplissant ses parois , c'est-à-dire en dédoublant ses valvules, ou, en d'autres termes, en détruisant l'invagination de la portion étranglée dans la portion dilatée. Les deux tunicpjes ne se plissent pas également ; l'interne forme un repli plus étendu que l'externe ; il suit de là que chaipie valvule est très mince dans sa moitié libre et plus épaisse dans sa moitié adhérente; lors([u'on procède à leur dédoublement, on redresse seulement la tunique externe qui forme leur base. Cette structure des valvules explique très bien leur constante association , les nodosités et l'étranglement qui leur correspondent , ainsi que la parfaite régularité de leur échelonnement qui contraste avec la dissémination au contraire extrêmement irrégulière de celles des veines.
Fig. 169. FiG. 170.
FtiU'iiles (les 'Vaisseaux lympluHiques.
1,1,1. Vaisseaux allereuls d'un ganglion
lyniplialif(ne.
2,'2, Ses vaisseaux eircnnils.
'i20 ■ ANATUMIE.