‹ Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiquesChapitre 235 sur 267 · GANGLIONS LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

GANGLIONS LYMPHATIQUES

Les corps glandnliformes échelonnés sur le trajet des vaisseaux lymphatiques avaient été considérés par Hipocrate et tous les auteurs anciens comme des glandes; l'observation ayant démontré à Sylvius qu'ils diffèrent des organes réellement glanduleux , cet anatomiste les désigna sous le nom de glandes conglobées pour les distinguer des véritables glandes qu'il ayi- \:ielle conglomérées ; \Àns tard Sœmmering fit remarquer l'analogie apparente qu'ils présentent avec les ganglions nerveux, et Chaussier, pour exprimer cette analogie, leur imposa la dénomination de ganglions lymphatiques sous laquelle ils sont aujourd'hui généralement connus.

Ces ganglions nous offrent à étudier leur conformation extérieure et leur structure.

A. Confornialioii exlérieiu'e des ganglions lymphatiques.

Le nombre des ganglions lymphatiques est considérable; on l'a évalué à six ou sept cents ; mais il ne saurait être déterminé avec précision , d'une part parce qu'il varie suivant les individus, et de l'autre parce que quelques uns d'entre eux offrent des dimensions si minimes qu'ils échappent aux recherches les plus habiles, et on ignore alors s'il faut attribuer leur absence apparente à leur non-existence ou à leur exiguïté.

Ils sont quelquefois solitaires, mais plus fréquemment on les voit se réunir par groupes.

Leur situation n'offre rien de fixe ; cependant ils se montrent en général sur le trajet des vaisseaux , dans les régions les plus riches en tissu cellulaire et à la racine des principaux organes : dans les membres ils occupent le creux du jarret et le pli du coude, l'aine et l'aisselle; au cou ils entourent la carotide primitive et ses deux branches; dans le tronc ils se multiplient au voisinage de l'aorte et des veines caves, sur le trajet des vaisseaux mésentériques, spléniques, hépatiques, rénaux, pulmonaires, etc. Ce rapport presque constant des ganglions lymphatiques et des principaux troncs vasculaires ne saurait nous surprendre puisque le système absorbant est partout subordonné dans sa direction à celle des systèmes artériel et veineux. Il suit de cette connexité :

1° Que les ganglions au niveau des espaces interarticulaires occupent toujours le côté de la flexion, où ils trouvent une protection plus efficace contre l'influence des corps extérieurs ;

■2" Qu'ils se distinguent en superficiels et profonds , les premiers roeevaut les lymphatiques sous -cutanés et les seconds les lymphatiques sousaponévrotiques.

Leur forme est ordinairement celle d'une ellipsoïde légèrement comprimée; quelques uns sont circulaires et aplatis, d'autres liémisphériques, d'autres tout à fait arrondis; en un mot ils sont limités à leur surface par des lignes courbes qui s'associent entre elles de diverses manières, mais sans se mêler jamais à des lignes droites. Ce njode de configuration leur permet de se déplacer et de glisser les uns sur les autres lorsque le jeu des divers organes ou une cause extérieure vient les mettre en contact et menace de les comprimer; leur forme et leur mobilité deviennent ainsi très souvent la sauvegarde de leur intégrité.

ic«r l'Ozone présente de très grandes variétés: la plupart ne dépassent pas les dimensions d'un gros pois qui serait comprimé sur deux points opposés, ou celles d'une fève de haricot. Le diamètre, des plus considérables, peut s'élever jusqu'à deux centimètres et, sous l'influence de divers états pathologi(iues, devenir rapidement double et même triple. Un assez grand nombre affectent le volume d'une lentille, (pielques uns celui d'un grain de chénevis, d'autres celui d'une tète d'épingle ; ces ganglions, de très petites dimensions, ne sont en général visibles qu'après avoir été injectés.

Les plus volumineux répondent aux principaux confluents du système lymphatique, au pli de l'aine, au creux de l'aisselle , à la base du cou, aux parties latérales de l'aorte abdominale et de la veine cave inférieure ; les plus petits sont situés au pli du bras sur la grande circonférence de l'estomac dans l'épaisseur de la glande parotide sur le trajet des artères fessières, ischiatiques, radiales, etc.

Leurs dimensions sont en partie subordonnées à l'activité de la vie : très considérables chez l'enfant, ils commencent à diminuer aux approches de la puberté, continuent à s'amoindrir chez l'adulte, et arrivent cliez le vieillard à de si minimes proportions (ju'ils semblent disparaître dans un grand nombre de régions. Mascagni et Ruysch croient même à leur complète disparition, et Haller s'est rallié à cette opinion , qui a été combattue avec raison par Cruiksanck; l'observation démontre en effet que les ganglions diminuent de volume , mais ne disparaissent jamais complètement. Nous avons vu que les glandes lymphatiques constituent pour le canal à sang blanc autant de renflements ovoïdes qui ont pour effet de ralentir le cours du chyle et de la lymphe; en s'atrophiant par les progrès de l'âge leur influence sur la progression de ces fluides décroît proportionnellement, et cette décroissance est en harmonie avec l'affaiblissement graduel des forces de la vie ; car les forces qui font mouvoir les liquides absorbés, diminuant de plus en plus, si les obstacles placés de distance en distance sur le trajet de ces liquides demeuraient les mêmes, tout mouvement deviendrait bientôt impossible.

Il faut donc reconnaître que plus il y aura d'activité dans le double mouvement de composition et de décomposition de nos organes, plus les glandes lymphatiques seront dévelopiiées, plus elles réagiront sur les produits si divers de l'absorption pour les mélanger et les modifier, plus elles seront prédisposées aux altérations de tous genres, et plus aussi leurs ma-

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ladies seront graves et fréquentes ; ces consuléralions nous montrent pourquoi le carreau ou inflammation clironi(iae des glandes du mésentère, l'engorgement si fréquent des ganglions , leur dégénérescence tuberculeuse, leur suppuration, etc., etc., sont des alfections si communes dans la première enfance ; elles nous montrent aussi comment ces affections, après avoir longtemps résisté aux moyens les plus efficaces, se dissipent quelquefois assez promptement sous la seule inlluence du rapide accroissement du corps : l'organe perdant peu à peu son importance primitive, les altérations dont il est le siège le suivent en quelque sorte dans son mouvement d'atrophie progressive.

La couleur des ganglions est rougeâtre ; mais elle se modifie un peu dans les diverses régions : les glandes mésentériques sont d'un rose pâle dans les intervalles de la digestion , et presque blanches ou même tout à fait blanches pendant la durée de l'absorption du chyle; les glandes souscutanées sont d'un rouge vif; celles qui reçoivent les vaisseaux du foie, d'un aspect jaunâtre; celles de la rate sont brunes, et celles de la racine des poumons tantôt bleues et tantôt noirâtres.

Leur consistance est ferme et assez analogue à celle que présente la substance du foie ; pour l'apprécier il importe de choisir des ganglions parfaitement sains , car le ramollissement putride les envahissant prompîement après la mort , on trouve souvent ces organes déjà atteints dans leur consistance et leur couleur, alors que tous les autres tissus de l'économie sont encore dans l'état de parfaite conservation ; ceux du tronc s'altèrent toujours plus promptement que ceux des membres,

B. SlnioUire des ganglions lymphatiques.

Les vaisseaux afférents se divisent à leur entrée dans les ganglions en branches, rameaux et i^amuscules qui pénètrent de la périphérie vers le centre de la glande en formant un pinceau de capillaires ; les vaisseaux efférents naissent de l'intérieur de cette même glande par un pinceau de capillaires semblables, mais dirigés en sens inverse, et continus à leur origine avec la terminaison des précédents. Si un ganglion reçoit plusieurs afférents et émet plusieurs efférents, il n'y aura pas seulement deux vaisseaux qui se continueront par leur extrémité opposée, mais quatre, six, dix, qui s'entre-croiseront sous des angles divers ; chaque ganglion se trouvera ainsi composé de capillaires lymphatiques qui s'anastomosent , se croisent, s'entrelacent, et constituent en un mot un véritable peloton de vaisseaux. Cette structure est démontrée par les faits qui suivent :

1° Si l'on pique avec la pointe du tube à injection mercurielle un ganglion d'une consistance un peu molle, mais parfaitement sain , on voit le métal envahir successivement toutes les parties de la glande, ainsi que ses vaisseaux efférents; et celle-ci se trouve alors convertie en un plexus de capillaires lymphatiques : j'ai ainsi injecté trois ganglions sur lesquels il était impossible de distinguer autre chose (ju'un enroulement de vaisseaux. L'un de ces ganglions fait partie d'une préparation que j'ai déposée dans le musée de l'amphithéâtre d'anatomie des hôpitaux, préparation qui représente les lymphatiques du membre inférieur depuis les orteils jnsiju'au

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canal thoracique; ce ganglion est situé immédiatement au-dessus de l'arcade crurale, au-devant de la veine iliaque externe; il est d'une grande netteté et très favorable pour l'étude de ce point de structure. Lauth , en injectant les ganglions iliaques , les ganglions pelviens, ceux qui occupent le médiastin postérieur, est arrivé au même résultat.

2° Lorsqu'un ganglion a été parfaitement injecté, si on le laisse dessécher, et si on l'incise ensuite avec une lame bien tranchante, on n'aperçoit sur le profil de la coupe, à l'œil nu ou armé d'une loupe, que des canaux ou des parties de canaux plus ou moins contournés sur eux-mêmes.

3° Après avoir rempli une glande de mercure par l'un de ses vaisseaux afférents afin de dilater les capillaires qui la composent, si on laisse écouler le métal par les vaisseaux efférents, et qu'on le remplace ensuite par du lait dont on détermine la coagulation, on pourra la dérouler presque complètement.

4° Dans l'embryon, où les glandes lymphatiques se présentent sous un état de plus grande simplicité , elles sont manifestement formées par un plexus de vaisseaux lymphatiques.

5° En descendant la série animale, on voit les ganglions se simplifier de plus en plus, et se transformer sur un grand nombre de points en un lacis de vaisseaux : chez les oiseaux ils occupent seulement la base du cou et l'entrée du thorax , et forment dans toutes les antres régions de simples plexus; dans les reptiles et les poissons les glandes lymphatiques disparaissent tout à fait, et les plexus destinés à les remplacer sont eux-mêmes très peu comphqués.

Bien que la structure des ganglions soit assez facile à constaler, elle exige cependant de celui qui l'étudié unegrande habitude des procédés anatomiques, et surtout des injections du système absorbant ; aussi voyons-nous tous les anatomistes qui se sont livrés à des recherches spéciales sur ce système s'accorder pour considérer ces organes comme un enroulement de capillaires lymphatiques. Dans ce nombre je citerai Ruysch, Albinus, Meckel, Hewson , Hunter , Mascagni , Haasse ; et parmi les modernes, A. Lauth et M. Bonamy. Les auteurs qui étaient moins familiers avec l'étude des vaisseaux absorbants, tels que Malpighi, Morgagni, Abernethy et quelques autres, se sont refusés à admettre cette structure qu'ils n'avaient pu analyser, et ont cherché à démontrer que les ganglions se composent d'une agglomération de cellules dans lesquelles le chyle et la lymphe seraient déposés par les branches terminales des vaisseaux afférents, et puisés ensuite par les radicules des conduits efférents.

On ne saurait contester que parmi les glandes lymphatiques il en est un grand nombi'C qui paraissent celluleuses ; quelques unes le sont réellement. :Mais l'existence de ces cellules se rattache à un état pathologique. Il n'est aucune classe d'organes qui, dans l'enfance et même dans toute la première période de la vie, soit plus fréquemment le siège d'engorgement inflammatoire aigu ou chronique. Si l'on réfléchit que le premier effet de cette inflammation est la coagulation du chyle ou de la lymphe; que cette coagulation a pour conséquence la stase de ces liquides, la dilatation momentanée ou définitive des vaisseaux au-dessous des points oblitérés, et assez souvent la suppuration , la perforation de leurs parois, etc., on comprendra sans peine que, sous l'infkience de ces divers

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états, quelques uns des capillaires qui composent les ganglions s'oblitéreront sur certains points, se dilateront sur d'autres, et qu'ainsi modifiés dans leur structure, ils paraîtront plus ou moins celluleux. Si la glande a été le siège d'une inllammation légère , elle n'offrira que des cellules clair-semées; si elle a été très vivement enflammée, elle pourra en offrir un très grand nombre. Sous ce point de vue , les glandes présentent en effet beaucoup de variétés : celles qui sont peu celluleuses offrent une consistance moins ferme, le mercure les envahit rapidement et pénètre presque simultanément dans les capillaires et dans les efférenis ; celles qui sont très celluleuses se laissent au contraire difficilement pénétrer, l'injection passe des afférents dans les efférents sans les remplir ; et si on les pique directement, on obtieiit le même résultat , ou bien on injecte seulement une partie de leur substance , et cette partie injectée se manifeste à l'extérieur sous la forme de petits renflements très circonscrits , qui représentent autant de cellules. Pour bien voir cette disposition celluieuse, il faut faire dessécher une glande injectée au mercure et l'inciser ensuite.

Les cellules cependant ne sont pas toujours la conséquence d'une altération pathologique, elles sont aussi quelquefois le résultat d'une rupture et d'un épanchement mercuriel. Abernelhy rapporte qu'il injecta sur une baleine les artères et les veines mésentériques , et (]ue le iiipiide s'épancha dans des cellules dont les dimensions surpassaient celles de la tôle du fémur; ayant ensuite injecté au mercure les chylifères , il vit le métal se répandre dans les mêmes cavités. Faut-il conclure de ce fait , avec le célèbre chirurgien anglais, que les artères, les veines et les chylifères s'ouvraient par des orifices distincts sur les parois de ces cavités? Non assurément; nulle part les artères et les veines ne se terminent par des orifices libres et béants : il existait ici une déchirure qui a dû se produire d'autant plus facilement qu'Abernethy n'avait pas pêche cette baleine sur les bords de la Tamise, elle venait de fort loin; elle était morte par conséquent depuis longtemps, et tous les ganglions étaient vraisemblablement dans un état de ramollissement putride.

Malpighi et Morgagni se sont également trompés pour n'avoir pas tenu assez compte des altérations cadavériques et pathologiques de ces organes.

Cruiksanck admet les deux modes de structure : « J'ai vu, dit-il, plu- « sieurs fois des ganglions se transformer sous rinfluence de l'injection en » véritables pelotons de vaisseaux lymphatiques ; mais j'ai aussi injecté » nombre de glandes où il n'y avait pas la moindre apparence d'entrela- » cément vasculaire, et où l'on ne trouvait que les branches radiées des )) vaisseaux afférents et efférents, avec leurs cellules intermédiaires seules. » Il est aisé , dans les quadrupèdes , de démontrer cette structure cel- » hdeusc, qui paraît surtout distincte dans les glandes mésentériques de » l'âne et du cheval. » Ces assertions sont exactes ; mais les faits les plus précis en apparence demandent souvent à être interprétés si l'on veut en dégager la véritable valeur. Cruiksanck a observé très souvent dans les glandes lymphatiques des cellules, parce que très souvent ces glandes sont altérées dans leur texture; comme les auteurs qui précèdent, il a pris \n\ état pathologique pour l'état normal : de là son erreur.

Les artères des r/rt/(f//jo;)6' forment quelquefois un tronc comnuni qui entre par une de leurs extrémités et se ramifie ensuite dans toute leur épais-

seiir. Mais cette disposi'iou est rare; le plus eoirnnuiiément elles naissent de différentes sources et pénètrent dans les glandes par des points nniltiples. Arrivées dans leur substance, elles se divisent en s'anastoniosant enîre elles, et forment un réseau d'une extrême délicatesse. Ces vaisseaux ont été très bien décrits par Boërhaave et Ruysch.

Les veines, presque toujours multiples aussi, partent des capillaires artériels, et sortent des glandes tantôt par les mêmes points qui donnent passage aux artères , et tantôt par des points différents. Celles des ganglions inésentériques vont se jeter dans le système de la veine porte, et comme elles sont dépourvues de valvules leur injection est facile ; mais il n'en est pas ainsi de celles qui se terminent dans le système des veines caves ; on ne peut les bien étudier que sur un mammifère chez lequel ou a lié les principaux troncs veineux : sous l'induence de la stase du sang noir, les veinules s'engorgent et deviennent alors très manifestes.

FiG. 171.

Piffereiiles varie tés de gaii^liuns.

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Les ganglion^ représentant des plexus lyniphaliques , les artères et les veines qu'ils reçoivent doivent être considérées comme les vasa vasorum des capillaires qui composent ces plexus. Les dernières ramifications des vaisseaux à sang rouge et k sang noir se ternunent donc en définitive dans les parois des vaisseaux à sang blanc.

11 existe très vraisemblablement des nerfs dans les ganglions; cependant leur existence est encore problématique. Boërliaave, (jui les admet, n'en cite d'autres preuves ([ue le grand nombre de fdets nerveux qui accompagnent l'artère mésentérique supérieure, filets dont quelques uns paraissent en effet pénétrer dans leur substance.

Le système nerveux cérébro-spinal envoie-t-il aussi quelques ramifications dans ces glandes? Haller émet un doute à ce sujet, et Cruiksanck se range à son avis. Cependant Hewson , Wrisberg , Meckel comptent les nerfs parmi les éléments constitutifs des ganglions ; Schreger dit les avoir observés sur le chien , mais Mascagni et Sœmmering les rejettent.

On trouve dans tous les ganglions une petite (luantité de tissu cellulaire qu'on peut distinguer eu interstitiel et périphérique.

Le tissu cellulaire interstitiel unit entre eux les vaisseaux lymphatiques, artériels et veineux; à la suite d'une infiamniation chroni([ue, il acquiert ordinairement une plus grande densité, et ne permet plus à la glande de se dilater sous l'influence de l'injection niercuricUe.

Le tissu cellulaire périphérique forme une membrane parfaitement transparente, dont la surface externe très unie facilite le déplacement des ganglions, et dont la surface interne se continue avec le tissu cellulaire interstitiel. Celluleuse sur certaines glandes, tibro-celluleuse sur d'autres, cette membrane ne présente jamais le caractère fibreux dans son état primitif ou normal , et s'efface complètement sous l'inlluence de l'injection mercurielle; elle est aux ganglions ce que la tuni([ue celluleuse e§t aux vaisseaux absorbants.

Malpighi a cru voir au-dessous de l'enveloppe celluleuse des ganglions une enveloppe musculeuse ijui contribuerait puissamment par ses contrac" lions à la progression de la lymphe et transformerait chaque glande en un véritable cœur lymphatique ; on conçoit difficilement comment un aussi grand anatomiste a pu commettre une erreur à la fois si grave et si facile à éviter.

6° DU SYSTEME LYMPHATIQUE CONSIDEllE CHEZ LES ANIMAUX^

Les vaisseaux lymphatiques n'ont pas été observés jusqu'à présent dans les animaux invertébrés ; mais leur existence a été constatée dans les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères.

Dans les j^oissons, où ils ont été découverts par Hewson et mieux étudiés à notre éi»oque par Fohmann, ils ne présentent ni valvides sur leurs parois, ni ganglions sur leur trajet; à la place de ces ganglions on trouve des plexus, dont le plus important est compris entre les turnques muqueuse et musculeuse du canal intestinal. Ces vaisseaux offrent des communications nombreuses avec le système veineux.

J)aiis les reptiles, iea lytnpiiati(iues sont aussi dépourvus de ganglions, mais ils offrent sur plusieurs points des rudiments de valvules ; en outre, on observe dans celte classe des vésicules pulsatives , décrites par Panizza et MuUer comme des agents d'impulsion, comme de véritables cœurs destinés à accélérer le cours de la lymphe. MuUer en a trouvé dans les grenouilles et les crapauds deux paires : une sous la peau, "à la l'égion sciatique ; l'autre, plus profonde, sur la troisième vertèbre du cou. Leurs pulsations, indépendantes du cœur, ne sont isochrones ni en haut ni eu bas, ni à droite ni à gauche ; les supérieures versent la lymphe dans une branche de la veine jugulaire , et les inférieures dans une branche de la veine sciatique. Ces dernières ont été aussi aperçues dans la salamandre et les lézards ; il est vraisemblable qu'elles existent également dans les serpents et les tortues. Panizza, qui compare les mouvements qu'elles exécutent à la diastole et à la systole du cœurjes a enlevées sur plusieurs grenouilles, et il a vu avecétonnement leurs pulsations augmenter de force et de fréquence, et ne cesser entièrement qu'au bout de deux heures.

Dans les oiseaux, ces vaisseaux ont été aperçus d'abord par Hunter ; ils furent décrits ensuite avec soin et plus complètement par Hev.son, et de nos jours par Fohmann, par Lauth et enfin par Panizza. Leurs valvules sont encore imparfaites ; mais quelques glandes commencent à se montrer sur leur trajet. Celles-ci cependant n'existent qu'à la base du cou et dans la cavité du thorax ; dans les autres parties du corps elles sont remplacées par des plexus qui paraissent communiquer sur plusieurs points avec le système veineux.

Dans les mammifères le système lymphati([ue, arrive à son plus^haut degré de développement ; les vaisseaux sont plus volumineux et plus nombreux ; les valvules se multiplient et se comiilétent; les plexus diminuent, tandis que le nombre des ganglions augmente ; enfin les communications avec les veines deviennent de plus en plus rares. Dans les mammifères dont le tube intestinal offre peu de longueur , les glandes du canal intestinal se rapprochent et forment un groupe particulier connu sous le nom de pancréas d'JselU.

CONSIDERATÏO.XS HISTORIQUES SUR LES VAISSEAUX LY3IPHAÏJ0UES.

On liL dans un ouvriige attribué à HippocRATE rasseitioii suivanle: « L'immeur » attirée des diverses parties du corps et versée dans les veines passe a trat'ers « les glandes. « Dans nu auU-e passage de ses écrits le même auteur paile «d'z^/i j) sang blanc semblable h de la sérosité qui proi'ient des glandes. » Ou ne saurait nier que ces deux propositions ne s'appliquent l'une et l'autre an système lymphatique ; mais elles sont si générales f(u'il y aurait quelque témérité peut-être à allirmer qu'elles ont eu aulrefois la signification que nous leur attachons aujourd'hui; elles soidèvenl du moins quelques doutes, qui prennent beaucoup de consistance lorsqu'on oppose le rôle si important que jouent ces vaisseaux dans l'économie à tme mention aussi vague, et surtout lorsqu'on considère que ce grand observateur attribuait l'al^sorption des sucs nutritifs au système veineux al)dominul, et celle qui s'etiéclue dans toutes les autres parties du corps, au système veiueux général.

Les deux anatomisles les plus célèbres de l'école d'Alexandrie pailent des vajs-

ÀNGÉIOLOGIE. 635

seaux chylitcies eu termes (jui démoulrenl cluiremeut qu'ils eu ont constate rexisteiice.

ÉiiASiSiRATE nipporle qu'il a vu dans le mésentère de jeunes chevreaux des canaux remplis de lait; nuiis il les conside'ra comme des artères, et par cousequent il se méprit à la fois et sur leur nature, et sur leurs fonctions.

Herophile, en présence du même phe'nomène, fit preuve d'un esprit plus investigateur; non seulement il reconnut dans le mésentère des arimaux qu'il soumit à ses vivisections la pre'sence d'un ordre particulier des vaisseaux que distendait un liquide d'apparence laiteuse; mais ayant remarque' que ces vaisseaux partaient de Tinteslin, se dirigeaient vers le bord adhe'rent du repli mèsentérique, et se terminaient, les uns dans des corps glanduleux situés entre les deux lames de ce repli, les autres sur la face inférieure du foie, il fut conduit à les considérer comme des veines; de là nous devons conclure qu'il eu a clairement connu l'existence et la nature. Il paraît aussi en avoir compris les usages; mais sur ce point il s'exprime d'une manière moins explicite, et en laissant planer le doute sur leurs fonctions il ne réussit point à fixer sur eux l'attention de ses contemporains , et moins encore celle des anatomistes qui le suivirent.

, Galien, dont l'autorité toute-puissante régna despotiquement dans les écoles pendant quatorze siècles, ne rappelle les observations d'Hérophile que pour les combattre. Les chylifères ne sont apparents que pendant la durée de la digestion et au moment même où l'on ouvre l'abdomen; il fallait donc pour constater l'existence de ces vaisseaux les observer sur un animal vivant , et avant qu'ils se fussent vidés au contac' de l'air. Galien en cherchant à véiifier les observations d'Hérophile, ne s'étantpas soumis à cette doubla condition, dont il ignorait l'importance, n'a pu les confirmer; de là l'erreur dans laquelle il tomba, lorsqu'il entreprit de les réfuter.

Cependant les aliments introduits dans le tube digestif fournissent à l'économie entière des sucs réparateurs; comment ces sucs, qui plus tard prirent le nom de chyle, passent-ils de la cavité intestinale dans le torrent circulatoire, chargé de les disséminer ensuite dans toutes les parties de l'organisme? Galien comprit l'importance que présentait pour la physiologie la solution de celte question. II avança que les sucs nutritifs étaient puiîés à la surface de la muqueuse digestive par les radicule? des veines mésaraïques, qui les transportent ensuite au foie , oii à la suite d'une élaljoration ils acquièi eut toutes les propriétés du fluide sanguin.

Cette théorie, dans laquelle le système de la veine porte était considéré comme un o"gane d'absorption, et le foie comme un organe d'hématose, était réellement la seule qui fût possible eu se pb çaiitau point de vue de Galien, c'est-à-dire en niant Texistence des vaisseaux chylifères ; elle explique en effet de la manière la plus satisfaisante et Tindépendance de la veine porte, qui n'était plus aloi s qu'une partie du système veineux général détachée en ([uelr[ue sorte pour remplir une fonction loite spéciale, et le diamètre des branches qui la composent lieaucoup plus considérable que celui des artères correspondantes, et enfin le volume si remarquable du foie. Aussi fut-elle accueillie avec la plus grande faveur : l'empire dont elle jouit survécut longtemps à la ruine des autres doctrines développées dans les œuvras de cet homme célèbre, et se maintint dans toute sa force jusqu'au xvie siècle, même après qu'on eut découvert une seconde fois les vaisseaux lactés.

Nous ne saurions donc nous étonner que dans une aussi longue période on ne trouve aucun auteur qui fasse mention des vaisseaux lymphatiques.

Nicolas Massa, en 1532, aperçut sur un cadavre humain certains canaux ou conduits qui naissaient des reins, conjointement avec Furetère, et qui ne sont pas toujours vifibles.

Fallope, vers la même époque, observa sur la face inférieure du foie quelques vaisseaux qui allaient se terminer dans les glandes situées au voisinage du pancréas, vaisseaux qu'il dit contenir- un suc huileux, jaune et un peu amer.

De ces deux anatomistes le dernier a certainement vu les lymphatiques du foie ; le premier paraît avoir observé ceux du rein , mais sans les suivre jusqu'à leur terminaison dans les glandes correspondantes , ce qui permet d'élever quelques doutes sur la valeur de ses observations.

EusTACHi, en 1565, vit le canal thoracique sur un cheval, et le décri\it sous le nom de venu alba thoracis., dans les termes suivants ; « Du Iruuc de la veine

» sous-cliivière gauche s'eicud iiu grand pi olongemeuUiiii ct,l iileiii d'une hiinieiir' » a.-|ucuse, et se divise près de sa naissance en deux Lianches, lesciuelles se reu- » nissent l)ienlôt pour reconstituer un seul tronc; celui-ci se porte vers le cote >> gauclie du racliis , traverse le diaphragme , arrive jusqu'au miliou des lombes, >> où il s'élargit en entourant Taorte, et se perd en présentant un mode de ternii- >> naison qui ne m'est pas encore connu. «

Cette description suffit assurément pour élaLlir la réalite' des droits de 1 aualoniiste romain à la découverte du principal tronc du système lymphatique ; mais elle nous montre également qu'il en méconnut la véritable oiigine, de même que Nicolas Massa et Fallope avaient ignoré la véritable terminaison des vaisseaux qu'ils avaient vus partir du foie et du rein. Tous les trois demeurèrent surtout dans l'ignorance la plus complète sur les fonctions de ces vaisseaux ; aussi ces découvertes partielles, celle même du canal thoracique, malgré sa grande importance, eurent-elles le sort de toutes les acquisitions récentes qui ne se recommandent a l'attention d'une époque par aucune application c^iable de confirmer ou de heurter les idées reçues: jugées inutiles, elles furent à peine remarquées et hieulot complètement oubliées.

Le 22 juillet IG2-2, Gaspard Aselli, anatomiste iialieu, découvre de nouveau les vaisseaux chylifèms. En se livrant à quelques recherches sur les mouvements du diaphragme, il observe sur le mésentcie d'un chien des cordons blancs, ojiaques, qu'il prend d'abord pour des filaments nerveux ; mais la section ti ansversale de l'iui de ces cordons ayant été suivie de l'écoulement d'un liquide analogue au lait, il reconnaît leur nature vasculairc et les considère comme un nouveau genre déveines qu'il désigne sous le nom de ventes lactées. Après avoir confirmé sa découverte par de nombrcu'ses observations faites non seulement sur les chiens, mais encore sur des chats, des agneaux, des vaches, des cochons, et même sur un cheval qu'il acheta dans ce seul but, le même auteur constate soit l't.nalogie du lifpiide qui coule dans les veines lactées avec celui qui existe à la surface de l'iutesliu pendant la durée de la digestion, soit la présence simultanée et inlermillenle de ces deux liquides. Appuyé sur ce fait important, il n'hcsite pas a affirmer que les veines lactées sont les agents de l'absorption du chyle.

Aselli eut donc le double mérite de démontrer clairement l'existence des vaisseaux lymphatif(ues du canal intestinal et la nature de leurs fonctions; sous ce dernier point de vue il fut beaucoup plus heureux qu'Hérophile, qui avait vu aussi manifestement l'organe, mais qui en avait vaguement déteiminé les usages.

Pour compléter le développement de cette nouvelle doctrine sur l'absorption du chyle, il importait de bien connaître le mode de terminaison des chylitèi'cs. Ce problème était ditTicile à résoudre à une époque où l'on ignorait complètement l'art d'injecter ces vaisseaux. La sagacité des anatomisles de l'école d'Alexandrie avait dr\h échoué dans celte recherche. Aselli échoua à son tour : ainsi qu'Hérophile, il avança que les veines lactées, après avoir traversé les corps glanduleux placés dans le mésentèi'e, se dirigent ver s le foie où elles se terminent.

Deux circonstances se réunissaient alors pour pousser les observateurs dans celle voie fatale. D'une part, en eflèt, les lymphatiques qui viennent de riutestin et ceux qui descendent du foie convergent vers les mêmes glandes, en sorte qu'ils semblent se continuer; pour constater qu'il y avait ici simplement convergence et non continuité, il aurait fallu connaître le sens suivant lequel s'opère la progression du liquide dans les vaisseaux émanés du foie, ce qui n'était possible que par un examen attentif de la direction des valvules ou par l'application d'une ligature. D'une autre part, la doctrine de Galien était alors toute-puissante; aucun auteur ne doutait que le foie ne fàt pour le chyle un organe d'élaboration. Aselli, entraîné par le courant scientifique de sou époque, contre lequeU'iusuffisauce de ses obiervalions ne lui permettait pas de lutter, fut ainsi conduit à son insu à admettre que les chylifères se terminaient réellement dans le foie; eu dépossédant la veine porte de ses propriétés absorbantes , il laissa au foie sou rôle élahoraleur, el sa découvert<', qui devait avoir pour consér|uence le renversement de la théorie galénique, pairit d'abord en être une confirmation.

L''existerrce des vaisseaux absorbants de l'intestin, malgré les faits précis sur lesquels elle reposait, ne fut pas tout de suite admise par les anatomisles . la plupart refusèrent d'y ajouter f ù ; quelques uns, plus exaltés dans leur seplicisme, nnireni. leurs elïorls pour ailirer sur celte découverte la flétrisïuie du ridicule,

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Rioliiii, qui s'ët; il montre si violent diins ses atlacjues conlie lii iloct'ine do la circiiliilion, lie fut pas plus heiiieusemont inspire' clans celte cii constance, et loiijoiiis pousse eu avant par [son caraclcre fougueux, il sembla réclamer l'honneur du premier rang parmi les ailversaires d'Aselli. Au nombre de ces adversaires ou remarque avec surprise uu homme célèbre que des luttes pénibles et une juslice tardive paraissaient devoir i allier à la cause de la vérité. «Chez plusieurs animaux, >) dit Harvey, ou ne trouve nullement ces canaux chylilères, et chez quelques uns » ou ne les trouve point en tout temps. Or des vaisseaux destines à la nuliiliou » sont nécessaires h tous les animaux et doivent exister dans toutes les circou- » stances. « Dans un autre passage il ajoute ; « 11 est évident que le chyle qui est » destiné à nourrir tous les animaux est porté des intestins par les veines mésa- » raïques, et il n'est pas nécessaire que nous cherchions une nouvelle voie par » les veines lactées. » Harvey était à celte époque au faîte de la gloire; son opinion entraîna bientôt tous les aualomistes,et la doctrine de Galien, proclamée de nouveau par un défenseur aussi puissant, se raffermit sur ses bases un instant ébranlées. Pendant quelques années ou classa les chylifères parmi les êtres chimériques, et l'anatomiste qui avait osé les découvrir parmi les visionnaires.

Aselli mourut en 1626, avant d'avoir pul)lié le résultat de ses travaux et sans avoir eu la satisfaction de confirmer sa découverte sur l'homme, bi n que ses recherches sur plusieurs classes de mammifères l'eussent porté depuis longtemps à afiirmer que les vaisseaux lactés devaient également exister chez lui. Ce fait conlirmatif fut observé pour la première fois en 1628 par Gassendi el plusieurs médecins de sa connaissance, sur un supplicié ouvert une heure après sa mort. Vesling, eu 1634, aperçut aussi les vaisseaux lactés chez Thomme et les fit représenter dans une planche peu satisfaisante d'exaclitude. Ces observations ayant fixé l'attenlion des physiologistes, de nouvelles expériences sur les animaux furent instituées et vinrent ébranler peu à peu l'incrédulité générale; les travaux publiés sur le même sujet, en 1659 par Folius et ïulpius, en 1641 par Walce, achevèrent d'établir l'existence des chylifères , en élevant définilivemenl la théorie d'Aselli sur les ruines de celles de Galien.

Malgré toutes ces recherches, la véritable terminaison des vaisseaux absorbants de l'inteslin demeurait iuronnue. Cette partie fondamentale de leur histoire fut dévoilée en 1649 par Jean Pecquet, pendant c[u'il se livrait à l'élude de l'auatomie sur un chien : le même hasard qui avait révélé à Aselli l'origine de ces vaisseaux montra à Pecf|uel leur Icrminaison. Ce dernier auteur, s'appuyaut sur des observations multipliées, avança que les chylifères, après avoir traversé les glandes mésentériques, vont se jeter dans un tronc commun, qu'il démontra être le canal ihoracique autrefois aperçu et décrit par Eustachi, mais oulilié depuis un siècle environ. Dès lois il fallut reconnaître que le chyle ne passe point par le foie, qu'il arrive directement dans le torrent circulatoire en pénétrant dans la veine sousclavière gauche.

Aselli avait dépouillé la veine porte de ses fonctions absorbantf-s , Pecquet enleva au foie ses fonctions d'hématose; ainsi croula la doctrine de Galien et s'établit la véritable théoiie de l'absorption nutritive. De toutes les découvei tes dont s'est successivement enrichi le système des vaisseaux lymphatiques, il n'eu est aucune qui offre un plus vif intérêt; son impoitauce déiive surtout delà subite clarté qu'elle répand sur les fonctions de ces vaisseaux.

Pecquet, en fixant son attention sur l'oiigine du canal ihoi acique qu'Eustachi avoue ingénument n'avoir pu saisir, reconnut que dans ce point le tronc princijial des lymphatiques offre des dimensions beaucoup plus considérables que sur les autres parties de sou triijet; de là le nom de citerne, de réservoir du cliyle qu'il a imposé à cette origine. L'ouvrage qui renferme le fruit de ses oliservatious souleva d'abord une vive opposition; mais il s'agissait d'un fait facile à constater, et son évidence désarma piomptemcnt les analoinistes qui cherchèrent à lobserver.

En jetant un coup d'œil général sur l'histoire du système lymphatique dei)uis les temps les plus anciens jusqu'aux travaux de Pecquet, ou remarcjue avec queli|ue étonnemenl que les notions dont elle s'est peu à peu enrichie sont exclusivement I elatives aux chylifères. Jusqu'alors, en effet, on avait cru (pie ces vaisseaux u'apparteuaieut qu'au conduit intestinal; leur fonction toute spéciale

coucouiaiL puissinuineiil à eiilrclenir celte erreur. Mais lu découverte de Icui continuité tivec le cunal tlioPiiciqne ayant donne' une nouvelle impulsion aux recherches , les acquisitions se nmlliplièrenl ; on reconnut que les al)SorL;nit?. ne naissaient pas seulement des intestins , fju'ils entraient comme élément imporlant dans la structure de lu plupart des organes , qu'ils constituaient en un mot toute une grande classe de vaisseaux, un véritable système surajouté à celui des urlères et des veines

Vesling, en 1649, entia le premier dans celle voie nouvelle. Les chylifères allant se jeter dans le conduit tiioracique et non dtms le foie, cet auteur eut Theureuse pensée de rechercher à sou tour le mode de terminaison des vaisseaux qu'on avait vus se diriger des glandes du mésentère veis l'organe sécréteur de la })ile. L'élude attentive du cours de la lymphe lui peimit de constater hi véritable origine de ces vaisseaux, leur trajet descendant et enHu leurs emliouchuies dans le canal thoraciquo; de plus, il vit sur la face convexe du même organe un vaisseau considérable qui traversait le diaphragme pour pénétrer dans la poitrine. Ces vaisseaux partis du fuie, et allant directement se jeter dans le tronc cential du système absoiliant, ne pouvaient être considérés comme des vaisseaux lactés, et cependant ils étaient de même nature; les vaisseaux blancs n'appartenaient donc pas exclusivement aux intestins, ils appartenaient aussi au foie. Telle fut la conclusion de ses recherches.

En 1651, Olaus Rudbeck, frappé sans doute des observalions de "Vesling, fut porté à soupçonner que les lymphatiques pouvaient bien exister dans il'autres parties que le tube intestinal et le foie; après avoir reconnu l'existence des absorbants qui rampent sur les deux faces de ce dernier organe, il porta ses investigations sur d'autres points, et aperçut plusieui s vaisseaux de même apparence sur le délroit supéiieur du Ijassin , dans le ihorax, sur la surface des poumons. L'existence de ces vaisseaux sur des points aussi diHéi ents conduisit l'uuteur de ces découvertes partielles à conclure [)ar analogie qu'ils exislent dans tous les organes : le premiei', Rudbeck osa ériger en système les lymphatiques qu'il ap[)ela •vaisseaux séreux, parce qu'ils charrient un liquide semblable au sérum.

Il existe donc trois grandes époques dans l'histoire générale de ce système, et à chacune d'elles on peut rattacher un nom propre:

A la première celui d'AssUi, qui découvrit l'origine des vaisseaux chylifères.

A la seconde celui de Pecquet, qui démontra le trajet et la terminaison de ces vaisseaux.

Enfin à la troisième celui de Rudbeck, qui vit les lymphatiques proprement dits et généralisa leur existence.

Quelques auteurs ont revendiqué en faveur de Th. Rarlholin l'honneur de celle généralisaiion ; d'auti es l'ont attribué à l'anglais Georges JolylF. Ces trois auteurs »^nelVe! se livrèrent presque simultanément aux mêmes recherches; la priorité cejiendant nous paraît devoir être accordée à Rudbeck. Le passage suivant qu'on lit ilans les écrits de Bartholin fait soupçonner qu'il avait eu connaissance des travaux de ce dernier. « Le nom de séreux, dit-il, que quelques uns oui donné à ces vaisseaux ne me plaît point. » Et en ellét il les désigna sous le nom de vaisseaux lymphatiques. Comme il fnt le premier qui publia un traité sur le système absorbant et qu'il jouissaitd'une grande réputation, un assez grand nombre de médecins ne firent aucune difficulté de lui concéder celte découverte. Quant à Jolyff, SCS droits reposent sur les déclarations de Glisson, de Charletton et de Bayle, qui rapportent qu'en 1633 il leur monlra des vaisseaux se distribuant dans pi esqne toutes les parties du corps et renfermant une humeur aqueuse. Les lecherches de ces trois anutomistes sont loin d'olfrir la même valeur, et c'est surtout jiar leur comparaison qu'on arrive à réclamer en faveur de Rudbeck les avantages de la priorité; les travaux de ce dernier anatomisle sont très supérieurs à ceux de Bartholin et de Jolyff.

Les notions qui furent ajoutées plus tard à l'histoire du système lymphatique ne sont plus que des faits de détail. Ainsi, en 16ti;), Frcdéiic Ruysch s'occupa des valvules de ce système ; plus tard Antoine Niick décrivit les alisorbants du cceur, lie l'utérus, de l'ovaire et des reins; Richard Haie observa ceux qui sont silues autour de la mâchoire inférieure; Frédéric Meckel injecta au mercure fiuelc(ues uns dos lymphatiques superficiels de la cuisse et dubias dans l'homme; Jean

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Hunier, par le même piccede, fit passeï- ce ineial ùepuis les glandes poplile'es jus- (|n'au canal thoiaciqiio ; Hewson lit représentai" dans ses planches ce même syslème après l'avoir observé dans les oiseanx, les reptiles et les poissons, etc., etc.

Ces dernières découvertes et quelcpies autres moins impoi tantes parurent successivement dans l'intervalle qui s'écoula depuis la publication des écrits de Pecquet, Barlholiu et Jolyll', qui eut lieu en 1G52 et 1(354 jusqu'en 1780, époque à laquelle deux hommes également éminents, MascaGNI en Italie, et IlUNTER en Angleterre, entreprirent une révision complète de tous les travaux publiés sur ce sujet par leurs prédécesseurs.

Le premier, après huit années de recherches non interrompues, réunit à toutes les acquisitions positives de la science le grand nombre de celles qui lui étaient propres, les fit représenter dans des planches magnifiquement gravées, et éleva ain>i à la ïcience un monume;it impérissable.

Le second, préoccupé surtout des fonctions du système lyniphatifpie , s'attacha à réunir sous ce point de vue les expériences qui avaient été publiées, les répéta, les varia de mille manières, et montra enfin la communaulé ou plutôt l'identité de leurs fonctions en les résumant par un seul mot : l'absorption. Dès ce moment le système lymphatique et le système ahsorbant se confondirent dans une même appellation. Celte théorie heurtait toutes les idées leçues. Cependant comme Pecquel, en démiinlrant la continuité des chylifères avec le canal thoracique, avait prouvé sans réplique que cette classe de vaisseaux absorbe le chyle, et comme d'une antre part on ne pouvait contester l'extrême analogie ([ui existe entre les lynrphatiques de l'intestin et ceux des autres parties du corps, elle fut non seulement admise, mais embrassée avec ardeur; les espiils y étaient préparésdepuis longtemps, et lorsqu'elle païut, elle ne fit en quelque sorte que satisfaire l'attente générale.

Hunter semblait avoir étaljli sur une base inèbranla))le l'aljsorpliou exclusive par les vaisseaux lymphatiques; mais les expériences faites au commencement de ce siècle par MM. Mageudie et Delille en France, Tiedemann et Ginclin eu Allemagne, Flandrin et Emmert en Angleterre, ont réhabilité les veines dans leurs fonctions alisorbantes ; le système veineux et le système lymphatique, après avoir été tour à tour considérés comme les agents uniques de l'absorption, se partagent aujourd'hui celte importante fonction. M. Magendie, il est vrai, persiste à penser que les conduits de la lymphe ne sont pas des vaisseaux absoi])ants; mais cette opinion , qui a contre elle les faits les plus précis , n'a pu rallier jusqu'à présent un seul partisan.

Depuis Hunter et Mascagni plusieurs travaux importants ont été publiés sur les vaisseaux lymphalic[ues.

Panizza, en 1830, a injecté avec nu rare bonheur les absorbants de la verge et du testicule, chez l'homme et chez plusieurs mammifères, entre antres le cheval, le taureau, le bélier, etc.; en 1853, le même anatomiste a fait paraître ses recherches sur les vaisseaux lymphatiques des reptiles dans un ouvrage important non moins remarquable par l'exactitude des descriptions que par l'habile exécution des planches qui riiccompagnent. La même année, Fohmanu a publié le résultat de ses observations sur l'origine des absorbants de la peau, des muqueuses et des séi-euses. La découverte des réseaux, qui date de celte époque, appartient principalement à ces deux explorateurs : l'anatomiste italien nous avait montré ces réseaux sur le feuillet viscéral des séreuses; l'anatomiste belge nous les riroutre sur la surface des systèmes tégumentaires interne et externe. Tous deux par leurs traxaux ont bien mérité de la science : ceux de Fohmann ont un caractère phrs général , mais ceux de Pauizza sont pins exacts.

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