SYSTÈME OSSEUX
Les os, envisagés d'une manière générale, nous présentent à considérer leur conformation extérieure, leur conformation intérieure, leur texture, et leur développement.
lo Conformation extérieure des os.
Un examen rapide du squelette suffit pour constater les grandes différences que nous offrent les os sous le rapport de leur configuration: quel-
OSTEOLOGIE. 7
ques uns s'étendent en longueur ; d'autres s'étalent en surface ; mais dans le plus grand nombre les trois dimensions se balancent de telle sorte que leur forme se rapproche de celle d'un cube , qu'ils ne revêtent jamais cependant d'une manière régulière. Ces différences dans les proportions de leurs diamètres les ont fait diviser depuis longtemps en trois classes : les os longs , les os larges, et les os courts.
Tous les os ne se prêtent pas avec la même facilité à cette classification : il en est qui sont en même temps longs et larges ; d'autres appartiennent en partie aux os longs et en partie aux os courts ; malgré ces légères imperfections , elle mérite d'être conservée ; car elle est à la fois anatoniique , physiologique et chirurgicale.
Os longs. Ils occupent l'axe des membres, dans lesquels ils constituent une colonne brisée, simple au bras et à la cuisse , double à l'avant-bras et à la jambe, multiple à la main et au pied ; les colonnes partielles qui forment cette colonne brisée offrent une longueur qui est toujours en i-aison inverse de leur nombre ; et comme l'étendue des mouvements est proportionnelle à la longueur des leviers, il en résulte que la partie supérieure des membres est remarquable par la grande dimension des arcs qu'elle décrit, etlapartie'inférieure,par la multiplicité et la brièveté de ces mêmes arcs.
Tous les os longs présentent une partie moyenne appelée corps ou diafhyse, et deux extrémités qui s'articulent avec les os coi'respondants.
Le corps est la partie la plus étroite de l'os ; sa forme rappelle celle d'un prisme à base triangulaire dont les bords ou arêtes sont souvent si mousses, qu'il semble se transfornser en cylindre. Il est creusé à l'intérieur d'une cavité fnsiforrae qui loge la moelle et porte le nom de canal médullaire. Ce canal , en augmentant l'épaisseur de la diaphyse, produit deux avantages : 1" il favorise la puissance des muscles par l'étendue qu'il ajoute à leur surface d'implantation; 2" il accroît la résistance de l'os; car de deux colonnes composées en même quantité, de la même substance, et de hauteur égale, celle qui offre le.diamètre le plus considérable présente la plus grande solidité.
Les extrémités sont l'enflées et massives ; ces renflements ont pour but : l*' de multiplier les points de contact entre les surfaces articulaires, et par conséquent d'en assurer la solidité ; 2° de dévier les tendons voisins , et de leur former ainsi une sorte de poulie de renvoi , éminemment favorable à l'action des muscles; 3° enfin de régulariser la forme des membres en opposant leur volume à la gracilité des cordes tendineuses.
Os larges ou plats. Ils se réunissent en général pour former des cavités : aussi leurs surfaces sont-elles le plus souvent concaves d'un côté et convexes de l'autre. Ces surfaces sont remarquables par la tendance qu'elles présentent à se rapprocher à leur centre. Constamment leur partie périphérique, destinée, tantôt à des articulations, et tantôt à des insei'tions musculaires, offre plus d'épaisseur que leur partie centrale, assez amincie quelquefois pour devenir translucide ; dans certains cas on la voit même manquer entièrement; l'os est alors le siège d'une perforation circulaire.
Os courts. On les trouve dans toutes les régions où la variété des mouvements devait se concilier avec leur solidité ; c'est pourquoi ils sont accu-
mules dans les articulations du poignet et du pied; c'es dans ce but aussi qu'ils se réunissent en si grand nombre pour former la colonne vertébrale, le plus puissant et le plus long de tous les leviers.
Quelle que soit la forme d'un os , sa surface est r-arement régulière dans toute son étendue ; tantôt cette surface s'abaisse au-dessous de son niveau , et tantôt elle s'élève au-dessus ; dans le premier cas , l'os tend à se creuser d'une cavité dont la configuration, la situation, les dimensions et les usages varient à l'infini , et ne sauraient être énoncés d'une manière générale ; dans le second, la surface de l'os est surmontée d'une saillie non moins variable dans sa forme , son volume et sa destination. Toutes les saillies osseuses connues sous la dénomination générique d'éminences ou d'apophyses se divisent en articulaires et non articulaires. Les apophyses non articulaires sont le plus souvent destinées à des insertions musculaires : aussi leur volume est-il en général proportionnel à la force des muscles qui s'y implantent ; de là une différence remarquable entre le squelette de l'homme et cehii de la femme. Ces éminences cependant n'ont point pour cause la traction que les os subissentdela part des tendons, car on les observe chez des individus frappés de paralysie dès leur enfance ; de plus, M. Serres, par ses belles recherches sur l'ostéogénie , a démontré que chacune d'elles se développe par un point particulier d'ossification ; leur existence se rattache donc aux lois générales de l'organisation.
On a réservé le nom d'épiphyses aux éminences qui sont unies au corps de l'os par une couche cartilagineuse ; mais cette couche cartilagineuse disparaissant par les progrès de l'ossification, les épiphyses se treinsforment successivement en apophyses ; cette expression par conséquent désigne seuement l'une des périodes que les os parcourent dans leur développement.
2o Conformation intérieure des os.
Si 1 on pratique une coupe sur la continuité d'un os , on remarque que cet os est composé à sa surface par un tissu serré, d'une couleur et d'une dureté analogues à celles de l'ivoire , et au centre par des lamelles et des filaments qui s'entrecroisent pour former des cellules. Ces deux substances, l'une compacte , l'autre celluleuse ou spongieuse, sont identiques dans leur nature ; le tissu osseux qui les constitue est essentiellement le même: seulement, ce tissu revêt dans chacune d'elles une forme différente : dans la substance compacte il se présente sous la forme d'une couche épaisse et unique ; dans la substance spongieuse , sous la forme de couches minces , multiples et entrecroisées. Toutes ces couches diffèrent par leurs dimensions, mais sont semblables par leurs propriétés; les dénominations de substance et de tissu compacte, de substance et de tissu spongieux, doivent donc être considérées comme l'expression des deux aspects principaux sous lesquels le tissu osseux peut s'offrir à nous.
La substance compacte et la substance spongieuse présentent la même couleur lorsqu'on les examine sur un os sec qui a été privé par une longue macération de toutes les parties molles qu'il renferme ; elles diffèrent au contraire dans leur coloration lorsqu'on les étudie comparativement sur la coupe d'un os frais. Le tissu compacte est d'un blanc mat dans tous les os et à tous les âges de la vie. La substance spongieuse tire sa couleur moins des lamelles qui la produisent que des parties molles qui remplissent ses
OSTEOLOlilE. 9
cellules. Or ces parties molles varient : chez les enfants, elles sont composées de tissu cellulaire et de vaisseaux très multipliés ; chez les adultes et les vieillards, à ce tissu cellulo-vasculaire vient s'ajouter du tissu adipeux. La prédominance des vaisseaux , chez les premiers , donne à la substance spongieuse une couleur d'un brun rougeâtre ; la prédominance du tissu adipeux, dans les derniers, produit une coloration jaune d'autant plus remarquable que la vieillesse est plus avancée ; cette transformation de la couleur rouge en une couleur jaune ne s'accomplit point cependant dans toutes les parties du système osseux; M. Nélaton, qui le premier a fixé l'attention des anatomistes sur ces deux nuances de la couleur des os , a très bien constaté que la coloration jaune a pour siège exclusif les extrémités des os longs et tous les os courts des membres , tandis que les os du tronc conservent pendant toute la durée de la vie la nuance rougeâtre propre à l'enfance.
Les tissus compacte et celluleux ne sont pas répartis d'une manière égale dans les os longs, les os larges et les os courts.
Dans les os longs , la substance compacte forme les parois du canal médullaire: la spongieuse, au contraire, prédomine dans les extrémités, qu'elle compose presque exclusivement ; aux limites du canal médullaire , les lamelles de ce tissu deviennent plus ténues ; elles s'effilent , se prolongent sur les parois de la cavité qui loge la moelle , en formant un réseau délicat dans lequel celle-ci est comme suspendue. Ces filaments entrecroisés au centre de la diaphyse des os longs ont été considérés par quelques anatomistes comme une troifîième forme ou tissu osseux, qu'ils ont appelée tissu réticulaire. Cette forme pourrait être admise : cependant nous pensons avec la plupart des auteurs qu'il est plus simple d'admettre seulement les deux formes que nous avons précédemment mentionnées ; elles représentent, en effet, le tissu osseux, l'une dans son état de condensation, l'autre dans son état de raréfaction ; le tissu réticulaire rentre évidemment dans la forme spongieuse ou raréfiante.
Dans les os larges, la substance compacte constitue deux plans ou tables entre lesquels la substance spongieuse s'étale pour produire une troisième couche qui a pris le nom de diploé ; celui-ci manque sur quelques points, particulièrement dans la partie centrale de ces os , où les deux tables se rapprochent et se confondent.
Dans les os courts , le tissu compacte se présente sous l'aspect d'une lame mince enroulée sur le tissu spongieux.
30 Texture des os.
Les éléments qui entrent dans la composition des os sont : 1° un tissu propre, tissu osseux-, 2" deux menil)ranes, l'une qui entoure l'os, iierioste; l'autre qui entoure la moelle, membi-ane médullaire} -P,*^ des artères ; ^ir° des veines ; b° \rRhemh\Rh\ement des vaisseaux lymphatiques et des nerfs ; 6" du tissit cellulaire.
Tissu osseux. Il est d'un blanc opaque, d'une dureté pierreuse, d'une pesanteur spécifique plus considérable que celle de tous les autres tissus do l'économie, et se compose essentiellement de deux principes, l'un organicpie , formé par la gélatine , l'autre inorgani(iue , formé par des sels cal-
caires. Pour obtenir le premier, il suffit de plonger un os pendant quelques jours dans un acide concentré , et de le soumettre ensuite à l'action de l'eau bouillante ; le second est facilement mis à nu par la calcination. Une analyse faite par Berzélius nous montre encore dans ce tissu quelques autres principes peu importants , et établit entre tous ces éléments les proportions suivantes :
C lo Matière animale re'ductible
lo Elément organique. < par la de'coclion 32,17
( 2o Matière animale iusoliible. . 1,13
/ Phosphate de chaux 51,04
\ Carbonate de chaux 11,30
2o Ele'ment inorganique./ Fluate de chaux 2,00
i Phosphate de magne'sie. . . . 1,16
\ Soude et chlorhydrate de soude. 1,20
Ces proportions sont-elles constantes? La plupart des auteurs admettent que la gélatine , accumulée en grande quantité dans les os de l'enfant , devient moins abondante dans ceux de l'adulte , et rare dans ceux du vieillard ; que le principe organique , en d'autres termes , prédomine dans le tissu osseux au début de la vie , et l'élément inorganique à son déclin. On explique ainsi l'accroissement continu de la densité de ce tissu , sa vitalité énergique et sa grande élasticité dans le jeune âge , et enfin la fragilité des os à un âge avancé. Cette opinion a été récemment combattue par M. Nélaton , qui formule ainsi dans ses Éléments deimlhologie chirurgicale le résultat de ses observations : « J'ai pu me convaincre par une série d'expériences que les proportions de parties terreuses et organiques sont les mêmes à tous les âges de la vie. Le tissu osseux n'est pas simplement un mélange de gélatine et de sels calcaires ; il y a combinaison entre ces deux éléments, et cette combinaison s'opère constamment dans les mêmes proportions. En un mot , le tissu osseux est un composé défini. »
L'auteur de ces nouvelUes recherches a été conduit à la conclusion précédente en faisant calciner des fragments de tissu compacte parfaitement égaux en poids, et provenant de sujets de divers âges ; lorsque la calcination est complète, quel que soit l'âge du sujet, le poids du fragment calciné est toujours réduit d'une quantité égale. M. Nélaton ayant bien voulu m'offrir de répéter avec moi ces expériences , nous avons pris quatre lamelles de tissu compacte : 1® une sur la diaphyse du tibia d'un enfant de cinq ans ; 2° une sur le corps du tibia d'une femme de vingt-cinq ans ; 3° une sur le corps du fémur d'un homme du même âge ; 4° une sur la partie moyenne du tibia d'un sujet de soixante-dix ans ; toutes ces lamelles pesaient 1 gramme. Après la calcination, leur poids a été réduit, pour les deux premières à 6 8 centigrammes , plus une fraction , et pour les dernières à 6 9 centigrammes moins une très minime fraction. Ces quatre résultats peuvent être considérés comme identiques ; par conséquent, depuis le moment de la naissance jusqu'à la vieillesse la plus avancée , l'élément organisé des os est à l'élément inorganique comme 32 : 68. Ces deux éléments sont donc invariables dans leur proportion ; ajoutons que cette proportion si facilement obtenue par la calcination offre une coïncidence remarquable avec celle que donne l'analyse chimique.
Ce fait étant établi , comment expliquer la densité croissante du tissu
ossenx, la vitalit(^ di^croissante de ce même tissu , la fragilité des os chez les vieillards.'
Pour concevoir la densité croissante du tissu osseux , il suffit d'admettre que ce tissu renferme sous le même volume un plus grand nombre de molécules osseuses ; il deviendra alors facile de comprendre pourquoi la vitalité des os est en raison invei'se de l'âge , car les molécules ne peuvent augmenter en nombre sans envahir en partie la place occupée par le parenchyme primitif de l'os. Ce parenchyme, composé de tissu cellulaire et de vaisseaux , perdra d'autant plus de son importance que les molécules osseuses s'accumuleront en plus grande quantité dans ses mailles. C'est ainsi que les vaisseaux, très développés dans le tissu osseux de l'enfant, diminuent dans celui de l'adulte et pins encore dans les os du vieillard ; et comme la vitaUté d'un organe repose surtout sur sa vascularité , il en résulte que la diminution progressive de la seconde de ces deux propriétés entraine une décroissance correspondante de la première.
Quant à la fragilité des os dans la vieillesse, pour la rappporler à sa véritable cause, il importe, ainsi que l'a fait observer M. Nélaton , de ne pas confondre le tissu osseux avec les os. Le tissu osseux , très abondant dans tontes les parties du sipielette aux époques moyennes de l'existence , diminue ensuite graduellement dans sa (luanlité , de telle sorte que les différentes couches, lames et lamelles , que ce tissu forme, offrent beaucoup d'épaisseur dans les os de l'adulte et deviennent très minces dans les os du vieillard. Cette diminution du tissu osseux, ou, en d'autres termes, la raréfaction progressive dont les os deviennent le siège dans les dernières années de la vie, nous explique à la fois et la fragilité qui les caractérise à cet âge, et la diminution de leur poids, que la densité croissante de leur tissu ne saurait contrebalancer.
Le tissu osseux est creusé d'un très grand nombre de petits canaux qu'on observe, non seulement dans la substance compacte , mais aussi dans les lamelles qui circonscrivent les cellules de la substance spongieuse ; leur direction et leui's dimensions varient. — Dans les os longs, ils se dirigent un peu obliquement du canal médullaire à la surface extérieure. Pendant ce trajet plus on moins étendu , on les voit s'entrecroiser de manière à former des mailles dont le grand axe est parallèle à celui de la diaphyse ; de ce parallélisme , il résulte que l'os parait strié dans le sens de sa longueur, et composé par une agglomération de fibres longitudinales juxtaposées.— Dans les os larges, les mailles produites par l'entrecroisement de tous ces canaux s'allongent en se dirigeant vers la circonférence, et chaque surface prend l'aspect d'un plan fibreux et rayonné. — Dans les os courts , les canalicules s'entrecroisent d'une manière si irrégulière que les différentes faces qui en limitent le volume perdent complètement toute apparence fibreuse. — Les petits canaux creusés dans les lames, lamelles et filaments du tissu spongieux, offrent une disposition analogue aux précédents : seulement, au lieu de s'ouvrir dans le canal médullaire, ils s'ouvrent dans une cellule. Tantôt ils cori*espondent par une de leurs extrémités à une cellule , et par l'autre à une seconde cellule voisine de la première ; tantôt l'un de leurs deux orifices communique avec une cellule, l'autre se jette dans un eanalicule de la substance compacte ; ceux qui occupent les cloisons situées au voisinage d'une surface articulaire se terminent en cul- de- sac.
Les canalicules des os avaient été entrevus par Leeuwenhoeck ; mais il appartient à M. Gerdy de les avoir de nouveau signalés à l'attention des observateurs dans un travail important présenté à l'Académie des sciences. Miescher, en Allemagne, et un peu plus tard Muller, ont publié une minutieuse description de ces petits tubes. Pour les apercevoir distinctement, il suffit d'écailler légèrement la surface d'un os long avec un insti-ument tranchant. Cette étude sera surtout facile et promptement concluante lorsqu'elle sera faite sur un os affecté d'inflammation. Sous l'influence de cet état pathologique, on voit, en effet, ces canaux acquérir avec rapidité des dimensions plus considérables ; ils s'accroissent alors par la résorption de la gélatine et des sels calcaires qui constituent leurs parois ; cette résorption peut avoir pour effet de détruire en partie d'abord , puis en totalité les cloisons qui les séparent ; dans ce cas on les voit successivement communiquer entre eux, se réunir, se confondre et enfin dispai-aître entièrement, en laissant à nu le parenchyme primitif de l'os, c'est-à-dire le tissu cellulaire et les vaisseaux ; ce sont ces phénomènes attentivement observés qui ont conduit l'un de nos jeunes chirui'giens les plus distingués , M. Nélaton, a fonder la véritable théorie de la suppui'ation du tissu osseux et de la séparation des séquestres. Les recherches de M. Gerdy, en établissant comme un fait définitivement acquis à la science, la structure canaliculaire des os, ont donc répandu une lumière toute nouvelle sur les maladies de ce système. Ces applications importantes à la pathologie sont ainsi devenues la confirmation la plus heureuse de la réalité de cette structure.
La connaissance des canalicules permet de concevoir la divergence des opinions qui ont été émises sur la texture du tissu osseux. Ces opinions peuvent être réduites aux suivantes : 1° le tissu osseux est fibreux; 2° il est aréolaire ; 3° il est lamellaire ; 4° il est fibreux et aréolaire ; 5° il est fibreux et lamellaire ; 6" enfin Béclard pensait qu'il était à la fois fibreux , aréolaire et lamellaire. Toutes ces opinions dérivent de la même erreur : les anatomistes , ayant méconnu les tubes osseux et observé seulement les cloisons qui les séparent , ont décrit ces cloisons sous le nom de fibres ; les cavités tubulaires qu'on apercevait sur le profil des coupes sont devenues alors des vides formés par l'entrecroisement des fibres , et les auteurs qui ont attaché plus d'importance à ces vides ou aréoles qu'aux fibres qui les forment en s'entrecroisant , ont admis une structure aréolaire ; d'autres, ayant égard à la fois à ces deux aspects, l'ont dite aréolaire et fibreuse. On conçoit également comment on a pu faire naître les lames de la superposition des fibres; et cette dernière théorie ayant été acceptée, on a cru en trouver une double démonstration dans le phénomène de l'exfoliation des os et dans celui de leur éclatement. Mais le premier de ces phénomènes est dû à la résorption qui s'accomplit autour et au-dessous de la portion frappée de mort , aux dépens de l'os vivant , résorption qui interrompt la continuité du séquestre et amène ainsi son expulsion ; le second se produit mécaniquement par l'exposition d'un os à une chaleur vive ou à l'action prolongée de l'air extérieur. En résumé , le tissu osseux n'est ni fibreux , ni aréolaire , ni lamellaire : il est canaliculaire.
Péî-îoste. Il s'enroule autour des différentes pièces du squelette , pour former à chacune d'elles une enveloppe spéciale de nature fibreuse. Cette membrane, qui affecte avec les os les connexions les plus intimes, présente
une surface externe et une surface interne ; la première est en rapport, dans la plus grande partie de son étendue, avec les muscles, dont la sépare un tissu cellulaire lâche et fdamenteux, et avec les tendons qui s'unissent à elle par un entrecroisement réciproque de fibres ; la seconde s'applique sur le tissu osseux , avec lequel elle contracte une adhérence solide , surtout dans les points qui correspondent à l'insertion des tendons. Au niveau de toutes les articulations mobiles, le périoste d'un os est lié à celui des os voisins par les ligaments ; sur les articulations immobiles , il passe immédiatement d'une surface osseuse sur la surface adjacente. De la double continuité établie par les liens articulaires entre les différentes parties du périoste , et par le périoste entre tous les tendons ou aponévroses , résulte un ensemble d'organes identiques dans leur nature, ayant pour élément essentiel une fibre blanche, flexible et résistante ; cet ensemble d'organes constitue le système fibreux.
Membrane médullaire. On a désigné sous ce nom un tissu cellulaire fin et lamelleux qui tapisse les parois anfractueuses du canal des os longs. En s'appliquant sur les inégalités de ces parois, la membrane médullaire, d'une complète transparence , se replie au dedans d'elle-même et cloisonne dans tous les sens sa propre cavité, qui se trouve ainsi transformée en loges et en cellules ; k celles-ci correspondent les lobes et les lobules d'un tissu adipeux extrêmement délicat qui forme la moelle.
Artères. De nombreuses artères se distribuent dans le tissu osseux ; mais cette distribution ne se fait pas de la même manière dans tous les os. Dans les os longs on observe trois ordres de branches artérielles, destinés , le premier à l'organe médullaire , le second au tissu compacte , le troisième au tissu spongieux. Le vaisseau artériel qui se distribue dans la cavité médullaire, appelé artère nourricière , est transmis jusqu'à la moelle par un canal obliciue/iui porte le même nom ; mais ce nom rappelle une erreur, car le volume de l'artère nourricière, comparé au volume réuni de toutes les autres branches qui s'introduisent dans le tissu de l'os , devient extrêmement grêle, et véritablement insignifiant; loin déjouer dans la nutrition de l'os le rôle principal , elle ne concourt à cette nutrition que d'une manière très secondaire. Pour le démontrer, il suffit de citer ce fait incontestable, qu'à la suite des amputations qui éliminent plus de la moitié d'un os long et détruisent l'artère nourricière, le fragment restant dans le moignon n'a jamais été frappé de mort. En arrivant sur la surface de la membrane médullaire , cette artère se divise en deux branches, l'une ascendante , l'autre descendante ; toutes deux ne tardent pas à se subdiviser pour entourer de leurs ramifications soit l'organe producteur de la moelle , soit la moelle elle-même. Aux extrémités de la diaphyse , leurs dernières divisions connnuniquent avec celles des vaisseaux qui se distribuent dans les substances compacte et spongieuse. — Les artères du tissu compacte se ramifient d'abord dans le périoste , qu'elles couvrent de réseaux faciles à injecter; du périoste elles passent dans les tubes osseux, dont elles suivent exactement la direction , communiquent entre elles au niveau de tous les points où ces tubes s'entrecroisent , et prennent par conséquent la disposition réticulaire qui ap\)artient à ces derniers. — Les artères destinées au tissu spongieux pénètrent par les extrémités de l'os ;
des orifices nombreux et de dimensions très inégales leur livrent passage; lorsqu'elles arrivent dans les lamelles de ce tissu , elles forment des rameaux très fins, qui se plongent dans leurs canalicules , les parcourent , et s'anastomosent, soit entre elles, soit avec celles des deux ordi'es précédents. De ces communications multipliées résulte une communauté de circulation qui a pour effet d'établir entre toutes les parties élémentaires de l'os une sorte de solidarité. — Dans les os plats, on observe seulement deux ordres d'artères , celles du tissu compacte et celles du tissu spongieux ; ces dernières pénètrent le plus souvent par la circonférence. Il en est de même dans les os courts.
Veines. Elles suivent, en général, la direction des artères ; mais à ces vaisseaux on voit se réunir des canaux d'une nature spéciale, dont les parois sont formées par une coucbe mince de tissu compacte et par une membrane transparente ; la cavité de ces canaux veineux est coupée à des distances très rapprocbées par des étranglements circulaires , des cloisons partielles , des irrégularités multipliées , qui semblent constituer pour elles autant de valvules rudimentaires. Ils ont pour origine une sorte d'ampoule de même diamètre que les autres parties du canal ; leur trajet est sinueux ; fréquemment ils communii}nent entre eux. On les observe facilement dans le diploé des os du crâne, où ils furent signalés, pour la première fois, par Dupuytren ; ils sont aussi très apparents dans le corps des vertèbres; dans les os plats du bassin, les os courts, et les extrémités des os longs ils sont beaucoup moins développés.
Lymphatiques. On ignore si ces vaisseaux existent dans le tissu osseux . Les pbénomènes de résorption dont ce tissu est le siège permettent cependant de considérer leur existence comme vraisemblable.
Nerfs. Aucun cordon nerveux n'a pu être suivi jusqu'à présent dans l'intérieur des os ; on voit , il est vrai , sur le périoste de quelques uns, des nerfs qui , après avoir rampé sur cette membrane , plongent dans son épaisseur ; il est surtout facile d'observer ces filaments nerveux sur le périoste qui recouvre la partie inférieure et antérieure du fémur. Mais que deviennent-ils au moment oi^i ils disparaissent dans cette enveloppe fibreuse? S'y épuisent-ils? ou bien , se conduisant comme les artères, passent-ils du périoste dans le tissu osseux ? L'observation n'a pas encore résolu cette question; mais la sensibilité vive que possèdent les os, dans un grand nombre de circonstances pathologiques, semble donner plus de valeur à la seconde hypothèse.
4o Développement des os.
Les os n'atteignent le terme complet de leur évolution qu'à l'âge de vingt-cinq à trente ans. Pendant la longue durée de ce développement , leur solidité augmente en raison directe des efforts de plus en plus énergiques qu'ils sont appelés à supporter. Lorsque ce développement est terminé, les modifications qu'ils subissent amènent une diminution progressive de cette même propriété. Il importe donc de les considérer pendant et après leur accroissement.
Période d' accroissement.
Les phénomènes observés pendant l'accroissement ont été rattachés à trois états successifs , qu'on observe constamment dans l'évolution du tissu osseux : l'état muqueux, l'état cartilagineux , l'état osseux proprement dit.
État muqueux. Ce premier état est celui sous lequel les os se présentent à nous lorsqu'ils sont composés uniquement par les parties molles qui entrent dans leur texture , particulièrement par le tissu cellulaire et les vaisseaux: alors ils ne possèdent encore aucune des propriétés qu'ils offriront plus tard, et diffèrent à peine des organes qui les environnent. Ce état dure un mois ou six semaines.
État cartilagineux. Les os subissent cette transformation lorsque le tissu cellulaire, les artères, les veines, etc., qui les forment primitivement, sont envahis par la gélatine ; l'aspect d'un blanc nacré sous lequel ils apparaissent à cette époque les fait facilement distinguer de tout ce qui les entoure. Ce dépôt de gélatine dans le parenchyme primitif de l'os offre ce phénomène remarquable, qu'il s'accomplit en même temps : 1° dans toutes les parties d'un même os ; 2° dans toutes les pièces du squelette.
État osseux. L'envahissement du tissu cartilagineux par les sels calcaires produit ce nouvel état, bien différent du précédent par la manière dont il se manifeste. Nous avons vu , en effet, que la cartilaginification est simultanée ; l'ossification , au contraire , est éminemment graduelle ; elle débute par des points isolés, et se propage dans chacun d'eux, du centre à la circonférence. Les points d'irradiation osseuse, ou d'ossification, affectent, en général, un siège déterminé et constant; dans les os longs il en existe un pour la partie moyenne , et un pour chaque extrémité ; dans les os plats elles courts, ce point est central lorsqu'il est unique.
Les points d'ossification sont, les uns primitifs , les autres complémentaires ou épiphysaires; les premiers, pour la plupart des pièces du squelette, suffisent au développement total de l'os ; mais lorsque ceux-ci se montrent insuffisants, c'est-à-dire ne se propagent pas k toutes les parties du cartilage, chacune des parties de ce cartilage qui n'a pas été envahie, devient le siège d'un nouveau point d'ossification ; et ce point , qui apparaît toujours beaucoup plus tard, complète la transformation osseuse.
Les cartilages dans lesquels cette transformation est sur le point de se produire éprouvent plusieurs modifications qui l'annoncent ; ils prennent une couleur jaunâtre , puis une couleur rouge ; si on les examine alors avec attention, on voit qu'ils sont parcourus par des vaisseaux ; au centre de la partie colorée on ne tarde pas k constater l'existence d'un point osseux ; ce point s'étend graduellement aux parties voisines ; et constamment Textension du tissu osseux est précédée de cette auréole colorée et vasculaire.
L'apparition des points d'ossification commence au second mois de la conception; k la fin de la quatrième semaine, ou au commencement de la cinquième, se montre celui de la clavicule , puis celui de la mâchoire inférieure ; du trente-cinquième au quarante-cinciuième jour apparaissent ceux
16 ANAÏOMŒ.
du fémur , de l'humérus , du tibia , du maxillaire supérieur, des vertèbres , des côtes ; dans la dernière moitié du second mois , on voit naître les points d'ossification des os du crâne , du péroné , de l'omoplate , de l'iliaque, etc.
On a cherché à rattacher l'ordre d'apparition des points osseux à une cause générale , qu'on a cru trouver tour à tour dans le volume des os , dans leur degré de proximité du cœur, dans la précocité des fonctions auxquelles ils doivent concourir. Mais contre chacune de ces théories on peut élever des objections : l'ossification n'est pas en rapport avec le volume des os , puisque le premier point osseux se montre dans la clavicule ; elle n'est pas davantage assujettie dans sa marche à la distance plus ou moins grande qui existe entre le cœur et les diverses pièces du squelette, car le sternum , qui devrait s'ossifier le premier, subit au contraire cette transformation à une époque tardive ; enfin on est porté à la considérer comme indépendante de la précocité des fonctions, lorsqu'on remarque qu'elle débute par la clavicule, dont les fonctions offrent une si faible importance dans les premiers mois de la vie. Cependant le maxillaire inférieur s'ossifie promptement ; il en est de même des côtes ; et comme la succion et la respiration sont de toutes les fonctions celles qui entrent les premières en exercice, il en résulte que si l'ordre qui préside à la manifestation des points osseux n'est pas rigoureusement en harmonie avec l'importance du rôle que les différents os sont appelés à remplir au moment de la naissance, il lui est cependant en partie subordonné.
Le nombre des points d'ossification primitifs que présentent les os pairs a été déterminé depuis longtemps ; mais cette détermination a présenté beaucoup plus de difficulté lorsqu'on a voulu l'appliquer aux os situés sur la ligne médiane. Un grand nombre d'auteurs ont avancé que la plupart de ces os se développent par un seul point osseux médian qui s'étend de là à droite et à gauche. M. Serres , après de longues recherches sur ce sujet délicat, est arrivé à une conclusion qui renverse cette doctrine. Appuyé sur de nombreuses observations , cet auteur a posé en principe que tous les os impairs sont primitivement doubles ; qu'il existe deux points d'ossification pour la partie médiane de l'os , l'un pour la moitié droite , l'autre pour la moitié gauche ; mais ces deux points osseux sont très rapprochés , et ne tardent pas à se confondre. Pour constater leur isolement primitif, il importe donc de les surprendre en quelque sorte au moment de leur manifestation. M. Serres ayant constamment observé ces deux points osseux toutes les fois que ses recherches ont porté sur des os dont l'ossification était à son début , a été conduit à considérer la duplicité primitive des os impairs ou médians comme un phénomène général, qu'il a désigné sous le nom de loi de symétrie.
Les saillies et les dépressions que présentent les os sont assujéties dans leur développement à des lois dont la découverte appartient au même observateur: la plupart des éminences se développent par un point d'ossification ; les cavités sont le résultat de la réunion de deux ou de plusieurs pièces osseuses ; ainsi la cavité cotyloïde se forme au point de convergence des trois pièces primitives qui composent l'os coxal. La première de ces lois , ou la loi des éminences, est fondée sur des faits d'une valeur incontestable : la seconde , ou la loi de conjugaison , souffre de nombreuses exceptions.
La marche de l'ossilication varie dans les os longs , les os plats et les os courts.
Dans les os longs , le point osseux de la diaphyse prend bientôt la forme d'un petit cylindre creux à l'intérieur et perforé pour le passage des vaisseaux nourriciers ; ce cylindre acquiert un diamètre plus considérable , en même temps il s'allonge et se rapproche des extrémités de l'os , qu'il atteint dans le dernier mois de la grossesse. C'est après la naissance seulement , et à une épo(iue variable , qu'on voit naître sur chacune de ces extrémités un point osseux qui s'étend vers la diaphyse, dont il est séparé par une couche cartilagineuse ; celle-ci diminue peu à peu d'épaisseur , mais ne dispai-aît entièrement qu'à l'âge de vingt-cinq à trente ans ; les extrémités se réunissent alors au corps de l'os ; cette réunion, qui a pris le nom de soudure des épipliyses, est soumise à une loi dont nous devons la connaissance à M. A. Bérard. Des recherches entreprises par ce jeune et célèbre professeur, il résulte : 1° que des deux extrémités des os longs, c'est toujours celle vers laquelle se dirige le conduit nourricier qui se soude la première avec le corps de l'os ; ainsi , au membre supérieur , le conduit nourricier de l'humérus se dirige de haut en bas vers le coude , et ceux du radius et du cubitus , de bas en haut également vers le coude ; or , dans ces trois os , l'extrémité cubitale se réunit à la diaphyse plus tôt que les extrémités qui l'cgardent l'épaule et le poignet ; au membre inférieur, la disposition dés conduits est inverse ;. ils s'éloignent du genou: aussi la réunion des épiphyses se fait-elle d'abord en haut pour le fémur et en bas pour le tibia et le péroné ; 2° que si dans un os long il n'y a que deux points d'ossification , l'un pour une des extrémités et l'autre pour la deuxième extrémité et le corps ; l'extrémité qui s'ossifie complètement avec le corps est celle vers laquelle se dirige le conduit nourricier. Ainsi, dans le pi'emier métacai'pien et le premier métatarsien , le conduit nourricier se dirige vers les phalanges , et il y a absence d'épiphyse à leur extrémité phalangienne ; dans les quatre derniers métacarpiens et les quatre derniers métatarsiens, ce conduit nourricier se dirige du côté opposé aux phalanges; même absence d'épiphyse dans les extrémités carpiennes des premiers et tarsienne des seconds. Dans toutes les phalanges , le conduit se porte vers l'extrémité unguéale ; ici encore point d'épiphyses dans cette extrémité.
La réunion des points d'ossification n'est pas toujours en rapport avec leur apparition; quelquefois même ces deux phénomènes s'accomplissent en sens inverse. Ainsi l'extrémité inférieure du fémur, une des premières épiphyses qui apparaisse, est la dernière à se réunir ; tandis que, par une disposition opposée , l'extrémité supérieure du radius, qui pax-aît une des dernières , se soude avant toutes ou presqiie toutes les autres.
Dans les os plats , l'ossification s'étend par un ou plusieurs points , du centre à la circonférence de l'os ; cette irradiation est surtout remarquable sur les os du crâne , qui se développent par un seul point ; de ce point unique et central partent des filaments osseux qui rayonnent à la manière d'aiguilles et donnent à la surface de l'os l'aspect d'un peigne circulaire. Lorsque l'ossificaiion est plus avancée , les aiguilles des os voisins s'entrecroisent et produisent des dentelures qui se reçoivent réciroquement en formant une sorte d'engrenage. Tant qu'ils conservent cette forme, les os plats sont très minces et ne présentent aucune trace de diploé ; mais lorsqu'ils s'engrènent parleurs l)ords correspondants, ils corn-
mencent à augmenter d'épaisseur : alors apparaissent les deux tables de tissu compacte et la couche intermédiaire formée par le tissu spongieux. Près des articulations des os du crâne on observe quelquefois des points d'ossification accidentels ; ces points surnuméraires se développent comme les points normaux ; les dentelures de leur circonférence s'entrecroisent avec celles des os voisins , et il en résulte une pièce osseuse supplémentaire. Ces os accidentels portent le nom d'os wormiens.
Dans les os courts , l'ossification débute par le centre ; de là elle se propage vers la surface ; leur développement est donc en quelque sorte inverse de celui des précédents. Pour ceux-ci , en effet , on voit naître d'abord les couches compactes , puis la couche diploïque. Dans les os courts, au contraire , la portion centrale s'ossifie la première ; la couche superficielle ou compacte se montre plus tard.
Phénomènes consécutifs a l'accroissement.
Lorsqu'on nourrit pendant quelque temps un jeune animal avec des aliments imprégnés de suc de garance , les os deviennent le siège d'une coloration rouge ; si on suspend l'usage de la garance , ceux-ci reprennent leur couleur blanche. Dans cette expérience , faite d'abord par Duhamel , et répétée plus tard par un grand nombre d'anatomistes, les sels calcaires sont le véhicule du suc de garance, car ce suc n'est jamais déposé dans la partie cartilagineuse des os en voie de développement. Puisque cette substance colorante est tellement inhérente à l'élément calcaire, que son apparition est toujours la conséquence de l'arrivée de celui-ci, il est permis dépenser que, lorsqu'elle disparaît, elle est aussi entraînée par ce même élément : or, le principe colorant est tour à tour déposé et repris ; donc les sels calcaires subissent également un flux et reflux continus ; en d'autres termes les os sont soumis à un mouvement de composition et de décomposition incessant. Nulle part, en effet , ce double mouvement n'est aussi évident que dans le tissu osseux ; de plus il offre ici ce caractère exceptionnel que chacun d'eux semble affecter un siège spécial , le premier occupant surtout les parties superficielles , et le second le s parties centrales de l'os.
Sous l'influence du mouvement de composition, de nouvelles couches s'ajoutent aux premières, les recouvrent et les emboîtent; c'est par ce mécanisme que l'os qui a cessé de croître en longueur continue à croître en épaisseur. L'expérience a mis hors de toute contestation cet accroissement des os par superposition. Si, à l'exemple de Duhamel, on nourrit de jeunes animaux avec des aliments alternativement mêlés de suc de garance et non imprégnés de cette teinture , on remarque que le corps des os longs est formé de couches blancîies e( rouges qui se succèdent dans l'ordre suivi pour les deux modes d'alimentation. Si l'animal a été sacrifié pendant la durée de l'alimentation non colorée, la couche externe des os est blanche , la seconde est rouge, et toutes les autres se succèdent dans le même ordre ; la couche dont la formation est la plus récente est donc toujours la plus superficielle ; chaque couche nouvelle a pour organe producteur l'enveloppe externe des os ou le périoste.
Mais en même temps que les os augmentent de diamètre par l'addition successive de lames nouvelles , les couches anciennes diminuent d'épaisseur et disparaissent. Cette résorption nous explique : 1" comment un fil de meta 1
OSTEOLOGIE. 19
roulé autour du corps d'un os long, après avoir été enseveli au milieu des diverses couches de l'os, a pu tomber plus tard dans la cavité médullaire, ainsi que l'a observé Duhamel ; 2° pourquoi les parois du canal médullaire diminuent progressivement d'épaisseur, le mouvement de composition dans les dernières périodes de la vie devenant très faible et celui de décomposition très actif; 3° pourquoi les cellules du tissu spongieux s'agrandissent , communiquent plus largement entre elles , et disparaissent même sur certains points pour former des cavités adipeuses, espèces de canaux médullaires rudimentaires ; 4° pourquoi enfin les os offrent tant de solidité chez l'adulte et une si grande fragilité chez le vieillard.