COUCHE PBOFONDE
1241. La couche profonde des muscles postérieurs de la jambe se compose du poplité, du tibial postérieur , du long fléchisseur commun des orteils, et du long fléchisseur "propre du gros orteil.
a. Poplité.
1242. Le poplité , fémoro-popliti-tibial , Ch. (musculus poplitœus , s. sub-poplitceus), est un muscle triangulaire, qui naît de la partie inférieure et postérieure de la face externe du condyle externe de l'humérus. Composé de fibres obliques, et devenant plus large de dehors en dedans, il s'attache à la partie supérieure de la face postérieure du tibia. Il est intimement uni , surtout à sa partie supérieure et externe , avec la paroi postérieure de la capsule synoviale du genou. On trouve une bourse muqueuse entre lui et le condyle externe d'une part , le cartilage semi-lunaire externe et le ligament capsulaire de l'autre.
Ce muscle correspond au rond pronateur de l'avant-bras.
Il tourne la jambe un peu en dedans , tire le cartilage semi-lunaire externe en dehors et en arrière, et contribue à ployer le genou.
1243 • Quelquefois il est double (1).
b. Tibial postérieur.
1244* Le tibial ou jambier postérieur , tibio-sous-tarsien , Ch. ( musculus tibialis , s. tibiœus , s. nauticus) , naît entre le long extenseur commun des orteils et le long fléchisseur du gros orteil (§ 1247). H est 'e Pms 'onS des tro's muscles de la couche profonde, et penniforme. Il provient, dans toute sa longueur, de la plus grande partie de la face postérieure du ligament interosseux et de la face interne du péroné; quelques fibres de sa moitié supérieure tirent aussi leur origine de la partie externe de la face postérieure du tibia.
(1) Fabrice d'Aquapendente, De motu locatl animatium ; dans Opp. p. 359.
2l6 ANATOMIE SPECIALE.
De même que dans les deux longs fléchisseurs des orteils , les deux couches de fibres s'attachent à un très fort tendon qui descend de dehors en dedans et d'arrière en avant, s'engage dans la gouttière postérieure de la malléole interne, incrustée d'un fibro-cartilage , passe de là dans une gouttière analogue creusée le long de la partie supérieure de la face interne de l'astragale , et se rend ainsi à la face interne et inférieure de la plante du pied , vis-à-vis de la partie antérieure de la face interne de l'astragale. Son tendon renferme un os sésamoïde arrondi, et se partage en deux languettes, l'une interne, plus courte, l'autre inférieure , plus longue.
La première est simple, et s'attache au bord interne du scaphoïde. La seconde se divise en plusieurs bandelettes qui prennent leur insertion à la face inférieure du scaphoïde , du cuboïde et des trois cunéiformes, en même temps qu'elles se confondent avec l'expansion aponévrotique de la plante du pied et avec le tendon du long péronier.
Dans l'endroit où le tendon de ce muscle arrive à la plante du pied, il est entouré par une gaîne muqueuse.
Ce muscle correspond au radial interne de la main (§ 1 148).
Il étend le pied, dont il tourne le bord interne un peu en haut et la plante en dedans ; il étend aussi la cuisse, puisqu'il la tire en arrière.
c. Long fléchisseur commun des orteils.
1245. Le long fléchisseur commun des orteils , tibio-phalangettie?i, Ch. (musculus Jlexor digitorum communis longus , s. perforans, s. profundus ). muscle mince, alongé et penniforme, naît du sommet de la face antérieure du tibia , à l'exception de la partie la plus supérieure , couvert en cet endroit par le poplité. Les faisceaux convergens de haut en bas, par lesquels il prend naissance, s'insèrent à un fort tendon inférieur, qui monte presque jusqu'à l'extrémité supérieure du muscle , le long du bord interne duquel il marche. Ce tendon, rapproché de la superficie , descend sur la face postérieure du tibia, se rend au côté interne du tarse, s'engage dans une coulisse incrustée de fibro-cartilage qui règne le long de la
partie supérieure de la face interne de l'astragale, y est retenu en position par une gaine tendineuse, et se porte ainsi en avant. A partir de ce point, il se détourne en dehors , couvert par la tête postérieure de l'abducteur du gros orteil, sur lequel il continue de s'avancer, et ne tarde pas à se diviser en quatre bandelettes qui marchent à leur tour sur le court fléchisseur des orteils , couvertes en conséquence par lui.
A l'endroit où le tendon du long fléchisseur commun passe sur le court fléchisseur des orteils, et avant qu'il separtage en quatre bandelettes , on voit un petit muscle s'attacher à sa partie externe et inférieure. Ce muscle a la forme d'un carré long. On peut l'appeler petite, tête ou accessoire du long fléchisseur commun [accessorius perforantis ).
Cette petite tête, qui est couverte de tous les côtés par le court fléchisseur commun des orteils, naît par deux languettes, l'une postérieure externe , plus longue et plus forte, qui provient de la tubérosité antérieure externe du calcanéum , l'autre antérieure interne, plus petite, qui tire son origine du ligament calcanéo-cuboïdien superficiel (§ 981). Ses fibres sont obliques. Elle marche de dehors en dedans et d'arrière en avant, et non seulement s'applique, par son bord interne, au tendon du long fléchisseur des orteils, mais encore contribue beaucoup, par ses tendons antérieurs, à former ceux de ce muscle.
La petite tête forme principalement le tendon du second orteil presque tout entier. La plupart du temps même ce tendon ne provient nullement de celui de la languette du fléchisseur commun, mai,s uniquement de la courte tête et du tendon du long extenseur propre du gros orteil, avec lequel le fléchisseur commun communique par son moyen , vers l'extrémité antérieure du calcanéum.
Les tendons de ce muscle se comportent, à l'égard de ceux du court fléchisseur, de la même manière exactement que ceux du fléchisseur superficiel des doigts envers ceux du profond. Ils sont situés sur eux, les perforent au-dessus de la seconde phalange des orteils , et vont s'attacher, en s'élargissant,à la partie postérieure de la face inférieure des troisièmes phalanges,
2l8 AN AT0M1E SPECIALE.
Dans l'endroit où son tendon passe à côté du péroné et du calcanéum, il est entouré par une gaîne muqueuse alongée. Une autre enveloppe ce tendon et celui du long fléchisseur propre du gros orteil, à l'extrémité postérieure de la plante du pied.
A chaque orteil, le tendon qu'il lui fournit, et celui du court fléchisseur propre du petit orteil, sont entourés d'une gaîne muqueuse particulière.
Ce muscle fléchit la troisième phalange des orteils, et tire la jambe en arrière.
1246. Quelquefois il est muni d'un cinquième tendon qui remplace le quatrième du court fléchisseur des orteils, qu'on ne trouve point alors. Ce tendon marche le long du bord interne du quatrième tendon du long fléchisseur, se fend pour laisser passer ce dernier, et se comporte par conséquent d'une manière en tout semblable à celle du fléchisseur superficiel(i). Une pareille conformation se rapproche évidemment de celle des singes, chez lesquels les tendons du fléchisseur superficiel et du fléchisseur profond sont tellement confondus ensemble, qu'on peut à peine les distinguer les uns des autres.
d. Long fléchisseur propre du gros orteil. '
1247. ke long fléchisseur propre du gros orteil, pe'ronéosous-phalangettien du pouce, Ch. {musculus flexorhaUucis Ion." gus), est plus court, mais beaucoup plus fort que le long fléchisseur commun des orteils. 11 naît par deux couches de fibres, l'une interne , l'autre externe, qui convergent vers le bas , et proviennent, sans débuter par des fibres tendineuses, de presque toute la moitié inférieure de la face postérieure et du bord externe du péroné, à l'exception seulement de sa partie la plus inférieure. Ces deux ordres de fibres s'implantent sur un fort tendon inférieur, qui demeure caché au milieu de la substance musculaire, dans la plus grande partie de sa longueur, et qui ne devient entièrement libre que là où cessent les fibres charnues. Ce tendon marche obliquement de dehors en dedans, et d'arrière en avant , et arrive ainsi au
(1) Brugnone , loc, cit., p. 176.
DES MDSCLBg DES MEMBRES INFERIEURS. 219
côté interne du tarse , où il se porte en avant, le long d'une gouttière incrustée de fibro-cartilage, qu'on découvre à la partie supérieure de la face interne du calcanéum, immédiatement au-dessous du bord supérieur de cet os , et dans laquelle il est retenu par une gaine particulière. Il est couvert par la languette externe de la tête postérieure de l'abducteur du gros orteil , et immédiatement par le tendon du long fléchisseur commun des orteils, qui est plus rapproché de la superficie, et par conséquent placé sous lui . j II croise la direction de ce dernier, et lui envoie un fort tendon qui s'unit principalement à celui du second orteil.
On peut dire avec raison que le tendon du long fléchisseur du gros orteil se partage en deux languettes à l'endroit où il passe sous l'abducteur de ce doigt , l'une externe pour le second orteil, et l'autre interne pour le gros. Celle-ci est la plus forte ; elle se dirige en dedans et en avant, immédiatement à côté de l'abducteur du gros orteil, se trouve placée en dehors au-devant de lui, et est en partie couverte par lui. A l'extrémité antérieure de l'os métatarsien du gros orteil, elle s'élargit un peu , devient en même temps plus mince, et s'attache à Ja partie postérieure de la face inférieure de la seconde phalange du gros orteil. ,
Ce muscle correspond au long fléchisseur commun des orteils, tant par le trajet qu'il parcourt, que par son attache a la phalange antérieure de son orteil.
Il existe à la vérité un court fléchisseur du gros orteil, mais ce muscle n'a pas de tendon perforé qui se fixe à la phalange postérieure. Au contraire , il n'est pas rare de rencontrer une disposition analogue à celle des tendons du court fléchisseur ■perforé. En effet , de la tête du premier os métatarsien à l'extrémité postérieure de la seconde phalange, s'étend, au-dessus du tendon du long fléchisseur, un fort tendon plus étroit, mais qui s'élargit peu à peu en s'avançant : ce tendon est solidement attaché, dans toute la longueur et la largeur de sa face supérieure, à la face inférieure des phalanges, au moyen d'un repli de la gaine synoviale; il contient, immédiatement derrière son extrémité antérieure, et au-dessous de l'articulation de la première phalange avec la seconde, un os sésainoïde
simple et transversal; enOn il s'attache à la face inférieure de la première phalange , immédiatement derrière le tendon du long fléchisseur. Ce tendon sans muscle ne 9e retrouve pas aux autres orteils , de manière qu'on doit incontestablement le considérer comme un rudiment du tendon du fléchisseur commun perforé des orteils; cependant il n'en offre qu'un rudiment imparfait, puisqu'il n'est jamais perforé, ce qui tient vraisemblablement à l'absence d'une seconde phalange au gros orteil.
Dans le canal de l'astragale et du calcanéum, le tendon de ce muscle est entouré d'une bourse muqueuse. Une autre enveloppe son tendon et celui du long fléchisseur des orteils à la partie postérieure de la plante du pied. Une troisième renferme son tendon, le long de l'os métatarsien du premier orteil.
Il fléchit le gros et le petit orteil.
1247. On rencontre quelquefois, à la partie inférieure de la face postérieure de la jambe , un petit muscle surnuméraire qui n'est pas disposé exactement de la même manière. Tantôt il monte du calcanéum et du tendon d'Achille, et s'attache à l'expansion aponévrotique de la jambe, envers laquelle il joue le rôle de muscle tenseur (1) , de sorte qu'on peut alors le considérer comme une quatrième tête du triceps sural ; tantôt il naît de la partie inférieure du péroné, se porte en bas, et se perd aux alentours de l'articulation du pied ; quelquefois aussi il s'attache à un petit os particulier qui se trouve en cet endroit (2), ou à la face inférieure du calcanéum, ou enfin à la petite tête du long fléchisseur commun des orteils (3).
La seconde anomalie est très probablement une répétition du carré pronateur du membre supérieur, mais qui s'est développé plus bas vers le pied, en vertu de la même loi à laquelle paraissent avoir obéi d'autres muscles , notamment les fléchisseurs et les extenseurs des orteils.
La première correspond vraisemblablement au palmaire cu-
(1) Mayer, dans Heymann, loc. cit., p. i5.
(2) Rosenmiiller, (oc. cit., p. 8. , (5) Gantier, lot, cift, pt îS-iyt
tané : seulement il règne, entre la disposition du muscle à l'extrémité supérieure et à l'extrémité inférieure, la même différence que celle qu'on observe entre le palmaire grêle et le plantaire grêle, celui-ci n'atteignant pas non plus l'expansion aponévrotique de la plante du pied.