DE LA MOELLE ÉPINIEIIE
Ces deux moitiés sont séparées l'une de l'autre par le prolongement postérieur du noyau gris et par le sillon latéral postérieur. Les cordons postérieurs ne sont pas seulement plus minces et plus étroits que les antérieurs ; ils sont encore un peu plus courts , mais non, il est vrai , dans la même proportion , à beaucoup près. L'extrémité inférieure de la moelle épinière est formée entièrement par les antérieurs, de sorte que , vue de côté, elle paraît beaucoup plus basse en cet endroit qu'elle ne l'est dans le reste de son étendue.
En outre chaque cordon postérieur se compose lui-même de deux moitiés , l'une externe plus considérable, l'autre interne plus petite, qui sont séparées l'une de l'autre par un sillon superficiel, mais bien prononcé. Quoique cette disposition s'aperçoive aussi chez l'adulte, elle est beaucoup plus sensible durant les premières périodes de la vie, et, chez les animaux, pendant toute la durée de leur existence.
La plupart des anatomistes reconnaissent que la moelle épinière est composée de deux moitiés latérales. Asch (1), Monro (2) et Soemmerring (3) ont décrit plus ou moins exactement les deux cordons, l'un antérieur plus gros, l'autre postérieur plus petit, qui la constituent. Chaussier (4) en admet même trois de chaque côté; il établit l'antérieur et le postérieur entre les deux sillons médians et les sillons latéraux antérieurs et postérieurs, et place entre eux le cordon moyen (5).
(1) De prima parc ncrvorum ; dans Ludwig , t. I, p. 238.
(2) Uebcr das Nervensyslem , pt 22.
(ô) Nervenlehre , p. 5g.
(4) Loc. cit., p. i48.
(5) Gall (loc. cit., p. î i5 ) et Chaussier (toc. cit., p. i48) prétendent qu'Highmore a dit que chaque moitié de la moelle épinière est composée de quatre cordons, et que par conséquent le nombre total de ces derniers s'élève à huit. 11 paraît que Gall a répété cette assertion d'après Chaussier ; mais je ne trouve rien qui la justifie dans le passage rapporté par le professeur de Paris (Anat., lib. III , p. I, cap. vm) ; etLinden, cité aussi par Chaussier, ne dit non plus rien de semblable. Cependant, quoique Chaussier rejette le sentiment d'Highmore, cette opinion n'est pourtant point à dédaigner, puisqu'en réunissant la description de Chausser et la mienne , on arrive au même résultat.
1717- Les grands cordons latéraux de la moelle épinière sont adossés l'un à l'autre dans toute leur longueur, séparés par les sillons médians , mais réunis et confondus dans le milieu. Cette partie moyenne peut être désignée sous le nom de commissures médullaires antérieure et postérieure , et commissures médianes ou corticales.
Suivant Gall , les commissures médullaire antérieure et la postérieure diffèrent l'une de l'autre, en ce que la première se compose uniquement, sur les deux côtés, de faisceaux longitudinaux placés les uns a côté des autres , tandis que la seconde offre, de chaque côté, des dentelures transversales qui s'engrènent exactement. Jusqu'à présent, je n'ai pas pu me convaincre parfaitement de la réalité de ces deux dispositions par mes propres yeux.
Les cordons postérieurs restent du même côté dans toute leur étendue. Au contraire, les antérieurs s 'entre- croisent , à l'extrémité supérieure de la moelle épinière, de sorte que celui du' côté droit passe à gauche , et celui du côté gauche à droite, et que tous se croisent obliquement en cet endroit. Cette décussation, qui a environ cinq lignes de long, est déjà indiquée à la face inférieure, où la scissure antérieure n'existe pas dans toute son étendue, et fait place à un enfoncement large, mais très superficiel, pour reparaître ensuite, et même plus profonde qu'auparavant, surlebulbe raehidien.EIledevient encore plus apparente, lorsqu'usant de précaution on écarte transversalement la moelle épinière en cet endroit , sur sa (ace antérieure. Les deux cordons ne s'entre-croisent pas de manière à passer en masse d'un côté à l'autre; ils se partagent en trois à cinq faisceaux, qui passent les uns au-dessus des autres comme les doigts des deux mains lorsqu'on les entrelace ensemble. Cependant les cordons antérieurs ne se croisent pas en entier; il n'y a que leur partie antérieure et leur partie postérieure qui offrent cette disposition. C'est ce dont il est facile de se convaincre par une section transversale de la moelle épinière faite en cet endroit: on reconnaît alors très clairement que, sur chaque côté, il se détache de l'extrémité postérieure du cordon antérieur une bandelette médullaire blanche, qui se dirige en devant et en dedans, et qui s'enlre-croise avec
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celle dii côté opposé , tandis que les parties latérales continuent sans interruption leur marche de bas en haut. Cette décussation l'ait que la partie antérieure du noyau gris de la moelle alongée se trouve divisée en deux moitiés latérales, comprises chacune entre la face interne de l'entre-croisement et la partie latérale externe du cordon médullaire antérieur.
Mais je n'ai jamais trouvé que la partie antérieure interne dos cordons antérieurs de la moelle épinière , qui produit les pyramides sur la moelle alongée, restât du même côté, et que l'entre-croisement fût borné aux faisceaux qui se rendent de la partie postérieure de ce cordon à la moelle alongée (1). S'il en était ainsi , l'entre-croisement ne serait point visible au dehors; la partie antérieure devrait continuer sans interruption de marcher à l'extérieur le long du même côté du corps, et ce ne serait qu'à une grande profondeur qu'elle pourrait recevoir des fibres de la partie postérieure du cordon de l'autre côté : or c'est ce qu'on n'observe jamais.
Cet entre-croisement est si évident qu'on a de la peine à concevoir qu'il ait été révoqué en doute par plusieurs anatomistes, tels que Sabatier (2), Vicq-d'Azyr (3) , Chaussier (4) et Gordon (5). Gordon dit même qu'il ne parle des deux ou trois bandelettes par lesquelles le sillon antérieur de la moelle épinière se trouve interrompu à la jonction de la portion cervicale avec la portion crânienne, qu'à cause des théories absurdes auxquelles les physiologistes les ont souvent rattachées. Mais, depuis Mistichelli (6), cette décussation a été démontrée par Petit (7) , qui le premier l'a fait connaître d'une manière exacte; par Santorini (8); par Vicq-d'Azyr, qui l'a indiquée avec moins de précision et de clarté (9); enfin ,
(0 Roscnthal , Bcitrâgc sur Enccphalotomic.
(2) Mém. sur la moelle de l'épine et ses enveloppes; dans Trait, d'anal., t. III , p. 4.52.
.■ (3) Mém. de Paris , 1781, p. 598.
(4) Loc. cit., p. i45. •
(5) Human analomy, vol. I, p. 177.
(6) Dell' apoptessia , Rome, 1709.
(7) Lettre d'un médecin , 1710,1). 11.
(H) Septemdecim tabul., p. 28-29, (9) Loc. cit., p. 598.
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par Gall, qui l'a très bien décrite, et par Cuvier. Elle a même été figurée en partie par Petit, Santorini et Gall.
Toutes les objections qu'on a élevées contre son existence tombent devant un fait positif, c'est que les particularités décrites précédemment dans la moelle épinière tout entière ne s'observent que dans l'endroit dont il s'agit, et s'y observent constamment.
Mais les cordons de la moelle épinière ne s'entre-croisent dans aucun autre endroit, et quoiqu'on ait soutenu quelquefois le contraire (1) , toutes les autres dispositions du prolongement rachidien qui ressemblent à des décussations , ne sont que des appareils de réunion des commissures.
La structure indiquée par l'anatomie est démontrée aussi par la différence qu'on observe entre les phénomènes qui surviennent lorsqu'on lèse la portion centrale du système nerveux, soit au-dessus , soit au-dessous de l'endroit que j'ai assigné (2).
1718. La substance de la moelle épinière de l'homme est solide, non pas seulement dans l'état de développement complet, mais déjà même quelque temps après la naissance , quoique plusieurs écrivains aient admis une cavité dans son intérieur. C'est ce qu'on peut déjà conclure du peu d'accord qui règne entre les allégations des auteurs relativement à la situation et à la grandeur de cette cavité. Etienne parle seulement de son existence comme d'un fait général, sans dire où elle est située (3). Morgagni lui assigne pour siège le milieu de la moelle épinière, et surtout la partie supérieure de cet organe, où plusieurs fois il a trouvé de petites cavités longitudinales , entièrement revêtues de substance grise, et où même une fois il en a rencontré une très grande, qui avait cinq travers de doigt de longueur (4). Portai paraît avoir observé cette cavité au même endroit (5) ; mais une fois il trouva qu'elle occupait
(1) Telle est , par exemple, l'opinion de Bartels, qui regarde la respiration comme un mouvement dépendant du cerveau.
(2) Voyez ci-dessus , t. I.
(3) De diss. pari. corp. hum., 1. III, Paris, i545, 1. III, c. xxxv, p, 7>'i l.
(4) Adv. anal., VI, anim. i4.
(5) Obs. sur un spina bijlda cl sur h canal de la moelle épinière ; dans Mcm. de Paris, 1770, p. 258.
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toute la moelle épinière, et qu'elle semblait tapissée d'une membrane très mince; une autre fois elle ne s'étendait que jusqu'à la quatrième vertèbre cervicale. De son côté, Gall décrit deux canaux, régnant dans toute la longueur de la moelle, l'un adroite, l'autre à gauche, et ne communiquant ni entre eux ni avec les ventricules cérébraux, mais se terminant en culsde-sac dans les couches optiques , où ils produisent , parleur renflement , une cavité assez considérable* pour loger une amande, tandis que la cavité simple et médiane des autres écrivains n'est donnée par eux que comme un prolongement du quatrième ventricule.
Jamais je n'ai trouvé , chez l'homme, après la naissance, ni un canal médian , ni deux conduits latéraux. Les circonstances dans lesquelles Gall et Portai les ont rencontrés démontrent aussi que ceux qui se sont offerts à eux étaient les résultats d'un état pathologique. Les observations de Gall ne permettent même pas de douter que les canaux qu'il a vus ne fussent des produits de l'art, puisqu'il dit lui-même qu'on ne peut les démontrer qu'en coupant la moelle épinière à mesure qu'on pousse de l'air à la distance de six ou huit lignes. Le poli et la séparation des surfaces n'attestent pas l'existence réelle des canaux en question; car la première circonstance dépend de la mollesse de la substance nerveuse, et laseconde du prolongement moyen de la pie -mère. J'ajouterai encore une observation que j'ai toujours faite , c'est que la facilité avec laquelle on parvient à démontrer ces canaux est en raison directe de la mollesse du prolongement rachidien , et qu'il est bien plus facile, en continuant l'insufflation , de les faire communiquer avec la quatrième ventricule, que de les poursuivre jusque dans les couches optiques. Je suis parvenu , lorsque la moelle épinière était molle, à pousser de l'air dans toute sa longueur, sans employer l'instrument tranchant , et sans qu'il me vînt à la pensée de considérer comme une preuve de l'existence d'une cavité normale le vide qu'on trouve dans une masse à la fois molle et visqueuse, après avoir eu recours à une pareille violence
On découvre seulement, au sommet de la moollc épinière , un canal arrondi , extrêmement étroit , long de six à neuf
lignes, qui se termine en bas par un cul-de-sac, et qui se continue en haut avec le plancher du quatrième ventricule.