COMPARAISON DES OS DU CRANE AVEC D'AUTRES OS. O
temporal et par l'os de la pommette. Ce dernier et le maxillaire supérieur forment la paroi antérieure de la fosse.
643. La fosse temporale communique avec l'orbite par la fente sphénoïdale inférieure, avec la fosse ptérygoïdienne, par les trous ptérygo-palatins , et avec la bouche, par le trou palatin postérieur.
644- En raison de la grande largeur du crâne et du peu de hauteur de la face, elle est beaucoup plus basse, plus plane et plus étroite, soit de haut en bas, soit de dedans en dehors, et plus longue au contraire d'avant en arrière, durant les premières périodes de la vie, que chez l'adulte.
II. COMPARAISON DES OS DU CRANE LES UNS AVEC LES AUTRES ET AVEC D'AUTRES OS.
645. Les os de la tête s'éloignent beaucoup les uns des autres, et des autres os du corps, par leur forme; cependant ils ont de grands traits d'analogie entre eux et avec ces derniers. Certains os du crâne, considérés isolément ou plusieurs ensemble, ont surtout une ressemblance frappante, soit les uns avec les autres, soit avec les vertèbres (i).
(1) J.-P. Frank reconnut le premier l'analogie entre le crâne et les vertèbres (Sammlung auserlesener Abhandlungen, t. XV, p. 267; Epit. de curandis hom. morbis , lib. II , p. 42 ) ; il la déduisait du rapport qui existe entre la moelle épinière et le cerveau. Burdin (Cours d'études médicales, Paris, i8o5,t. I , p. 16 ) pensait aussi que la tête n'est qu'une vertèbre plus compliquée que les autres. C'était également l'opinion de Kielmeyer ( A.-L. Ulrich , Annotai iones quœdam de sensu ac significalione ossium capitis, Berlin, 1816, p. 4). Mais, comme dit Geoffroy Saint-Hilaire , il faut vraiment concevoir cette analogie aussi nettement qu'on le fait aujourd'hui pour la découvrir au milieu d'une série d'idées étrangères , parmi lesquelles elle est jetée , pour ainsi dire , au hasard. Duméril développa davantage cette idée (Considérations générales sur l'analogie qui existe entre tous les os et les muscles du tronc dans tes animaux; dans Magasin encyclopédique, 1808, t. III). Ayant dirigé son attention sur les surfaces articulaires des muscles spinaux chez, l'homme et les mammifères, il crut reconnaître que les parties postérieures de leur crAne offraient des éminences, des saillies, des dépressions et des cavités, répétant celles des parties postérieures des vertèbres, d'où il conclut, en thèse générale,
68û AIUTOMIE SPÉCIALE.
On doit regarder l'occipital, le sphénoïde réuni au frontal, elles deux temporaux, pris collectivement, avec les pariétaux,
que la tête est une vertèbre gigantesque dans ses dimensions. Il établit que le trou occipital correspond au canal racbidien , dont il est l'origine ; que l'apophyse basilaire et très souvent le corps du sphénoïde sont semblables , par la structure et les usages , aux corps des vertèbres ; que les condyles représentent leurs facettes articulaires; que la protubérance ocpipitale et les espaces compris au-dessous sont les analogues des apophyses épineuses et de leurs lames osseuses ; enfin que les protubérances mastoïdes sont tout-à-fait conformes aux apophyses transverses. Ainsi Dumérll pressentit la théorie des homologues ou des analogues ; mais le rapprochement exact qu'il avait aperçu fut à peine remarqué , ou du moins ne parut que bizarre, sans doute parce qu'il ne pouvait cadrer aveo le sens précis, et, par cela même, nécessairement restreint, qu'on avait attaché jusqu'alors au mot vertèbre. A la même époque, les naturalistes allemands furent conduits aux mêmes vues par l'anatomie comparée. Le célèbre Goethe conçut l'idée que la tête renfermait plusieurs vertèbres ( Zur Naturwissenschaft , t. I , p. a5o) ; il en admettait six, dont trois, l'os occipital, le sphénoïde antérieur et le sphénoïde postérieur, enveloppent le cerveau, et les trpis autres, os palatin , maxillaire supérieur et intermaxillaire, comprennent la portion de la face qui'loge les organes des sens. Oken (Ueber die Bcdeutung der Schûdelhnochen , Jéna, 1807) admit trois vertèbres céphaliques : l'auriculaire, composée de l'occipital, à laquelle se rattachent le rocher, dont l'apophyse styloïde répète le sacrum, et l'hyoïde, qui représente le bassin ; la maxillaire, dont le sphénoïde postérieur forme le corps avec les apophyses transverses et obliques, et les pariétaux l'apophyse épineuse, et qui offre en outre la répétition des membres supérieurs et inférieurs, attendu que la portion squameuse représente l'omoplate et l'os coxal, l'apophyse ptérygoïde, la clavicule, l'os jugal le braset l'avantbras , le maxillaire supérieur , la main , les doigts , l'os inter-maxillaire, le pouce, le condyle de la mâchoire, le fémur, l'apophyse coronoïde,la jambe, et la partie antérieure de l'os, le pied ; l'oculaire, composée du sphénoïde antérieur ; elle a son apophyse épineuse dans le frontal ; le vomer , l'ethmoïde, les cornets inférieurs, les os palatins et les nasaux s'unissent à elle pour former la répétition du thorax. Ces idées ont été reproduites et modifiées depuis par Oken (Isis, 1820, n° 6, p. 552 ; Esquisse d'un système d'anatomie, de physiologie et d'histoire naturelle, Paris , 1S21 , p. 41 )• Dans ce dernier ouvrage, l'auteur porte le nombre des vertèbres céphaliques à quatre : i° l'auriculaire, qui a pour corps l'apophyse basilaire, pour apophyses transverses les occipitaux latéraux, et pour apophyse épipeuse les occipitaux supérieurs ; 20 la linguale, ayant pour corps le sphénoïde postérieur , pour apophyses transverses les grandes ailes du sphénoïde, et pour apophyse épineuse les pariétaux; 3° l'oculaire, ayant pour
COMPABAISON DE9 OS DU CRANE AVEC D'aTITRES OS. 68 1
comme formant trois appareils, dont chacun correspond à une vertèbre, de manière que le crâne se trouve composé
corps le sphénoïde antérieur, pour apophyses transverses les petites ailes du sphénoïde, et pour apophyse épineuse les frontaux; 4° la nasale, ayant pour corps le vomer, pour apophyses transverses les ethmoïdes, et par apophyse épineuse les nasaux. Suivant lui les membres se répètent de même dans la tête, savoir les bras dans la mâchoire supérieure, et les pieds dans la mâchoire inférieure. Toutes ces vues ont été adoptées, et la dernière surtout très développée, par J.-B. Spix(Ceplialogenesis, seu capilis osseistructura, formatio et significaiio per ornnes animalium classes, familias , gênera et aitatcs digesta , Munich, i8i5). Spix, non content de donner le crâne comme une prolongation du système vertébral, le considère comme une seconde formation qui en répète toutes les pièces, de manière qu'à ses yeux l'être se trouve constitué par deux tronçons complets , l'un en avant , et restreint dans son développement , la tête ; l'autre en arrière, et étendu sans obstacle, le tronc ; et que, comme celui-ci a des extrémités, les membres, de même le crâne en a de pareilles, qui sont les élémens de la face. Du reste il n'admet que trois vertèbres céphaliques, qu'il nomme occipitale, pariétale et frontale , d'après les parties qui y prédominent, ou crânique, thoracique et abdominale , d'après les parties du tronc auxquelles il supppse qu'elles correspondent, ou enfin antérieure, moyenne et postérieure , également d'après les analogies qu'il admet entre les diverses parties de la tête et du tronc ; de sorte qu'en réservant la face, il se ménage la ressource de trois sections aussi correspondantes, antérieure , moyenne et postérieure , pour en former les appendices ou les extrémités de la portion céphalique de l'animal. Suivant lui , la première vertèbre céphalique , l'occipitale, oiFre toutes les parties du bassin dans les ps temporaux , et toutes celles des membres inférieurs dans la mâchoire inférieure 5 la portion écailleuse du temporal est l'ilion , les osselets de l'ouïe spnt les pubis, le cadre tympanal est l'ischion, le condyle de la mâchoire correspond au fémur, l'apophyse coronoïde au tibia, l'angle au péroné, le tubercule qui surmonte le canal dentaire postérieur au tarse , la ligne oblique interne au métatarse , les alvéoles aux phalanges, et les dents aux ongles; dansla seconde vertèbre céphalique, l'os du nez correspond au sternum , le jugal à l'omoplate et à la clavicule , et le maxillaire supérieur contient toutes les parties démembre supérieur; dans la troisième, enfin, l'ethmoïde représente le cartilage cricoïde, l'unguis le thyroïde, l'os palatin et l'aile interne de l'apophyse ptérygoïde l'os hyoïde. Ulrich (Loc. cit.) continua ces recherches , mais ne compara les mâchoires qu'aux membres supérieurs, et no voulut pas qu'on retrouvât les inférieurs dans la tête.
Cuvier {Régne animal, îSiy , t. I , p. 7$) adopta le principe de l'analogie entre le crâne et le rachis, en s'abstenant toutefois de prononcer le
AïfATOMIE 8I'ÉCUr<E.
bien manifestement de trois vertèbres, placées à la suite l'une do l'autre d'arrière en avant. II est facile de démontrer la jus-
mot de vertèbres , et n'admit que trois vertèbres , ou , comme il s'exprime, ceintures , crâniennes formées , l'antérieure par les deux frontaux et l'ethmoïde , la moyenne par les pariétaux et le spénoïde , la postérieure par l'occipital. Blainville reconnut aussi l'analogie en principe ( Bulletin de la soc. phil. , 1816, p. 111 , et 1817) , et se prononça môme en faveur des rapprochemens accessoires établis par Oken et Spix, autant du moins qu'on en peut juger d'après la manière vague dont il s'exprime. Garus donna un nouvel appui à la doctrine des trois vertèbres crâniennes , en divisant le cerveau lui-même en trois portions bien distinctes , et essayant de déterminer les os qui appartiennent à ebacune d'elles , chez les animaux vertébrés. Son travail est encore l'un des plus étendus qu'on ait publiés sur cette matière (Lehrbuch der Zootomic , Léipsick, 1818 , p.i64). M.eckel(BeylrœgezurvergleichendcnAnatomio,t. II, cah.n,p.74- 82) proposa de considérer tout le sphénoïde comme seconde vertèbre, de l'aire consister la troisième dans l'ethmoïde et le frontal, et de voir dans les temporaux une vertèbre coupée en deux. Schultz (De primordiis système tis ossium et de evolulione spinœ dorsi in animalib us , Halle , 1818, p. i3) refusa d'établir aucune analogie entre les os de la face et les vertèbres. Bojanus ( Isis , 1818 , p. 3oi ; 181g , p. i364) admet quatre vertèbres cépbaliques , la première ou auriculaire , la seconde ougustative, la troisième ou oculaire , et la quatrième ou olfactive, dont il trouve le corps dans le vomer, l'axe dans l'ethmoïde, et l'apophyse épineuse danslesos du nez. En même temps il considère les os hyoïdes comme les côtes de la première, les apophyses ptérygoïdes comme celles delà seconde, les ailes externes de ces mêmes apophyses comme celles de la troisième, et les os du palais comme celles de la quatrième. Enfin il voit la répétition des membres supérieurs dans les os mastoïdien , tympanal,. squameux, jugal et maxillaire supérieur, et celle des membres inférieurs dans la mâchoire inférieure. Burdach ( Vicrler Bericlit von der analomischen Anstalt zu Kcenigsbcrg , Léipsick, 1S21) s'attacha à démontrer qu'il n'y a que trois vertèbres céphaliques , et que les autres os de la tète ne sont que des portions secondaires de vertèbres. Enfin Geoffroy Saint-Hilaire , voulant mettre un terme à tant d'incertitudes', reconnut qu'on devait commencer par déterminer rigoureusement les caractères et les conditions d'une vertèbre. S'écartant des données dont l'homme adulte avait été la source , et s'élevant aux plus hautes considérations, il démontra qu'une vertèbre n'est pas simplement un tronçon transversal placé bout h bout à la suite d'autres tronçons semblables, et donnant ainsi lieu à un entassement de parties tel que le nom de colonne pût être donné à l'ensemble; en un mot, que ce n'est pas un seuJ os, mais un système osseux formé de neuf élcnicns , qui peuvent être ou ne pas être soudés ensemble, sans que cette circon-
COMPARAISON DES OS DU CRANE AVEC d'aMTRES OS. 085
tesse de ce rapprochement, en ayant égard à la forme, an mode de développement et aux fonctions de ces pièces osseuses.
stance en modifie l'essence (Considérations générales sur la vertèbre; danë mémoires du Muséum, t. IX, p. 89. — Sur le système intra-vcrtébraldes insec~ tes ; dans Annales de la médecine physiologique , t. IF, p. î33 ). Ces èlémens sont un noyau impair el médian , le cycléal , sur lequel s'appliquent deux anneaux, l'un supérieur, l'autre inférieur , qui contiennent , le premier un tronçon du système médullaire , le second un tronçon du système sanguin. Chacun de ces anneaux se compose de quatre pièces, savoir le supérieur de deux périaux et de deux épiaux, l'inférieur de deux paraaux et de deux cataaux. En général l'un deux s'accroît toujours aux dépens de l'autre, et quand la prédominance devient extrême, les élémens du plus petit anneau se présentent sous l'apparence de très petites apophyses. De même la différence qui existe entre les deux extrémités de l'axe central du système nerveux, dont l'une est atténuée, l'autre, au contraire, accrue et ramassée en boule , cette différence rend nécessaire, non seulement un accroissement des pièces principales en silperGcie, mais encore, à influence égale, le concours de toutes, qui sont alors appelées à intervenir d'une manière uniforme, sans aucune distraction de parties au dehors ou de saillies, c'est-à-dire à devenir simplement pièces d'enceinte, a fournir le cloisonnement extérieur. C'est ainsi que Geofl'roy Saint-Hilaire explique le défaut de saillies et d'apophyses, qui forme un des caractères distinctifs des crânes les plus volumineux. Le système osseux n'étant alors affecté qu'au cloisonnage d'une masse médullaire considérable, il conserve le moins possible de relations au dehors, tandis que, plus loin, n'ayant à protéger qu'une très petite masse, la moelle rachidienne, son extérieur devient tout raboteux, et se compose, sur tous les points superficiels, de fortes saillies pour chaque partie musculaire. Partant de ces idées générales, auxquelles il était nécessaire d'arriver pour bien poser la" question et s'élèvera une détermination véritablement philosophique des os céphaliqnes, Geoffroy Saint-Hilaire s'est trouvé conduit (Composition de la tôle osseusede l'homme et des animaux ; dans Annales des sciences naturelles, t. III, p. 173) à considérer la tète, abstraction faite de la mâchoire inférieure , comme un composé de sept vertèbres, dont voici les noms et la composition : i° vertèbre cérébelleuse comprenant le basi-sphènal (segment postérieur du basilaire) deux sur-occipitaux (occipitaux supérieurs), deuSc sta/>cfl«.i; (étriers), deux ex-occipitaux (occipitauxlaléraux), et deux inclèaux (enclumes); 2° vertèbre auriculaire , comprenant l'otosphènal ( segment antérieur dn basilaire), deux pariétaux ( pariétaux ), deux tyinpanuux. (cercles du tympan), deux rupéaux (rochcrs),ct deux mallèaux (marteaux); 3° vertèbre optique ou quadrijumale , comprenant l'Iiyposphènal (corps postérieur du sphénoïde), deux colylcau.r. (innommés), deux ptérèatiaj (grandes ailes du sphénoïde), deux temporaux (portions écailleuses de
i° L'analogie n'est exprimée nulle pari plus clairement que dans l'occipital. Cet os forme, comme chaque vertèbre, un anneau dont la partie moyenne est épaisse et spongieuse, tandis que les latérales et la postérieure sont minces et prolongées en apophyses. D'ailleursilcirconscritune oùvertureque traverse une portion de la masse centrale du système nerveux.
Sa partie squameuse et ses parties latérales correspondent parfaitement aux demi-arcs, et l'apophyse basilaire au corps de la vertèbre, sous le rapport de la forme et de la situation. La partie squameuse représente l'apophyse épineuse , et les parties condyloïdiennes sont les analogues des apophyses transverses et articulaires.
Les diverses parties dont il se compose se comportentcomme celles des vertèbres , dans leur développement : la squameuse et les articulaires paraissent avant le corps, et celles qui constituent la portion postérieure et les latérales se soudententreelles avant de se réunir au corps.
Le corps s'unit avec la partie moyenne du sphénoïde en
temporaux) , et deux serriaux (grosses pièces du cadre tympan); 4° vertèbre cérébrale, comprenant l'enlo-spliénal (corps antérieur du sphénoïde), deux ingrassiaux (ailes d'Ingrassia) , deux ad-orbitaax ( maxillaires orbitaires), deux jugaux (os de la pommette), et deux hérisséaux (apophyses ptérygoïdes internes); 5° vertèbre oculaire, comprenant ï'ethmosplwnal (corps de l'ethmoïde), deux frontaux (coronaux), deux ad-gustaux (apophyses ptérygoïdes externes), deux palpébraux (cartilages tarses), et deux elhmophysaux (cornets supérieurs) ; 6° vertèbre nasale , comprenant le rhinosphènal (lame ethmoïdale), deux nasaux (os du nez), deux palataux (palatins), deux lacrymaux (unguis), et deux rlùnophysaux (cornets inférieurs); j° vertèbre labiale, comprenant le protosphénal (innommé) , deux ad-nasaux (intermaxillaires), deux voméraujv (vomer), deux addcntau.v (maxillaires dentaires), et deux protophysaux (cartilage du aez). Quant à la mâchoire inférieure, Geoffroy Saint-Hilaire la dit indépendante des sept vertèbres céphaliques , comme les hyoïdes, qu'elle précède, le sont des sept vertèbres cervicales; il admet dans chacune de ses branches sept pièces au plus , savoir.-; le subdental (dentaire), le sublacrymal (operculaire), le subpalpcbval (supplémentaire), le subjugal (coronoïdien), le subtemporal (angulaire), le subrupcal (articulaire), et le suboccipital (subaugulaire). Ainsi, d'après lui, la tète se compose de soixante-dix-sept os, dont soixante-trois pairs et sept impairs pour le crâne et la l'ace, et sept , tous, pairs, pour la mâchoire inférieure .