B. ARTÈRES
83. Les artères [arteriœ] (1) diffèrent des veines, tant par leur forme extérieure et leur situation, que par leur texture et leurs propriétés.
Elles sont, en général, plus étroites, moins nombreuses, plus profondément situées et plus flexueuses que les veines. La branche voisine du cœur est toujours plus grosse que les rameaux auxquels elle donne naissance. Le diamètre est très constant dans un même vaisseau , toutes les fois qu'il n'y a pas dégénérescence des parois. Presque toujours , dans lesendroits où les artères se divisent, la plus grosse branche suit la direction du tronc. Les anastomoses sont rares entre les artères d'un gros calibre , et en général on observe moins d'anastomoses dans le système artériel que dans le système veineux; cependant elles sont plus communes qu'on ne le croit ordinairement. On ne peut pas les considérer comme un signe d'imperfection de la formation artérielle , et comme annonçant que celle-ci est
(1) Bassuel, Dissertation hydrauUco-anatomiquc , ou Nouvel aspect de l'intérieur des artères cl de leur structure , par rapport au cours du sang; dans Mèm. près, de math, et de phys. , vol. I, p. 23-55, Paris, ijSo; — Bcluias , Structure des artères, leurs propriétés, leurs fondions cl leurs altérations organiques , Strasbourg 1822. — Ehrrnann, Structure des artères, etc., Strasbourg 1822.
DU SYSTISME VASCULAinE. ARTERES. 1 5 1
rabaissée au niveau de la formation veineuse, ainsi que l'a dit Walther (î), puisqu'elles n'appartiennent pas moins au système artériel qu'au système veineux , dans l'état normal. Elles sont tellement développées dans ce système, que les plus grostroncs eux-mêmes peuvent être oblitérés par des ligatures, ou de toute autre manière, et cependant la circulation continue, à la faveur des anastomoses qui -se dilatent. Ainsi , un chien à qui l'on avait lié, l'une après l'autre, les deux artères carotides, crurales et axillaires, continua de vivre (2). Les chirurgiens n'hésitent point maintenant à appliquer des ligatures, non seulement sur les artères axillaire et crurale, mais encore sur les iliaques externes (5) et internes (4)> et sur la carotide primitive (5). On a même lié (6) , ou trouvé oblitérée (7) , l'aorte abdominale , sans qu'il en résultât d'accidens. On ne peut admettre
(0 Physiologie, t. II. §. 099 , p. 43.
(2) Dissection of a limb on which ihc opération for popliteal anevrysma had been per formée! by A. Coopcr ; dans Med. chirurg. trans. of London , vol. II , p. 259.
(5) Case of fémoral anevrysma reaching as high as Pouparts ligament , cured by tying ihe extcrnal iliac artery , by J. Abcrnethy; dans Edimb. med. and surg. journal , vol. III, p. 46. — Case of inguinal anevrysma cured by tying the extcrnal iliac artery , by W. Goodlad ; înêmerecueil , vol. VIII , ri" 29, p. J2. — An account of the anaslomosis of the arterics at the groin, by A. Coopcr ; dans Med. chirurg. trans. , vol. IV, p. 425.
(4) A case ofanevrysm of the guttural artery cured by tying the internai iliac , by Stevens ; dans Med. chirurg. trans. , vol. V , p. 422.
(5) A. Cooper , A case of anevrysm of the carotid artery ; dans Med. chir. trans. of London , vol. I , ri. 1. — Second case of carotid anevrysm ; mCmc recueil, n° xvn. — Case of anevrysm from a wound in which the Icft carotid artery was tied , by A. Macaulay ; dans Edinb. journ. , vol. X, n° 58, p. 178. — A case ofanevrysm by anastomosis in the orbit cured by the ligature of the common carotid artery; dans Med. chirurg. trans., vol. II , n° '• —Du reste, Valsalva avait déjà lié sans inconvénient les deux carotides sur des chiens ( Morgagni, Ep. an. med. , XIII , a. 3o). Baillie et Hunter avaient aussi conseillé de pratiquer cette opération , lorsqu'elle est indiquée ( Trans. of a soc. for the improv. of med. and. chir. hnowl., vol. I, p. 1 25 ) , et Coopcr l'avait pratiquée , mais sang succès , ce qui tint à des circonstances accidentelles (Med. chirurg. trans. , vol. I , n. 1 ).
(6) A. Cooper, loc. cit., vol. II , p. 260.
(7) Case ofobstructcd aorta , by R. Oraham ; dans Med. chirurg. trans. , vol. V, p. 287.
l52 ANA.TOMIE GÉNÉBALE.
d'assimilation entre le système yeineux et l'artériel , que quand on rencontre des anastomoses extraordinaires entre les artères.
La symétrie du système artériel est plus grande que celle du système veineux dans certains endroits : elle est moindre dans d'autres. Ainsi les deux artères spermaliques naissent de l'aorte , tandis que , des deux veines correspondantes , la droite provient de la veine cave, et la gauche de la rénale. Au contraire, il y a un tronc commun pour les artères carotide et sous-clavière droites, et celles du côté gauche naissent chacune à part, tandis que les veines jngulaires et sous-clavières se réunissent de chaque côté en un seul tronc.
84. A l'égard de la constance dans la distribution, on est dans l'usage d'accorder aux artères la prééminence sur les veines (1); mais je pense que c'est à tort. Si les veines offrent plus de variétés dans les branches, les rameaux et les troncs secondaires , la différence n'est qu'apparente ; elle tient au nombre plus grand et à l'ampleur plus considérable de ces vaisseaux. Dans les endroits où l'on compte autant d'artères que de veines, les anomalies sont aussi peu nombreuses que rares à rencontrer dans ces dernières. Or, il n'y a pas jusqu'à l'origine de l'aorte qui ne soit quelquefois divisée. Les trois gros vaisseaux qui naissent de sa crosse présentent au moins neuf à dix différences, sous le rapport seulement de leur origine. Au contraire, je ne connais qu'une anomalie de la veine cave supérieure, la non réunion du tronc droit avec le tronc gauche, qui ne correspond réellement qu'à la division de la base de l'aorte, mais qu'on est obligé de mettre aussi en parallèle avec les autres anomalies des gros troncs
(1) Inler (venarum) divisiones , ramortim origines , et numerum, mullo plus quam in arteriis varietatis reperi. Haller , De fabr. , t. I , p. 255. — Les ramifications des artères sont en général plus constantes que celles des veines : Sœmmerring, Gefaesslehre , p. 77. — Waltber va même jusqu'à dire que la constance plus grande du cours des artères prouve qu'elles sont l'espèce de vaisseaux la plus noble ( Loc. cit. , t. II , §. 4o4) • Bicliat a été plus exact en disant : la disposition des rameaux et des branches est aussi variable au moins dans les veines que dans les artères.