‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 13 sur 186 · DU SYSTÈME VASCULAIRE. ARTERES · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME VASCULAIRE. ARTERES

fournis par la crosse, puisque la veine n'en offre pas d'autre. Mais combien les anomalies de la crosse de l'aorte sont communes! et combien la scission du tronc de la veine cave supérieure est rare !

On a cité, comme une exception remarquable , la disposition des vaisseaux rénaux, qui fournit au contraire le plus fort argument en faveur de la règle que je viens d'établir (i). En effet, les veines rénales sont moins sujettes à varier que les artères.

Aux membres, les veines suivent toujours la même marche ; et quoique j'aie vu assez souvent l'artère brachiale se diviser bien plus haut qu'à l'ordinaire, la disposition des veines correspondantes était normale au milieu de toutes ces anomalies artérielles , tandis que j'ai rarement trouvé des variations considérables dans les troncs veineux sans qu'il y en eût aussi dans les artères.

85. La structure intime des artères offre également plusieurs particularités (2).

La membrane interne est beaucoup plus épaisse, moins transparente, plus dure, plus cassante , que dans les autres portions du système vasculaire. Elle n'est pas fort extensible, et elle a un Ifaut degré de solidité. Les autres membranes furent enlevées sur des chiens, et quoique, dans plusieurs expériences, on eût empêché les parties voisines de protéger les artères, il ne s'opéra cependant ni déchirure ni disten-

()) Haller,£l. phys. , t. VII, p. 260. Magis quant alias arterim, rénales variant, etiam magis quam venez sodalcs , p. 266. Venarum rcnalium points simplicior et constanlior fabrica est , quam arleriarum. — Les veines rénales varient moins que les artères: S oemmerring, loc. cit. , p. 41 9- Voigtel s'est donc trompé ( Palh. Anat. , t. I , p. /j8o ) en disant qu'elles offrent autant de variétés que les artères.

(2) Ludwig, De arleriarum tunicis , Lcipsick , 1739 ; — A. Monro , Rcmarhs nn Ihe coat of arterics ; dans Mcd. essays and observ. ofa soc. of Eihnb., vol. II ; De Lassone , Sur la structure dos artères; dans Mémoires de l'académie des sciences, 1756, p. 166 210 ; — Mondini , De arteriarum tunicis; dans Opuscoli scienfici , Hologne 1S17 ; — Uéclard , Sur les blessures des artères: clans Môm. de ta sac. mcd. d'cmtttaiion , '•VIII .Paris,, 81 7.

lî>4 ANATOMIE GÉNÉBALE.

sion (1). Cette membrane diffère aussi d'elle-même dans les diverses régions du système artériel. Elle a plus d'épaisseur que partout ailleurs dans le ventricule gauche, et c'est dans l'artère pulmonaire qu'elle est le plus mince. Quant aux artères elles-mêmes, elle paraît y avoir une épaisseur à peu près uniforme partout. Elle est lisse dans presque toute l'étend de l'arbre artériel, et n'a pas plus d'ampleur que la meùi brane externe. Dans les endroits seulement où les» grands troncs naissent du cœur, elle forme trois valvules, en se renversant et se repliant sur elle-même. Ces valvules, qu'on nomme sigmoïdes (valvulœ semilunares seu sigmoideœ) , à cause de leur forme demi-circulaire, sont fixées, par leur bord inférieur, à la circonférence de l'orifice artériel; leur bord supérieur, qui est libre, forme deux échancrures qui se réunissent en une saillie médiane de nature cartilagineuse, qu'on appelle le tubercule (nodulus). Les valvules forment, avec la portion des artères qui leur correspond , des sacs fermés du côté du cœur et ouverts par le haut. Les points de la circonférence du vaisseau qui leur correspondent sont dilatés, et donnent lieu en dehors à des saillies auxquelles correspondent en dedans des creux appelés sinus. Les valvules et les tubercules de la veine pulmonaire sont,*- comme les autres portions de sa membrane interne , moins épais que dans l'aorte. Mais, dans l'un et dans l'autre vaisseau, ces replis servent à empêcher le sang de refluer dans les ventricules ; car lorsque le fluide prend une direction contraire à celle qu'il doit suivre régulièrement, ils s'écartent des parois de l'artère, se rapprochent de son axe, et se joignent les uns aux autres de manière à se toucher par leurs bords. Les tubercules remplissent le vide qu'ils pourraient laisser entre eux.

86. La membrane interne des artères et de la portion artérieuse du cœur ont beaucoup de disposition à s'ossifier (2)

(1) Home, An aceoant of H untcr's mcllwd of performing the opération for the cure of the popliieal ancvrysm ; dans Trans. of the improv. of mcd. and chirurg. hnowl., vol. I , n° ix , p. i44--i45.

(2) Ce n'est jamais cette tunique interne qui s'ossiGe ; l'ossiQcation des artères dépend d'une accumulation de sel calcaire dans le tissu cellulaire

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dans le système du sang rouge. Cette tendance est très prononcée surtout dans les artères, quoiqu'elle ne se développe ordinairement que par les progrès de l'âge; elle est alors si fréquente que, dans certains pays , après la soixantième année (1), ou même, suivant Stevens (a) , après la trentième , il est plus commun de trouver les artères garnies que libres d'ossifications. Bichat assure que , sur dix sujets, il y en a au moins sept qui présentent des incrustations osseuses au-delà de la soixantième année. Cooper n'a donc pas eu tout-à-fait tort de regarder cette dégénérescence comme un état normal dans la vieillesse, et de dire qu'elle n'est morbide que pendant la jeunesse (5). Cependant elle n'est pas un attribut inséparable de l'âge avancé , car je n'en ai trouvé aucune trace chez des personnes fort âgées, que j'avais disséquées tout exprès dans cette vue. Peut-être existe-t-il, sous ce rapport, des différences qui tiennent à l'influence du climat ou du genre de vie. L'ossification est extrêmement rare dans la portion artérielle du système du sang noir; je ne l'y ai jamais rencontrée, et je n'en connais qu'un petit nombre d'exemples cités par les auteurs, à l'exception des cas dans lesquels on a trouvé, même de bonne heure, les valvules de l'artère pulmonaire ossifiées et adhérentes, circonstances qui contribuaient puissamment à aggraver la cyanopathîe.

87. La membrane fibreuse du système artériel est ferme, dure, sèche, assez élastique, d'un jaune rougeâlre , et évidemment composée de fibres transversales, ou , pour parler d'une manière plus exacte, de fibres un peu obliques. Ces fibres forment plusieurs couches faciles à séparer l'une de

qui unit leur tunique interne à leur tunique fibreuse; aussi peut-on facilement isoler, des tuniques entre lesquelles elles sont enchâssées , ces plaques, qu'on doit considérer plutôt comme des concrétions calculeuscs que comme de véritables os accidentels.

( Note des traducteurs. ) (1) Baillic, Of uncommon appearanecs of discascd blood-vessels ; dans rans. of a soc. for improv. of mcd. and dur. hnovol. , vol. I , n" vin , p. i35.

0>) Dans Med. chir. Irons. , vol. VI , p. 433. (S) Philos, trans., n" 299, p. 1970.

l'autre, mais qui s'unissent diversement ensemble, ainsi que le font aussi les fibres de chaque couche , et qu'on peut d'autant-moins, d'après cela, considérer comme autant de tuniques distinctes, que leur structure est absolument la même, et que leur nombre dépend du plus ou moins d'attention qu'on apporte à les séparer. Communément on désigne cette membrane sous le nom de tunique charnue, à cause de sa structure fibreuse, et de sa couleur rougeâtre; mais ses fibres diffèrent de celles des muscles par leur élasticité plus grande, leur dureté, leur fragilité, leur sécheresse, leur aplatissement, et enfin par le défaut absolu du tissu muqueux dans leurs interstices (1).

Celle membrane est la plus épaisse des tuniques artérielles, et c'est d'elle principalement que dépend la force considérable des artères. Ses couches internes sont plus solides et plus serrées que les externes. Son épaisseur absolue diminue beaucoup à mesure qu'on s'éloigne du cœur. Ainsi elle est d'autant plus grande, et, par cela même, la structure fibreuse d'autant plus apparente, que les arlères ellesmêmes sont plus volumineuses, tandis que l'épaisseur proportionnelle augmente en raison inverse; car les parois deviennent d'autant plus fortes, eu égard à l'orifice et au calibre, que les artères -se rétrécissent davantage. On observe également que la membrane devient plus rouge, dans la même proportion, et, si l'on en juge d'après les expériences , plus irritable aussi.

Mais l'épaisseur de cette membrane offre encore des différences considérables, soit dans les divers points de l'étendue d'une même artère, soit dans les diverses parties du système artériel. Sous le premier point de vue, elle est tou-

(i) De là vient qu'on a fait un tissu à part de cette fibre, sous le nom de tissu élastique; ce tissu , tel qu'on le représente , existe aussi dans les parois des canaux aériens; il double certains conduits excréteurs ; il forme l'enveloppe du corps caverneux et celle de la rate, ainsi que les ligamens jaunes des vertèbres; il constitue aussi le ligament cervical postérieur dans certains animaux. Voyez HauIT, De systemate teke clasticœ, Tubiugue, 1S22. { Note des traducteurs.)

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