DIVISION DES 03 DE LA TÊTE
652. Le nom qui convient le mieux pour désigner les os anormaux résultant de cette division est celui d'os des sutures (ossa suturarum) (2). C'est là, en effet, le seul caractère général qu'on puisse leur assigner, puisqu'ils ne se développent qu'à la circonférence des os concaves, et jamais, ou du moins fort rarement, dans leur intérieur. Lorsque ce dernier cas a lieu , les os anormaux ne se forment qu'entre des pièces osseuses' séparées seulement d'une manière passagère , par exemple , entre les diverses pièces de l'os occipital , et se sou-
(1) Creding , dans Ludwig , Ado. med. pract. , vol. II , et vol. 111.
fa) Bertin , Traité d'ostéotomie, t. II , c. lx, p. A70. — Bosa , De tiiuru cranii, Léipsîck, 1763. — Monro, A shull uncommon for the nimber «nd the size oflhcossea trïquètra; dans Edinb. med. essayé, vol. V , 11" 1'. , tab. 11. — Van Docvcrcn, Spce. obs. acad. , cap. xiii. — Sandifort, Dp os.ùcutis sulurarum ; dans Obs. anal, patll., lit). III, cap. ix , lab. ix, Ibtd.,. lib. IV , cap. x , p. i3fi-i/( 1.
dent, la plupart du temps, lorsque le développement est achevé. Le nom d'os triangulaires (ossa tru/uelra) , ou d'os worrniens (1) (ossa worniiana) , leur convient moins, quand on les considère d'une manière générale. Cependant la première dénomination n'est pas non plus parfaitement appropriée , puisque la division de l'os frontal en deux moitiés latérales rentre aussi dans cette anomalie , quoiqu'elle n'apporte aucun changement aux rapports de cet os avec ceux qui l'avoisinent.
Ces os sont un phénomène extrêmement remarquable à plusieurs égards. En effet, des lois très précises président a leur formation. Ils dépendent , en grande partie, du mode normal de développement des os, et presque toujours ils établissent des analogies frappantes avec les animaux.
r Ces os se forment d'après des lois constantes. Les circonstances suivantes en fournissent la preuve :
a. Ordinairement ils sont disposés d'une manière plus ou moins symétrique, de manière qu'il est rare de les rencontrer d'un côté du corps seulement , et que , quand ils sont impairs , ils s'étendent presque toujours autant d'un côté que de l'autre.
b. On les rencontre surtout au crâne, et beaucoup plus rarement à la l'ace.
c. Ils ne sont pas également communs dans toutes les régions du crâne. On les observe bien plus souvent que partout ailleurs entre l'occipital d'une part, les pariétaux et les temporaux de l'autre. Le plus souvent ils sont placés dans la suture lambdoïde, plus rarement dans la suture mastoïdienne. Les régions ensuite dans lesquelles il est le plus ordinaire d'en rencontrer, sont la suture squameuse , surtout à son extrémité
(i) Ces os ont été appelés aussi intercales ou épaclaux. 11 en est un qu'on rencontre assez souvent dans la fontanelle postérieure , c'est l'os épaclal , proprement dit , l'os triangulaire de Blaes, os cpactalc, s. os giethiànum de Fischer. ( G. Fisclier , Observata //uaidam de ossa epaclali sine Goèlhiano palmigradorum , Moscou , 181 1. — Advcrsaria anatomicu , Moscou , :Siy. Fasc. 1 et 11 , cap. vu , p. 97, tab. vu.) Un autre, à peu près aussi commun, est situé dans la fosse temporale. Uéclard propose de l'appeler crolaplml. Les autres occupent surtout la suture occipito pariélale , Ja place delà fontanelle postérieure et inférieure, et la suture pariétale.
( Notu des traducteurs. )
DES OS r>E tk TÊTE DANS I/BTAT ANOI.MAL. ($9 5
antérieure , entre la grande aile du sphénoïde, la portion écaillouse du temporal , le frontal et le pariétal. Ils sont plus rares dans la suture sagittale , on on les observe principalement entre les deux pariétaux et le frontal, par conséquent à l'extrémité antérieure de cette suture. Le cas le plus rare est d'en trouver entre le sphénoïde et les os voisins.
A la face, les os des sutures se rencontrent entre la lamepapyracée de l'ethmoïde et les os frontal, unguis et maxillaire supérieur, de même qu'entre ce dernier et l'unguis. 11$ sont plus rares entre les deux maxillaires supérieurs. Il est également peu ordinaire de trouver ces derniers ou les jugaux partagés en deux pièces.
d. On peut poser en règle générale que les endroits où ils se développent le plus fréquemment sont ceux où il y a de grands vides à remplir. Voilà pourquoi on les observe si souvent dans les fontanelles, et surtout dans la postérieure, puis dans les antérieures latérales, les antérieures moyennes et les postérieures latérales.
e. Leur grandeur varie beaucoup. Tantôt ce sont seulement de très petites pièces osseuses, et tantôt l'os entier se partage en deux moitiés égales. Ainsi l'on voit quelquefois l'occipital divisé en deux moitiés , l'une supérieure, l'autre inférieure , et le frontal partagé en deux moitiés latérales d'égale grandeur. Entre ces deux extrêmes, il existe une multitude de degrés intermédiaires.
f. La cause de ce défaut anormal de réunion entre les pièces osseuses n'est pas toujours évidente. Quoique, le plus ordinairement, l'anomalie coïncide avec une congestion de sérosité dans l'intérieur du crSnc, c'est-à-dire avec une hydrocéphale, et avec la distension des surlaces destinées à s'ossifier, cependant on n'est pas fondé à dire qu'elle tient à cette distension „ et à supposer, comme l'a fait Blumenbach, que le foetus a été atteint d'une hydrocéphale qui s'est guérie.
2"La'formation de ces pièces osseuses dépend en grande partie du mode normal de développement des os de la lêlc. En effet :
a. La séparation du frontal en deux moitiés est un état n umal depuis l'origine de cet 09 jusque dans le cours de,la .première année de la vie.
6g6 anatojue spéciale.
b. L'occipital se forme peu à peu par la réunion de onze pièces (§542), et ce sont précisément ces pièces qu'on trouve distinctes et séparées dans l'état normal.
c. Le temporal provient de quatre noyaux osseux (§553), et ce sont aussi ces noyaux qui restent plus ou moins sensiblement isolés.
d. Les petits os des sutures sont, en général, redevables de leur formation au développement normal des os de la tête, puisqu'il se forme toujours, à la circonférence des germes osseux primitifs, des noyaux nouveaux, plus petits et distincts, qui se soudent avec eux, lorsque le développement suit une marche régulière.
Cependant tous les os des sutures ne dépendent pas d'une scission anormale des pièces osseuses destinées à ne former qu'une seule masse dans l'état régulier , et l'on ne peut pas les considérer tous comme le résultat d'un arrêt de développement. En effet, ceux qu'on rencontre clans la grande fontanelle et dans les fontanelles antérieures et latérales de la suturc squameuse , comme aussi la division de lajportion squameuse du temporal, et celle du frontal en deux moitiés situées l'une au-dessus de l'autre, ne se rencontrent jamais dans l'état normal, et constituent des formations tout-à-fait distinctes et particulières.
3° Il est, en général, très facile de démontrer l'analogie qui existe entre ces os anormaux et la structure des animaux.
a. Chez la plupart des animaux, le frontal est composé de deux moitiés latérales.
b. La séparation de l'occipital en différentes pièces osseuses, est également une disposition qui persiste, chez plusieurs animaux, pendant toute la vie, et, chez d'autres, jusqu'à la naissance. Chez plusieurs reptiles, cet os est partagé , durant toute la vie, en portion basilaire, portions articulaires et portion squameuse, et cette dernière elle-même l'est en moitié supérieure et en moitié inférieure. Il est vrai que les trois premières parties et la squameuse se réunissent en une seule pièce chez les mammifères; mais il est beaucoup de ces animaux chez lesquels, comme chez les poissons, la portion squameuse reste divisée en deux moitiés.
c. La portion mastoïdienne du temporal forme un os distinct dans la taupe.
d. La disposition primitive, c'est-à-dire l'isolement des divers noyaux osseux, persiste pendant toute la vie dans le gecko (1).
Cependant les autres os des sutures , qui constituent des anomalies absolues, ne se retrouvent chez aucun animal.
De ce qui précède, il résulte que nous possédons, sur l'origine de ces os, des notions plus étendues que ne le pensent certains anatomistes (2), puisque nous pouvons dire que la plupart d'entre eux sont les produits d'un développement qui s'est fait avec trop peu d'énergie.
653. Le développement de ces os porte les sutures au-delà du nombre ordinaire , puisque son essence consiste à augmenter celui des pièces osseuses aux dépens des os normaux.
L'aberration la plus légère est la présence, entre les deux moitiés non réunies du frontal, d'une suture appelée frontale, qui tantôt occupe toute la hauteur de l'os, et tantôt n'existe qu'à sa partie supérieure ou inférieure, plus souvent à la première qu'à la seconde. Comme cette suture, qui fait suite à la sagittale, coupe la coronale à angle droit, les têtes qui la présentent ont repu le nom de têtes croisées ( capita cruciata). Les autres sutures surnuméraires qui proviennent de la même source, sont ordinairement peu étendues et incomplètes , et ne s'étendent pas à toute la largeur ou à toute la hauteur d'un os. Cependant on trouve quelquefois aussi l'occipital, et bien plus rarement le pariétal, divisés entièrement, par une suture transversale, en deux moitiés , l'une supérieure, l'autre inférieure.
Ce qu'il y a de remarquable à cet égard , c'est que le frontal est celui dans lequel on observe le plus souvent cette scission, qu'elle est plus rare dans la portion squameuse de l'occipital, et qu'elle l'est infiniment dans le pariétal, de sorte que
(1) Carus, Analomie und Physiologie des Nervensystems , Lùipsick, 1821 , tab. m, fig. ai.
(2) Hildcbrandt, Lcln-buch der Analomie , t. I, p. 216.
6f)8 ANATOMIE SPÉèlAEffip
son degré de fréquence est en raison directe du temps pendant lequel chaque os persiste dans sa l'orme primitive.
Si le nombre et la situation des os wormiéns sont tels qu'il en résulte, dans toute la longueur d'une des sutures ordinaires, une chaîne dont la forme corresponde à la forme normale des bords par lesquels les os devraient se loucher, et qui soit enclavée entre eux, il en résulte des doubles sutures (suturœ duplices), qu'on observe quelquefois entre plusieurs os sur un même crâne, parce qu'ordinairement il se développe aussi* des os wormiens dans plusieurs régions du crâne d'un même sujet, quoiqu'ils ne s'y forment pas en sombre égal partout.
A l'existence d'os formés aux dépens des pièces osseuses normales se rattache la distance , plus considérable que de coutume , qui sépare les os du crâne dans l'hydrocéphale. Non seulement alors il se développe presque toujours un nombre plus ou moins considérable d'os wormiens, mais encore ils sont tous séparés les uns des autres par de larges intervalles non ossifiés.
Enfin, il faut encore ranger ici la nonjréunion des os palatins et maxillaires supérieurs sur la ligne médiane, qui constitue l'essence du bec de lièvre. Une autre anomalie, qui se rapproche de celle-ci, et qui dépend de la même cause prochaine, est l'ossification incomplète des os du crâne , qui présentent de distance en distance des vides remplis seulement par la substance cartilagineuse. Cette anomalie se rencontre également dans l'hydrocéphale, on elfe est tantôt primitive, et tantôt consécutive.