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lequel ils se distribuent? Les nerfs homonymes s'unissent-ils ensemble, ou s'entre-croisent-ils ? ou bien y a-t-il à la fois union et croisement ? Tous ces problèmes ont été résolus d'une manière tantôt affirmative et tantôt négative. Outre que les observations sur lesquelles on s'est appuyé n'ont pas toutes été faites avec la même exactitude , la diversité des opinions émises à cet égard tient à ce que la disposition des parties n'est pas la même dans tous les animaux. Ce qui a surtout déterminé à supposer l'entre-croisement des nerfs , c'est la fréquence des paralysies qui frappent le côté du corps opposé à celui sur lequel la lésion a porté (1). Mais l'inspection anatomique des parties, soit dans l'état normal, soit dans l'état anormal, nous apprend que ces observations et ces expériences démontrent seulement I'entre-croisement de la moelle épinière dans le point indiqué plus haut ( § 161 ) , et ne prouvent pas que tous les nerfs naissent de la moitié du cerveau ou de la moelle épinière opposée au côté du corps dans lequel ils se distribuent. Quoique j'aie suivi souvent les nerfs spinaux jusque dans la substance grise, je n'ai jamais pu parvenir à en voir un seul filet se prolonger dans le côté opposé. Les lésions de la masse centrale ne sont suivies non plus d'une paralysie du côté opposé du corps que quand elles ont leur siège dans une partie située au-dessus de I'entre-croisement dont j'ai déjà parlé. Ainsi la paralysie du côté opposé se déclare quand la lésion porte sur la moelle alongée(a), mais non quand elle intéresse les parties situées au-dessous, car alorselle survient du même côté que celui où l'on a fait la sectioni d'une des moitiés de la moelle épinière. Galien connaissait déjà cette différence dans les résultats des lésions du cerveau
(1) Hippocrate, Epid. , t. VII, § 1. — Valsalva, dans Morgagni, Ep. vol. XII, i4- — Prochaska, Obs. path., dans Opp. , Vienne, 1S00, t. II, p. 298-320..
(2) Yelloly , A case oftumour in (lie brain, with rcmarhs on the propagation ofnervous influence; dans Mcd. chirurg. trans. , vol. XVI, p. 181-222- Une tumeur de la grosseur d'une noisette, située sur le côté gauche du pont de Varole et de la pyramide gauche , produisit la paralysie de toui le côté droit.
DI' SYSTÈME NERVEUX DANS L'ÉTAT NORMAL. lùfi
et de la moelle épinière(i). Lors même qu'on coupe l'une des moitiés de cette dernière très près de sa partie supérieure, lu paralysie ne se déclare que du côté correspondant, comme le prouvent des expériences faites depuis peu (2),
Il est impossible de démontrer, soit dans l'encéphale , soit dans la moelle épinière, un autre entre-croisement que celui qui a lieu dans l'endroit indiqué. Les observations et les expériences d'où l'on a cru pouvoir conclure que le principal entre-croisement a lieu dans les corps striés (3), ne prouvent rien. D'ailleurs la proposition elle-même implique contradiction , puisque les corps striés ne communiquent point l'un avec l'autre, et que la commissure antérieure qui les traverse n'a même pas de communication, soit avec leur propre substance, soit avec les fibres qui y pénètrent. La seule conséquence à tirer des observations dont il s'agit, c'est qu'il y a entre-croisement au-dessous des corps striés, comme je l'ai fait voir plus haut.
Cependant un entre-croisement partiel a lieu entre quelques nerfs, dont les filets externes naissent d'un côté, et les internes proviennent du côté opposé. Mais cette disposition n'a encore été observée que dans le nerf optique seulement.
Il n'est pas possible non plus de démontrer que toutes les origines des nerfs se confondent sur la ligne médiane , quoique cette union s'observe quelquefois entre les nerfs correspondans de la quatrième paire et de la paire auditive. Vraisemblablement elle n'est pas rare, dans les nerfs spinaux surtout.
170. Tous les nerfs se ressemblent, relativement à leur origine, sous ce point de vue que les faisceaux qui les constituent s'écartent les uns des autres au même endroit (§ 147)- Mais les nerfs spinaux et les nerfs cérébraux diffèrent constamment les uns des autres à l'égard de la manière dont ils émanent de la masse centrale.
(1) De anal, administr. , t. VIII , 5. (i. (i) Yclloly , toc. cil., p. 197.
Çi) L. Caldani , Espcricnzo cd ossemaz. dirçttc a determinarc '/ual sia il litoço principale, dcl ccrveHa, in cui , piii di allrovr le fibre mcdbttàri dallo UUtO vitrera si incrorirrhiano : <l»ns Mcm. di l'adora, t. I , p. 1-16.
!i44 ANAT0MIE GENERALE.
En effet, les nerfs cérébraux naissent d'une seule racine, tandisque les spinaux en ont deux, l'une antérieure, l'autre postérieure, qui répondent aux deux faces, antérieure et postérieure, de la moelle épinière. Cependant, à commencer du cinquième nerf cérébral , on voit les nerfs du cerveau se rapprocher de ceux de la moelle , par la scission de leurs faisceaux en deux moitiés. Les racines postérieures sont toujours plus fortes que les antérieures; elles naissent ordinairement un peu plus loin, vers le milieu de la moelle épinière; mais elles sont composées de faisceaux moins nombreux, moins manifestement fibreux, simples et non ramifiés, tandis que les antérieures proviennent de la moelle par un grand nombre de ramifications. Les deux séries des racines antérieures et postérieures sont séparées l'une de l'autre par un prolongement de l'arachnoïde, appelé ligament dentelé, qui, du milieu de la face latérale de la moelle, va gagner la partie correspondante de la face interne de la dure-mère.
Les faisceaux de chaque racine nerveuse restent également éloignés les uns des autres jusqu'à leur sortie de la dure-mère rachidienne, et ne sont unis ensemble que par un tissu muqueux fort lâche. Mais parvenus à la dure-mère , ils se réunissent, et chaque racine sort communément par une seule ouverture du canal formé par cette membrane. Les ouvertures destinées aux racines antérieures et postérieures sont voisines les unes des autres, mais cependant toujours séparées, et les deux racines ne se réunissent en un seul nerf qu'après avoir traversé la dure-mère.
Au contraire, les faisceaux qui constituent les nerfs cérébraux sortent de la dure-mère par une seule ouverture, quoiqu'au moment où ils l'atteignent ils ne soient pas encore accolés d'une manière bien intime , ce, qui est surtout sensible dans les nerfs postérieurs.
La direction des origines n'est pas la même dans tous les nerfs. Les cérébraux diffèrent encore totalement des spinaux sous ce rapport. Les nerfs de l'encéphale sont tous dirigés d'arrière en avant; ceux de la moelle le sont de haut en bas, à l'exception seulement des deux premiers, dont le faisceau supérieur est descendant et l'inférieur ascendant.
En général, les nerfs cérébraux marchent d'autant plus directement d'arrière en avant, et les spinaux forment des angles ouverts par le bas d'autant plus aigus, que les premiers naissent plus en devant, et les seconds plus en arrière. Les paires moyennes , les nerfs postérieurs de l'encéphale et les supérieurs de la moelle, se dirigent d'une manière plus oblique.
On trouve encore au dedans de la dure-mère des filets de communication entre plusieurs paires de nerfs, notamment entre les nerfs supérieurs de la moelle épinière, souvent aussi entre les quatrième et cinquième paires de nerfs cérébraux.
Peu après avoir traversé la dure-mère, la racine postérieure de chaque nerf spinal se renfle en un ganglion simple, de forme arrondie et oblongue (§ i5? ), avec lequel la racine antérieure n'a aucune communication (i), quoique, d'après la remarque fort juste de Gall, il ne soit pas rare de voir, surtout au cou , les racines antérieures offrir aussi- des plexus rougeâtres et très serrés, qu'on peut regarder comme des corps ganglionnaires.
Plusieurs nerfs cérébraux présentent également, soit dans leur passage à travers la dure-mère, soit à quelque distance de ce point, des reuflemens analogues, mais à la production desquels tous les faisceaux nerveux contribuent.
171. Les nerfs grossissent peu à peu dans leur trajet. A la vérité iis vont toujours en se ramifiant, et les troncs qui naissent de l'encéphale et de la moelle épinière se partagent en branches, rameaux , filets , filamens, etc., qui se détachent presque toujours à angle aigu, rarement à angle droit ou obtus. Mais si, par la pensée, on réunit toutes les ramifications en un seul tronc, on obtient un cône dont le sommet correspond à l'origine du nerf et la base à son extrémité, périphérique. C'est là une loi générale. Les nerfs qui ne fournissent pas
(1) Scarpa passe généralement pour avoir découvert que les ganglions spinaux sont formés seulement par la racine postérieure. Nicolaï a fait iionneur de cette découverte a Monro (De mcd. spin. Opium, Halle , 1S1 1 , p< 28). Mais l'ouvrage de Scarpa a paru en 1779, et celui de Monro en I783. Or on la trouve déjà dans Prochaska (De ttruct. nom., 1778, p. 3.->o ) , et dans Ilaasc ( De gàAgtiiï nerv. , Léipsick , 1 772 , p. 3; ).
de branches dans leur trajet, tels que l'optique, l'auditif et l'olfactif, si toutefois l'on peut citer comme véritable nerf olfactif la portion du système nerveux appelée comrritinément ainsi, non-seulement conservent le même volume dans toute leur étendue, mais même augmentent quelquefois d'épaisseur, ce qui est surtout sensible dans les deux derniers. Les troisbranches de la cinquième paire sont manifestement plus grosses que le tronc, etc. Quelques branches offrent aussi la même disposition ; tels sont, par exemple , les nerfs des lèvres et la corde du tympan. Cependant la loi ne repose pas sur la grosseur des nerfs de quelques organes, entre autres ceux des nerfs oculaires , car cette grosseur tient uniquement à ce que les nerfs dont il s'agit ont un volume proportionnel très considérable dès leur origine.
La masse centrale augmente aussi beaucoup depuis son extrémité inférieure jusqu'à sa terminaison dans le crâne, où elle produit l'encéphale.
172. Les rapports de situation entre les nerfs et les vaisseaux ne sont pas partout les mêmes. Quelques nerfs accompagnent les artères et les veines; c'est même là le cas le plus ordinaire; le nerf crural, les nerfs de l'avant-bras et de la jambe, les intercostaux, et ceux des viscères du bas-ventre en fournissent des exemples. D'autres n'accompagnent que des veines, par exemple les grosses veines sous-cutanées des membres. Plusieurs marchent seuls, ou du moins parcourent ainsi un long espace : tels sont l'ischiatique, le radial , le cubital, le laryngé. Ces différences tiennent à celles qui existent dans le mode et le lieu d'origine des nerfs et des vaisseaux; car. i° les nerfs naissent plus détachés les uns des autres et plus immédiatement de la moelle épinière et de l'encéphale , que les vaisseaux de l'aorte et de la veine cave; 2° les parties centrales des deux systèmes sont éloignées l'une de l'autre, en sorte que leurs irradiations principales sont obligées de parcourir un certain trajet avant de se rencontrer. Voilà pourquoi les ramifications secondaires des nerfs accompagnent généralement des vaisseaux, et pourquoi les branches nerveuses et vasculaires pénètrent dans les organes par le même point, tandis que les troncs principaux sont séparés.
i;>3. Les nerfs ne se terminent pas partout de la même manière. L'optique diffère de tous les autres en ce qu'il ne se ramifie point; lorsqu'il a atteint l'œil , il se déploie en une expansion médullaire et homogène,,, qu'on appelle la rélinc. On a prétendu, il est vrai, que la rétine avait une structure fibreuse (1); mais les observations sur lesquelles se fondent les partisans de cette opinion, ne sont pas concluantes. Au contraire on ne saurait méconnaître des fibres entrelacées en manière de plexus dans le nerf auditif, qui se termine sous la forme d'une mince expansion. En général on ne peut pas bien distinguer la manière dont se terminent les nerfs qui, en pénétrant dans la substance des organes , ne forment pas , comme les deux précédons, une couche particulière, mais semblent plutôt se confondre avec elle. Cependant il est certain que leurs dernières ramifications deviennent très molles, .et que, par conséquent, ils paraissent se dépouiller de leur enveloppe, en totalité ou en partie, de sorte que la substance médullaire semble prédominer à l'extrémité périphérique , tout aussi bien qu'à l'extrémité centrale. Cette disposition est de la plus haute importance, tant sous le rapport de l'anatomie , que sous celui de la physiologie , puisqu'elle établit, entre les deux extrémités, une analogie de structure qui s'exprime jusque dans la forme extérieure, par l'écartement uniforme des filamens , et que la dénudation de la substance médullaire sur ces deux points atteste combien elle est importante pour la réception des impressions, soit externes, soit internes.
Il n'est pas vraisemblable que les nerfs se ramifient assez pour que leur substance s'identifie jusqu'à un certain point avec celle des organes ; car l'observation microscopique démontre le contraire, même dans des organes très sensibles, comme les nerfs. Ce qui paraît certain, c'est que les'filets neryeux les plus déliés sont douze fois plus volumineux que les plus petites fibres musculaires, et que celles-ci sont fort serrées les unes contre les autres, de manière qu'on n'aperçoit qu'elles, et qu'on ne voit pas les filamens nerveux , ni les ramifications vasculaires, quoique les uns et les autres aient un
(1) Darwin , Zoonomic, t. I.
volume bien plus considérable. Il est donc vraisemblable que les extrémités nerveuses sont entourées d'une atmosphère, au moyen de laquelle leur influence s'étend au delà de leur sphère matérielle. C'est ainsi qufon explique comment des parties privées de nerfs , et par conséquent insensibles , procurent des sensations, même très vives, dans l'état de maladie.
174- Le système nerveux n'est pas en rapport avec tous les organes , et il ne l'est pas non plus au même degré avec tous ceux dans lesquels il pénètre. Les parties privées de nerfs sont le tissu muqueux et la graisse demi-fluide qu'il renferme , les membranes séreuses, les os, la membrane médullaire, les cartilages , les parties fibreuses , l'épiderme et ses annexes , les ongles et les poils, quelques organes d'un tissu particulier, comme la cornée transparente et le cristallin , enfin certaines portions de systèmes qui reçoivent d'ailleurs des nerfs, telles que sont toutes les parties de l'œuf, malgré le calibre considérable des artères et de la veine ombilicales.
Parmi les organes pourvus de nerfs , les viscères de la poitrine et du bas-ventre sont ceux qui reçoivent les plus petits et les moins nombreux. Comme ils sont formés principalement de membranes muqueuses et de vaisseaux, on peut dire que les membranes muqueuses sont les organes auxquels il se rend le moins de nerfs. Le système vasculaire se trouve placé un peu plus haut sous ce rapport : le système artériel est plus abondamment pourvu de nerfs que le système veineux et que le système lymphatique. Les nerfs des muscles sont encore plus volumineux. Mais on trouve de grandes différences à leur égard. Le cœur a des nerfs plus petits que ceux des muscles soumis à l'empire de la volonté , et fait ainsi le passage des artères à ces organes. Parmi les muscles eux-mêmes qui obéissent aux impulsions de la volonté, ceux de l'œil ont des nerfs plus gros que les autres. Ces derniers se ressemblent à peu près tous sous ce point de vue. En général les nerfs des muscles fléchisseurs sont plus forts et plus nombreux que ceux des extenseurs.
Mais les organes des sens, qu'il faut d'ailleurs considérer comme de simples annexes du système nerveux, sont ceux dans lesquels on trouve le plus de substance nerveuse. La peau
DU SYSTÈME NERVEtJX DANS L'ÉTAT NORMAL. 2^9
est, dans le nombre, celui qui reçoit les nerfs les moins volumineux; mais toutes ses parties ne se ressemblent pas sous ce rapport. Ainsi la peau des extrémités des doigts, des lèvres, de la verge et du clitoris, est beaucoup plus riche en nerfs que celle des autres régions du corps. La membrane olfactive du nez et la peau de la langue le sont davantage. Mais le nerf olfactif est plus gros encore, et le plus gros de tous est l'optique.
En outre, tous les organes des sens, la peau exceptée, reçoivent les nerfs de différentes sources. L'une est le nerf proprement dit du sens, qui se déploie pour donner naissance à l'appareil sensitif ; l'autre est une autre paire , et presque toujours la cinquième (i). La langue fait le passage des autres organes des sens à la peau , tant par le reste de sa structure, que par la disposition de ses nerfs; car elle reçoit de plusieurs paires des branches dont une seule se déploie dans l'organe gustatif, et celle-là ne forme pas un tronc particulier, mais provient de la cinquième paire.
175. Le système nerveux reçoit une quantité de sang considérable. Les calculs les plus exacts et les plus circonspects portent à un huitième de la masse totale du sang celui qui se rend au cerveau de l'homme (2). Les nerfs reçoivent aussi, dans tout leur trajet, une grande quantité de vaisseaux d'un volume très considérable en proportion du leur. Ordinairement ces vaisseaux s'y rendent sous un angle presque droit. Arrivés à leur surface, ils se partagent en deux branches, l'une ascendante, l'autre descendante, qui décrivent des flexuosilés, se subdivisent un grand nombre de fois, pénètrent dans le tissu du nerf, et s'anastomosent tant entre elles qu'avec les branches voisines. La fréquence des anastomoses, et la multiplicité des vaisseaux qui se rendent au système nerveux, foTat que la circulation ne peut jamais y être interrompue. Cette disposition règne dans toute l'étendue du système; car
(1) V oyez à ce sujet Treviranus , Observations pour servir (le complément à l'Anatomic comparée et A la Physiologie de l'organe de la vue; clans Journ. compl. du Dict. des se. mèd. , t. XVI, p.53i.
(a) Hallnr, Départ, corp. hum. fui. , t. VIII , p. aôo.
a5o ANATOM1E GÉNÉBALE.
le cerveau lui-même reçoit, de chaque côté, deux artères qui s'anastomosent ensemble et avec celles du côté opposé, pour former une couronne vasculaire. La disposition des vaisseaux a en outre cela de particulier , qu'elle est combinée de manière à ralentir beaucoup la circulation. On en a une preuve frappante dans le cerveau, dont toutes les artères décrivent plusieurs courbures très considérables. Les vaisseaux des nerfs offrent quelque chose d'analogue dans la division qu'ils éprouvent en deux branches formant ensemble un angle droit. Tous ces vaisseaux se partagent aussi en ramifications très déliées, avant de pénétrer dans la substance du système nerveux lui-même. Cependant ils ne s'y enfoncent pas à une grande profondeur; du moins les nerfs et la partie médullaire du cerveau, lors même que d'autres parties ont acquis une rougeur fort intense, ne prennent pas une teinte rouge, et changent à peine de couleur (1).
La substance grise, soit dans le cerveau, soit dans les ganglions, reçoit des vaisseaux plus nombreux et plus gros que la substance médullaire (§ 141)- Là même où celle-ci se trouve à découvert, les vaisseaux la traversent pour aller se répandre principalement dans la substance grise. Ceux qui parviennent à cette dernière marchent de dehors en dedans , toujours en se divisant, jusqu'à ce qu'ils aient atteint la substance blanche, dans laquelle ils changent de direction, et suivent celle de ses fibres, sans fournir davantage de branches.
Les artères et les veines n'ont pas, dans le système nerveux, les mêmes rapports de situation que dans la plupart des autres parties. En effet, elles ne s'accompagnent pas mutuellement, de sorte que leurs troncs sortent du crâne et des nerfs par des points tout-à-fait différons. La disposition des veines offre ceci de particulier, que les branches s'unissent aux troncs en Sens inverse du cours du saug. Elles» ne sont pas non plus garnies de valvules. Ces dispositions, jointes à celle des artères, annoncent que le sang circule dans le cerveau avec lenteur et d'une manière uniforme.
(1) Prochaska , Disq. organ. corp. hum. an. phys. , Vienne, 1S12, pioo-io3.
DU SYSTÈME NERVEUX DANS L'ÉTAT NORMAL. 25l
Les vaisseauxde la substance corticale offrent encore uneautre particularité; c'est que les veines ne l'emportent pas autant sur les artères que dans les autres organes (i). Ruysch prétendait même que cette substance est dépourvue de veines, et que le passage des artères aux veines s'y fait à la surface , dans la pic-mère (2).
Jusqu'à présent on n'a pas encore démontré l'existence des vaisseaux, et, à plus forte raison, celle des glandes lymphatiques dans l'intérieur du cerveau. Les phénomènes pathologiques, en particulier la formation de tumeurs arrondies dans l'encéphale des sujets scrofuleux, qu'on a considérés comme une preuve de l'existence des glandes lymphatiques (3) , ne démontrent rien; car ces tumeurs peuvent tout aussi bien être des formations entièrement nouvelles, qu'elles le sont dans d'autres parties du corps, où l'on en voit se développer de semblables.
176. Le système nerveux est entouré de différentes enveloppes , qui ne sont pas partout de la même nature. La plus immédiate et la plus essentielle, celle qui paraît avoir des rapports de production avec la substance nerveuse, est une expansion membraneuse, formée de tissu muqueux , dans laquelle les vaisseaux se répandent avant de passer dans la substance nerveuse. Cette membrane est la pie-mère, le nëvrilemme, dont j'ai déjà fait connaître les modifications principales, et qui s'étend sur tout le système nerveux, puisqu'on la voit très sensiblement passer du cerveau et de la moelle épinière aux nerfs. Immédiatement au-dessus d'elle, se trouve une couche de tissu muqueux condensé. Ce tissu n'a pas une structure fibreuse dans les nerfs, mais il a beaucoup de force et un brillant argentin. Non seulement il enveloppe les nerfs de toutes parts, mais encore il envoie à l'intérieur des prolongemens qui entourent plusieurs cordons. Au dedans de celte couche celluleusc, il se dépose de la sérosité, et presque toujours aussi de la graisse; en dehors, elle devient'
(1) Vicq-d'Azyr, Màm. de Paris , 178^, p. 5io.
<î) Thes. anat. VI , n» ;3.
(S) Rcil, Memor. clin. , vol II , p. 1 , p. ?>g.
plus lâche , se continue avec le tissu muqueux répandu dans tout le corps , et unit les nerfs avec les parties voisines.
Le système nerveux est privé de cette enveloppe extérieure et solide dans l'intérieur du crâne et du canal vertébral ; mais là, le cerveau et la moelleépinière sont entourés de deux membranes , indépendamment du névrilemme. L'enveloppe moyenne est Y arachnoïde, membrane mince, blanche, et dénuée de vaisseaux. Cette membrane, après avoir tapissé le cerveau et la moelle épinière. envoie un prolongement creux, qui s'étend jusqu'à l'ouverture du crâne ou du canal vertébral , endroit où il disparaît.
La troisième enveloppe est la dure-mère , qui fait en même temps office de périoste, du moins dans le crâne, car elle est intimement unie à la face interne des os de cette boîte, tandis qu'elle n'adhère pas auxparois du canal vertébral. Cette membrane appartient à la classe des organes fibreux. En général, elle s'arrête à l'ouverture par laquelle le nerf sort du crâne ou de la colonne épinière, et se confond avec le périoste et la membrane celluleuse extérieure qui le revêt. Le nerf optique seul fait exception à la règle; car, depuis sa sortie du crâne jusqu'à son insertion au globe de l'œil, il est entouré d'une membrane solide, tout-à-fail différente de l'enveloppe extérieure, qui ne diffère pas de la dure-mère , et qui se continue sans interruption avec la capsule fibreuse de l'organe oculaire. La tunique extérieure ou celluleuse des nerfs a quelque analogie avec la dure-mère, et toutes deux sont unies ensemble. Cependant les anciens anatomisles avaient eu tort de les confondre, et d'admettre, d'après cela, que les nerfs sont enveloppés par la dure-mère, opinion que Haller (i) et Zinn (2) ont réfutée.
Les ganglions ont les mêmes enveloppes que les nerfs sur le trajet desquels ils se trouvent. Tous ont une capsule intérieure celluleuse , analogue au névrilemme ou à la pie-mère, •dans laquelle se répandent les nerfs qu'ils reçoivent, et une enveloppe extérieure, qui, dans les ganglions composés, naît
(1) Priro. lin., n: Zyo. De fab. , t. VIII , p. 3o5, 3o6.
(2) De l'enveloppe ile.i nerfs; dans Mémoires de Berlin, i/S?>, p. i3o i44-
de la capsule celluleuse des nerfs , avec laquelle elle se confond, mais qui , dans les ganglions de la moelle épinière, ne diffère pas de la dure-mère.
177. La substance nerveuse possède à un certain degré la faculté de s'étendre et de se resserrer. Mais cette faculté n'est pas développée également dans toutes les parties du système. Les cliangemens de forme et de volume n'ont lieu , nulle part, avec rapidité : ils se font toujours d'une manière lente et graduelle.
L'hvdropisie des ventricules du cerveau fournit une preuve de V extensibilité du tissu nerveux , car le cerveau , dont l'épaisseur est de plusieurs pouces , s'amincit souvent, par l'effet de cette maladie, jusqu'à n'avoir plus que quelques lignes seulement, et se convertit en une immense vésicule. On peut citer encore les nerfs au-dessus desquels passent des tumeurs volumineuses , et qui prennent la forme de larges rubans aplatis.
La substance nerveuse est contractile , car les nerfs qui ont été coupés en travers se raccourcissent, qu'ils aient encore ou non des connexions organiques avec les parties auxquelles ils se, rendent.
Ve'lasticite' est aussi une propriété de la substance nerveuse. Le cerveau qui a été comprimé se relève quand la compression vient à cesser; un nerf tiraillé s'alouge , et revient à ses dimensions primitives, lorsqu'il n'est plus soumis à des tractions.
Mais les phénomènes qui attestent l'extensibilité, lu contractilité et l'élasticité des nerfs, n'autorisent pas à leur accorder Yirrilabilité , ainsi que L'a fait Home (1) ; car les contractions qu'on a observées dans les expériences faites sur des nerfs isolés du corps, ou fixés encore aux organes, prouvent seulement qu'ils jouissent des trois premières propriétés, et non qu'ils possèdent la quatrième.
A l'égard de la sensibilité, toutes les parties du système nerveux ne se ressemblent pas sous ce rapport. Sa portion périphérique, comprenant les nerfs proprement dits, est sen-
(1) Phil. trans., 1801.
a54 AN ATOMIE GÉNÉRALE.
sible à un haut degré, et c'est même en cela que consiste la fonction de ces derniers. Cette faculté a incontestablement son siège dans la substance nerveuse, puisque le névrilemrae disparaît aux extrémités des nerfs, et que la dénudation de ces organes ne suffit pas pour occasioner des douleurs, mais qu'il faut pour cela les comprimer ou les diviser.
Les opinions sont partagées relativement à la sensibilité de la substance cérébrale. Quelques écrivains, en particulier Lorry (i) et Lecat (a) , refusent de l'admettre. D'autres, au contraire, tels que Haller (3), l'accordent bien aux parties profondes de l'encéphale, mais la refusent à la substance corticale, et même aux couches superficielles de substance médullaire. Plusieurs enfin, dont l'opinion me paraît plus juste, la dénient aux parties profondes, et l'admettent partout dans les parties superficielles. Cette dernière hypothèse est celle de Boerhaave (4) et de Caldani (5).
178. Quoiqu'on ait vu précédemment que les masses de substance grise ne communiquent point ensemble , cependant le système nerveux tout entier ne forme qu'un seul et même tout, dont les parties communiquent diversement leuncs avec les autres. II reste maintenant à savoir quel rapport existe entre ces diverses parties, c'est-à-dire à déterminer ,
i" Quel est le rapport des deux substances l'une a l'égard de l'autre, et quelles fonctions chacune d'elles remplit;
2° Quel est le rapport mutuel des diverses parties ou sections principales du système nerveux.
17p. La substance blanche et la substance grise ont sans doute l'une avec l'autre des rapports fort importans, puisqu'on les rencontre chez tous les animaux qui sont pourvus d'un système nerveux; mais il est difficile de déterminer en quoi consistent ces rapports. Suivant l'opinion générale, la substance
(1) Mùmcirc sur les tnotiv. du cerveau ; dans Mém. prés. , vol. Il , p. 554.
(a) Trailédu mouv. musc. , Berlin, 1761, p. 289.
(3) Mém. sur tes pari. sens, et irrit. . sect. VI, n" 1, exp. 1J9-147.
(4.) Impctum fac. die. Hipp. , p. a5j.
(5) Mém. sur les pari. sens, cl irrit. , t. 111 , p. 87.
médullaire est plus étroitement liée aux facultés intellectuelles que la grise, a laquelle on n'attribue pour fonction que de nourrir la substance blanche , ou de sécréter un principe qui agit dans celte dernière (i) , le tout à cause du grand nombre de vaisseaux qu'elle reçoit. Ou suppose que la substance grise est la matrice de la médullaire :
i° Parce qu'elle est généralement répandue; car non seulement elle recouvre toutes les extrémités nerveuses , et forme, par exemple, une grande partie de la membrane pituitaire, la rétine, la gélatine dans laquelle nagent les extrémités du nerf auditif et le réseau muqueux de Malpighi , mais encore accompagne les nerfs dans tout leur trajet.
2° Parce qu'on en trouve des amas partout où la substance médullaire devient plus abondante, et est appelée à remplir des fonctions plus élevées.
Mais ces deux circonstances ne suffisent pas pour établir que ce soit là réellement la fonction de la substance grise. Il n'est point prouvé qu'elle accompagne les nerfs partout , ni que ce qui entoure leurs terminaisons soit de la substance grise , et si elle abonde sur les points où la substance médullaire augmente elle-même, il se peut faire que ce soit dans un but tout différent de celui qu'on lui assigne. Il est très possible que la présence simultanée , l'adossement et la réaction de ces deux substances, soient nécessaires pour l'accomplissement de certains actes vitaux. Si l'hypothèse dont je viens de parler était l'ondée, la substance grise ne deviendrait probablement pas de plus en plus prédominante, à mesure qu'on descend dans l'échelle animale , et il y auraitpartoul le même rapport entre elle et la substance médullaire.
On n'a pas besoin de supposer des additions de cette substance pour expliquer l'augmentation progressive des nerfs depuis leur extrémité centrale jusqu'à la périphérique (2)^ puisqu'aucun fait ne démontre son existence dans leur intérieur, et qu'il est évident que la substance médullaire peut aussi, par elle-même , augmenter de volume.
(0 Ludwig, De subslanlid cincreâ , LAipsirk, 1 779h) Sprengcl , Inxt. phys. , t. II , p. 191 .
L'hypothèse la plus probable est celle qui représente la substance grise et la blanche comme deux masses dont l'opposition ou le contraste, résultant de la différence qui existe dans leur structure et leur composition chimique, est nécessaire à l'accomplissement des fonctions du système nerveux (1).
180. Cependant l'importance incontestable de la substance grise n'autorise pas à penser qu'elle est plus noble que la médullaire , c'est-à-dire que les changemens spirituels correspondant aux changemens matériels se passent en elles, ainsi que "Wenzel paraît le croire (2), et à ne considérer la substance médullaire que comme un simple conducteur. Reil s'est rapproché davantage de la vérité en disant que les principaux organes de l'âme sont situés autour des amas de substance grise dans l'intérieur du cerveau (3). Haller avait déjà émis avant lui (4) cette opinion, en faveur de laquelle paraît militer la prédominance de la substance grise dans l'embryon et dans les animaux inférieurs à l'homme.
181. Quel est le rapport mutuel des diverses parties du cerveau? forment-elles autant de systèmes à part, liés seulement les uns aux autres ? ou bien sonl-elles toutes des émanations d'une seule partie centrale ? Cette dernière opinion a dominé jusqu'aux temps modernes; mais la première commence à prendre le dessus , modifiée toutefois de plusieurs manières. Elle suppose, soit deux systèmes nerveux opposés l'un à l'autre, soit un plus grand nombre de systèmes coexistans et tous indépendans.
182. La première hypothèse, qui compte les plus ingénieux physiologistes et anatomistes (5) parmi ses défenseurs, oppose
(1) Reil, Archiv fur die Physiologie , t. IX, p. 4S5.
(2) De peniliori cerebri strtict. , p. 69, cap. vi. Cincrea singularum cercbri parlium substanlia videlur priBcipuc id esse, quo propriœ cuivis istarum parlium sensationes efjîciuntur.
(3) Archiv fur diePhys., t. IX, p. 207.
(4) Elem. phys. , t. IV , p. 092. Non ergo in cerebri corticc sens us sedes erit aut plena causoe rnuscularis molus origo ; eritqitc utraque in mcdulla cerebri et cerebclti.
(5) Winslow, Expos, anat., t. 111, p. 220. — Johustone, An essay on Ihe use of the ganglions of ihc nerves , 1771. — PfelEnger, De structurà
DTJ SYSTEME NERVEUX DANS L ETAT NORMAL. 2i>7
au système formé par l'encéphale, la moelle épinièrc et leurs nerfs, celui du grand sympathique , ou du nerf intercostal, répandu dans le cou, la poitrine et le bas-ventre , et n'admet que de simples connexions entre ces deux systèmes, d'ailleurs indépendans.
Comme le premier se distribue principalement aux organes qui mettent le corps dans un rapport spirituel avec les objets extérieurs, et qui sont soumis à l'empire de la volonté, tandis que le second se répand dans des organes qui n'ont que des rapports purement matériels avec le dehors, on a nommé l'un système nerveux de la vie animale, l'autre système nerveux de la vie organique , nutritive ou automatique.
D'après cette hypothèse, les ganglions, formés de filamens médullaires etd'une substance grise, sont autant de petits cerveaux épars, d'où naît le nerf sympathique. Les ganglions qui forment les centres de ce système sont situés, les uns dans son intérieur, sur la ligne médiane du corps , ou auprès, et les autres sur ses limites. Des premiers proviennent les nerfs qui se rendent aux organes de la circulation, de la digestion, de la sécrétion urinaire , en partie aussi à ceux de la génération, et les filets qui unissent ces ganglions internes avec ceux qui se trouvent placés sur la limite. Ces derniers forment une série le long de la colonne vertébrale, de chaque côté. Ils établissent la liaison entre les ganglions internes et les filamens qui en émanent d'une part , et le système de la vie animale de l'autre, parce qu'ils s'unissent avec les nerfs cérébraux et spinaux, au moyen d'un ou de plusieurs filamens.
Dans l'opinion commune, au contraire, le nerf grand sympathique est regardé, soit comme un nerf cérébral, dont le tronc marche des deux côtés , le long de la colonne vertébrale , qui s'unit par des ganglions avec les nerfs spinaux, et dont les branches se gonflent, de dislance en distance, pour produire d'autres ganglions, ou comme un nerf formé de tous les
ncrvnrtim, Strasbourg, îjSô.— Socmmi-rring , Ucbcr tins Or^an (ter Scclc , Konigsberg, 1796, p. g. — Bîchat, Traite de la vie et de. la mort , ch. VI , § iv , p. 76. — Rcii , Anhiù fiir die Physiologie, t. VII, cah. 11. — Gall , Anatomic et physiologie du système nerveux , 1840.
nerfs spinaux. On peut invoquer contre celte opinion, et en faveur de la précédente, les argumens suivans :
i° Ce qu'on appelle le tronc de ce nerf est souvent interrompu, sans aucun trouble dans les organes auxquels il va se rendre. Il n'est pas rare, en effet, de trouver un intervalle très distinct entre deux ou plusieurs ganglions.
2° D'autres ganglions , qui n'appartiennent pas à la sphère du nerf sympathique , sont constamment isolés, et ne communiquent par leurs branches qu'avec les nerfs cérébraux (î).
3° Le tronc est souvent fendu dans le sens de sa longueur, ce qui n'arrive jamais dans les autres nerfs.
4° Le tronc nerveux augmente considérablement d'épaisseur dans son trajet de haut en bas , de sorte qu'il ne peut pas provenir de la cinquième et de la sixième paires cérébrales. On n'est pas non plus fondé à croire qu'il naît de certaines paires intercostales, puisque les branches qui émanent des ganglions sont plus grosses que celles qui leur arrivent des nerfs spinaux.
5° Sa texture est différente. Il est plus mou et plus gris que les autres nerfs.
6° Sa forme extérieure ne ressemble pas non plus à celle des nerfs du système nerveux de la vie animale , car il n'est ni constant ni symétrique.
A la vérité , ces argumens prouvent seulement que le nerf grand sympathique ne naît pas du cerveau ou de la moelle épinière par un seul point , et qu'il présente plusieurs particularités qui le distinguent des autres nerfs ; mais il ne s'ensuit pas qu'il forme un système indépendant du cerveau et de la moelle épinière. Bien loin de la, des expériences récentes semblent donner à penser que, s'il constitue un système à part,
(i) Bichat s'appuie encore sur ce que, dans les animaux, le ganglion cervical supérieur se trouve constamment isolé, et ne communique jamais avec l'inférieur. Mais Cuvier a démontré que cette assertion est erronée. Tiedem'ann (Zoologie, t. II , p. 45.-46, ) et Emniert ( Reil , Avchiv , p. 077) ont étudié avec beaucoup de soin la communication entre le ganglion cervical supérieur et le premier ganglion pectoral, que j'ai aussi trouvée constamment dans tous les oiseaux dont j'ai fait la dissection .
BT . SYSTÈME NERVEUX DANS 1,'ÉTAT NORMAL. 25g
dont les centres sont les ganglions, et qui communique, sur ses limites, avec le système nerveux de la vie animale, cette communication est absolument indispensable pour l'intégrité de ses fonctions, puisque les mouvemens du cœur, qui lui doit principalement ses nerfs, s'arrêtent à jamais lorsque la moelle épiuière a été détruite en entier, ^andis qu'il suffit même d'une très petite portion de cet organe pour qu'ils continuent de s'effectuer (1).
La manière dont les ganglions placés sur' les limites de ce nerf s'unissent ayee les nerfs spinaux semble parler aussi en faveur de cette opinion. Les filets rie communication naissent principalement du cordon antérieur des nerfs intercostaux , qui tient d'une manière immédiate à la moelle épinière , au lieu de provenir du cordon postérieur, le long duquel se trouve un renflement ganglionnaire (2).
Ainsi modifiée, l'opinion dont il s'agit, louchant le nerf grand sympathique , est admissible. C'est même de celte manière que l'ingénieux Johnstone l'a exposée
180. Au lieu d'admettre cette opposition générale entre le système nerveux de la vie organique et celui de la vie animale , Gall considère le système de la vie organique, les nerfs des mouvemens volontaires, les sens, et ceux qui sont, du moins chez les animaux parfaits, les organes proprement dits des fonctions intellectuelles, comme autant de systèmes distincts et indépendans , qui sont bien unis ensemble , et en rapport d'action, mais qui ne proviennent pas les uns des autres. Cependant les systèmes nerveux des sens et des mouvemens volontaires sont composés de la moelle épinière, de la moelle alongée et des nerfs qui en dépendent: ils peuvent donc, ils doivent même être considérés comme un système , puisqu'à l'exception d'un petit nombre, chaque nerf est à la fois nerf de sensation et nerf de mouvement. D'ailleurs, de même qu'en examinant le système nerveux delà vie organique, on ne considère point à part les ganglions et les filets, il n'est pas non plus possible d'étudier les nerfs du scnlimsnl et du mouvement indépen-
(1) Legallois, Bcop, sur te principe ds Ut vicf Pnris , 181a. (a) Scarpn , AnnoL acad. , 1. I , § xi, xn.
20o ÀNA.TOM1E GENERALE.
damaient du cerveau. L'hypothèse précédente est donc plus vraisemblable que celle de Gall.
184. Mais, quoiqu'il soit vrai que le système nerveux de la vie animale et celui de la vie organique diffèrent l'un de l'autre , et que le second est surbordonné au premier, quoique les diverses parties du système nerveux, considéré dans son ensemble, soient unies les unes aux autres de mille manières différentes, ce qui fait qu'elles sont toujours dans un état de réaction et de dépendance mutuelles, on ne peut pas disconvenir non plus que chacune de ces parties ne soit, jusqu'à un certain point , indépendante du reste. Chaque partie du système nerveux se conserve en vertu d'une activité qui lui est propre, et se reproduit constamment elle-même à la faveur du sang qui y afflue. Voilà pourquoi un nerf qu'on a coupé en travers demeure aussi volumineux au-dessous de la section qu'au-dessus. Il n'est pas rarequ'on trouve les nerfs développés, quoiqu'il n'y ait aucune trace ni de cerveau ni de moelle épinière, et l'on voit souvent la moelle épinière se développer parfaitement, quoiqu'il n'y ait pas le moindre vestige de l'encéphale. Lors même que le développement a eu lieu dans toute sa perfection , il n'est pas sans exemple que des lésions considérables du cerveau et de la moelle épinière n'entraînent aucune diminution dans la faculté de se mouvoir et de sentir, surtout lorsqu'elles ne surviennent pas tout-à-coup , mais d'une manière lente et graduelle. Les membres détachés du corps s'agitent aussi lorsqu'on irrite leurs nerfs.
185. En conséquence on s'est élevé, dans ces derniers temps,; contre l'opinion des anciens, qui considéraient les nerfs et même la moelle épinière comme des émanations du cerveau, et l'on a admis que ces parties ne naissent pas de l'encéphale, I iï qu'elles communiquent seulement avec lui. On a même prétendu que l'apparition du système nerveux de la vie organique précédait celle du système nerveux de la vie animale (1).
Cependant on paraît avoir été trop loin de ce côté, car i° L'histoire du développement du système nerveux dan.1 (I ..
(1) Ackcrmann, Dcsysl. nervei primordiis, Heidelbcrg, iSi5.
Dl! SYSTÈME NEUVISUX DANS L'ÉTAT NORMAL. l() I
la série animale et dans l'embryon dos mammifères supérieurs, prouve que la partie centrale du système nerveux de la vie animale existe réellement avant ses rayonnemens , et avant le système nerveux de la vie organique. Chez plusieurs vers , au lieu de moelle épinière, on ne trouve qu'un simple cordon, d'où n'émane encore aucun filet. La moelle épinière est la première partie qui se montre dans le poulet, de sorte que cet organe paraît être en quelque sorte la matrice de tout le système nerveux. En effet, on trouve bien la moelle épinière sans le cerveau, mais jamais le cerveau sans la moelle épinière , pas plus chez les animaux que chez les monstres humains. Lorsqu'il y a des nerfs sans cerveau et sans moelle épinière, ces deux organes existaient antérieurement, ou le défaut n'était que partiel. Voilà pourquoi l'extirpation même du cerveau entier peut être supportée. Une petite portion de la moelle épinière suffit pour la vie de la portion du tronc avec laquelle on l'a laissée en communication ; mais si l'on vient à détruire la moelle épinière tout entière, tous les phénomènes vitaux disparaissent (i).
2° Le résultat ordinaire des expériences mêmes qu'on allègue pour prouver que les diverses parties du système nerveux sont indépendantes les unes des autres , démontre que l'activité nerveuse émane , du moins partiellement, et peut-être même presque en entier, des parties centrales. Le membre dont on n coupé le nerf en travers devient plus faible , et fréquemment il maigrit. Les fonctions de toutes les parties cessent aussitôt que la continuité de leurs nerfs est interrompue, même lorsque ces derniers restent en rapport avec elles dans toute leur longueur. Il faut donc, pour que les fonctions du nerf s'exécutent, qu'il communique avec le cerveau et la moelle épinière, circonstance d'où l'on tire en même temps un argument puissant contre l'opinion de ceux qui prétendent que les nerfs renferment partout de la substance grise.
Le nerf a donc la faculté de végéter, de se nourrir, indépendamment des parties centrales ; mais ii naît de ces der-
(i) Lfgalloiu, p. :>a, 33,34, i3i.
2G2 ANATOMIli GENÉKALE.
nières, et il a besoin de communiquer avec elles pour animer complètement les organes auxquels il se rend.
186. Quelle est la fonction (1) du système nerveux? quel rapport existe-t-il entre sa structure, soit en général, soit dans chacune de ses parties, et cette fonction ?
La fonction du système nerveux consiste à produire l'acte qui marche de front avec l'activité deTesprit, les phénomènes de sensibilité ou d'intelligence. C'est par conséquent aussi le système, sensitif. Voilà pourquoi un état parfaitement normal de ce système est indispensable pour la production normale de ces phénomènes.
Mais ses diverses parties ont des fonctions différentes. Les
(1) Voyez à ce sujet Lobstein , Discours sur la prééminence du système nerveux dans l'économie animale et l'importance d'une étude approfondie de ce système, Strasbourg, 1821. — Charles Bell, Recherches anatomiques et physiologiques sur le système nerveux; dans Journal de physiologie , t. 1 , 1821 , p. 384, t. II , 1822 , p. 66. — Mémoire sur les nerfs qui coordonnent l'action des muscles du thorax dans la respiration , la parole et l'expression; dans Archives générales de médecine, janvier 1823, p. 104, septembre 1823, p. 109. — Shaw, Expériences sur le système nerveux; dans London mcd. and phys. Journal, décembre 1822, juin 1823. Voyez aussi Journal de phys. exp., t. II, p. 77; Archiv. gèn. de mèd. , août 1823 , p. 5i 1. — Desmoulins , Recherches anatomiques et physiologiques sur le système nerveux des poissons; dans Journ. de phys. cxp. t. II , p. 348; Jd. Exposition succincte du développement et des fonctions du système cérébrospinal, dans Archiv. gcn.de mèd., juin 1S23, p. 223; Td. Exposition succincte du développement et des fonctions des systèmes nerveux latéraux des organes des sens et de ceux des mouvemens dans tes animaux vertébrés , même recueil, décembre 1823, p. 571. — Magendie , Expériences sur les fonctions des racines des nerfs qui naissent de la moelle epinière; dans Journ. de phys. exp., t. II, p. 276.-366. — Rolando, Exp. sur les fond, du syst. nerv., même recueil , t. III , p. 95. — Coster, Expériences sur le syst. nerv. , publiées en Italie en 1819, et répétées en France en i8a3; dans Archiv, gèn. de mèd., mars 1823, p. 55g. — Fodera , Recherches expérim. sur le syst. nerv.; dans Journ. de phys. exp., t. III, p. 191, et dans Journ. compl. du Dict. des se. mèd. , t. XVI, p. 290, t. XVII, p. 97. — Tréviranus , Essai d'une détermination du rapport des diff. org. cérébraux aux div. manifestations de la vie intellectuelle , même recueil, t. XVII, p. i3. — Id.Sur les organes cérébraux, les nerfs de la vie végétative et sensitive, et leurs connexions naturelles; même recueil, t. XVI, p. 1 1 3. — Id. , Sur les différences qui existent, relativement à lu forme et à la si-
nerfs conduisent les impressions qui arrivent à leur extrémité centrale vers leur extrémité opposée, et produisent ainsi des changemens dans les organes auxquels parviennent ces impressions. Ces changemens dépendent de la nature des organes. Ils consistent en sensations dans la partie centrale', et en changernens de volume ou mouvemens , et modifications de la configuration dans les organes différens du système nerveux.
187. Les nerfs jouissent de la faculté conductrice. En voici les preuves :
i° La propagation des impressions externes ou internes est interrompue quand la continuité ou les connexions viennent à cesser entre la partie centrale et les organes en général. De là
tuation du cerveau dans les différentes classes da règne animal; même recueil, t. XVI J , p. 216, t. XVIII, p. 255. — Desmoulins, Mémoire sur le défaut d'unité de composition du système nerveux , et sur la concordance de ce défaut avec l'irrégularité des facultés des animaux ; même recueil, t. XVIII, p. 97. — Wilson Philipp, De l'influence du galvanisme sur la digestion et la respiration , lors de la section des nerfs pncumo-gaslriques ; dans Arcliiv. gèn.de mèd. , mai 182J, p. 1 44-- — Humboldt, Résultats d'expér. faites sur les actions galvaniques , et sur les effets de la section longitudinale et de la ligature des nerfs , même recueil, octobre 1823, p. 292. — Breschet, M. Edwards et Vavasseur, De l'influence du syst. nerv. sur la digestion stomacale, même recueil, août 1825, p. 4/9- — Ces trois derniers mémoires établissent l'analogie entre les efléts du galvanisme et certains phénomènes dépendans de l'action du système nerveux. Wilson Philipp est le premier qui ait essayé de rétablir l'action de l'estomac suspendue par la section des nerfs de la paire vague, en Faisant passer à travers cet organe un courant galvanique continu, transmis par l'extrémité inférieure des nerfs coupés. Les observations de Charles Bell sur les nerfs simples et composés, et celles de Magendie sur les fonctions différentes des deux racines des nerfs rachidiens, sont, avec celles de Philipp , les plus importantes dont la physiologie se soit enrichie depuis le commencement du siècle. Il faut cependant convenir que la théorie de Charles Bell se trouve déjà indiquée, et même, jusqu'à un certain point, développée, dans divers ouvrages de Lamarck, entre autres dans su Philosophie zoologique. — Voyez aussi Vavasseur , De l influence du système nerveux sur la digestion stomacale, Paris , i8s3. — Fo- Vtilè et l'inel Grandchamp, Recherches sur te siège 'spécial des différentes fonctions du système nerveux, Paris, i8î3. — Flourens, Recherches expénmcnlulcs sur les fondions et les propriclés du système nerveux dans tes animaux vertébrés , Paris, 1824. ( Note des traducteurs. )
264 ANATOMIE CÉnÉRALE.
la perte du sentiment , du mouvement et de la faculté sécrétoire , aussitôt que le nerf d'un organe vient à être coupé ou comprimé, soit par une ligature, soit par une tumeur voisine, dans son trajet, a son origine, ou a son entrée dans l'organe. De là l'anosmie dans un cas de tumeur squirrheusc comprimant le nerf olfactif (1) , la surdité dans un autre cas où le nerf auditif était comprimé de la même manière (2) , le strabisme chez un sujet dont l'origine du nerf de la sixième paire cérébrale était comprimée également par une tumeur(5), la cécité clans un cas de compression du nerf optique par un anévrysme de l'artère carotide située dans le crâne (4) , la paralysie complète du bras par la tuméfaction des ganglions lymphatiques de l'aisselle , exerçant une forte pression sur le plexus brachial (5). De là le trouble et même la suspension complète de la digestion et la perte de la voix, à la suite de la section ou de la ligature du nerf de la paire vague, qui se rend aux organes chargés d'accomplir ces fonctions (6). De là la disparition souvent subite de douleurs violentes que rien ne pouvait apaiser, par la section des nerfs de la partie malade , et quelquefois leur cessation temporaire par le seul fait même de la compression de ces nerfs. De là enfin l'heureux emploi qu'on fait de cette ressource contre le tic douloureux de la face et les douleurs analogues fixées dans d'autres parties. II résulte de là que la sensibilité et la mobilité sont anéanties dans un nombre d'autant plus grand de parties que le nerf a été lié ou coupé plus près de son origine. Lorsque la perle des deux facultés est due à la ligature ou à la compression , on les voit reparaître dès que celle-ci cesse d'agir.
a" La propagation des impressions externes ou internes continue de se faire, d'un côté, entre le point comprimé et
(1) Loder, De tumorc scirrhoso et nrgano olfactus , Jcna, 1779.
(2) Sandil'ort , Obs. anal, patlwt. lib. I , c. IX, p. 117.
(3) Yclloly, dans Med. chirurg, trans. , vol. 1,XVI.
(4) Blanc, dans Trans. of a soc. for impr. of med. and chir. hnoxvl. , vol. II , p. i()5.
(5) Van-Swieten, Comm. in Boerhaav. Aplior. , t. I , p. 222.
(6) Legallois a rassemblé toutes les citations anciennes et nouvelles des expériences laites à ce sujet ( toc. cit. , p. 164 ).
DU SYSTÈME NERVEUX DANS i/ÉTAT NORMAL. 2^5
la partie centrale, de l'autre, entre ce même point et l'organe auquel se rend le nerf. Quand on touche les parties d'un membre situées au-dessus de l'endroit où son nerf a été, soit coupé, soit lié, on excite une sensation dont l'intensité dépend de la manière dont le contact a eu lieu, et du degré de force qu'on lui a donné. Le mouvement s'opère même dans un membre détaché du corps, lorsqu'on irrite le nerf, quoique l'irritation des parties situées au-dessus de la section, celle du cerveau, ou les changemens qui surviennent dans l'encéphale, n'exercent aucune influence sur les mouvemens d'un membre dont on n'a fait que lier le nerf.
5° Le degré de sensibilité et de motilité d'un organe dépend, toutes choses égales d'ailleurs, du volume des nerfs qu'il reçoit. De là la grosseur des nerfs des organes des sens , qui contribue vraisemblablement à les rendre susceptibles d'être affectés par certaines qualités des corps , quoique la structure de l'organe auquel ils se rendent, leur mode de distribution, et la différence qui existe dans la structure interne des nerfs eux-mêmes soient les principales sources de cette faculté. Voilà pourquoi les muscles de l'œil, qui se meuvent continuellement, sont aussi ceux de tous qui reçoivent les nerfs les plus gros et les plus nombreux. A la vérité les nerfs du cœur ne sont ni aussi volumineux ni en aussi grand nombre que dans les autres muscles ; mais ils proviennent de ganglions qui communiquent avec la moelle épinière tout entière , et d'ailleurs la substance médullaire y est plus abondante, en proportion du névrilemme , que dans les autres nerfs.
4" La partie centrale du système nerveux n'éprouve aucun changement à la suite des impressions intérieures faites sur des organes qui ne reçoivent pas de nerfs. Ces organe? sont insensibles. ( § 1 14. )
188. Les impressions extérieures et intérieures sont en général conduites toujours suivant la même direction. Il est rare, ou même il n'arrive jamais, qu'en touchant un nerf le long de son trajet , on détermine des mouvemens dans lc9 muscles dont les filets nerveux parlent de ce tronc, entre le point de contact et la partie centrale. Ainsi l'influx nerveux
266 ANATOMIli GÉNÉRALE.
qui doil faire naître des changemens dans les organes externes, se dirige toujours d'une manière immédiate vers la périphérie.
189. Comme les phénomènes qui résultent de la faculté conductrice des nerfs se réduisent, en dernière analyse, à des sensations et à des mouvemens, on a divisé les nerfs en moteurs, sensitifs et mixtes. Mais cette classification ne vaut rien, car s'il y a bien quelques nerfs qui sont exclusivement destinés à des sensations, tels que l'olfactif, l'optique et l'auditif, il n'y en a point qui ne servent qu'aux mouvemens; ceux qui se rendent dans les muscles seulement, ont, en effet, la faculté de propager des impressions de leur extrémité périphérique à l'intérieur.
190. Les mêmes nerfs conduisent des impressions extérieures et des impressions intérieures, puisque la section d'un de ces cordons détruit à la fois le sentiment et le mouvement. La division de ces organes en nerfs moteurs et sensitifs est encore inexacte sous ce second point de vue.
Au contraire, lesphénomènesrapportésprécédeinment(§ 188) font conjecturer avec beaucoup de vraisemblance qu'il y a dans un même nerf des libres différentes, destinées à conduire, les unes des impressions intérieures seulement, et les autres des impressions extérieures. Au moins parvient-on à les expliquer d'une manière assez satisfaisante dans cette hypothèse. A la vérité, il n'y a pas de différence apparente dans la disposition des fibres; mais nous n'en devons rien conclure, puisque la différence peut être assez légère pour échapper à nos sens.
Cette hypothèse est d'ailleurs plus probable que celle dans laquelle on suppose que la faculté conductrice du dehors au dedans , et celle du dedans au dehors, ne diffèrent que par le degré, et que la transmission des impressions extérieures exige moins d'énergie que celie des impressions^inlérieures. Les partisans de cette dernière théorie se fondent sur ce qu'on observe plus souvent la perle de la motilité que celle de la sensibilité. Cependant, d'un côté, le cas contraire n'est pas rare non plus, à tel point même que divers physiologistes croient qu'il faul davantage d'énergie pour propager les impressions extérieures ; d'un autre côté , la sensibilité disparaît presque toujours
DU SYSTÈME SEKYEUX DANS l'ÉïAï NOBMAL. 267
entièrement dans la raphanie, quoique la motilité n'éprouve qu'une très légère diminution.
Au reste, la perte de l'une des deux facultés, avec persistance de l'autre, ne peut servir à démontrer, ni l'existence de fibres nerveuses différentes quant au mode de leurpouvoir conducteur, ni la nécessité d'une énergie plus grande pour la propagation des impressions, soit extérieures, soit intérieures, puisqu'il est incontestable que la cause de la perte du sentiment et du mouvement tient à l'état anormal , non du nerf conducteur , mais du centre auquel il aboutit, ou de l'organe dans lequel s'épanouit son extrémité périphérique.
Il est encore bien moins admissible que la faculté conductrice des impressions extérieures et intérieures réside dans une substance différente, savoir, celle des impressions internes dans la substance médullaire, et l'autre dans le névrilemme. Rien n'est plus facile que de réfuter tous les argumens invoqués à l'appui de cette hypothèse invraisemblable (i).
Tout bien considéré, ce qu'il y a de plus probable, c'est: i° que la faculté conductrice a son siège dans la substance médullaire seule, et non dans le névrilemme ; 2° que tous les faisceaux et toutes les fibres des nerfs remplissent également la fonction de transmettre les impressions extérieures et intérieures, absolument comme les mêmes fibres musculaires se contractent, tantôt dans un sens, et tantôt dans le sens opposé.
J91. Les faits suivans démontrent que les nerfs jouissent seulement de la faculté conductrice , c'est-à-dire qu'ils ne sont que des conditions médiates, mais nécessaires, pour la production des phénomènes intellectuels, à la suite des impressions transmises par eux au centre du système nerveux, et que, du moins chez l'homme, le cerveau est le seul organe dans lequel il s'opère des changemens qui coïncident avec les phénomènes de l'intelligence.
i" Il n'y a quela portion des nerfs séparée du reste du système nerveux par une section ou par la compression , qui
(') Trcviranus , Sur la force nerveuse et ses effets; dans Physiot. Frug ™nlc,t. I, Hanovre, 1797, t. II,. 799.
AN ATOiMIE GlîNiiRALK.
ne procure aucune sensation , et qui perde la faculté d'exciter les uiouvemens volontaires.
2° Les actes intellectuels demeurent dans un état d'intégrité parfaite, lorsque la communication est interrompue entre le cerveau et le reste du système nerveux, avec paralysie de toutes les parties du corps situées au-dessous de la lésion, par exemple, clans les luxations ou fractures des vertèbres du cou, qui s'accompagnent de compression de la moelle épinière (i).
3° Les fondons intellectuelles sont plus ou moins lésées par la compression, l'irritation, la destruction, la commotion violente du cerveau; par les changemens survenus dans ses qualités physiques ; par l'afflux trop ou trop peu considérable du sang vers cet organe; en un mot, par toutes les anomalies qu'il peut offrir, quoique la structure des autres portions du système nerveux soit parfaitement normale.
4° Ces lésions disparaissent dès que la cause qui agissait sur le cerveau est éloignée , ou que l'action de l'organe est ramenée à son rhythme normal.
5° Le développement des facultés intellectuelles suit pas à pas celui du cerveau, sous le rapport de la masse, de la configuration , de la composition chimique et de la distinction des deux substances , tant dans l'embryon que dans l'échelle animale. Mais on ne doit pas perdre de vue qu'on n'évalue avec exactitude l'augmentation de l'encéphale en volume qu'en comparant ensemble le cerveau et les nerfs. Les grands animaux ont un cerveau , considéré d'une manière absolue , plus gros que les petits, et quelquefois même plus volumineux que l'homme. Chez plusieurs aussi il est plus gros que chez d'autres, en proportion du corps, sans que les facultés
(i) Vicq-d'Azyr a vu la paralysie des extrémités et des sphincters de l'anus et de la vessie, avec insensibilité de tout le corps, la tète exceptée, à la suite d'une lésion de la portiun cervicale de la moelle épinière ( Encyc. method., Mid. Anal, palliol. , p. 264 )• Ludwig a observé la perte du mouvement et du sentiment dans tout le corps après une fracture des quatrième et cinquième vertèbres cervicales; le sujet demeura en pleine connaissance pendant seize jours ( Advcrs. mcd. pr. , t. III , p. 5oj ).
intellectuelles soient plus développées pour cela. Au contraire, il y a constamment un rapport direct entre le développement de l'intelligence et l'augmentation de la masse du cerveau comparée à celle des nerfs. Ce rapport n'est nulle part plus favorable que dans l'homme.
6° On sent que la pensée, qui a très positivement son siège dans la tête , exige des efforts et cause de la fatigue.
70 Le cerveau, quoique uni au reste du système nerveux, forme cependant un organe à part et parfaitement distinct, qui est destiné à remplir des fonctions spéciales.
8° Après l'amputation d'un membre douloureux, le sujet croit encore y ressentir les douleurs qu'il éprouve quelquefois au moignon.
192. La plupart de ces faits , notamment le second, le quatrième, le cinquième, le sixième et le septième, prouvent en même temps que, du moins chez l'homme et chez les animaux supérieurs, le cerveau est la seule des parties centrales du système nerveux qui coopère aux phénomènes d'intelligence , et que la moelle épinière n'y prend point une part directe.
193. Le cerveau agit-il tout entier dans toutes les opérations de l'intelligence , ou bien certains phénomènes intellectuels se passent-ils spécialement dans telle ou telle de ses parties? Dans l'une et l'autre supposition, existe-t^il ou non un point plus ou moins étendu, dans l'encéphale, qui soit le siège de la source primitive de toute vie , spirituelle ou corporelle, sous ce point de vue que les changemens locaux ou généraux qui se passent dans la masse cérébrale se réfléchiraient sur lui , et qu'il serait le point de départ de toute influence cérébrale sur les nerfs?
L'observation et les expériences seules peuvent aider a résoudre ces questions.
Les argumens qu'on fait valoir en faveur de la première opinion, sont :
i° Qu'une portion considérable du cerveau peut être détruite sans qu'on observe une diminution sensible dans les facultés intellectuelles ;
2° Que la destruction de la même partie du cerveau n'en-
traîne pas nécessairement toujours celle de la même faculté intellectuelle.
5° Que la complication du cerveau reste la même, tandis que sa masse et son volume augmentent en proportion du développement de l'intelligence.
On pourrait conclure de là que la masse cérébrale agit tout entière dans toutes les opérations intellectuelles , et Qu'une partie de cet organe peut très bien remplacer celles qui viennent à être détruites , en redoublant elle-même d'activité.
Quant à la seconde hypothèse , les faits suivans militent en sa faveur :
i" La diversité des opérations intellectuelles et des qualités morales, qui paraît correspondre à la structure compliquée et constante du cerveau ;
1" Le développement de certaines parties du cerveau, qui coïncide avec celui de certaines facultés intellectuelles, et réciproquement.
Il est vrai que les argumens favorables à la première hypothèse peuvent être invoqués contre la seconde. Mais il faut remarquer :
i" Qu'il est bien difficile que deux lésions d'une seule et même partie se ressemblent parfaitement ;
20 Que la symétrie et la duplicité des parties cérébrales peuvent faire que la lésion d'une des deux moitiés n'entraîne aucun inconvénient.
3" Que des parties mêmes qui ne se correspondent pas entièrement peuvent se suppléer , lorsque l'une d'entre elles vient à être détruite ou à manquer originellement. La grande uniformité de texture des diverses parties du cerveau rend cette hypothèse très probable, puisqu'on voit des organes aussi différemment organisés que la peau, les reins, le canal intestinal, les poumons, les mamelles, le péritoine, etc. , se remplacer l'un l'autre.
11 n'est donc point hors de vraisemblance que les diverses facultés de l'âme aient des organes différens dans le cerveau , tout aussi bien que les diverses fondions corporelles et les divers actes d'une seule et même fonction sont exécutés dans le corps par des organes différens ; mais le siège de ces facultés est dif-
ficile à assigner. Tout ce qu'on peut affirmer , c'est que celles d'un ordre secondaire résident dans les parties inférieures et postérieures du cerveau , tandis que les plus nobles sont inhérentes aux antérieures et supérieures. En effet :
i°Lcs parties inférieures se retrouvent dans tous les animaux vertébrés, à commencer par ceux qui occupent le dernier échelon.
2° Elles n'offrent pas de différences considérables dans les divers animaux.
3° A mesure que les facultés intellectuelles se perfectionnent dans la série animale, et chez les divers individus d'une même espèce , on voit la masse cérébrale croître en haut , en avant èt sur les côtés, les hémisphères s'agrandir proportionnellement, à l'égard des parties inférieures de l'encéphale , et le cerveau proprement dit grossir comparativement au cervelet.
19/j. Le système nerveux n'est pas seulement l'organe de l'intelligence. Il anime encore tous les autres organes , parce qu'il existe très probablement avant eux, que l'énergie vitale de ces organes est proportionnelle au volume et au nombre des nerfs qu'ils reçoivent , et que la destruction de leurs nerfs trouble plus ou moins l'accomplissement de toutes leurs fonctions. Y a-t-il une source commune pour cette faculté vivifiante et conservatrice du système nerveux, ou bien est-elle disséminée dans toute son étendue ?
Ce qui prouve que la portion périphérique du système nerveux ne prend aucune part à l'influence conservatrice qu'il exerce sur tout l'organisme, c'est que l'amputation même de tous les membres ne nuit point à la vie. C'est donc incontestablement dans la partie centrale que réside la source de cette faculté. Mais est-elle répandue dans la masse centrale tout entière, ou concentrée dans un point particulier? Elle n'est pas disséminée dans la masse entière ; on peut s'en convaincre en comparant le degré de ténacité de la vie chez les animaux qui ont une masse centrale considérable et chez ceux qui en ont une très faible. La différence qu'on observe sous ce rapport lient vraisemblablement à ce que ces deux conditions sont en opposition directe l'une avec l'autre. Les expériences scmldcnt démontrer que le foyer de la faculté conservatrice
ANA.TOMIE GÉNÉllAMi.
dont l'inQuence se fait sentir à tout l'organisme, réside dans la moelle alongée , puisque les lésions de celte partie sont plus promptement mortelles que celles de toutes les autres portions de l'encéphale et de la moelle épinière, et qu'on a trouvé ces dernières altérées sans que la vie en eût souffert. Mais l'importance de ce point lient uniquement à ce qu'il est l'origine du nerf de la paire vague , destinée aux organes respiratoires ; car lorsqu'il vient a être offensé , la seconde condition indispensable au maintien de la vie, la conversion du sang veineux en sang artériel dans le poumon , sans laquelle l'énergie vitale ne peut pas se produire, n'existe plus. Aussi, lorsqu'après avoir détruit la moelle alongée , et même séparé la tête du corps , on entretient la respiration par des moyens artificiels, le tronc continue encore de vivre perdant un certain laps de temps , pourvu que la moelle épinière demeure intacte, et qu'on ait soin délier les vaisseaux, afin de prévenir la perte du sang artériel. Mais si l'on détruit la moelle alongée, tous les phénomènes vitaux s'éteignent, quoiqu'on continue d'entretenir la respiration. Si l'on ne détruit qu'une portion de la moelle, la vie ne cesse que dans les organes qui reçoivent leurs nerfs de celte portion. La moelle allongée n'est donc d'une si haute importance pour tout l'organisme que d'une manière médiate. Le véritable foyer de la faculté conservatrice du système nerveux réside dans la partie postérieure et inférieure de l'encéphale, ainsi que dans la moelle épinière, et l'intégrité de toutes ces parties est absolument indispensable pour le maintien de la vie. Ce qui le prouve encore , c'est que la destruction d'une portion de la moelle épinière n'entraîne, instantanément à la vérité, que la cessation des phénomènes vitaux dans les organes auxquels elle envoie des nerfs, mais que les autres organes ne tardent pas à périr aussi, et que leur mort arrive à la même époque où on la voit survenir quand on arrache le cœur sans loucher à la moelle épinière. La destruction du système nerveux paraît donc occasioncr la mort en supprimant la circulation du sang. Voila pourquoi le mouvement du cœur s'affaiblit beaucoup après la destruction d'une portion de la moelle épinière, pourquoi aussi , lorsqu'on a détruit une portion consi
dérable de ce cordon, la vie se maintient d'autant plus longtemps qu'on a soin, en bornant la circulation à un plus petit nombre d'organes, d'établir un rapport plus favorable entre l'espace que le sang doit parcourir et la force qui reste encore dans le cœur après le désordre opéré dans la moelle.
ig5. Le système nerveux sert , en outre, d'intermédiaire à tous les organes. Il les unit les uns aux autres, de manière que les changemens qui surviennent dans l'un, non-seulement sont perçus dans la masse centrale , mais encore déterminent des modifications dans d'autres parties du corps. Il est donc l'organe des sympathies.
196. La texture du système nerveux et les communications sans nombre de ses diverses portions sont extrêmement favorables au développement des sympathies, dont les plexus nerveux paraissent être l'intermédiaire , puisqu'ils confondent tellement ensemble les filets de différens nerfs, que les branches qui se détachent d'une portion de leur circonférence, sont composées de deux ou d'un plus grand nombre de celles qui s'y rendent par un autre point.
Il y a également séparation et réunion de filets nerveux dans les ganglions. Aussi les a-t-on mis à peu près sur la même ligne que les plexus, en leur assignant pour usages :
i° De multiplier les ramifications nerveuses, et de les rendre plus déliées , parce qu'en y entrant , les nerfs abandonnent leur névrilerame, et sont de cette manière réduits à leurs filets constituans, qui, à la sortie, se recouvrent d'une nouvelle enveloppe moins serrée et plus molle ;
2° De fournir des facilités aux branches d'un nerf pour se porter à des organes différens , et de prévenir les dangers qui auraient pu les atteindre dans le cours d'un long trajet ;
3° De réunir en un seul tronc soit plusieurs filets d'un seul nerf ou de nerfs différens, «-oit les diverses racines d'un même nerf (1 ).
(i) Meckcl , Obs. anat. sur un nœud ou ganglion du second rameau de la cinquième, paire des nerfs du cerveau, nouvellement découvert , avec l'examen physiologique du véritable usage des ganglions des nerfs ; dans Mcm. de t l'Ac. de Berlin , 1/40, P- 85 102.— Zinn , ibid. , p. 7.55 ; De. l'cnve/ot/ipe des 1. 18
•2j4 ANAT0MIE GÉNÉRALE.
Mais, alors, on ne conçoit pas pourquoi les ganglions diffèrent tant des plexus, ni même pourquoi ils existent; il paraît donc plus naturel de penser que ces organes servent, d'une manière quelconque , à fortifier l'action nerveuse , opinion que beaucoup de physiologistes, anciens et modernes, ont soutenue, toutefois en la modifiant diversement.
197. Les anciens anatomistes s'attachèrent moins à déterminer les usages des ganglions qu'à en constater l'existence. Cependant Galien paraît avoir pensé qu'ils servent à fortifier les nerfs (1). "Willis (2) et Vieussens (3) croyaient que leur destination est de préparer, de perfectionner ou de modifier d'une manière quelconque le principe qui agit dans les nerfs. On peut regarder comme de simples nuances de cette hypothèse l'opinion de Lancisi (4) , qui les supposait pourvus de fibres musculaires pour accélérer le cours du principe actif des nerfs , pour rendre ce principe plus prompt à obéir aux impulsions de la volonté, et celle de Gorter (5) , qui les crovait destinés à rassembler encore les vaisseaux sanguins dont l'activité favorise l'écoulement du fluide nerveux. Lancisi, Winslow , Lecat , Winter , Johnstone, Pfeffinger, Monro, Bichat, Gall et Reil ont donc vu en eux de petits cerveaux, des cerveaux secondaires , des sources d'accroissement de la puissance nerveuse , parce qu'ils sont composés , comme le cerveau, de substance blanche et de substance grise ; que cette dernière y est aussi riche en vaisseaux que celle de l'encéphale; que dans le fœtus, chez les sujets privés de cerveau par un vice primitif de conformation , ou dont le cerveau a été comprimé par une cause accidentelle,
nerfs, p. i35-i44- — Scarpa , Ann. Acad. Mutina,, 1799, I. I. — Haasc, De gang t. struct. , p. J2 35.
(1) De usa part. corp. hum., 1. XVI, c. v. Obi enim aut tango itinerc nervam est (nalttra) dticliirum , exiguum atit molui miiscuti vehementi minis- Iraturum jibisubstantiam cjus corpàrecrassiori qu'idem, ccBtcra autem simili, intercipit. La découverte des ganglions nerveux est due à Galien.
(2) Descript. nerv. ■ dans Opp. omn. , Genève, i6g5, p. 120.
(3) Neurogr. , p. 193.
(4) Diss. de structura usuque gangliorum annex. Morgagni advers. an. V.
(5) Chirurgia repurgata , Leyde , 174?. , p. 1 84 -
ce qu'on trouve à sa place ressemble beaucoup aux ganglions nerveux pour la couleur et la consistance ; enfin, que les ganglions fournissent des nerfs plus nombreux et plus gros que ceux qu'ils reçoivent. Il n'y a pas jusqu'à l'analogie entre la structure des ganglions nerveux et celle des glandes lymphatiques, qu'on n'allègue à l'appui de celte hypothèse, parce qu'on en conclut qu'il doit y avoir pareillement analogie dans les fonctions.
On est fort éloigné d'avoir démontré l'inexactitude de cette opinion en disant que l'existence des esprits animaux, qui , d'après les anciens physiologistes , étaient produits, élaborés, mis en réserve et poussés avec plus de rapidité par les ganglions, n'est pas démontrée non plus (1) , ou que les organes qui les sécrètent doivent avoir une structure beaucoup plus délicate, de sorte que la substance nerveuse n'augmente pas de masse dans les ganglions , mais que les filets des nerfs s'y divisent seulement en ramifications plus déliées (2) , ou , enfin , que la structure de ces corps ne ressemble pas à celle du cerveau (5). Le principe impondérable qui agit dans les nerfs, n'est pas ce que les anciens qualifiaient du nom d'esprits vitaux ou animaux, et quoique aujourd'hui nous connaissions mieux ses lois, quoique nous soupçonnions qu'il est répandu dans la nature entière, cette connaissance ne change rien à l'état de la question. Nous ne connaissons pas d'organe qui puisse le sécréter autre que la substance grise et la substance blanche , et ces deux substances se trouvent dans les ganglions. Mais, les ganglions ressemblent, par cela même, au cerveau, et bien que l'anatomie des animaux supérieurs ne constate pas cette identité, la comparaison entre les ganglions et le cerveau des animaux inférieurs , ne laisse pas subsister le moindre doute à son égard. En effet, il arrive très souvent , chez ces êtres, que les ganglions disséminés dans diverses parties du corps, ont la même structure, soit interne, soit externe , et le même volume que le cerveau.
(1) Soemmerring, Ncrvcnlchre , p. l3o.
(») Haase, loc. cit., p. 19, aa.
(S) Haasc, loc. cil. , p. a5.
On peut donc considérer cette opinion comme démontrée d'une manière générale , quoique ses diverses modifications renferment quelques erreurs. Ainsi, par exemple, il est faux que, comme le dit Lancisi, les ganglions soient déslinés à déterminer l'afflux des esprits vitaux dans les muscles soumis à l'empire delà volonté; car, bien que cet écrivain soutienne le contraire , les organes qui reçoivent leurs nerfs de' ces renflemens sont précisémenf ceux qui n'obéissent pas à la volonté, tels que le cœur et tous les viscères du bas-ventre. Il est donc beaucoup plus exact de dire , comme Jobnstone, que les ganglions interrompent l'influence de l'action cérébrale sur les organes, et d'admettre, avec Haller et Melzger, qu'ils émoussent les sensations, en un mot, que les organes auxquels ils envoient des nerfs , sont plus isolés que les antres du reste du système nerveux. A la vérité, les nerfs de plusieurs muscles soumis aux décisions de la volonté, présentent aussi des ganglions . mais il n'y a que leur racine postérieure qui contribue à les former, et cette racine ne s'unit à l'antérieure qu'après les avoir produits. Au reste, d'après ce qui précède (§ 182 ), on se trompe en disant que les ganglions sont situés sur le trajet des nerfs , et qu'ils interrompent ainsi l'influence cérébrale: les nerfs sortent des ganglions , et ne tiennent au reste du système nerveux que par des filets intermédiaires; les ganglions sont des centres , et voilà pourquoi les organes qu'ils animent se trouvent isolés.
Il suit de là que plusieurs usages , considérés comme autant de fonctions principales des ganglions, ne sont que des offices subalternes, ou même ne reposent que sur des suppositions gratuites. Ainsi, d'après Zinn, les ganglions serviraient surtout à fournir une enveloppe celluleuse aux nerfsqui en émanent. Mais la tunique celluleuse des nerfs n'a pas avec ces derniers un rapport différent de celui qui existe entre le névrilemmc et la pie-mère, soit de l'encéphale, soit de la moelle épinière : elle se produit partout où un nerf se forme. Les ganglions ne sont pas non plus destinés à réunir des filets différons en un seul tronc, ainsi que le prétendait Mcckel. Cet anatomiste s'appuyait principalement sur le fait des ganglions de la moelle épinière; mais Haase a déjà démontré
l'inexactitude du fait lui-même. Il est vrai que les filets ner veux se ramifient et s'entrelacent de mille manières dans les ganglions composés , mais ils ne s'y comportent pas autrement que dans le. cerveau et la moelle épinière. On est donc plus fondé adiré que les ganglions établissent une opposition entre les nerfs qu'ils fournissent et ceux qu'ils reçoivent, puisque les premiers sont tous rougcàtres et mous, et qu'on distingue facilement, par la couleur et par le degré de solidité , la limite établie entre eux et ceux avec lesquels ils s'anastomosent.
198. Le système nerveux présente , durant le cours de la vie, des différences très considérables, soit en lui-même, soit dans ses rapports avec les autres organes (1). Voici quelles sont, à cet égard, les particularités les plus remarquables.
J'ai déjà dit que le système nerveux est un des premiers qui se forment , si même il n'est le premier qui paraisse. Ses parties se montrent-elles, toutes à la fois, ou successivement? et si elles naissent les unes après les autres, dans quel ordre deviennent-elles visibles? Il ne peut pas être question ici de décider si les nerfs paraissent plus tard dans les régions du corps dont la formation est postérieure à celle des autres, que dans les parties qui se montrent les premières, si, par conséquent, ils se développent en premier ou. en dernier lieu dans les membres. Le problème se réduit à déterminer si les parties centrales et les parties périphériques naissent ou non en même temps, et , dans le dernier cas, quelles sont celles qu'on aperçoit avant les autres.
Comme le système nerveux, le système vasculaire et le canal intestinal se forment totalement ou. presque totalement ensemble, la petitesse des objets rend presque impossible de déterminer si ce sont les parties centrales du système nerveux, ou celles qui appartiennent soit aux vaisseaux, soit à l'intestin ,
(1) J. et C. Wenzel , toc. cil., cap. 27 , 28, 29, 5i , 5|.— I. Dxllingcr , Bearmge zur Enlwichtungsgeschichtc des menschlichen Gchirns , Amst. , 1814.— Ackcrmann, De systematis itervci primordiis , Heidclbcrg , 181Ô. — Carus, loc. cil., p. 262-26.') et 277-297. — Mcckel , dans Dculschcs Archiv fur die Physiologie, 181 5, t. I , Câh. 1 et 3.
qui paraissent les premières. Cependant l'analogie se prononce en faveur de la première hypothèse; car, d'un côté, on ne trouve, dans plusieurs vers, qu'un seul cordon, qui parcourt toute la longueur du corps sans donner de nerfs; et, d'un autre côté, divers organes, en particulier le cœur, le canal intestinal, considérés dans la série animale, et même le corp< entier de l'embryon, se forment de cette manière, c'est-àdire qu'on voit paraître d'abord le tronc, et ensuite les branches qui en sortent.
Mais quelles sont celles des parties centrales qui se montrent les premières? Il y a deux masses centrales , formées, l'une par l'encéphale et la moelle épinière, l'autre par les ganglions du nerf grandsympathique. Celle-là paraît-elle avant celle-ci? et l'origine même de certaines portions de ces deux masses est-elle antérieure à celle des autres ? L'opinion qui paraît la plus probable est celle qui attribue la priorité à l'encéphale et à la moelle épinière. Elle repose, d'une part, sur les observations fournies par l'embryon (1), de l'autre , sur l'analogie avec le développement du système nerveux dans la série animale; car la portion du système qu'on trouve chez les animaux imparfaits correspond h cette partie.
Les mêmes motifs semblent devoir faire penser que la moelle épinière se forme aussi avant le cerveau On peut encore y joindre ceux-ci.
a. Le volume de l'encéphale, proportionnel à celui delà moelle , va toujours en diminuant, à mesure qu'on descend dans l'échelle animale.
b. La moelle arrive à sa perfection bien avant que le cerveau n'ait atteint la sienne.
c. Il n'est pas rare de voir naître des fœtus incomplètement développés, qui manquent de la moitié supérieure du corps , et par conséquent du cerveau ; mais on n'en rencontre jamais dans lesquels il ne se soit formé que le cerveau et la moitié supérieure du corps.
(1) Malpighi, De ovo incubato ; dans Opp. anat., Londres , i6S6, p. 4> Post diem integrum... ires amptiores vcsiculœ, cum productâ spinali nic-
dullâ... et dans l'Appendice : Elabenlc die... spinali mcdullœ... cui vcsiculœ
cerèbri appendebantur.
DU SYSTÈME NERVEUX DANS L'ÉTAT NORMAL. l'jCy
On a encore cherché a faire valoir d'autres argumens en faveur de la priorité de la moelle épinière. On a même cru pouvoir démontrer qu'elle était indispensable, en disant que l'organe central de la vie sensilive doit, de toute nécessité, se développer en même temps que le cœur, centre de la vie organique (i). Mais comme, dans l'embryon, la moelle épinière naît avant le cœur ; comme, dans les animaux, on rencontre des nerfs et même une moelle épinière sans véritable cœur (insectes); comme, chez les animaux invertébrés, on n'observe rien de constant dans la situation du cœur, quoique celle des parties centrales du système nerveux soit constante , cette explication, imaginée pour établir que la moelle épinière doit nécessairement précéder l'encéphale , est tout aussi peu plausible que le sont la plupart des explications du même genre.
Ackermann a émis une autre opinion, qui a déjà contre elle de ne point reposer sur l'observation. Il pense que le nerf sympathique se forme le premier, et que sa priorité est également nécessaire, parce que le cœur, organe dans lequel l'énergie vitale réside au plus haut degré , est le centre de la vie organique. Suivant Ackermann , en effet, les globules du sang pénètrent à travers la substance du cœur, et se disposent en séries pour produire des fibres nerveuses, dont il regarde la transparence et la mollesse comme une autre preuve de cette priorité. Il admet que le système nerveux gagne le crâne , le long des gros vaisseaux qui naissent du cœur, et augmente peu à peu de masse pour former l'encéphale et la moelle épinière, de sorte que celle-ci se produit la dernière , et nu'elle n'est qu'un prolongement du cerveau et du cervelet. On peut opposer à cette hypothèse la plupart des objections au moyen desquelles on combat celle d'après laquelle le système nerveux doit nécessairement naître en même temps que le cœur, pour faire contraste avec lui, et citer aussi les argumens qui démontrent la priorité de la moelle épinière. A la vérité, Ackermann admet cette priorité de la moelle , qu'il interprète d'une manière favorable à son système, 'en disant que le système nerveux des animaux sans vertèbres correspond au nerf
d) Carus, loc. cil. , p. 78.
grand sympathique des animaux supérieurs, et non à leur encéphale ni a leur moelle épinière : mais ce rapprochement n'est pas juste. En effet, la disposition du système nerveux dans les animaux invertébrés fournit des données suffisantes pour le rapprocher du système cérébro-spinal. C'est de sa portion centrale qu'émanent les nerfs qu'on voit sortir du môme lieu chez les animaux supérieurs. Quelques unes de ses parties acquièrent un développement qui les rapproche du cerveau dans les animaux invertébrés des classes supérieures , tels que les mollusques céphalopodes. Enfin, chez ces mêmes animaux, on voit se former un second système nerveux, correspondant au nerf sympathique, et qui communique avec l'autre de la même manière que dans les animaux supérieurs. Ajoutons encore que, si l'hypothèse d'Ackermann était fondée , il devrait y avoir une époque de la vie où le nerf sympathique l'emporterait de beaucoup sur l'encéphale et la moelle épinière, où il serait du moins très développé proportionnellement à eux; mais c'est ce qu'on n'observe pas. D'ailleurs les expériences de Legallois ont prouvé que la vie du nerf sympathique et des organes qu'il anime dépend de la moelle épinière , ce qui n'aurait pas lieu s'il se formait avant toutes les autres parties du cerveau , et si la moelle n'était qu'une de ses expansions.
Dans l'hypothèse d'Ackermann , la formation de la moelle épinière ne précède pas celle de l'encéphale. Ce physiologiste croit renverser l'argument tiré des acéphales , en disant que , dans cette monstruosité, le cerveau ne manque jamais primitivement, et qu'il est détruit par une maladie. Mais cette étiologie de l'acéphalie n'est admissible qu'autant qu'il s'agit des monstres dont le corps s'est parfaitement développé, à l'exception du crâne seul. Là, en effet, se trouvent réunies les circonstances qui autorisent à penser que le cerveau, développé d'une manière plus ou moins irrégulière, d'après le type fondamental de l'embryon , a été détruit par une accumulation de sérosité. Mais il faut bien distinguer de ces cas celui des véritables acéphales, qui manquent souvent de la plus grande partie de la moitié supérieure du corps , sans qu'on aperçoive aucune trace de destruction. D'ailleurs, quand bien même cet argument
en faveur do la priorité de la moelle serait renversé, tons les autres n'en conserveraient pas moins pleine et entière force.
19g. II est donc à peu près démontré que la moelle épinière est la partie du système nerveux qui paraît la première. Mais bientôt après , le cerveau se montre à son sommet. Cette conjecture acquiert un haut degré de vraisemblance par la marche du développement de cet organe clans l'embryon et clans la série animale, puisque les parties situées le plus en avant, et par conséquent les plus éloignées du foyer primitif de la moelle épinière, sont celles qui se développent le plus tard, c'est-à-dire qui paraissent et grossissent les dernières. De même , le nerf grand sympathique se développe au-devant de la moelle épinière , sous la forme d'une série de ganglions, qui communiquent entre eux et avec elle par des cordons médullaires. L'encéphale et le nerf sympathique présentent plus long-temps que la moelle épinière le caractère dislinclif des formations secondaires ; ils le gardent même pendant toute la vie, puisque les diverses masses ganglionnaires qui les constituent ne se réunissent pas en une seule, et représentent une série d'organes plus ou moins rapprochés , comme dans le système nerveux des animaux sans vertèbres. Au contraire , la moelle épinière se rassemble en une seule masse, dans laquelle on ne peut plus distinguer que deux moitiés latérales, et qui, examinée de la tête à la queue , ne semble nulle part formée d'une série de ganglions. Le nerf grand symphatique , qui n'est qu'une répétition imparfaite de cet organe, paraît naître plus tard encore que le cerveau, si l'on en juge d'après son imperfection ; car les masses qui le forment sont encore plus distantes et plus écartées que celles de l'encéphale.
200. Le système nerveux est, proportion gardée, bien plus volumineux, plus mou et plus abreuvé de sucs, dans les premiers temps de la vie qu'aux époques subséquentes. Ce qui fait aussi que la quantité îles liquides y est bien plus considérable, eu égard à celle des solides , c'est que les' parois des excavations qui persistent durant toute la vie, sont d'autant plus minces que l'organisme est plus jeune , et que , dans le nombre de ses cavités, il s'en trouve qui s'effacent de très bonne heure, comme celle de la moelle épinière.
La texture du système nerveux offre cetle différence remarquable aux diverses époques de la vie, qu'il n'y a point d'abord de distinction entre la substance grise et la substance blanche, et que la masse nerveuse tout entière débute par avoir une teinte plus grise. Elle blanchit de meilleure heure dans les nerfs et la moelle épinière que dans l'encéphale, dans l'intérieur duquel la substance médullaire est encore plus foncée que la grise, quelque temps après la naissance, à cause du grand nombre de vaisseaux qu'elle reçoit. Les parties inférieures du cerveau prennent l'aspect médullaire avant les supérieures.
Le système nerveux présente encore quelques autres différences aux diverses époques de la vie. Sa surface est d'abord parfaitement lisse, et son volume proportionnel ne demeure point le même, non plus que la forme de ses diverses parties. Ainsi, dans le principe, la moelle épinière remplit toute la longueur du canal vertébral, le cervelet est plus petit que les tubercules quadrijumeaux . et ceux-ci égalent le cerveau proprement dit en volume.
201. Quant aux différences qui tiennentau sexe et aux races, nous citerons le volume du cerveau, plus considérable, en proportion des nerfs et du reste du corps, dans la femme que dans l'homme, et le rapport inverse qu'on observe chez le nègre.
ARTICLE II
DU SYSTÈME NERVEUX DANS l'ÉTAT Ai\ORMAL.
202. Je commencerai l'histoire des anomalies du système nerveux par celle des lésions accidentelles qu'il peut éprouver dans sa forme, attendu qu'elles me fourniront tout naturellement l'occasion d'examiner ses facultés régénératrices.
Les changemens que les plaies des nerfs déterminent dans la structure de ces organes diffèrent beaucoup de ceux que les autres parties du corps offrent en pareille circonstance.
Les extrémités d'un nerf dont on a fait la section se gon-
fient toujours en un tubercule plus ou moins considérable (1). Ce tubercule a une couleur grisâtre; il est souvent si solide et si dur que le scalpel s'émousse en le coupant, et fait entendre un bruit semblable à celui que produirait son action sur un cartilage. Le volume de ce tubercule est en raison directe de l'abondance du tissu cellulaire, et du temps qui s'est écoulé depuis la blessure. Non seulement il grossit avec le temps, mais encore il devient plus dur. Celui qui garnit l'extrémité supérieure est plus petit, mais aussi dur que l'inférieur. La portion du nerf située au-dessous de la section est flétrie : elle a perdu la couleur qui la distinguait.
Dans les amputations, ce tubercule ne paraît pas se développer exactement à l'extrémité du nerf coupé; du moins Van Horn (2) a-t-il trouvé , jusqu'à un pouce au-dessous delà plaie, les nerfs confondus avec les bourgeons charnus qui naissaient des muscles, sans qu'on pût les distinguer de la masse. Un mois encore après l'opération, ils étaient rougeâtres, tant en dehors qu'en dedans, et le tubercule, qui se distinguait de l'extrémité du nerf par sa couleur blanche, se trouvait situé plus haut encore. L'extrémité inférieure des nerfs se détruit donc plus ou moins, comme celle de tous les autres organes. Du reste,i on observe également les tubercules sur les grosses et sur les petites branches nerveuses, et ils paraissent persister pendant toute la vie.
ao5. Si la partie inférieure du nerf n'a point été enlevée , elle se réunit avec la supérieure. Mais les observateurs ne sont pas d'accord sur la nature de la substance unissante. Les uns la regardent comme de la véritable substance nerveuse, les aiitres croient que c'est simplement du tissu cellulaire ou de la lymphe coagulée, qui ne peut jamais acquérir la structure particulière des nerfs. De là, la contestation qui s'est élevée touchant la possibilité de la régénération de ces organes.
II y a deux moyens pour se convaincre de la régénération
(>) Arnemann, Ueber die Reproduction der Ncrvcn , Gretlingue, 17S6, P- 48. — Id. Vcrsuchc iiber die Régénération der Ncrvcn , Gœttingue, 1787.
(*) De iis qùce'in parlibux membri, pratscrlim osseis , ninputatione vulneratis notanda tutti . Lr ydc , i8o3, p. 33-55.
284 AKAT0M1E GÉNÉRALE.
d'un organe; ils consistent à étudier ses fondions, et a rechercher la nature de la substance qui s'est formée à la place de la portion enlevée. Le premier moyen est fort incertain , à cause de la disposition mécanique du système nerveux, car il se peut que les filets anastomotiques remplacent le nerf coupé, et qu'une substance imparfaitement analogue à celle qui existe dans l'état normal, suffise pour réunir les deux bouts d'une manière si parfaite que les fonctions s'exécutent ensuite avec une pleine et entière régularité. Le second moyen est plus certain, mais sujet aussi à induire en erreur.
Cruikshank , Haighlon , Fonlana, Michaelis , Monro et Mayer, raisonnant d'après des recherches très diverses, ont refusé aux nerfs la faculté de se régénérer parfaitement. Arnemann, au contraire, s'est cru autorisé, par de nombreuses observations, a la leur accorder: suivant lui, un tissu cellulaire condensé par l'inflammation est toujours le moyen d'union des deux extrémités nerveuses ; il acquiert quelquefois la dureté du cartilage , remplit plus ou moins le vide , suivant que le nerf était plus ou moins entouré de tissu cellulaire, et ne s'unit solidement aux deux bouts du nerf que d'une manière lente et graduelle. Monro a également trouvé une substance intermédiaire , de création nouvelle, qui avait toujours une couleur foncée.
Fontana crut qu'une véritable substance nerveuse s'était reproduite dans quelques cas où il avait excisé un lambeau du nerf intercostal, long de six lignes, parce que les filets nerveux traversaient sans interruption cette substance, pour se rendre d'un bout du nerf a l'autre.
Michaelis enleva des lambeaux de nerfs , longs de neuf à dix lignes, et trouva, au bout do deux à huit semaines, que les deux bouts étaient réunis par une substance qui ressemblait tout-à-fait ou presque entièrement à la substance nerveuse. Avec le secours du microscope , il reconnut que le passage de l'ancien nerf au nouveau était presque insensible.
Mayer, après avoir excisé des lambeaux d'une à deux lignes, trouva les deux bouts du nerf réunis par des filamens plus ou moins déliés, qui, comme la véritable moelle nerveuse, ne se dissolvaient pas dans l'acide nitrique, y devenaient, au con-
traire, plus durs, et possédaient , par conséquent, une des qualités les plus essentielles de cette substance.
Haighton coupa, sur un chien , le nerf de la huitième paire d'un côté, et six semaines après il fit la section de celui du côté opposé; au bout de six mois, l'animal était parfaitement rétabli. Mais tous les chiens auxquels il coupa les deux nerfs de la paire vague, simultanément ou à peu de distance l'un de l'autre, succombèrent. Il conclut de là que la mort n'étaitpas survenue dans le premier cas, parce que l'intervalle de six semaines entre les deux opérations avait suffi pour que la plaie du premier nerf se cicatrisât parfaitement. Cependant il aurait pu se faire que les fonctions eussent été accomplies par les autres nerfs , devenus peut-être plus volumineux. Alors l'animal devait survivre à une nouvelle section, même simultanée, des deux nerfs de la huitième paire. Haighton répéta donc l'opération ; mais l'animal mourut, ce qui lui démontra que le rétablissement des fonctions dépendait réellement de la reproduction de la substance nerveuse.
Arnemann a rejeté toutes les expériences , favorables à la doctrine de la régénération des nerfs, dans lesquelles on s'est contenté de couper des cordons , sans leur faire éprouver une déperdition de substance, en disant qu'il ne s'opère point de reproduction dans ce cas. Mais il n'y a qu'une différence du plus ou moins dans le mode de cicatrisation des plaies avec ou sans perte de substance, puisque les plaies simples ne se réunissent pas non plus d'une manière immédiate , et que la lymphe qu'elles laissent transsuder donne naissance à une nouvelle substance qui réunit leurs deux lèvres. Les expériences rapportées plus haut semblent autoriser à croire que cette substance nouvelle , d'abord homogène dans les plaies de tous les organes, peut finir par se convertir peu à peu en véritable substance nerveuse. Au reste, de ce que la substance naissante a des caractères qui la distinguent de l'ancienne , on ne peut pas conclure qu'elle n'est point réellement de la substance nerveuse, car les os de nouvelle formation diffèrent aussi des anciens par la forme et la structure.
I-es plaies de l'encéphale avec perle de substance se cicatrisent aussi ail moyen d'une substance nouvelle qui s'y dé-
veloppe , mais qui ne ressemble pas non plus à la substance normale de l'organe. Elle est plus jaunâtre, pins facile a distinguer de la substance grise et de la médullaire. La substance jaune de l'encéphale est celle à laquelle elle ressemble le plus. Son tissu est très lâche, mou, et quelquefois .même entièrement mucilagineux. Cependant il n'est pas très rare qu'elle reproduise les circonvolutions cérébrales. La plupart du temps elle remplit entièrement la plaie, donlles bords se rapprochent l'un de l'autre au centre. Une autre circonstance très favorable à la cicatrisation des plaies du cerveau, c'est l'ampliation du ventricule correspondant au côté malade , qui ne porte aucune atteinte ni à la vie , ni même à la santé. Au milieu de la substance cérébrale qui s'est reproduite, on trouve quelquefois une matière visqueuse ou coriace, qu'Arnemann considère principalement comme un résultat de la lymphe coagulable fournie par la plaie du muscle temporal. Elle diffère de la nouvelle substance cérébrale par un tissu plus solide , ainsi que par une couleur plus rouge, et la plupart du temps elle est remplie de vaisseaux nouvellement formés (1).
204. Les principales anomalies que le système nerveux présente, sous le rapport de la forme, sont :
1° L'absence , totale ou partielle. L'absence totale est rare , et coïncide avec un développement fort imparfait de l'organisme entier, qui en est sans doute le résultat (2). L'absence partielle est moins rare. Le plus ordinairement il manque une portion plus ou moins considérable de l'encéphale, et assez souvent alors il arrive que la moelle épinière n'existe pas du tout non plus , ou n'existe que dans une portion de son étendue. Quelquefois aussi le cerveau entier manque, tandis que la moelle épinière est parfaitement développée. Cet état, accompagné ou non de la formation incomplète des parties voisines du corps, porte le nom d 'acéphalie , ou, plus exactement d'anencéphalie. J'en ferai connaître les conditions prin-
(1) Arnemann, Vcrsuchc iibcr das Gehirn tind Riichcnmark , Goettingue, p. 187.
(2) Le seul cas que je connaisse est celui dont Clarke a parlé , Plùl. Irans. , 1793, p. 1 54- 164.
cipales après avoir décrit le cerveau lui-même. Je dirai seulement ici qu on n'a jamais observé l'absence , du moins originelle , de la moelle épinière chez un fœtus dont le cerveau lût développé, et que I'anencéphalie est plus fréquente dans le sexe féminin que dans l'autre.
A l'égard des nerfs, il en manque rarement quelques uns. Le premier degré de celte anomalie est l'interruption partielle d'un tronc nerveux; le système nerveux de la vie organique en fournit assez souvent des exemples (§ 182).
Jamais le système nerveux n'est double ou multiple , à moins que le corps ne le soit aussi.
2° Le trop ou le trop peu de volume.
L'excès de volume est rare , lorsque le système nerveux a d'ailleurs une structure normale. Quant à l'état contraire, la petitesse anomale qui n'arrive pas jusqu'au défaut total, elle n'est pas plus commune que les vices originels de conformation. On observe plus fréquemment Yatrophie du système nerveux, qui peut être primitive, comme dans la phthisie dorsale , ou consécutive , et qu'accompagne la perte de la fonction de l'organe. Ainsi le nerf optique s'atrophie après la destruction de l'œil. Mais alors le nerf ne devient pas seulement plus petit et plus mince; sa texture change aussi , il devient plus dur, plus gris , moins opaque.
On peut encore ranger ici Yhydropisie du système nerveux, dans laquelle il n'y a plus le même rapport entre la masse solide et les fluides, accumulés souvent en quantité énorme. Cet état est plus fréquemment congénial que développé après la naissance. Dans le premier cas, il envahit ordinairement le système nerveux tout entier; dans le second, il demeure borné à quelques unes de ses parties, principalement à l'encéphale.
3° Les anomalies de situation et de configuration sont fort rares, surtout congéniales. Parmi celles qui sont acquises, on doit distinguer les déchirures , auxquelles le cerveau est exposé par suite d'un épanchement de sang dans son intérieur. Les changemens qui en résultent dans cet organe sont du ressort de l'anatomie spéciale.
205. Parmi les altérations de texture du système nerveux, se rangent :
i° Les anomalies dans la couleur. Elles s'offrent rarement sans être accompagnées d'autres altérations de texture. Cependant le système nerveux est quelquefois plus ou moins teint en jaune , partiellement ou totalement , dans l'ictère.
2° La dureté et la mollesse anormales existent seules, ou réunies, de manière qu'une portion du système nerveux est beaucoup plus dure , et l'autre beaucoup plus molle que de coutume. Weinhold assure que les nerfs sont d'une mollesse ou d'une fluidité extraordinaire chez les malades atteints du typhus (î). Le cerveau est tantôt plus mou et tantôt plus dur qu'à l'ordinaire chez les maniaques. Fréquemment aussi il est plus dur dans certains points et plus mou dans d'autres , chez les épileptiques. Dans l'hydrocéphale, presque toujours ses parois sont, non seulement plus minces, mais encore plus molles.
206. Il n'est pas rare que des formations nouvelles se développent dans le système nerveux. Les répétitions des tissus normaux sont extrêmement peu communes. Les os et la graisse sont, à ma connaissance, les seules parties qui se développent quelquefois dans la substance de l'encéphale , plus rarement dans les nerfs, ou autour d'eux. Mais il est très ordinaire de rencontrer le tissu osseux accidentel dans la dure-mère.
Au contraire, il n'est pas rare que des formations tout-à-fait anormales, d'espèces diverses, se développent, soit dans la substance , soit à la surface de ce système , du cerveau surtout.
Les tumeurs enkystées font le passage des répétitions de , tissus normaux à ces formations nouvelles. Elles contiennent des liquides variés. On les rencontre plus rarement dans les nerfs que dans l'encéphale , principalement dans les ventricules et les plexus choroïdes.
Quelquefois il se développe des tumeurs fort dures, arrondies et d'un blanc jaunâtre, qui se rapprochent peut-être des fibro-cartilages , car elles, ont une structure fibreuse , tant dans les nerfs (2) que dans le cerveau. Quand elles se sont déve-
(1) Hufcland, Pvaht. Bibliothck , t. XXXI , p. 101.
(a) Cheaeklen, Anatomy ofthe lutman body , p. a56 tab. 28. — Home,
MJ SYSTÈME OSSEUX. 289
loppées dans les nerfs , elles occupent les intervalles de leurs fibres.
Le cerveau est fréquemment aussi le siège de tumeurs blanches, dures, arrondies, qui ont beaucoup d'analogie avec les tumeurs scrofuleuses , et que des recherches attentives fe* ront sans doute découvrir également dans les autres portions du système nerveux. Presque toujours elles sont très intimement unies à la substance cérébral
D'autres tumeurs, qui ressemblent aux fongus , et qui sont peut-être quelquefois une répétition du tissu muqueux, se rencontrent plus rarement. On ne les a encore trouvées que dans l'encéphale. Elles sont rouges, abondamment pourvues de vaisseaux, molles et très peu adhérentes à la substance du cerveau.
Enfin il se développe des hydatides libres, tant dans les ventricules cérébraux, notamment dans les latéraux, que dans Lia substance même de l'encéphale. En traitant de l'anatomie spéciale du système nerveux, j'examinerai plus au long toutes ces anomalies.