DU SYSTÈME NERVEUX
ARTICLE PREMIER
DU SYSTEME NERVEUX DANS l'eTAT NORMAL.
1 7)5. Le système nerveux (systema nerveuni) (1) de l'homme et de la plupart des animaux, spécialement de tous ceux qui ont une colonne vertébrale, comprend deux portions. L'une a plus ou moins la forme d'un globe, qui se termine par un prolongement semblable à une queue; elle est renfermée dans la cavité du crâne et du rachis. L'autre se compose de rayons alongés, minces, ramifiés, qui, tenant à la première par une de leurs extrémités, qu'on nomme centrale, se répandent dans tout le corps, entre les autres organes, à la structure de la plupart desquels ils concourent par leur autre extrémité ,
(i) Willis, Cercbri anatomc nervorumqtic descriptio et usas, Genève, 1676. — Vieussens, Neurographia universatis , Lyon , 1684. — J.-C. Mayer, Âbhandlung vom Gchirn , Riichcnmarch und dcm Ursprungc der Ncrven, Berlin , 1779. — G. Prochaska, De structura neriorum tractactus anatomietts , Vienne , 1779. — Monro, Observations on thc structure and thc fonctions of thc nervotts System , Edimbourg, 1783. — Vicq d'Azyr , Recherches sur la structure du cerveau; dans Mémoires de l'académie des sciences de Paris , 1781 , 1780. — Pfefunger, Diss. de structura nervorum , Strasbourg, 1782, 178J. — Metzger, Animadvers innés anat. physiol. in doctrinam nervorum , Kûnigsberg, 1783. — Gall et Spurzbeim , Recherches sur le système nerveux, Paris, 1819.— Garns, Analomie und Physiologie des Ncrvensystens, Leipsick , 1814. — Wedemeyer , Physiologische Untersuchungen uber das Ncrwensyslcm und die Respiration. Hanovre, 1817.— Nasse, Ueher das îicrhaltniss des Gchirns und Ruchenmarhs zur Delebung des ubrigen Kôrpers. Halle . 1818. — Georget , De la physiologie du système ncr. veux, spécialement du cerveau ; recherches sur tes maladies nerveuses , etc., Paris, i891.
»l8 ANATOMIE CÉNKUALK.
qu'on appelle périphérique. La première portion , nommée centrale ou interne, se compose de Vencéphale (1) el de la moelle épinière (2); l'autre, appelée extérieure ou péripliérigue, constitue les nerfs (3). Parmi ces derniers, on donne le nom de cérébraux à ceux qui tiennent au cerveau, et celui de spinaux à ceux qui dépendent de la moelle épinière. Leur nombre total est de quarante-deux paires, dont douze cérébrales, et trente spinales. Rigoureusement parlant, il n'y a qu'onze paires cérébrales, et le nombre des spinales s'élève à trente et une.
i36. C'est surtout dans le système nerveux qu'on reconnaît que le corps est composé de deux moitiés latérales qui se correspondent. En effet, toutes ses parties sont doubles, ou, quand elles sont simples, elles se trouvent placées au voisinage de la ligne médiane, le long de laquelle les deux moitiés qui les constituent s'unissent et se confondent en une seule masse. Cette disposition s'observe également et dans les parties centrales et dans les parties périphériques. En même
(1) Malpigbi, De ecrebro ; dans Epist. anat. de cerebri corticc ; ibid. — Vicq d'Azyr, Traité d'anat. et de phys. , Paris , 1786. — J. et C. Wenzel, De penitiori structurâ cerebri hominis et brutorum, Tubingue , 1812. — Reil , Fragmente itber die Bildung des Gekirns; dans Archiv fur die Physiologie, t. VIII, IX, XI. — Rolando , Saggio sulla vera struttura del ccrvcllo dell' uomo , Sassari, 1809. — Rosenthal , Ein Beylrag zut Encephalotomie, Weimar, i8i5. • — Gordon, Observations on the structure of the brain, Edimbourg, 1817. — Rurdach , Vom Bau und Leben des Gehirns , Léipsick , 1819-1822. — Tiedemann , Anatomie du cerveau, trad. par Jourdan , Paris , 1823. — Serres , Anatomie comparée du cerveau, Paris , 1824.
(2) Blasius, Mcdullœ spinalis anat., Amsterdam, 1666. — J.-J. Huber, De medultâ spinali, Goettingue, 1739. — G. -G. Frotscher, Dcscriptio medullœ spinalis, Erlangue, 1788. — G. -T. Kenfl'el, De mcdutlâ spinali, diss., Halle, 1810. — Racchetti , Délia struttura, dellc funzione e délie malattie délia midolla spinale. Milan, 1816. — Ollivier, Essai sur l' anatomie et les vices de conformation de la moelle épinière, Paris, i8a3. — Idem, De la moelle épinière et de ses .maladies , Paris, i8a3. — Rolando, Ricerche anatomiche sulla struttura del midollo spinale , Turin, 1S24.
(3) Arnemann, Versuch iiber die Régénération an tebendon Thicrcn, Goettingue, 1787,1. I, p. 11, p. 127-308. — Reil, Exercitationes anatomicœde structurâ nervorum, Halle, 1797-
bV SYSTÈME NERVEUX DAMS L'ÉTAT HQRMAL. 2ig
temps les deux moitiés latérales se correspondent d'une manière fort exacte dans presque toute l'étendue du système nerveux, de sorte qu'il y a moins de différences entre elles, sous le rapport de la situation , de la forme et du volume , que dans les autres organes, et qu'il n'est même souvent pas possible d'en apercevoir la moindre. Ce système est donc symétrique, dans l'acception rigoureuse du mot. Lasymétrie se prononce surtout dans l'encéphale, la moelle épinière et les nerfs qui se rattachent immédiatement a ces deux organes. Elle est moins marquée dans le nerf grand sympathique, portion du système presque isolée des autres. Cette différence mérite d'autant plus de fixer l'attention, que la symétrie des organescorrespond exactement à celle de la portion du système nerveux avec laquelle ils sont en rapport. Cependant toutes les parties de l'encéphale, de la moelle rachidienne et de leurs nerfs, ne sont pas également symétriques ; celles qui se trouvent à l'extérieur le sont moins que celles qu'on rencontre à l'intérieur. Voilà pourquoi la surface du cerveau et les dernières ramifications nerveuses présentent, à droite et à gauche , des différences bien plus considérables que celles qu'on observe entre les parties profondes de l'encéphale et les origines des nerfs des deux côtés.
137. La structure du système nerveux est aussi fort constante. C'est incontestablement le système d'organes dans lequel on rencontre le moins d'anomalies. Cependant il règne, sous ce point de vue, la même différence entre ses parties que sous le rapport précédent; car le nerf sympathique offre, à tous égards , des variations nombreuses et considérables , tandis que les parties internes, notamment les origines des nerfs, sont fort constantes. Il est sans exemple qu'on ait vu un nerf provenir d'un autre point que celui d'où il naît ordinairement, au lieu que, dans le système vasculaire, les anomalies, même des plus gros troncs, sont des phénomènes très communs.
»38. Considéré sous le rapport, soit de la symétrie, soit de la structure, le système nerveux de l'homme est moins régulier que celui des autres animaux, même de ceux qui se rapprochent beaucoup de nous. Cette remarque avait déjà
BÎO ANATOMIE GÉNKIULE.
été faite par Vicq-d'Azyr (i), et les observations de "Wenzel (2) en ont constaté la justesse. En effet , les deux moitiés du système nerveux se correspondent déjà d'une manière plus parfaite dans les mammifères, et, les aberrations de l'état normal sont plus rares chez ces animaux que chez l'homme.
i3g. Le système nerveux est composé principalement d'albumine à demi coagulée. On y trouve en outre deux espèces de matières grasses , une substance gélatineuse, de l'osmazome , du phosphore , du soufre, de l'hydro-chlorate de soude, et plusieurs phosphates (3). L'analyse du cerveau de l'homme a donné les résultats suivans : eau, 80,00; matière grasse blanche, 4>53 ; matière grasse rougeâtre, appelée cérébrinc , 0,70; albumine, 7,00; osmazome, 1,12; phosphore, i,5o, acides, sels et soufre, 5, i5. La moelle épinière et sa partie supérieure, la moelle alongée, ont la même composition chimique; mais elles diffèrent du cerveau, parce qu'elles contiennent beaucoup plus de matière grasse, avec moins d'albumine, d'osmazome et d'eau. Au contraire, on trouve beaucoup moins de matière grasse ,et plus d'albumine dans les nerfs (/j).
140. Ce système est formé en grande partie d'une substance blanche et molle, qu'on appelle médullaire (substantiel mcdullaris). Il est très probable que cette substance constitue les nerfs à elle seule. On trouve aussi, dans la portion centrale du système, une autre substance fort abondante , à laquelle on donne Pépithète de cendrée (substantia cinerea) , en raison de sa couleur, et qui porte également celle de corticale (substantia corticalis) , parce qu'elle forme la couche extérieure de l'encéphale, où elle enveloppe la substance médullaire. Enfin, outre ces deux substances, le cerveau en contient encore une troisième, la jaune (substantia flava), et même
(1) Mém. de l'Acad. des se. , 1780 , p. 470.
(2) Prodr. et De penit. cor. slrttct. , cap. III.
(3) Fourcioy, dans les Annales de chimie, t. XVI, p. 282-022. — Vauquelin, dans les Annales du Muséum, t. XVIII, p. «12-259.
(4) Home, Observations sur le cerveau et les nerfs, prouvant que les matériaux qui les composent existent dans le sang; dans Philosopliical transactions , 1821, p. 25. Chevreul a retrouvé la cérébrine dans le sang.
une quatrième, la noire {substantia nigra); mais, à proprement parler, ce sont là de simples modifications d'une seule et même substance.
141. Ces substances diffèrent les unes des autres sous d'autres rapports encore que sous celui de la couleur.
i° Leur quantité proportionnelle n'est pas la même. La substance médullaire l'emporte de beaucoup, à cet égard, sur la substance corticale, quoique celte dernière soit plus abondante qu'elle dans certaines parties du cerveau.
20 Elles diffèrent par leur structure. Les derniers élémens de la forme sont les mêmes, à la vérité; mais on remarque, dans la substance médullaire, qu'ils s'associent d'une manière plus évidente afin de produire des formations secondaires, comme je le ferai voir par la suite.
3° Les qualités physiques ne se ressemblent pas. La substance grise est plus molle et plus diffluente que la médullaire; aussi diminue-t-elle bien davantage parla dessiccation.
4° La substance grise reçoit beaucoup plus de vaisseaux sanguins que la médullaire; aussi l'a-t-on considérée comme entièrement vasculaire, ce qu'il n'est pas vraisemblable qu'elle 9'oît • car les injections, même celles qui réussissent le mieux, fie la convertissent point en lacis de vaisseaux.
5° La substance grise diffère peut-être un peu de la médullaire par sa composition chimique. On dit qu'elle ne contient pas de phosphore ( 1 ).
Cette substance ne se ressemble pas à elle-même sur tous les points. Ainsi, elle est plus pâle dans les tubercules quadrijunieaux que dans les couches optiques , plus aussi, dans ces dernières, et alasurfacc de l'encéphale, quesurles corps striés. La substance jaune est encore moins abondante que la grise, et la bandelette qu'elle forme entre cette dernière et la substance médullaire, plus étroite que la couche grise. Cependant la substance grise forme des niasses assez considérables sur divers points, par exemple, au centre du cervelet, où elle produit le corps frangé et les deux éminences olivaires. LA
fi John, Chemische Tabeltcn des Thierrcichs, Berlin, 1814, p. ji-
aussi elle est sensiblement plus solide que la blanche. Quant à la substance noire, on ne la rencontre que dans un petit nombre de parties. Il existe aussi une substance bleuâtre dans quelques endroits (1).
142. La structure du système nerveux est la même partout, au moins quant aux circonstances essentielles. Les derniers élémens de la forme y sont des globules réunis par une substance demi-fluide (2). On rencontre ces globules dans la substance médullaire comme dans la corticale, dans l'encéphale et la moelle épinière comme dans les nerfs. Les opinions sont partagées sur leur forme et leur volume , ainsi que sur la consistance de la matière qui sert à les unir.
Suivant Délia Torre, ces globules n'ont pas le même volume, riî le même degré de transparence, dans toutes les régions du système nerveux. Les plus gros se trouvent dans le cerveau proprement dit; ceux du cervelet sont plus petits, et ceux de la moelle alongée plus petits encore , quoique plus gros que ceux de la moelle épinière. Les plus petits et les plus opaques existent dans les nerfs. Ils n'ont même pas un volume parfaitement égal dans toutes les parties des nerfs , et vont en diminuant sans cesse depuis l'origine de ces cordons jusqu'à leur extrémité périphérique. Les globules de la substance corticale sont partout plus volumineux que ceux de la substance médullaire.
Au contiaire, d'après Prochaska et Barba, les globules ont le même volume dans toutes les régions du système nerveux, et la différence qu'on a cru remarquer entre eux , tient uniquement à ce qu'il est très difficile de les séparer les uns des autres. Prochaska évalue leur volume à un huitième de celui des globules du sang (3) ; cependant il ne pense pas qu'ils se ressem-
ai) Wenzel , loc. cit. cap. 16.
(2) Délia Torre, Nuove osservazioni microscopiche , Naples, 1776, p. jg.2l- — Prochaska , De structura nervarum, Vienne, 1779, secr. II , c. 10.
Wenzel, loc. cit. cap. iv. — A. Barba, Osscrvazioni microscopiche sut
cervello e suite parti adjacenti , Naples, 1807. — Home et Bauer, dans Phil. trans., ann. 1821.
(3) Loc. cit., p. 72.
blent tous parfaitement sous ce rapport, même dans telle ou telle partie donnée du système. On ignore encore s'ils présentent des différences régulières aux diverses époques de la vie, quoiqu'on en ait observé chez les animaux (1).
i44- Leur forme n'est pas parfaitement ronde. L'observation n'a point encore appris s'ils sont creux ou pleins. Leur petitesse et les illusions optiques, dont on a tant de peine à se garantir, rendent cette partie de leur histoire fort difficile à débrouiller.
145. Le moyen d'union de ces globules est, suivant Délia Torre, un fluide transparent et visqueux, et d'après Prochaska, un tissu cellulaire délicat. Délia Torre croyait ce fluide plus visqueux dans la substance médullaire que dans la corticale, et, il ajoutait que, dans les diverses régions du système nerveux, la viscosité de celui qui appartient à la substance blanche augmente en raison directe du décroissement des globules. Selon Barba, cette différence n'est qu'apparente , et dépend du plus ou moins de temps qui s'est écoulé entre la mort et l'instant de l'observation.
146. Ces deux élémens de la forme se réunissent, dans toute l'étendue du système nerveux, pour donner naissance à des fibres, dont la plupart suivent la direction longitudinale.
i47- Cette structure fibreuse n'est nulle part mieux prononcée que dans les nerfs. Presque tous les nerfs sont formés d'un nombre plus ou moins considérable de faisceaux [fasciculi), perceptibles à la simple vue, qui sont composés euxmêmes de cordons (/unes) plus petits, lesquels résultent, à leur tour, d'un assemblage de Jilamens {fila) très déliés. Les faisceaux, les cordons et les fiîamens se ramifient et s'anastomosent un grand nombre de fois, et l'on ne trouve pas un
(1) Carus pense que les globules sont disposes en amas dans les masses centrales et en lignes régulières dans les nerfs. Milne Edwards établit que la substance nerveuse de l'encéphale , de la moelle épinière et des nerfs, dans les quatre classes d'animaux vertébrés , est composée de globules d' T\- de millimètre, réunis en séries, de manière à former des fibres primitives dont la longueur est assez, considérable.
{Note des traducteurs. )
seul faisceau qui s'étende en ligne droite jusqu'à une certaine dislance. Le nombre des rainiflcations et des communications qui en résultent est moins considérable aux deux extrémités des nerfs que dans leur trajet. Les filamens , et les cordons qu'ils produisent par leur réunion, ne se ressemblent entre eux, pour le volume, ni dans des nerfs différens , ni dans le même nerf. Le diamètre des faisceaux varie depuis un dixième de ligne jusqu'à plusieurs lignes ; ils sont plus épais dans le corps du nerf qu'à ses extrémités, où ils s'amincissent et s'écartent en même temps les uns des autres. Dans les nerfs, tous ces assemblages de fibres, volumineux ou petits, suivent la direction longitudinale du cordon.
i/j8. La moelle nerveuse n'est pas libre. Chaque filament, même parmi les plus déliés , est muni d'une gaîne particulière, qui l'enveloppe étroitement, et qui a la même forme que lui. Il résulte de là que ces tuyaux représentent la forme du nerf en- ' tier , lorsqu'on enlève la substance médullaire au moyen d'une dissolution alcaline, et que la substance médullaire produit In même effet quand on la dépouille de ses tuniques par l'immersion dans une liqueur acide (1). Les alcalis dissolvent la pulpe, . qu'on exprime ensuite facilement, de manière qu'en remplissant le nerf de mercure ou d'air, après y avoir pratiqué une ligature, et le laissant sécher, on rend sa structure canaliculéc évidente. Au contraire les acides détruisent la gaîne el durcissent les fibres, dont les plus déliées deviennent alors visibles à l'œil nu.
149. Le nerf se corrjpose donc de deux substances, d'une partie médullaire et de canaux qui la renferment. Ces canaux sont formés de tissu muqueux et portent le nom de névrileinme (nevrilemma), tiré de l'office qu'ils remplissent par rapport à I;i substance médullaire. Le névrilemme forme au nerf une enveloppe générale , qu'on peut se figurer garnie à l'intérieurd'une infinité de plis qui vont toujours en diminuant. Il reçoit un nombre considérable de vaisseaux, qui se divisent, à angle
(1) Reil , De structura nervoruin, p. 0-17 Osiander, Hpigr. incampt.
mttsci anat. rcs., Gocttingue , 1807, p. 5i.
droit, en deux rameaux, l'un direct, l'autre rétrograde, et qui s'anastomosent fréquemment ensemble.
Le névrilemme est très solide, etdifficile à déchirer. Il paraît être l'organe sécrétoire de la substance médullaire. Ses rapports avec celte dernière diminuent aux deux extrémités des nerfs. Vers l'extrémité centrale il disparaît plus tôt dans l'intérieur du nerf qu'à sa circonférence, de manière que l'ensemble des canaux névrilemmaliques forme un enfoncement considérable du côté du cerveau et de la moelle épinière.
i5o. Indépendamment de la structure fibreuse des nerfs, de leur formation par deux substances, la pulpe et le névrilemme , et de l'hétérogénéité qui résulte de cette circonstance , leur surface extérieure présente un aspect rubané et comme ondulé, qui la fait paraître inégale (1). A l'œil nu, sur la surface du nerf, et, avec le secours du microscope , sur celle des cordons qui le composent, on aperçoit des bandelettes spirales, qui se dirigent obliquement en zig-zag. Cette apparence cesse lorsqu'on étend le nerf, mais redevient sensible aussitôt qu'on discontinue l'extension. Elle s'efface entièrement dans l'état morbide, ou du moins quand le nerf est ramolli, flétri, ou par l'effet de la macération, ou par l'action de l'alcool. Nul doute qu'elle ne dépende d'un plissement qui s'opère dans le nerf, quand il se raccourcit, à cause du peu de contractilité dont il est doué. Elle a son siège principal dans le névrilemme , car \ elle est peu prononcée dans les nerfs mous et garnis d'une gaîne très faible, comme le nerf olfactif (2).
(1) Molinelli, Comment. Bonon. , t. III, p. 280. — Fontana, Sur la structure des nerfs; dans Obs. sur tes poisons , vol. II. — Monro , loc. cit. cap. i2-i3. — Arnemann, loc. cit. p. 147-174. (a) Pre'vost et Dumas ont publié, sur la structure (les nerfs, quelques 5 observations que nous croyons devoir reproduire ici. Les nerfs, disent- ■ls, présentent à l'œil nu une apparence satinée , dont Fontana a donmé le premier une histoire complète et exacte. Elle est très neltc surtout dans ceux du chat, du lapin, du cochon d'Inde, de la grenouille, etc. Lorsqu'on les examine avec un grossissement de dix à quinz.e diamètres a leulement, on voit alors sur leur surface des bandes alternativement I ilanches et obscures, qui simulent , dans beaucoup de cas , d'une manière rappante , les contours d'une spirale serrée qui serait située sous le nc-
1 5 1 . Mais tous les nerfs ne sont pas construits exactement d'après le même type, et il est très probable queles modifications qu'on observe à cet égard dépendent des différences qu'ils présentent dans leur manière d'agir. Ces différences sont relatives à la structure intérieure et à la configuration ou à la forme extérieure.
Les modifications de la structure intérieure peuvent tenir, soit à la substance médullaire, soit au névrilemme ; mais il est
vrilemme. Cette apparence , comme celle des tissus tendineux , est due à un petit plissement des fibres de névrilemme, qui perd sa transparence dans certaines parties et la conserve dans les autres. Celles qui sont devenues opaques réfléchissent toute la lumière qui arrive sur leur surface; les autres la laissent au contraire passer en quantité suffisante pour éclairer les corps colorés qu'on place sous les nerfs. Dès qu'on essaie de tirailler celui-ci, toute cette apparence s'évanouit , et si l'on fend le névrilemme , on ne trouve rien qui la rappelle. Elle ne mériterait donc aucune attention , si elle ne présentait un caractère très sûr pour reconnaître les petits filets nerveux , et les rendre faciles à distinguer des vaisseaux sanguins ou lymphatiques. Mais lorsqu'on prend un nerf, et qu'après avoir divisé longitudinalement son névrilemme , on étale sous l'eau la matière pulpeuse, on le trouve composé d'un très grand nombre de petits filamens parallèles, égaux en grosseur, et qui semblent contenus dans toute la longueur du nerf. Au moins ne les voit-on jamais se diviser ni se réunir, quelle que soit la partie qu'on examine. Ces filamens sont plats et composés de quatre fibres élémentaires , disposées à peu près sur le même pian , ce qui leur donne l'aspect de ruban. Celles-ci sont elles-mêmes formées des globules, comme à l'ordinaire, et présentent une circonstance remarquable , en ce que les deux extérieures sont celles qui se distinguent le mieux. Les séries moyennes ne se laissent voir que de temps en temps, sans doute parce que la pression qu'elles éprouvent fait disparaître la ligne qui dessine les globules dont elles sont composées. Le nombre de ces fibres nerveuses secondaires est trèsconsidérable , ainsi que le montre le calcul suivant , quand bien même on se refuserait à regarder i les données de l'expérience comme rigoureuses. Supposons que chaque i fibre nerveuse occupe dans la section du nerf ^ de millimètre cane, nous en aurons 90,000 pour chaque millimètre carré. Mais nous savons i que les fibres nerveuses secondaires renferment quatre fibres élémentaires. ,1 11 devra donc s'en trouver 22,5oodans le même espace , ou bien environ 16,000 pour un nerf cylindrique d'un millimètre de diamètre. T'avez • leur Mémoire sur les phènom. qui accomp. la conlr. de la fib. musc. ; dans j Journal de physiologie expérimentale , t. 111, 1820, p. Soi.
( Note des traducteurs. )
DU SYSTÈME NERVEUX DANS L'ÉTAT NORMAL. Il'j
vraisemblable que, la plupart du temps, elles intéressent l'un et l'autre. Les principales sont :
i" Les différences dans la solidité et la dureté. En général , les nerfs qui se rendent au cœur, aux gros vaisseaux et aux organes du bas-ventre , comme aussi le oeuf auditif, et surtout le nerf olfactif, sont beaucoup plus mous que les autres. On trouve à peine quelques traces du névrilemmc dans le nerf olfactif. Au contraire , les faisceaux du nerf optique sont, proportion gardée, bien plus volumineux que ceux des autres nerfs. Il est donc très probable que cette différence ne tient pas seulement à la consistance plus ou moins grande de la substance médullaire, et qu'elle dépend aussi de la disposition du névrilemme.
2° Les différences dans la couleur. Les nerfs du cœur, ceux du bas- ventre et le nerf olfactif sont presque toujours rougeâtres, et non pas blancs comme les autres. Il y a même de la substance grise au centre du nerf olfactif.
3° Les différences dans la disposition des cordons et filamens nerveux. Leur grosseur varie, mais non en proportion du volume des nerfs. Les cordons des troncs principaux du membre inférieur, par exemple, sont presque toujours plus minces que ceux des nerfs du membre supérieur, quoique les nerfs du bras soient moins gros que ceux de la jambe. Le nerf laryngé forme un faisceau sur lequel on aperçoit seulement une multitude de sillons qui indiquent des cordons subalternes, et il n'est entouré, à l'extérieur, que d'un tissu composé de filamens très déliés. Dans quelques nerfs, tels que le médian et le sciatique, tous les cordons ont à peu près le même volume. Dans d'autres , on en voit de très minces alterner avec de très volumineux. La structure anastomotique , si évidente dans la plupart des nerfs, ne s'observe pas dans l'optique, qui est composé de cordons droits , distincts, et marchant les uns à côté des autres : ces cordons se divisent àleur tour en d'autres plus petits , de sorte qu'on peut tout aussi bien les considérer comme des filamens que comme des faisceaux.
A l'égard de la configuration , les nerfs se ressemblent, en général, par leur forme arrondie. Cependant le nerf olfactif diffère de tous les autres, en ce qu'il est triangulaire.
La plupart des nerl's représentent des troncs alongés , qui donnent des branches le long de leur trajet, et qui se partagent peu à peu en troncs plus petits. Les cordons et les faisceaux se trouvent par conséquent resserrés ici. On observe une autre disposition dans les nerfs du bas-ventre , où les faisceaux et les cordons se montrent écartés les uns des autres, de manière qu'ils ne forment point de troncs épais par rapport aux branches. Cette différence paraît tenir en partie à la différence qui existe dans la forme totale des régions auxquelles se rendent les nerfs, puisque les troncs des extrémités sont les plus longs de tous, et que ceux de la tête et du tronc ont beaucoup moins de longueur. Mais elle tient sans doute aussi en partie à la loi générale qui veut que les organismes et les organes d'un rang inférieur soient moins réunis en un tout, moins centralisés, que les organes et les organismes d'un rang supérieur.
i52. Les assemblages plus ou moins volumineux de fibres , dont les nerfs sonl composés, ne demeurent point réunis; mais les nerfs se ramifient , dans leur trajet, par I'écartement de leurs faisceaux fibreux. Les troncs se partagent en branches , celles-ci en rameaux, etc. Assez généralement les branches se détachent sous un angle aigu. Mais toujours les cordons et les filamens qui concourent à la formation d'une division secondaire sont séparés beaucoup plus haut , dans l'intérieur même du tronc, qu'ils, ne semblent l'être quand on ne les examine qu'à sa surface . Cette disposition établit une grande différence entre le système nerveux et le" système vasculaire. Il n'est toutefois pas exact de dire que la structure des nerfs diffère de la disposition des vaisseaux en ce que les cordons et filamens qui constituent un tronc ou un rameau nerveux rétrogradent en partie , puisqu'on retrouve quelque chose d'analogue dans la disposition des branches et des rameaux vasculaires. Mais les nerfs se distinguent des vaisseaux en ce qu'on en voit souvent de très gros parcourir un longespace sans se diviser, tandis que les vaisseaux fournissent partout des ramifications séparées par de très petits intervalles, abstraction faite de quelques cas particuliers, comme celui des vaisseaux spermaliques , qui ne prouvent d'ailleurs rien, puisqu'ils dépendent de ce que le vaisseau s'est trouvé, à une certaine époque de la vie, resserré dans un espace fort étroit.
DU SYSTÈME NERVEUX DANS l'ÉTAT NORMAL. 22()
1 55. La structure fibreuse et anastomotique ne se prononce pas seulement dans l'intérieur des nerfs ; elle devient encore sensible a leur origine et dans leur trajet. Plusieurs nerfs s'anastomosent diversement ensemble.
Il y a trois sortes d'anastomoses nerveuses : Vanastomose proprement dite, ou réunion en anse, le plexus et le ganglion.
L'anastomose est due à des branches isolées de nerfs différens , qui ont à peu près le même volume. C'est de cette manière, par exemple, que s'unissenHes nerfs cubital et médian , dans la main ; les nerfs spinaux, peu après leur sortie du canal vertébral ; les diverses branches de la cinquième paire , les branches de ce nerf avec les nerfs de la face et du cou, etc. C'est aussi de cette manière qu'il se forme des anses autour des vaisseaux. L'anastomose a lieu :
i° Entre des branches différentes d'un même nerf. Telles sont celles de la cinquième paire, des nerfs de la face, du laryngé , de l'intercostal.
i° Entre deux branches de nerfs différens , mais du même côté , comme entre deux nerfs spinaux , ou entre les branches de ces nerfs et celles de l'intercostal.
3° Entre deux branches des nerfs homonymes de l'un et de l'autre côté. Telles sont celles qu'on observe entre les nerfs sous-cutanés de la cinquième et de la septième paires , ou entre les nerfs du cou.
i54- Le plexus (1) n'est, à proprement parler, qu'une anastomose ramifiée entre divers cordons d'un même nerf ou de nerfs différens. Les cordons se partagent en ramifications très déliées, et les filamens qui proviennent de cette division donnent lieu à des anastomoses entre des nerfs différens, souvent fort nombreux, de manière que les nouveaux nerfs qui sortent du plexus sont formés de filamens émanés de plusieurs troncs divers. Le nerf pneumo-gastrique, avant son entrée dans le poumon , fournit l'exemple d'un plexus de différens cordons provenant d'un même nerf. Les plexus pro-
()) Scarpa, De nervorum gangliis et pletvttbus, Udinc, 1779.
235 ANATOMIE GÉnÉBAIE.
duits par des nerfs différens se trouvent surtout aux membres supérieurs et inférieurs.
On ne saurait admettre une différence entre les plexus et les anastomoses, ainsi que le fait Bichat , lorsqu'il oppose la communication qui a lieu entre les filets du nerf facial et ceux de la cinquième paire à celle qu'on observe entre les nerfs spinaux , en disant qu'il y a, dans le premier cas, mélange intime , fusion parfaite , identification, tandis qu'il n'y a qu'un simple rapprochement, une simple application, dans le second ; car il n'y a pas moins fusion et mélange dans celui-ci que dans l'autre, seulement les branches qui s'unissent sont plus petites et plus nombreuses.
1 55. Les ganglions (1) ont une structure plus compliquée que les plexus, et leur destination n'est probablement pas la même. Ils paraissent jouir d'une existence plus indépendante, et représentent des corps distincts, dont le volume surpasse de beaucoup celui des nerfs auxquels ils tiennent, tandis que les plexus sont de simples communications, qui mettent des nerfs voisins en rapport intime sans accroître leur substance.
Les ganglions n'ont point de forme générale et régulière. On les voit même varier à un degré extraordinaire chez des sujets différens, sous le rapport du volume , de la configuration et des connexions, sous celui même de l'existence, puisqu'il n'est pas rare que des ganglions considérables manquent tout-à-fait. Mais, la plupart du temps, ils sont arrondis, un peu aplatis , lisses à la surface, situés à une grande profondeur, et entourés d'un tissu cellulaire abondant. Ils sont assez durs et de couleur ordinaire. En les ouvrant, on voit qu'ils sont formés d'une masse homogène , sans structure prononcée. Toutes leurs qualités les rapprochent singulièrement des glandes lymphatiques. La substance qui les constitue est toujours étroitement entourée d'une membrane particulière, mince, formée de tissu muqueux et très riche en vaisseaux, à l'exté-
(i) Haase , De gangliis nervorum , Léipsick, 1772. — Kwiatowsky, Thèses" 'anat. phys. de nervorum decussationc et gangliis, Kônisberg , 178.^ — Weber, De systemate nerveo organico , Léipsick, 1817. — Wutzer, De corporis humant gangliorum fabricâ atqttc usu , Berlin, 1817.
rieur de laquelle se trouve encore, soit un tissu cellulaire ISche , soit une capsule fibreuse, qui est une continuation de la dure-mère spinale. Il sort des nerfs de ces corps.
Lorsqu'on soumet les ganglions nerveux à la macération, ils se résolvent en deux substances, savoir , en filam,ens contournés , qui se continuent avec les nerfs tenant au ganglion , et en une masse gélatineuse d'un gris rouge3tre , qui remplit les intervalles des filamens et les entoure. Suivant Scarpa, cette dernière substance est huileuse, et même de la pure graisse, chez les sujets chargés d'embonpoint. Bichat s'est trompé en disant qu'on ne trouve jamais de graisse dans les ganglions.
La substance des ganglions nerveux est parsemée d'un très grand nombre de vaisseaux.
1 56. On peut partager les ganglions en simples et composés. Les premiers sont des développemens des filets d'un seul nerf, et ne communiquent avec aucun autre. Les seconds , au contraire, serrent à réunir plusieurs nerfs ensemble. Ils diffèrent les uns des autres sous plus d'un rapport.
i5j. Les ganglions simples ont une forme et une situation constantes. Jamais ils ne manquent. On les trouve à peu de distance de l'origine des nerfs de la moelle épinière, à là racine postérieure desquels seulement ils appartiennent. Leur enveloppe et leur substance sont plus dures que celles des ganglion; composés. Leur capsule extérieure se continue avec la dure-mère , et l'interne avec la pie-mère spinale. Le-; filets de ces ganglions, quoique très ramifiés et anastomosés les uns avec les autres, marchent tous dans le même sens , suivant une direction longitudinale. Ils ne fournissent des nerfs que par deux points opposés , savoir, du côté interne, la portion de la racine postérieure du nerf située entre le ganglion et la moelle rachidienne: du côté externe , le nerf externe qui se confond ans ilôt avec la racine antérieure ( § 170 ).
ï 58. Les ganglions composés sont disséminés dans tout le c*rps; mais on les observe principalement dans la poitrine et le bas-ventre , et il y en a plus dans la cavité abdominale que p*ftOUI ailleurs. Ils sont plus mous que les simples; Leur enveloppe extérieure est formée par le tissu cellulaire ambiant.
Leur forme, leur situation et leur nombre varient beaucoup. Lesfibres qui les constituent ne s'étendent pas d'une extrémité à l'autre, mais se dirigent en tous sens. Enfin il sort ordinairement des nerfs de plusieurs points de leur surface, et non pas seulement de leurs deux extrémités. Jamais on ne voit de filets en sortir du point même où d'autres y entrent, de sorte que ces mêmes filets n'interceptent jamais entre eux d'angles fort aigus.
i5g. La structure fibreuse et les communications qu'offrent les nerfs se retrouvent aussi dans l'encéphale et la moelle épinière ; cependant elles y sont moins sensibles. Au premier abord l'encéphale et la moelle épinière paraissent n'être formés, en grande partie , que d'une masse molle, pultacée et homogène ; mais cette apparence n'autorise pas à leur refuser la structure fibreuse, comme l'out fait plusieurs anatomistes.
On n'a même pas besoin du secours de la mécanique ou de la chimie pour observer en plusieurs endroits des fibres très prononcées , surtout dans les cerveaux qui ont plus de consistance qu'à l'ordinaire. C'est ainsi qu'on en découvre dans les pyramides de la moelle alongée , les cuisses du cerveau , les corps cannelés, le corps calleux, la protubérance annulaire et les commissures en général , la voûte à trois piliers. Je suis même parvenu plusieurs fois à en distinguer dans la masse des hémisphères, en les coupant.
Mais ceux qui conviennent qu'on en rencontre dans quelques points de l'encéphale , disent qu'il n'est pas certain que l'organe entier ait une structure fibreuse, ou du moins ils ne la lui accordent qu'en certaines circonstances (1). D'autres, qui admettent ces fibres après la mort, les regardent comme le produit de la coagulation de la substance cérébrale , suivant eux pulpeuse durant la vie (2). Leur opinion se rapproche par conséquent de la précédente.
Malacarne a démontré le premier la structure fibreuse de l'encéphale , et décrit la manière dont les fibres proviennent
(1) Haller, De part, t, III, p. 48. — Sœmmerring, Nervenlehre , p. 29. (n) Ackermann, Ucbcr die Gall'sclw Schâdcliehrc , §6.
île la moelle épinière (1). Mais les principaux écrivains sur ce point d'anatomie sont Gall et Reil. Le dernier surtout a rendu un éminent service à la science en faisant connaître la structure de la moelle épinière, regardée comme une pulpe informe par ceux mêmes qui avouaient plus ou moins la structure fibreuse de l'encéphale.
Les partisans de la structure fibreuse du cerveau ne sont point d'accord sur la question de savoir si elle n'appartient qu'à la substance médullaire , ou si la substance corticale y participe aussi.
Ceux mêmes qui admettent des fibres dans la substance médullaire , en refusent à la corticale. Tels sont surtout Malpighi , Haller et Sœmmerring. Cependant la substance corticale est réellement fibreuse. En disséquant des cerveaux très consistans , j'ai eu souvent occasion , non seulement de voir le phénomène observé par Stenon (2) et Vicq-d'Azyr (5), c'est-à-dire, de remarquer qu'il y a des fibres très déliées de la substance médullaire qu'on peut suivre jusque dans la corticale , mais encore que cette dernière a très sensiblement une structure fibreuse.
La structure fibreuse de l'encéphale est suffisamment démontrée d'ailleurs par cette autre circonstance, que les fibres offrent toujours la même disposition , quelque variés que soient les moyens dont on se sert pour les mettre en évidence.
160. La moelle épinière fait le passage des nerfs à l'encéphale, puisqu'elle est contenue, comme ce dernier, dans une cavité osseuse, que les mêmes membranes l'entourent, qu'elle se continue avec lui d'une manière immédiate , qu'au premier aperçu elle ressemble à une pulpe molle, mais que sa texture se rapproche davantage de celle des nerfs. Elle est entourée immédiatement d'une membrane formée de tissu muqueux et de vaisseaux, qui ressemble au névrilemme, mais qu'on appelle pie-mère, à cause de, son union intime avec elle.
(1) Decerebro, Amsterdam, 1669, p. 8-10.
(2) Disc, sur l'anal, du cerveau , Paris, 1669.
(3) Mém. de l'ac.dessc, 1781 , p. 5.1 u
254 ANAT0MIE CÉNÉRALE.
Du milieu de la face interne de la partie antérieure de cette membrane se détache, dans toute sa longueur, un prolongement simple, qui se dirige en dedans et en arrière, et qui pénètre presque jusqu'au milieu de la moelle épinière. De ce prolongement, il part, des deux côtés, une foule de petits canaux qui parcourent toute la moelle rachidienne , s'anastomosent fréquemment ensemble, et deviennent surtout visibles lorsqu'on a détruit la substnnee médullaire par le moyen d'une dissolution alcaline. Cette structure est aussi très facile a apercevoir quand on a fait durcir la moelle épinière par l'immersion dans les acides, car elle se partage alors en une foule de lamelles longitudinales, qui sont formées, a leur tour, de cordons fort déliés. On l'entrevoit même quelquefois dans la moelle rachidienne à l'état naturel, lorsqu'on écarte ses deux moitiés latérales l'une de l'autre sans efforts, et on la distingue également à la surface de cet organe, lorsqu'il a par lui-même beaucoup de consistance , et qu'on !e dépouille dë sa pie-mère. Les canalicules sont plus déliés dans la substance grise que dans la médullaire, et limités tout-à-coup par elle.
La moelle épinière a donc la plus grande analogie avec les nerfs, sous le rapport de la structure intime , quoique ses fibres soient moins apparentes et sa consistance moins considérable.
161. La moelle épinière est composée de deux moitiés latérales qui, en devant, sont séparées l'une de l'autre, dans la plus grande partie de leur épaisseur , par le prolongement de la pie-mère dont je viens de parler. Vers la partie supérieure de l'organe, près de son entrée dans le crâne, ces cordons se partagent en plusieurs faisceaux, qui se croisent obliquement, de telle manière que celui du côté droit passe à gauche, et celui du côté gauche à droite. En même, temps leur volume augmente par l'addition de plusieurs masses de substance grise. Sur les côtés se détachent les cuisses du cervelet ou corps restifornies , qui donnent naissance au cervelet par leur déploiement. En avant et en haut, on aperçoit les pyramides , qui forment deux éminences oblongues, situées, très près l'une de l'autre, à la face inférieure de l'extrémité supérieure de la moelle épinière. Les pyramides pénètrent.
en traversant une grosse saillie formée de fibres transversales de substance grise et de substance médullaire, qu'on appelle pont de Varole , ou protubérance annulaire , à la face inférieure du cerveau , où leur structure fibreuse devient apparente par l'écartement de leur substance médullaire, dans les interstices de laquelle s'introduit de la substance grise. Considérablement grossies alors, et divergentes, elles passent au devant du pont de Varole, où elles produisent les cuisses du cerveau, appelées aussi bras de la moelle alongée. Celles-ci se portent au-dessous et au travers de deux amas de substance grise, situés l'un à côté de l'autre, qu'on nomme couches optiques , et dont les corps striés forment la partie interne. Après quoi, leurs fibres, devenues très apparentes, s'écartent en tous sens dans les hémisphères cérébraux , dont elles forment la principale partie, et se déploient circulairement. Cette irradiation de fibres a été nommée par Reil la couronne rayonnante.
162. Les deux moitiés latérales de la moelle épinière et de l'encéphale ne sont pas seulement adossées l'une contre l'autre; elles tiennent ensemble par des fibres médullaires et par de la substance grise. Les endroits où cette connexion a lieu peuvent être désignés sous le nom général de commissures. Partout ces commissures sont moins larges que les moitiés qu'elles réunissent. En les examinant avec attention, on reconnaît qu'elle-; s'étendent bien plus loin , dans chacune de ces moitiés, qu'on ne serait tenté de !e croire au premier aperçu. Comme les fibres décrites dans le paragraphe qui précède montent longitudinaleinent, tandis que celles qui forment les commissures suivent, au contraire, une ' direction oblique, Gall les considère comme constituant un appareil fibreux particulier, et il admet, tant dans le cerveau proprement dit, que dans le cervelet, deux ordres de fibres , qui comprennent, l'un les fibres divergentes, l'autre les fibres convergentes. Ces deux ordres ont aussi reçu les noms plus physiologiques, le premier, OC appareil déformation, et l'autre, <V appareil de réunion. On les a également appelés, d'après quelques unes des parties qu'ils concourent à former, l'un, sjktèthê des pédoncules cérébraux, et l'autre, système du
corps calleux. Les fibres de ces deux appareils diffèrent non seulement par leur direction , ruais encore par leur origine , leur situation et leur consistance. En effet, tandis que les fibres divergentes se terminent à la surface extérieure de l'encéphale dans la substance grise , les récurrentes naissent de cette dernière, et se portent sur la ligne médiane, où elles s'unissent par des commissures plus ou moins étendues. On ne peut pas considérer ces réunions elles-mêmes comme l'origine des fibres récurrentes, car c'est une loi générale que les fibres médullaires naissent de la substance grise, et les commissures s'étendent assez loin au-delà des deux hémisphères cérébraux. Les fibres de ce système sont placées entre celles du système divergent, et par conséquent bien plus internes. Elles sont beaucoup plus molles et plus déliées que ces dernières. Elles forment des couches particulières et distinctes, qui enveloppent immédiatement les ventricules cérébraux. En admettant ce second système , qui naît de la substance grise déposée à la surface de l'encéphale, on explique comment les deux moitiés de l'organe renferment bien plus de masse nerveuse que les corps cannelés ; de sorte que, dans cette hypothèse, elles ne paraissent plus être qu'un appendice ou une appartenance de ces mêmes moitiés.
On ne peut pas déterminer avec précision la manière dont les deux systèmes s'unissent ensemble. Gall lui-même avoue que les sens ne nous apprennent pas si les fibres de la masse divergente se réfléchissent dans la substance grise , changent de direction , en produisant ainsi un nouveau système convergent, ou si ce dernier fait réellement corps à part, et ne naît pas du premier. Reil, qui d'ailleurs ne paraît point admettre un système de commissure unique et lié sur tous les points , puisqu'il décrit l'organisation des corps calleux isolément de la commissure antérieure du cerveau , et ne donne nulle part à entendre qu'on puisse découvrir une connexion entre leurs expansions, Reil, dis-je, croit que le mode d'union entre les deux systèmes n'est pas partout identique. Il dit seulement, en général, à l'occasion de la réunion des fibres rayonnantes de la commissure antérieure avec celles du pédoncule cérébral , qu'elles ne font qu'un ensemble ; mais il
DC SYSTÈME NEHYEUX DANS i/ÉïAT NORMAL. l'Ô']
croit que le mode d'union entre les irradiations du corps calleux et celles des pédoncules cérébraux est multiple. Effectivement on trouve entre elles, par devant, une substance médullaire moins distinctement fibreuse, qui leur sert de moyen d'union; plus en arrière, les deux systèmes s'anastomosent l'un avec l'autre; plus en arrière encore, leurs fibres se pénètrent réciproquement, et s'entre-croisent quelquefois, formant une suture délicate ; enfin la partie la plus postérieure du corps calleux passe au-dessus du système des pédoncules cérébraux, sans s'unir à lui, et donne naissance à deux masses distinctes, qu'on peut détacher entièrement l'une de l'auire (,).
i63. La structure du cerveau diffère de celle des nerfs sous deux rapports principalement: i° les fibres qui le constituent forment, pour la plupart , des lames ou feuillets; a0 on ne trouve pas de névrilemme dans son intérieur; les fibres sont libres, et il n'y a que la surface de l'encéphale qui soit revêtue d'une capsule analogue au névrilemme. Cette capsule y porte, comme à la moelle épinière , le nom de pie-mère. Les caractères névrilemmatiques n'existent même pas dans les parties qu'on a coutume de regarder comme des nerfs , à raison de leur forme, par exemple, dans la portion du nerf optique située derrière le chiasma , et dans les nerfs olfactifs. Aussi considère-t-on avec fondement les nerfs olfactifs comme faisant partie du cerveau lui-même , et pense-t-on que leurs branches seules constituent autant de nerfs olfactifs distincts. Indépendamment de l'absence du névrilemme, la forme du nerf, sa masse grise, et le renflement de son extrémité arrondie, en manière de ganglion, sont autant de circonstances qui militent en faveur de cette opinion. Les mêmes réflexions sont applicables au nerf optique, qui ne naîtrait alors que du chiasma.
Cependantla disposition de la pie-mère, et ses rapports avec
(1) Les fibres rentrantes du cerveau ne sont point admises par Tiedemann, qui ne considère les commissures cérébrales et le corps calleux que comme des prolongemens des pédoncules cérébraux. ( f'oyez son Analomiedu cerveau , p. 266.) ( Note des traducteurs.)
la substance cérébrale, établissent aussi une analogie entre elle et le névrilemme. D'un côté , la surface extérieure du cerveau est plissée , au moins en partie , chez certains animaux: elle l'est même partout chez l'homme, ce qui produit les circonvolutions et les anfractuo sites , situées entre elles, par lesquelles la pie-mère s'enfonce jusqu'à la surface interne de l'encéphale , dans les ventricules , où elle forme les plexus choroïdes ; d'un autre côté, plusieurs parties du cerveau ressemblent parfaitement à des nerfs, tant dans leur forme extérieure que dans leur forme intérieure : telle est, par exemple, la com« missure antérieure, qui est entourée d'une gaine celluleuse fournie par la pie-mère des ventricules ; celte gaîne l'accompagne dans tout son trajet à travers les couches optiques, se convertit, comme le névrilemme, en un tissu cellulaire délicat, et ne disparaît qu'à l'endroit où les extrémités de la commissure s'étalent en un tissu rayonné. Il se peut donc que la structure du cerveau soit partout la même que celle des nerfs, mais que la mollesse et la finesse du tissu muqueux empêchent de la démontrer.
164. De ce qui précède il résulte que l'encéphale et la moelle épinière sont formés de faisceaux fibreux diversement entremêlés, que ces faisceaux sont plus faciles à apercevoir dans la substance médullaire que dans la substance grise, et qu'ils sont unis les uns aux autres par des connexions plus ou moins apparentes. Il s'ensuit donc que la masse nerveuse contenue dans le crâne et le canal vertébral est construite , quant aux points essentiels , d'après le même type que celle qui se trouve répandue dans le reste du corps , et que la principale différence qui existe entre ces deux masses consiste en ce que la première est accumulée sur un point, et la seconde plus disséminée.
165. La substance grise ne forme pas un système continu comme la médullaire. Suivant plusieurs anatomistes (1), le névrilemme fournit de la substance grise aux nerfs, parce que ceux-ci ne sont point aussi blancs que la substance cérébrale, et parce qu'ils deviennent plus volumineux en s'éloignant de
(1) Beattie , Evccrc. de princ. anim., p. i56.
VV SYSTÈME NERVEUX DANS L'ÉTAT NORMAL. 23g
leur centre. Mais ces deux circonstances ne suffisent pas pour établir l'opinion en faveur de laquelle on les invoque, quoique cette opinion offre un certain degré de vraisemblance, en ce qu'elle accroît l'analogie qui existe entre le cerveau et les nerfs. Pour qu'elle fût plus que probable, il faudrait que la pie-mère ne possédât nulle part la faculté de produire immédiatement de la substance médullaire; mais elle en jouit réellement dans plusieurs points de l'encéphale, et dans toute la moelle épinière. II est vrai que la substance grise forme une couche sur toute la surface de l'organe cérébral , mais elle ne communique pas avec les masses de même substance qui se trouvent dans l'intérieur du viscère, et il n'est pas non plus possible de démontrer une communication non interrompue entre ces dernières. Quelques anatomistes admettent bien, au moins, une sorte de connexion tenant, d'une part aux vaisseaux, puisque la substance corticale est entièrement vasculaire, de l'autre, à ce que les masses internes communiquent ensemble, savoir, les couches optiques avec les corps striés, les tubercules quadrijumeaux avec d'autres parties de l'encéphale, et la moelle alongée avec la protubérance occipitale (1); mais la vérité est qu'il se trouve partout uue couche médullaire entre la substance grise de la couche optique et celle du corps strié (2), et que la substance grise du pont de Varole et des corps olivaires ne communique pas avec les masses éloignées de cette même substance (5).
La substance grise, disséminée dans le corps., par le moyen des ganglions, se montre également isolée. Les amas de cette substance dans l'intérieur du cerveau, et en général dans toutes les parties centrales, correspondent manifestement à celle qui existe dans les ganglions (4). La substance médullaire
(1) Ludwig, De cinercà cerebri substantiâ , Léipsick, 1779, p. « 1 , §• 2.
(2) Wenzel , loc. cit. , cap. 6.
(3) Vicqd'Azyr, loc. cit., an. 1781, p. 507. I
(4) Ceci se dirige contre Ilaller, qui dit expressément : In hominc et quadrupedibus , quœ mihi innolucrunl , in nervis ipsis ejusmodi noduli unicc rcpcriunlur, neque in cerebro unqitam aut in spinali mcdttllâ. (De part. eorp. hum. fab. t. VIII , p. 7,17..)
ANATOMIE CÉNÉRALE.
l'emporte de beaucoup sur la corticale, chez l'homme parfaitement développé, sous le rapport de la quantité.
166. Les nerfs communiquent avec les parties centrales du système nerveux par leurs extrémités internes. Là, les faisceaux qui les constituent s'écartent d'une manière plus ou moins sensible, marchent sans communiquer ensemble, et se plongent dans la substance cérébrale, sans qu'on puisse apercevoir distinctement le point où s'opère l'union entre leurs fibres et cette dernière.
Deux questions s'élèvent relativement à l'origine des nerfs. Avec quelle substance de la portion centrale est-elle en rapport? Les origines des nerfs homonymes communiquent-elles ensemble, ou même naissent-elles du côté opposé à celui dans lequel les nerfs se dislribuent, de manière à s'entre-croiser ?
167. A l'égard du premier point, l'opinion la plus générale est que les nerfs naissent de la substance médullaire, qu'ils en sont des irradiations, des prolongemens (1). On a même conjecturé que, dans la moelle épinière, la substance blanche se trouvait placée à l'extérieur, afin que les nerfs qui en proviennent eussent moins de chemin à parcourir, et ne fussent point obligés de traverser la substance grise (2). Cependant, lorsqu'on y regarde de près, on s'aperçoit que tous les nerfs communiquent d'une manière plus ou moins évidente avec la substance grise. Déjà Vicq-d'Azyr avait reconnu ce fait, puisqu'il dit qu'en général on trouve de la substance grise accumulée dans le voisinage des origines des nerfs, aux fonctions desquels elle paraît être nécessaire (5); mais c'est Gall surtout qui l'a mis dans toute son évidence. Je me suis assuré aussi qu'il est parfaitement exact.
Ce fait est incontestable dans les insectes , les vers et les poissons, chez lesquels on voit tous les nerfs naître d'amas de substance grise par plusieurs racines. Il est évident aussi dans quelques nerfs des animaux supérieurs et de l'homme ,
(1) Hallcr, De part., t. VIII, p. 319. Pr'mcipium nervorum communi sensu in medullâ est enccpliati et spinalis mcdultœ.
(1) Martin , De nervis cor p. hum. , Halle, 1781, p. 27. (5) hoc. cit., p. 5oS.
par exemple, dans les nerfs olfactifs et optiques. On éprouve plus de dilïieulté pour s'en convaincre dans les autres nerfs, qui, au premier coup d'œil , semblent n'avoir déconnexions qu'avec la substance médullaire; mais il faut distinguer avec soin l'endroit où le nerf se détache de la masse centrale de celui d'où il tire son origine (1). Quoique, dans le premier de ces deux points , qui se trouve à l'extérieur de La partie centrale, la plupart des nerfs ne communiquent qu'avec la substance médullaire , et que plusieurs , comme presque tous les cérébraux, y tiennent si faiblement qu'on les en détache avec beaucoup de facilité, d'où l'on serait tenté de conclure qu'ils naissent de là, cependant on peut les suivre plus loin, et, à une certaine profondeur, tantôt, comme il arrive au nerf de la cinquième paire, leurs faisceaux se réunissent en un cordon qui communique avec la substance grise, tantôt leurs filets proviennent isolément de cette même substance . ainsi que tous les nerfs spinaux en fournissent un exemple.
Quoique tous les points de la moelle épinière d'où il se détache des nerfs ne soient pas renflés par le fait d'une accumulation de substance grise , chez l'homme et chez les animaux supérieurs , ainsi que Gall le prétend , on ne peut cependant disconvenir que celle substance ne soit plus abondante dans tous les endroits d'où partent de gros nerfs. De là le volume plus considérable qu'elle présente à l'origine des nerfs destinés aux membres inférieurs.
168. Mais, quoiqu'on doive chercher l'origine des nerfs audelà de la surface de la masse centrale, on n'est pas autorisé à la croire plus profonde que les sens ne la font apercevoir, et à supposer que tous les nerfs proviennent d'un seul point peu étendu, opinion soutenue par ceux qui sont disposés à considérer la moelle alongée comme étant cette origine commune.